‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècleChapitre 296 sur 441 · ANTOINE SUCER · texte numérisé non relu

ANTOINE SUCER

Tué dan» labagarro du «afé. d'Ilarcourt le â juillet 1X95

(ll'..pr«» un* |>hotogr»phir.

— Monsieur, voi«*i mou écharpe, riposte le commissaire en tirant son insigne de sa porlie.

— Tout le monde peut avoir une écharpe, reprend M. de Mores.

— J'ai aussi ma commission, «lit M. Véron en ceignant son écharpe sur son pardessus, et si je n'étais si embarrassé, je vous la montrerais.

— Qu'à cela ne tienne, fait M de Mores.

FA délicatement il cueille le papier qui sortait de la poi he de côté du comnmssaire, en prend connaissance, et «'adressant à M Véron:

— «l'est parfait; monsieur le commissaire, veuillez vous asseoir

— Merci, mais je voudrais bien que vous autorisiez mon secrétaire à prendre place près de moi.

De nouveaux pourparlers s'engagent. Enfin tout s'arrange et la séance commence.

Les discours du marquis de Morés, de M. Guérin, de M. Vallée cl du commandant Biot sur l'anama et • le gouvernement de la corruption » sont très applaudis

Tout semblait donc bien marcher, lorsque M tiegout veut prendre la parole. A ce moment un groupe d'anarchistes se rapproche «le la tribune cl lente de l'envahir. Le marquis de Mores et ses amis demeurent impassibles.

Soudain M. Néron lève son chapeau, et A la stupéfaction générale une centaine «le gardiens de la paix se ruent «lans la salle et tombent A coups de poing sur les assistants.

LE VICCX PARIS. — LE» AUATTOIIIS, P'jprf» nne jrravurr- du Icmpi. — Collection G. Hartmann Il y avait no oicnmni .u ni du sir«le < irtq abattoirs il<' Paris, lllaé* dam Ira quarlirr» peu habit** alor». \l> ont Hé remplace» • n lt*7 par laUaltoir général da In Villelle.

Ceux qui on présence île cetle invasion risquent que]<|uc8 observations sont encore plus violemment maltraités. Les agents leur donnent de retentissants soufflets, les jettenlà terre, les piétinent, et lorsqu'ils tentent de se relever les frappent de nouveau. Les femmes ne sont pas plus épargnées.

On remarque que ceux «les gardiens de la paix qui se signalent le plus par leurs brutalités portent des pèlerines sans numéro et des foulards qui cachent les numéros de leur collet. (Juclqucs-uns vont chercher leurs patients jusque sous les galeries latérales et les jettent par-dessus les balustrades duns la salle, où ils sont à moitié assommés

Ces scènes de violence se prolongent pendant une dizaine de minutes. Les agents s'arrêtent enfin, attendant île nouveaux ordres.

De toutes parts s'élèvent les cris les plus divers : A bas les juifs !

A 6«S la police ! l'ire la France !

A bas la pairie ! Vite Mores ! A bas J.ozè .' Mort atur voleurs! A la porte 1rs chéquants! Vire ianarebie ! etc.

M. de Mores essaye en tain de parler. Il n'y a plus de réunion

possible et l'évacuation de la salle commence. Nouvelles bourrades, nouveaux cris 11 fait nuit noire dans la rue de la Douane, cl ceux qui y sont jetés par la poussée de l'intérieur ne savent plus de quel cùlé se diriger. Ils se heurtent partout à des agents qui se les renvoient et finissent par en appréhender plusieurs Le désordre ne devait pas s'arrêter là. Tour la première fois depuis les scandales du Panama, l'agitation s'est mani Testée dans la rue. Au moment où M de Morés parlait en voilure, cinq à six cents personnes se sont mises a le suivre en criant : * Vive Morés ! A mort les juifs ! • La police charge cl opère quelques arrestations. La colonne continue cependant sa course cl arrive devant les bureaux de la Libre Parole, boulevard Montmartre, où les «ris recommencent de plus belle; mais sur une nouvelle intervention de la police, les groupes se dispersent en peu de temps. Il paraît que M de Mores va inviter toutes les personnes frappées par les agents à lui apporter leurs plaintes, qu'il fera valoir auprès de qui de droit

Dernier détail : à la sortie du Tivoli, M. Yén»n. très entouré, a répondu aux journalistes qui lui demandaient parqui il avail été requis: — Je me suis requis moi-mi me. J'avais des ordres.

L'Hôpital Péan.

{ii janvier.)

■ ikh matin, à neuf heures, a été inauguré, en présence de loute la Faculté de médecine de Paris, . l'Hôpital international • édifié par l'initiative et aux frais du docteur Péan, l'éminent chirurgien honoraire des hôpitaux de Paris. M. Péan a voulu avoir son hôpital à lui, indépendant de toute attache officiellement dorée, — pour s'y consacrer en toute liberté au soulagement des pauvres malades, a l'instruction de la jeunesse

LE VIEUX l'ARIS. — LE MARCHE Al X CHEVAUX D'après un.- .m. ienne .-«lampe — (Collection fi. Hartmann.) e mardi.- aux chrvaus es! inalallé depuis IS7S à l*.iou?l>- des boulevard' de l'Hôpital et Saint-.Marcel.

médicale, aux progrés de la science et au perfectionnement de l'nrt salutaire dont il est l'un des plus illustres protagoniste*

Dans UM allocution qu'il a adressée a son auditoire, le docteur Pénn a expliqué le but de cette fondation ('et Hôpital intrrnnlional sera ouvert — comme «on nom l'indique- — aux malades pauvres de tous pays, atteint* d'affections chiruriri' nies opérable», lue partie de ne» bâtiments sera occupée par la policlinique, a la disposition de laquelle le fondateur a mis. moyennant descon-

chamhres d'isolement, le cube d'air est le maximum de ce qu'il doit être et la ventilation largement assurée.

I.e « tout à l'égout i est mis en pratique dans les meilleures conditions de salubrité et de commodité.

Mais les deux bijoux de la maison — si l'on veut noua passer celle métaphore — sont l'amphithéâtre d'enseignement et la salle des opérations.

Cette dernière fera l'envie, le désespoir peulèlre. des chirurgiens qui la visiteront.

n\Mmi> KHHNAVT LA MEC tB

Prit .Je Rouie 1896. — Tableau de M. HiraiCKV.

ditions très libérales, des salles de consultations et d'opérations, «les laboratoires et trente-six lit> Mir cent que contient In maison

l'ouï ce que I h \ irîotie hospitalière a pu réaliser actuellement de plus parfait a préside à la constnii-tion et a l .uocnai. uiout do « et hôpital véritablement modèle

EntOUfê d'immenses jardins, il est .vrè et lumineux connue un des établissements >imil.ure- do l'an* l'eau i circule partout, froide etchaudo. et *Ur%Usrt par d ou- io- ux appareil» a soq entré* dans la M*i*OH I. air, appelé du dehors par d<-s calorifère*, est stérilise ègalemaat par son passade A travers des caisses remplies i amiante qu'on purilie périodiquement on la faisant passer au feu

hans les «ailes des malades, ainsi que dans les

Avec cela pas le moindre luxe inutile. I. Hôpital international n'est point « un Versailles de la misère ». comme disait feu Malgaigne de certain hôpital de l'Assistance publique Mais il y a le luxe de l'hygiène et le confortable rationnel que certains des Versailles susdits sont loin de posséder

La nouvelle et si intéressante création du docteur Pêan fonctionne rue de la Santé, il.

La Bagarre du quartier Latin

(3 juillet.)

U\i bagarre a éclate samedi soir au quartier Latin A l'occasion du monôme organise par les étudiants pour conspuer le sénateur

Béreoter.

Au nombre des blessés transportés dans les pharmacies du quartier se trouvait un jeune homme de vingt-trois ans, M. Antoine Nuger, emploie chez MM. V. Laude, More] et C', marchands de nouveautés en gros, rue du Mail.

M. Nuger avait reçu sur la nuque un porteallumettes lancé avec violence par un agent des brigades centrales. H s'était aiïaissé cl deux de ses amis l'avaient emporté. Les premiers soins étaient demeurés infructueux M. .Nuger fut transporté à l'hôpital de la Charité ù dix heures et demie.

Malade depuis trois semaines, le pauvre garçon était sorti samedi pour ln première fois; il n'était donc pas en état de se montrer bien agressif, et — ses amis l'affirment — il s "était montré absolument étranger au tumulte.

Profondément troublés en voyant tomber M. Nuger, ses compagnons n'ont malheureusement pas pu prendre le numéro de l'agent qui a lancé le porlc-allumeltes.

C'est en vain qu'on essaierait de donner le change sur ce point en parlant de rechercher • la

SAMSO.N TOl'RNANT LA MEtLE

Prii de Rome 1893. — TaMcau de M. Trkocut. (Érole des Ueauv Arivj

L'infortuné jeune homme ne reprit pas connaissance A deux heures du matin, une endure énorme survenait, et une heure plus tard M. Nuger avait cessé d'exister.

M. Nuger était venu au café d'Harcourt avec son cousin. M. Albert Boyer, et un de ses amis. M. C.ouzinet.

Attablés paisiblement a la terrasse, du côté tic la place de la Sorbonne, M. Nuger et ses amis, qui ne prenaient aucune part à la manifestation, avaient abandonné leur table a la première agression des agents et s'étaient réfugiés a l'intérieur du café. Us allaient s'asseoir à une table du côté du boulevard Saint-Michel, lorsque le projectile lancé par l'agent est venu frapper mortellement M. Nuger.

personne • qui a fait ce mauvais coup. C'est un agent qui s'en est faiL une arme, et une arme terrible, on le voit Toi.s ceux qui ont assisté aux charges aussi inutiles que sauvages des brigades centrales sur la place de la Sorbonne sont édifiés sur ce point; l'autopsie est une superfèlation.

A huit heures cl demie, deux mille étudiants groupés sur la place de la Sorbonne attendent le moment de se diriger vers le bal Huilier. Deux ou trois gardiens de lu paix font leur apparition : Afsamnt! A$$u**ins! crient les étudiants, et ils entourent les trois agents, qui, ne se sentant pas en force, prennent le parti de remonter le boulevard Saint-Michel. La foule les suit en les invectivant. On arrive rue Soufflol : les agents s'y engagent et les étudiants à leur suite.

t h k * t h F. h e l'ocf.k*. — La Wulkyrie. La demeure de Kundina (4' acte), d'après le croquis original de Joseph Hoffmann. — (Collection de l'Art.)

Mais tout .'i coup quelqu'un crie aux premiers «le la rolonne :

— Vous ne voyez donc pas que les agents tous attirent dans un piège? Lachons-les, et à Huilier Les étudiants laissent alors les gardiens de la paix aller chercher du renfort tout seuls au poste du l'anlhéon et suivent le boulevard Saint-.Micbel

. jusqu'à Huilier en criant : A bat Luzé! A (ma Rrrenijerf

Parvenus devant la porte du bal, ils s'y engouffrent parcentaines. Bientôt il n'y a plus de place L'.ulministrulion fait fermer les portes S lors les manifestants qui sont restés dehors et veulent pénétrer à toute force dans l'établissement pour en exiger la fermeture en commencent le siège. Les pavés empruntés aux matériaux des travaux du chc-

min de fer de Sceaux sont passés de main en main et on les voit peu après venir s'abattre sur la porte, qui résiste cependant à l'assaut.

Cela dure environ une demi-heure. Chaque fois qu'un gardien de la paix se montre, il est salue par les cris de : A**a$*in*! Assastins! Quelques manifestants, trouvant que le siège dure trop longtemps, visent alors les globes électriques, dont

ha H'atkyrir. — muni.

(Rôle do rim nkhii.uk).

D°a|>r»<Hir|iJiotM;ra|ihi<'. — (Bibliothèque de l'Opéra.)

ha Walktjrir, — wotas D'tpret U miqurtU du . osWm- . — • l:.bliolht-qu< do l'Opéra.)

plusieurs; volent en criais Deux minutes après l'illumination du bnl s'éteint et ses portes s'ouvrent pour lnisser passage au public prisonnier dans le jardin. Elles sont ensuite refermées.

Arrivée des Russes à Paris.

(7 octobre.)

Dès la première heure, les rues conduisant à la gare de L.von sont envahies par la foule.

On a élevé contre les murs, d'ordinaire si tristes, de la prison de Mazas de vastes estrades sur lesquelles les curieux ne lardent pas à s'entasser

D'autres estrades de dimensions plus modestes ont été aménagées un peu partout ; enlin de tous côtes sont accourus de braves gens portant des échelles, des chaises, des tables, traînant des voitures à bras et même des camions. En un clin d'a'il tout cela a été garni de spectateur* qui ont patiemment attendu pendant près de deux beures l'arrivée des Dusses.

Ces curieux ont pu suivre tout a leur aise les efforts dune cinquantaine d'ouvriers pour achever dans la rue tic l.von un arc de triomphe élevé presque au dernier moment et sur lequel sclagent des groupes pittoresques.

Les abords de la gare étaient occupes par de forts détachement» de garde républicaine & pied et à cheval* eu grande tenue. La précaution n'était pas inutile: et à plusieurs reprises ces forées se Sont trouvées impuissantes à contenir lu foule.

L'aérés du quai de la gare n'était permis qu'aux délégations officielles; grâce à cette précaution, l'entrée en gare u pu s'effectuer dans des conditions parfaites de dignité et de bon ordre.

A neuf beures. un premier train arrive aux cris de : « Vive la Hussie! i et aux accents de l in mne russe joué par la musique du 4* régiment d infanterie; les officiers russes descendent et se groupent dans le salon de réception pour attendre l'arrivée du second train, qui amène l'amiral Pendant les quelques minutes d'intervalle entre les deux traios, officiers russes et officiers français s'entretiennent îles fêtes de Toulon. On t'aborde de part et d'autre avec une spontanéité vraiment touchante. Chacun veut avoir son Itusse,

lui serrer la main et lui souhaiter la bienvenue. Presque tous les officiers présents parlent d'ailleurs fort bien le français.

Neuf heures vingt, voici le train-amiral avec sa machine pavoisée!

L'amiral Avellan parait; il est salué par de c haleureux vivats, puis il se dirige vers le salon d'honneur.

Successivement la bienvenue lui est souhaitée par

La Watkitrie. — ut moiit nu meoscno (î actkj

H, .pr.s un destin de Km i Ki.w»i. — Colkclion de l'Art )

M Alphonse llumbert, président du conseil municipal; par M Poubelle, préfet de la Seine: par le général Chanoine, président du Cercle militaire, et par M Cou jrui. maire du douzième arrondissement

L'amiral, fort ému, répond par quelques mots, dans lesquels il se félicite de lu mission que lui a confiée l'empereur. Mlle Coujon offre à l'amiral une superbe gerbe de fleurs.

Le cortège est assez long à se former pour monter en voilure.

462 PARIS DE 1800 A ItOO.

thkatrk DE i.'opkba. — La tt'alkyrir.

Décor du 3* a< te. — D'après ;« dessin original do M. CabpbzaT. — (liiuliolhéquo do l'Opéra.)

les ollieiers russes. la population parisienne leurs fait un accueil enthousiaste, on peut assurément dire qu'aux environs de l lilvséc, à quatre heures, eet enthousiasme s'est changé en délire.

l'ne lionne part des applaudissements et des vivats revient a M de .Mohrenheim. (Juand l'ambassadeur, <|iii avait déjà été acclamé le malin à la sortie de l'église russe, est arrivé dans m>u lamlau découvert, accompagné du baron Kot'fT. les acclamations on) retenti de Inities paris. La garde présente les armes, le clairon sonne aux champs. La foule parait comme enivrée : elle crie a tue-lètc, agile les chapeaux et les mouchoirs, jette des (leurs, et M. de Mohrenheim, ému, mais rayonnant, se soulève et salue la foule.

(Juclipics minutes après arrivent les oflicjers; mêmes transporta 'h* joie, mêmes cris d'allégresse. Les Russes répondent de même l'a- on : ils se conforment à la noie, (Juelques-uns sont plus réserves; mais il en est deux ou trois qui laissent couler leurs larmes.

A leur orrivée à l'Llysée, l'amiral Avellan et les officiers russes sont conduits par M Mollard. introducteur des ambassadeurs, et le colonel Hulslcin, dans le salon du rez-ile-chaussée, où lea attendent M de Mohrenheim et le personnel de l'ambassade de Russie.

Ensuite ils sont introduits dans le grand salon du premier, où les attend le président de la République, entouré de .MM Devcllc, ministre ries

Pendant tout le temps que dure son organisalion, la foule massée dans les rues voisines ou aux fenêtres acclame les Russes.

Si «huis lu journée, partout où se sont présentés

Il'aprt* lit imq ne) du co-tumf.

(Hii'iioiii. .|n« de rtWraL

1> A n I S SOUS LA TROISIÈME RL'I>L'BLIQUK

Si.

Page 1