‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècleChapitre 38 sur 441 · PARIS SOUS LÀ TROISIEME R K I' U B L I Q U K · texte numérisé non relu

PARIS SOUS LÀ TROISIEME R K I' U B L I Q U K

tions, également vitales : sous quel gouvernement Paris va-t-il s'éveiller quelque matin ? on ne le sait pas encore. Toutefois un des prétendants en présence vient de se retirer avec éclat : le comte de Chambord, par une lettre rendue publique le 1" février, déclare qu'il ne consentira pas à « devenir le roi légitime de la Révolution ». — D'autre part, l'aigli' impériale renaltra-t-elle de ses cendres? Le 26 octobre, le prince Jérôme se rend à Paris, en contravention à l'autorisation qu'il a reçue de traverser la France; M. Thiers lui fait intimer l'ordre de quitter le territoire français; sur son refus, il est arrêté et conduit à la frontière suisse. Ironique retour des choses de l'histoire : le même homme chasse le neveu après avoir écrit en faveur de l'oncle une apologie enthousiaste!

Pendant que ses destinées politiques se jouent ainsi au-dessus de lui, le peuple de Paris, en vrai badaud qu'il est, assiste à la reconstruction des maisons détruites ou brûlées. — Que de plaies a panser sur le corps de la pauvre meurtrie : trous béants creusés par les obus ennemis, ruines fumantes amoncelées par les mains de ses propres enfants! Mais Paris refera ce que Paris a défait. Voici que de tous côtés s'élève le bruit du travail répa-

rateur. Le Limousin est, encore une fois, maître et roi de Paris! Dans la rue de Rivoli, la maison Dotot, brûlée au moment de !n Commune, est rebAiie. A côté d'elle, le magasin du bijoutier Cardeilhac. qui, longtemps, expo sera dans ses nouvelles vitrines les bijoux désormais historiques ramassés sous les décombres, débris noircis, tordus, à demi fondus dans les flammes de l'incendie. Tn peu plus loin, les bâtiments de Pygmaiion, victimes eux aussi, en partie, de la redoutable émeute, s'élèvent de nouveau, plus vastes, plus riches, plus grandioses qu'autrefois. Les monuments publics ne sont pas oubliés : un concours est ouvert pour la reconstruction de l'Hôtel de Ville; et celui qui, dans quelques mois, sera chargé d'en diriger les travaux, l'architecte Ballu, est dès cette année élu membre de l'Académie des beaux-arts (avril 1872).

Dans tous les domaines, une expansion de vie plus pleine, plus facile et plus libre se fait jour. La littérature et l'art, renouvelés dans leur inspiration par les récents événements, prennent un remarquable caractère de sincérité et d'émotion. C'est celte année même qu'Edmond About, au cours d'un voyage privé en Alsace, est arrêté par la police prussienne; remis en liberté après une or-

68 l'A H 1 S DK 4800 A 1900

l,KS RK< KI'TIONS tlK M. THIKHS Al PALAIS DK L'fcl.VSKC. J LU IUNBH lit' COIU"t DIPLOMATIQUE, h. —m «le VI. Li\, d'«|iW - I* cruqnii .lr M. iiilbi-rf. — (Hibli<.lli<"que PrttOMtlf.l

(lonnance de non-lieu, il fait para (Ire quelques semaine» plus tard son livre patriotique sur l'Alsace I n jeune peintre, Kdouard Detaille, destine au Salon de 1872 un tableau intitulé les Vainqueurs et représentant les pillards qui suivaient les armées allemandes; mais, par ordre supérieur, le jury doit refuser cette œuvre à laquelle il accord»' néanmoins une médaille de 2* classe. Un jeune mu-

HBCEI'TION l>B L'AMBASSADE BIBMANE

Par h Président de la République.

D'.iprci un deuin de l'époque. — (HiLliotlirque ottirmalo.)

sicien. J. Massenet, fait jouer ses &-èues l>iltore.«jite.s, évocation des bords du Itbin el des mœurs patriarcales des provinces perdues.

Et l'opérette? l'opérette qui a, dit-on, tué l'empire, e-t-ellc morte avec lui:' Non, l'opérette n"e>l pas morte : celle année même. Sardou et l iffenbach donnent à la (ïallé le Uni Carotte, opéra-bouffe en quatre actes et vingtdeux tableaux. Les Variétés reprennent les (Unit Vierges, de Ch. Lecoq, représentée» à Bruxelles l'année précédente, elles se préparent a accueillir In Fille île Madame Angol ..

Puisque l'espoir est revenu, on ne saurait proscrire la gaieté. Il faut rendre à Taris celte marotte enrubannée et légère qu'il sait agiter avec esprit et avec grAce au milieu môme des tàcbes les plus austères.

C'est le refrain populaire qui a raison, dans sa joie bon enfant :

V'ià 1' travail qui r' prend, Espérance, confiance!

\ là 1' travail qui r'preud...

Paris sera toujours grand!

Cb. NoftUAXD.

LES ÉCHOS DE PARIS

kl MARECHAL POHEV.

Décédé à Paris lo 2u juin 1872.

D'aprèt un'' photographia de M. Di»d>kj,

Le banquet des Croque-Morts.

Lk repas ii été d'une cordialité charmante et •l'une grandegaieté Rien de plus facétieux mie les gens condamnés aux métiers lugubres. Dés qu'ils le peuvent, ils se rattrapent Le moindre cro<|ue-morl est d'un tempérament plus fohllreàluiseul que Molière et Paul de Kock réunis. On ferait tout un «M avec les bons mots et les calembours qui ont été ilébités entre la julienne et le pnuw-cafè C'était un feu roulant île plaisanteries a donner le vertige aux garçons ahuris Le doyen Moreau, homme très distingué, qui célébrait ce soir sa cinquantaine de croquc-morl. sait par cœur le répertoire de Déranger et de Désaugïera. Il a chanté au dessert, d'une voix mordante et avec beaucoup de goiU /*■ Corbillard, d'Armand llouffé, une chanson classique de nos pères :

Que j'aime A voir un corbillard!

Ce début vous étonne?

Mais il faut partir lot ou lard

Lo sort ainsi l'ordonne.

Kl, loin de craiodru l'avenir.

Moi, dans cette aventure.

Je n'aperçoit que le plaisir De partir en voituret

THÉÂTRE Dr QUARTIER SAINT-MARCEL.

D'après une estampo de l'époque. — (Collection G. Hartmann.) Le quartier Saint- Marcel fallait autrefois partir du XII' arroo distenent el dcrait «un nom a l'éfli** fondée, tuivant h lé gende, par Roland, nereu de Qurlrmagiie. Cette église fut détruit* en (p-ande partie par le- Normand», reconstruite au xi« noir et démolie definitivenu nt en Igoo. la petll tuéAtre dont il •'•git ici n'eut qu'une cvi- tente temporaire et il n'en est guère fait mention dani Ira document» de l'i1poqoe.

On juge de l'enthousiasme qui a accueilli ces couplets. Emoustillé par le succès du doven, un jeune employé des pompes funèbres, qui a des antécédents littéraires, car il collabora jadis aux journaux du quartier Latin U Bohème et le Triboulet, a improvise une strophe pleine de fines allusions, en voyan t apparaître sur la table le fromage dit U'te île mort. A partir de ce moment l'enthousiasme s'est changé en délire, el les convives se sont précipités dans les bras les uns des autres en versant des larmes d'attendrissement.

Si je parviens a me procurer ce morceau de poésie, je n'en priverai pas mes lc<

que les éditeurs se le disputent. Il aurait déjà paru dans le Figaro si le reporter de ce journal, venu pour étudier ïwcoanifo le banquet, n'avait été découvert sous le tablier blanc du garçon et évincé avant le hors-d'ecuvre.

Un incident s'est produit. Un orateur révolutionnaire, perverti par la fréquentation des clubs pendant la Commune et par la lecture du Rappel, journal favori des croque-morts, s'étant levé pour proposer une grève générale de la corporation, a été remis à sa place par le docteur X ., qui s'est bien comporté en celte circonstance

• Mes amis, mes auxiliaires, a-t-il dit d'une voix émue, ne mêlons pas des pensées de discorde aux joies de cette réunion fraternelle. La grève ne pourrait être qu'une entente commune entre nos deux grands corps étroitement unis, dont l'un est représenté ici par moi seul Oue diriez-vous, que deviendriez-vous si nous notiR mettions en grève sans vous prévenir? Aj-ez pour nous les égards que nous avons pour vous-mêmes.

EXPÉRIENCES t>E TRAMWAVS SKTKlE LARMOIJAT AU TROOAhÉRr, EX PRÉSENCE l>E M. LE PRÉFET DR POI icti. De«<in de LaRÇ»*. - iHibliofhrque Mtioaafo.)

CremorM, gagnant du oranp prix ne paris (1872). (Collection K nUuil-loniirkampt). - Cremernt «tait monté p.,r le jockey Maldmrnt )

leurs un affirme messieurs, et continuons à travailler les uns pour les autres. »

Ce tpeech en style académique fut salué par des applaudissements unanimes, et un convive plus transporté que les autres s'écria en levant son verre :

• A la santé du docteur X .. !

— Silence! lit sévèrement le docteur: on ne boit a la santé de personne ici ! »

Bkrnadiiie.

Les fontaines de Sir Richard Wallace.

IL existe à Londres, dans tous les quartiers, mais surtout dans les quartiers populeux, des fontaines établies par des dons ou des legs, qui distribuent abondamment aux passants une eau fraîche el pure.

DanB les chaleurs, «les la<lies el des gentlemen ne dédaignent pas do venir se rafraîchir au gobelet populaire en métal toujours entretenu propre et luisant.

Sir Richard Wallace, qui, dans des circonstances difficiles, a donné à la population parisienne des marques de dévouement, a voulu doter la capitale de fontaines semblables à celles de Londres.

M. Richard Wallace a eu la première idée de ces fontaines au mois de septembre 1871. Après s'être assuré de l'acceptation de la Ville île Paris, il en a fait la commande a M. Lchourg. Le sculpteur n'a pas mis moins de sept mois a terminer les deux modèles C'est M. Oarbezat, fondeur, qui a èlé chargé de les exécuter.

Ces fontaines, dont la première a été | élevée boulevard du Combat, prés de la Villelte. sont de deux modèles : un grand et un petit. Le grand modèle, de 3 mètres haut environ, se compose d'un socle de granit

LHOriTAL NKCIEI .

D'après photographie. — (Collection Charles Simond.)

Vipil.il Nt-rkcr, rue d« Sévre*, IM fond» a* 3), fut fondé, par la (f mm. du minl'lre H* ce nom (1778).

de d'attributs mythologiques. Ce socle est surmonté et d'une sorte de dôme en campanile, soutenu par quatre cariatides slvle Renaissance. Du centre du dome s'échappe un filet d'eau qui tombe dans une vasque placée entre les quatre cariatides: aux quatre faces de la fontaine sont attachées par îles chaînettes des tasses en métal destinées aux buveurs. Le petit modèle consiste en une fontaine d'applique, destinée à être fixés le long des murs dans les rues des quartiers populeux. Il figure des tritons en relief; l'eau s'échappe au sommet d'une naïade et retombe dans une vasque en forme de coquillage

Chacune des fontaines que M. Richard Wallace vient d'offrir à la Ville de Paris coule, non posée, 675 francs en moyenne. Les frais de pose sont à la charge de la Ville de Paris

Le nombre des fontaines étant de KO, M Richard Wallace fait donc A la Ville un cadeau qui lui coûte 54.WK) francs en chiffres ronds

Nous avons vu autour île ces fontaines déjà établies, les ouvriers faire un véritable succès an nouveau cadeau du célèbre philanthrope. C'est a qui goûtera à cette eau de la IHiuvs si claire el si fraîche.

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