PAUL BOURG KT
l*o l'Académie fran<:»is«. — {Grararc <la Supol. Clalrault et O.) (IVaprvi une photographie.)
lamartinien. — On ne dit jamais cela de Victor Hugo : il n'a que Vacqueric à sa suite! C'est (►eut-être un éloge d'être inimitable — M Hubert de Montesquiou. poêle verlainien, s'est fait pardonner sa fortune; M. Jean Moréas a fram-isé à la moderne le si vie roman, ce qui ne le rend pas plus clair que les poètes romanisants du midi de la France. Mmes Tola Dorian, la comtesse de Noailles, MM. Saint-Ceorges de Bouhélier, Fernand Hauscr. et autres que je ne n'oublie pas à dessein, ont pris l'étiquette de tiatu l iste*. — Ce qui ne les empêche pas d'avoir du talent.
Il me faudrait une anthologie pour n'omeltrc personne. Le plus bel éloge qu'un ami ait pu faire de cerlains poètes symbolistes, c'est qu'ils font beaucoup penser, « tant ils manquent de clarté. »
TABLEAU 1)K l'ARIS SOUS LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
Les Belges cl les Bretons ont exercé aussi leur influence sur ce mou veinent poétique original — moins décadent peut-être qu'il ne voudrait le paraître. — M. Emile Hoissier, un Breton, a fort heureusement pratiqué, dans Soir de ceniliimje$, un rythme chantant qui, à l'œil nu, ressemble à de la prose. La rime n'y revient que comme un son lointain et rythmé, et encore s'en passe-t-on, quand elle peut nuire à l'intention du poète, qui ne recherche que le mot. l'harmonie et la couleur cadrant le mieux avec l'effet qu'il veut rendre. Ce système nous vient peut-èlrc des réalistes du siècle passé , qui tendaient à supprimer toute superfétation dans l'art Des maîtres l'ont adopté pour leur livrets d'opéras ou d'opéras -comiques, dont la musique échappe, malgré eux.
à la coutexlure du texte. Pégase ne se laisse pas toujours mellrc au vert, — ni môme à la prose riméc ou rythmée, Nous avons déjà nommé Kodembach parmi les Belges. On ne saurait oublier Verbœrtn et Maeterlinck
Jl I.KS LE De l'A en li'1 11 lie française.
Nous sommes un peuple généreux, de tout temps ouvert à l'invasion, excepté en 1861, où le snobisme ferma brutalement les portes a Richard Wagner. 11 les lui a largement rouvertes depuis. 11 se peut que le célèbre compositeur ait été un révolutionnaire et même un rénovateur en musique ; mais ses livrets ne remueraient pas les foules. C'est de la légende des siècles.
On ne pouvait rencontrer un Français qui se piquât de littérature, il y a une quinzaine d'années, sans qu'il vous citât Schopcnliauer. • Ils en ont plein la bouche, disait déjà Sainte-Beuve, quand ils parlent d'Henri Heine • — et il prononçait a l'allemande, lloini, pour mieux faire sentir l'ironie. Toutes les littératures du Nord ont fait
irruption dans notre pays sous la troisième République, Nous avons eu, à la fois Dostoïevski, Tolstoï. Ibsen, Bjœrnsnn, Hnuptmann, Sudcrmann. Strindberg Leur symbolisme (un mot qui répand la clarté) a fait école dans notre jeune littérature; on en achdliè ce qu'on appelle élégamment notre rouerie. Un grand maître de l'Université, M. Edouard Lockroy. ne craignit pas de les opposer à notre vieil enseignement classique, à une distribution des prix du Concours général. On
se demande ce que durent en penser nos vieux professeursblanehis sous le harnais. C'est à donner raison à M. Brunetièrc, dont le culte raisonné pour Bossuet assure au moins un terrain ferme et solide à celui qui le pratique La mer latine, délaissée, pour les glaces septentrionales, comme si la France n'avait pas aussi ses brumes, son Senancour, le père
d'Ubermaun . remis en lumière et réhabilité de nos jours par Jules Levallois!
Un autre effet de la liberté fut 1'inuiscrétion à outrance et l'ignorance ou l'oubli des '-onvcimni es. qui sépar ait déjà le monde ancien du nouveau. On fouilla dans la vie privée des grands écrivains, comme chez soi, sous prétexte que leur vie publique les rendait justiciables de l'opinion, jusque dans leurs replis les plus intimes el les plus secrets, qui n'eussent pas intéressé, il est vrai, au même degré chez do simples particuliers. Il n'y eut plus que des maisons de verre, et tout ce qui. en d'autres temps, aurait été réservé pour la postérité, fut exhumé avec une totale absence de politesse et de sens moral. On eut dit qu'on publiai! les papiers de la Bastille. Les lettres d'Alfred de Musset à Ceorge Sond avaient été soustraites à la badauderie maligne qui les convoitait, mais l'aventure de Venise fut révélée par la suite dans tous ses détails, avec correspondances à l'appui. On ne se le serait pas permis à l'égard d'une bourgeoise, que la loi aurait protégée.
MA1TBC
— (Cliché le N.i.l.ir.)
l'n ancien secrétaire de Sainte-Beuve, qu'on a confondu avec un autre, publia un livre brutal, dont se scandalisèrent les salons, selon que telle ou telle inconnue, suffisamment désignée par l'auteur, avait fait partie de leur monde un se souciait bien d'Adèle ou de telle autre, étrangère à leur coterie! C'était à rendre sceptique sur tout le bruit fait autour du livre de .M. Cous, Sainte' brute et te* inconnues, par un article d'Albert WolfT, dans te Fiijaru, qui étendît la tache
Kdrnond de lioncourt, avec sa fanité maladive, voulut connaître de son vivant la gloire posthume, et publia le Journal sur lequel son frère et lui enregistraient le moindre indice révélateur des hommes et deB chosea. surpris dam l« journée. Ce livre aurait gagné à être publié deux cents ans plus tard!
comme le Journal de Mathieu Marais, ce bourgeois ■lu dix-septiéme siècle, ami de Molière et de lioilcau Dans le moment même, M. lté ri an se fâcha tout rouge de* propos de table qu'on lui faisait tenir aux dîners Maguv.
et il n'y avait pas que M. Itenan don!
on interprétait les gestes et les pansées Les Concourt notaient tout i'c qu'ils entendaient duc Ce système a pour premier inconvénient l'inconvenance même qu'il y a à publier, sans apprêts, des conversations où l'on s'abandonne sans déliunce.
Ui.no. HM.EVV Autour •Iranuliqu* et roironricr.
|i'»j.rci le iihMhiIIoii «culpti1 p»r Ringrl d'lll/»ch. (G>ll<-cUon d> r.lrt.)
a tenus
I. ombre de Sainte-licuve plane meure assez sur la critique conlem|>oraiuc, pour qu'il soit permis ti en reparler, bien qu'il soit mort depuis plus de trente ans 11 n'appartient pas à la troisième République. I.a littérature a eu le temps de se renouveler. L'a-l-ellc rail? (In aperçoit plus d'individus que de groupes; il y a anarchie intellectuelle l'eut-èlre est-ce bien là ce qu'on a voulu, et la devise des Auteurs dramatiques : i:nis tl /.i6rr*,csl-ellecellcde In littérature ao lu. llc II n'y a plus entente commune des Lettres pour le bon motif, qui était, chez un esprit encyclopédique comme le causeur des Lundis, ayant reçu en naUsanl la tradition directe du dix-huitième siècle, une sorte de chaire publique, ouverte dans le Con*litutionnrt 11 est loin le temps où la religion
des Lettres tenait lieu de tout, où l'on s'enfermait huit jours pour faire un article, où l'on n'avait d'autre souci que la perfection du fond et de la forme, où l'on ne s'attachait qu'a la sincérité «le l'expression et de la pensée, où l'on pesait l'impondérable, où l'on mettait tout son art et toute sa science à atteindre le rrni, qui fuit toujours et se cache sans cesse : où l'on observait l'équité de ton, même envers ses adversaires, que I'od ne contentait pas toujours; où l'on nécrosait pas que frapper fort fut frapper juste ... M. Gustave Lan son — un laborieux pourtant, mais qui n'a pas connu les difficultés inhérentes à ces temps antiques — s'est avisé de trouver, dans les Lundi», « un déplaisant parfum de servilité. • «Jui sait si l'on n'en découvrirait pasaiilanldans Itabelais et «l ins Molière? C'est méconnaître le caractère du critique q u i n'attacha sa vie qu'aux Lettres et ne dut rien qu'a elles. Il a très souvent vengé le goût et l'esprit, et c'est ce qu'on a pris pour des rancunes littéraires.
M Gaston Dcschamps a continue, au T< i»/>», la succession de Sainle-Meuve et d'Edmond Scherer et la partage dignement ave. M. Albert Sorel. Orateur de talent, il a sur ses deux prédécesseurs l'avantage, que donnent la jeunesse cl les facilités modernes, de pouvoir promener la bonne parole dans les deux mondes. Il nous au courant des progrés intellectuels de l'Amérique, où il était allé montrer une France qui n'est [pas relie que les étrangers pourraient croire, d'après ses chansonniers de Montmartre et sa littérature dépravée. U était lui-même le témoignage d'une France ni béotienne ni abdériluiuc.
On agace ou l'on irrite, aujourd'hui, quand on s'avise de revendiquer Hèranger comme poète. Les Parnassiens ne veulent pas en entendre parler, et les partis avancés ne veulent rien connaître du passé bonapartiste. La même réaction se produit actuellement contre Voltaire, bien que M. Emile Ollivier ait rappelé éloquemment les titres de ic grand initiateur à la reconnaissance d»>s amis du bon sens et de la tolérance, dans sa réponse à M. Emile Faguet, reçu par lui de l'Académie française. M. Kaguet s'est entouré d'un cer-
clc d'élite en prenant pour cible le dix-huitième siècle, comme faisait autrefois M. Nisard avec la littérature facile. C'est une nouvelle orientation de la critique. N'étant ici qu'historien, je me borne à l'enregistrer.
il. Lavisse a créé d'autres courants, que je ne me charge pas d'analyser, parmi la jeunesse des écoles, où il est très populaire.
C'est le défaut de notre temps. On ne prend plus la peine d'analyser, on tire de grandes lignes, et les entre-deux sont trop souvent remplis de contre - vérités, ou d'à-peu-prés, qui remplaceront peut-être de vieilles vérités qui ont fait leur temps On en a beaucoup démonétisé déjà pourdes besoins de casuistique nouvelle : la vérité immuable se retrouvera toujours nu fond des Archives, comme nu fond d'un puits, si le temps ne les détruit pas ou si elles ne sont pas bridées 11 faut tenir compte aussi des déviations de l'histoire. L'i<lée > I ii on s'était l'aile de la Révolution, d'après M. Tbiers, est autant en contradiction avec la nouvelle synlhésequ'ena tirée l'auteur des Oritjines Je la France contemporaixe, que le portrait de Napoléon I", qui brouilla Taine avec les avants droit du grand homme, s'éloignait du type traditionnel. Ce nouveau portrait •le l'empereur sera peut-être ressemblant dans trois ou quatre mille ans, quand le héros sera passé à l'étal de l'haraon, et que quarante siècles le contempleront a son tour Déjà les photographies lui donnent un faux air de l'acteur Duquesnc. dans Madame SûtU-GèHê. — Heureusement les livres de M Krédérie Masson sont là pour redresser la vérité morale.
.Xajmléon a-t-il clé um homme heureux* Sous ce titre suggestif. M. Philibert Audcbrand s'est fait l'avocat du pour et du contre dans un livre où la question est débattue entre gens d'esprit, d'expérience et de savoir, comme l'auteur même, qui
causent sur de graves sujets, à la manière antique, celle de Xéuophon dans les Memoriahili*. Celle façon libre et dégagée de soupeser l'histoire a permis a l'écrivain, qui connaît bien son Napoléon, de le montrer, comme en se jouant, sous des jours psychologiques, conformes à la vérité historique, qui ressort tous les jours îles Mémoires du temps et des livres de M. Masson lui même On ne peut pas en conclure que Napoléon ait été un homme heureux.
m, luu.Y-rNnouuaM De l'Académie français*
(Uicllr li. utllll^-r.)
L'immense aventure de l'Empereur, comme dit M.
Lançon, a été l'objet de tant de publication s depuis la troisième République! I.esccndres dormaient en paix aux lova liâtes; on les a remuées. Les Mémoire* de Mme de Rémusa t donnèrent lieu à une rèfulalion ghbaU de la main du prince Napoléon, qui fil paraître le livre de .Yri/w/e'nn et *e* détracteur*. Le général Marbol se contenta de rester soldat dans ses Mémoire* militaires. Puis, on eut ceux de Talleyrand.qui ne pouvaient être sincères Le chancelier l'asquier, qui fut un honnête homme sous tous les régimes qu'il servit, a plus nui au prestige napoléonien par le ton modéré «le ses Sonmiirs que s'il avait écrit de parti pris contre celui dont il avait été le préfet de police.
En même temps, M. Henri lloussaye rattachait Napoléon à la démocratie césarienne par son récit du retour de l'île d'Elbe Je ne sais s'il lui a été raconté que Napoléon, avant de quitter l'Ile d'Elbe, voulut entendre la messe. Je le liens d'un membre de l'Institut, à qui le récit eu a été fait dans sa jeunesse, à Toulouse, par le capitaine retraité Aieard, qui avait fait partie de la garnison de l'Ile d'Elbe.
On a entretenu tant qu'on a pu la légende, les uns pour la tuer, les autres pour la faire revivre.
Ce retour à l'épopée impériale tient surtout a l'intérêt qui s'y attache, et ne prouve que le goût du public pour les crttés anecdotiques de l'histoire. Louis XIV et Napoléon préféraient les grandes avenue!'.
On cherche un Saint-Simon dans le dix-neuviéme siècle, et on relit celui du dix-septième. Tout ce qui nous fait pénétrer plus avant dans la connaissance concrète des temps passés et modernes relègue un peu plus la fiction, qui n'est pas tenue à tant de réalité.
Il faudrait encore faire la part îles stations intermédiaires, jetées par les monographies sur la grande ligne de l'histoire générale. Il en est sorti de nombreux et importants travaux, qui complètent les historiens cl les rectifient quelquefois. Le Kddier. de M. Albert Tournicr. jette un nouveau jour sur l'histoire de la Terreur. Le livre de M. Antoine Guillois sur les Idéologues dAuteuil, rend la figure de .Mme llelvétius encore plus aimable.
Les Correspondances de Sainte-Beuve, de Mérimée, de Cicorge Sand, de Flaubert, de Victor Hugo ont contribué à mettre le goût de l'indiscrétion en appétit, et elles l'ont quelquefois déçu. L'histoire des salons au dix-neuvième siècle en apprendrait davantage, mais celui qui l'entreprendrait devrait tenir compte de nuances qui excluetit toute rudesse et que seul peut rendre un observateur, doué du double talent de paslellisle, In plume à la main.
L'accroissement rêvé aux Lettres par Sainte- Beuve, qui voulait étendre en tous sens le ilomaine de la Critique, s'est opéré, dans la science, avec les travaux des Claude Hernard. des Pasteur, des Berlhelol, les traductions de Darwin, par Mme Clémence Royer 11 faudrait une plume spéciale pour les énumérer tous. A ne l'envisager que s ' mis le rapport littéraire, M. Charles Lenthéric est un écrivain de grand talent, qui a vulgarisé la science. Il en a été le Fontenellc au dix-neuvième siècle. M Camille Flammarion s'est lancé dans l'inconnu. M. Charles Itenouvicr nous ramène nu positif de la philosophie scientifique, qu'il a créée, selon les données d'Auguste Comte, déjà tamisé et clarifié chez nous pur Littré, et qui nous revient aujourd'hui de l'étranger.
M. Villcmain était autrefois le maître du genre dans ses rapports littéraires et académiques. M. Créard apporte la même finesse dans ceux qui sont de son ressort, et M. Gaston Boissier. secrétaire perpétuel de l'Académie française, applique à l'érudition latine le talent d'un écrivain qui veut faire aimer ce dont il parle. A ce point de vue. les belles-lettres, tant anciennes que modernes, ont progressé : elles ont gagné en affabilité et eu amabilité ce que les Lenient, les Kmile Deschanel, et toute la Sornonnc et le Collège de France actuels leur ont fait perdre de sécheresse et d'aridité
On ne peut, somme toute, rien présumer de ce que sera le vingtième siècle, qui aura ù regarnir les cadres * Morts sont Ogier et Charlcmugiic! »
dit une vieille chanson de geste. Morts aussi les Augustin Thierry, Guizot. Thiers. Villemain. Cousin, Emile Deschamps. Littré. (Juinet. Sainte- Heuve, Musset. Banville, Lamartine. Leconte de Lisle, (ieorge Sand. Vaequerie, Flaubert, Daudet, les deux Concourt, Victor Hugo. Michelet, Renan. Alexandre Dumas père et fils, Emile Augier. Jules Janin, Jules Simon, Champfleur.v. Théophile Gautier, Barbey d'Aurevilly. Philaréte Chasles, Baudelaire, Monselet, Arsène Houssaye!.. Et je ne les nomme pas tous. II y faudrait presque tout le Panthéon-Nadar, dont la plupart ont disparu. — « Evidemment, m'écrit un vieux lutteur du siècle dernier, cet exode vers les Champs-Elysées a une signification. Cela annonce la fin d'un monde et la venue d'un monde nouveau ... • La nature, en effet, a l'horreur du vide, et nous ne verrons ni la liquidation sociale, ni la liquidation littéraire.
Jules T ROI* BAT.
La mode sous la troisième République.
Une grande guerre, trois expositions universel les, diverses histoires tristes ou gaie», c'est, en ses grandes lignes, la troisième Bépublique, que de bons esprits révèrent athénienne. Pour ce qui nous occupe spécialement , la mode, les goûts, l'esthétique générale. le bon genre, il n'en va pas sous la troisième Bépublique, comme sous les précédentes monarchies, d'un seul tenant, d'une orientation unique. Nous aurons, de 1870 à 1880, un relent de l'Empire, une prolongation de cascadetles et de flonflons, car la gaieté ne meurt point d'un coup. La guerre avait cependant interrompu bien des amuseltes : mi avait oublié la parure, les bals : même on s'était intéressé a cette vie dure d'un siège ou d'une invasion: on avait, chez les élégantes, cherché une livrée de malheur, la toilette congruante aux choses. Ce fut alors une jolie pensée et une attrayante coquetterie que de s'improviser infirmière, que de se montrer simplette, sombre, noire, avec, à son bras, la croix de Genève, fût-on duchesse et. millionnaire El les exilées, celles qui avaient gagné la frontière ou les campagnes lointaines, arboraient la tenue de deuil, le waterproof dolent venu d'Angleterre et, par-dessous, la robe de cheviotte aux tons minables. Puis il y eut la liquidation, l'année des grands deuils, où tant de veuves, tant d'orphelins vécurent; où, sous l'œil du Barbare, on avait honte de sourire. Mais ce recueillement fut relativement court En trois ans. la société a merveilleusement oublié: elle se retrouve, se reconstitue; les anciens fringants des Tuileries ne sont point irréconciliables; ils reprennent , non pas les quadrilles d'Offenbach peut-être, mais leur trantran du monde: il le faut bien pour régénérer la nation, refaire ses finances, et faire vivre les petits.
Ce sont là des paroles que ni Worth ni Félix ne trouvent sottes L'esthétique de ce beau monde s'est alourdie cependant, comme si. au contact des Prussiens, quelque chose de « lent, de long.
de lourd • se fut infiltré aux veines. Voyez les élégantes de 1871 ou 1872 : elles ont la taille sous les bras à l'allemande, de larges corsages, une tète petite et dessus un chapeau biscornu et vilain à rubans démesurés. Par en bas, une jupe large, ample, étoffée, que les dames de Nuremberg eussent rêvée Par une singularité restée de l'Empire, un certain retour se fait vers la crinoline, mais on n'ose pas aller trop loin : les anciens sarcasmes effrayent; on se contente d'une tournure de crin, dont le nom vulgaire est dans toutes les bouches. Pour les soirées ou le théâtre, les femmes sont ainsi affublées; c'est dans un semblable appareil que la duchesse de Magenta reçoit à l'Elysée, et que Mlle Massic joue au Gymnase dans une pièce de Meilhac et Halévy. Quant aux hommes, peu de changements; ils ont la redingote, le frac, le veston : leurs chapeaux sont hauts, mais ils ont un pardessus à sous -pieds inventé sur le modèle prussien de la longue capote de guerre.
Les Prussiens nous ont battus, ils nous imposent moralement leurs harnais. Gavait été après la bataille de Poitiers, en U156, la même histoire en l'honneur des Anglais, et après Kosbacb l'identique besoin de poudrer les perruques du grand Frédéric. Qui ne se rappelle la • galeuse », ce manteau de malade, couleur feuille morte, tout à fait semblable aux manteaux du fantassin du prince Fritz ? Ce fut pendant bien des années l'unique • pelure • admise: c'était le genre, le chic, le ton de s'en vêtir, même pour les galas, et, dans la célèbre histoire du pardessus de la Présidence à Versailles, nombre de gâteuses se mêlaient aux pelisses fourrées.
Nous ne convenons pas que le temps ait si vite couru; il ne parait pas aux plus philosophes, a ceux qui raisonnent et qui savent, que ces temps fussent maintenant si reculés. Il suffira pour s'en convaincre de reprendre un journal de mode, ou les prospectus du Bon Marché. C'est la folie, l'antiquaille, la bataille de Bouvines! Lorsqu'on aperçoit dans ses atours de soirée, avec un échafaud de cheveux, une tournure grotesque, une robe drapée comme des rideaux de fenêtres, Mlle Scssi, ou Mme Gaulhereau, on dirait que jamais telles horreurs aient pu ravir le goût et faire la joie des yeux. Alors on comprend tout ; après cette constatation, rien en fait de mode ne peut être monstrueux, ni antiesthétique; on admet les vertugadins de la reine Margot, les paniers de la reine Marie Leczinska, la coiffure à la Belle-Poule, les peignes à la girafe, les crinolines folles de Cora Pcarl. Il est certain cependant que la révolution du cycle suranné est loin pour ce temps, et je n'imagine point encore le couturier qui s'en ira chercher là- dedans des inspirations ou des motifs. Et cependant toutes ces fagoteries, ces abominables machines sans art, fantasques, allemandes, plaisaient; elles m'ont plu, elles vous ont plu. Des femmes fort douées ont proclamé que rien n'était plus seyant et distingué, et je me rappelle encore, aux vitrines, une Léonide Leblanc ainsi présentée qui semblait aux collégiens la merveille du inonde.
L'Exposition de 1878 a changé tout cela. Au lieu du chapeau de femme un peu singulier, retourné en arrière et laissant tomber ses rubans en écharpe, c'est une petite capote aplatie sur le front, livrant passage A de légers frisons de cheveux ; c'est la tête rapetissée toute, serrée, comprimée.
Et la robe s'est débarrassée de ses draperies en rideaux de théâtre, la tournure a fui ; le corps s'est allongé, aminci ; la ligne générale est élancée, mais l'équilibre d'en haut est mesquin, la coiffure a des maigreurs. A partir de maintenant et pendant quelque temps, toute l'industrie des couturiers va consister à brider la marche, à empêcher dans une robe- fourreau les jambes d'évoluer & l'aise Ce n'est pas d'hier qu'un misnnthrophe déclarait la mode « l'art de se joliment emprisonner le corps ». Aux environs de cette exposition de 1878, qui fut un triomphe, la mode des femmes impose de telles contraintes, et c'est en marchant à tout petits pas, en n'osant forcer, que tant d'élégantes se pressent au Trocadéro et au Champ-de-Mars.
D'exagération, la chose devient jolie; l'année du grand hiver, en 1879, une femme a dans un salon la figure d'un tronc d'arbre sur un tertre. Le tertre est formé par la traîne de la jupe qui commence brusquement aux mollets, comme si on l'avait attachée à un poteau. Et le poteau, c'est la dame qui ne peut guère marcher et à peine s'asseoir, qui s'en plaint et en est enchantée; car, en fait de modes, on est heureux de se plaindre, et plus on se lamente, plus on est content. D'ailleurs, tout n'est point à mépriser dans les formes; les tailles, moulées sur le buste, ont de la grâce ; les manteaux, serrés aussi, élancent et donnent à l'allure générale une distinction que les dames de 1870 ne connaissaient pas. Avec tant de beaux atours, on se cherche des pieds cambrés en des chaussures pointues, & hauts talons, qui font battre du pied et communiquent à la démarche quelque chose de sautillant, de mutin, tout a fait réjouissant et recherché.
Sur ce thème, les élégantes traversent quelques années. Mlles varient peu entre 79 et Kl: on a, dans la coiffure de daines, admis celte façon, singulière et contraire au bon goût, de tailler sur le front les mèches autrefois ondulées, de les passer au cosmétique et de les faire tomber en baguettes de tambour sur les sourcils. C'est être coiffée à /(i chien, et être coiffée ainsi n'est ni seyant ni gracieux. Naturellement cela dure ; rien ne persiste tant qu'une sottise, les paniers, les crinolines, la poudre, le chapeau haut de forme, la tournure, la coiffure à la chien ! Les plus grandes dames ne dédaignent pas cette petite mascarade, des matrones s'y rangent, et des fillettes l'adoptent, qui. devenues femmes, la conserveront après vingt ans.
Une autre chose menaçait l'esthétique féminine, la tournure, ce je ne sais comment dire, qui depuis la reine Margot, à intervalles à peu prés réguliers, réapparaît, révolutionne les tailles et détruit les harmonies. On a vu la tournure aux hanches, on l'a vue sur le ventre au temps de
la Hr»liK KM 1900 l>'..|.rv» k Jouvaat l), monelh t. — (Collection Félix Ho- lie i
Franz Hais, chez nous clic se loge a l'opposé. Si elle uvait été tyrannique après la guerre, en iHHi elle est féroce. Ce n'est d'abord rien <|u'un soupçon, un léger bouffant; cela sert à relever des jupes coupées court, cela dessine le bas du buste très gracieusement. Mais entre I88.'J et sti. en trois ans, de jour en jour, d'heure en heure, la tournure augmente, s'enfle, fait eu arrière d'une personne élégante comme un pelit charroi remorqué cl indépendant de la personne l.c» caricatures n'ont pas manqué a cette fantaisie baroque de couturiers niais : mais, suivant la loi ordi-
naire, plus on la raille, plus elle devient audacieuse. On imagine des.
formes de manteaux qui viennent s'accoter sur ce remblai d'arrière ; on y asseoit des rubans, des nœuds :
on y dresserait une table. Et concurremment la tète se continue à la chien. On imagine des formes de capotes retroussées sur le devant comme le m o ri on des hallebardicrs d'Henri III. C'est assez pimpant, mais la tournure d'en bas nuit de trop à la tenue générale: dans ses lignes complètes, une élégante de I ss.'j est réellement un peu en dehors des utiles proportions: ce n'est plus se vèlir, c'est se conlourner, se mettre en torture ; c'est de la parure faire un instrument de supplice et de disgrâce.
L'Exposition de 1HWI ramène quelque simplicité dans ces histoires. D'abord on s'est, dés 18X7, a peu près débarrassé des tournures.
Puis les tailles se sont amincies, élancées et faites très jolies La partie jouée par la tète dans l'ensemble n'en est plus réduite à je ne sais quel nir de petite flûte. I.e chnpeau se hausse, ses formes sont pointues rie fond, ses pans se relèvent. Certains s'évasent sur le front en éveiilaire renversé, et laissent la nuque libre. Les jupes sont demeurées courtes, mais elles ont de pimpantes allures: elles se bouclent de côté, s'arrangent de petits riens fort jolis. Dans l'été de l'Exposition qui fut triomphal, les cretonnes d'Alsace ont détrôné tout Klles sont de Wilinann «le Mulhouse ou <lc Kcechlin: leurs fleurettes imprimées font ressembler les femmes à celles de Deverin autrefois Cl c'est parce qu'on le leur dit, parce que les couturiers peu imagiuatifs l'entendent rèpéler, que cetle année même, au pied de la tour Eiffel, la manche a gifiol est décrétée.
Henri Bouchot,
m.Msaexi t»t: i » i>ki nu intkhim «e i>b* uiilkhiks.
Ileirnme .l.iiii le* r m ne- du |MiUi* itKtIIlBé pir U Commune, l> .i|.r< - mit- |iitnt<>j;iB|ilii« — ^ «Ha lion .Martin.1
CENT ANS DE PARIS
CENT ANS DE PARIS
1800 — IÎK)0
II. faut un recul et une perspective pour apprécier comme il convient la véritable grandeur d'un édifice, l'harmonie de ses proportions, les beautés réelles de son architecture et ses indiscutables défauts. A peine entrés dans le vingtième siècle, nous ne pouvons porter sur le dix-neuvième, encore trop proche de nous, un jugement définitif. Ce sera la lâche de la postérité. Il est permis toutefois de prévoir dès maintenant que cette période de cent ans qui vient de s'écouler gardera une place considérable dans l'histoire du progrès. Le Taris de 1800 a 1900, tel que nous l'avons, dans cet ouvrage, saisi sur le vif, d'année en année et de jour en jour, ne sera certainement pas oublié par ceux qui viendront après nous. On reconnaîtra, en tenant compte de tout ce qu'il entreprit et réalisa, dans les divers domaines où elle s'est exercée, son activité toujours en éveil, infatigablement puissante, créatrice et féconde.
C'est celte activité même qui fut sa marque distinctive et qui se retrouve partout, sous quelque objectif qu'on l'envisage.
Toul d'abord l'évolution de la vie administrative prouve son elîort continu et une incessante préoccupation d'assurer à la ville un bien-être de plus en plus grand. L'ordre s'établit peu a peu dans tous les rouages de cette organisation qui conserve à travers les régimes successifs, l'empreinte forte et originale que lui donna dès le début la main de Napoléon I". Les préfets de la Seine, quelle que soit la forme du gouvernement dont ils sont les auxiliaires, s'imposent le devoir de travailler à la sauvegarde de la capitale confiée à leur vigilante direction, et tour à tour ils s'appliquent à embellir les différents quartiers, à les assainir, à y construire, autant qne les circonstances le permettent, des monuments affectés aux ministères et aux divers services publics, à y percer des rues, des bou-
levards, îles avenues, et ù en transformer l'aspect de manière à favoriser l'hygiène sans perdre de vue la beauté.
Paris grandit, s'étend ainsi, de date en date, et à mesure que sa périphérie augmente, on le divise, le subdivise, de façon à y rendre l'administration plus efficace en la partageant entre les mairies. Celles-ci suflisent pendant un certain temps, et jusque sous le second Empire, au nombre des habitants établis sur les divers points de la ville; mais le moment arrive où de douze qu'elles étaient au commencement du siècle, ellessontportéesnéi sairemenl à. vingt. Ces mairies n'ont, à via dire, qu'un pouvoir limité à certains actes, tels que ceux de l'état civil, - t Imr ressort se renferma dans les limites de l'arrondissement, l'ourlant elle- se développent par suite de l'accroissement de la population, et leur importance devient telle dans les dernières trente ann> il m du siècle, qu'il est nécessaire de les loger dans des bâtiment- .
quelques-uns reconstruits, d'autres entièrement nouveaux , qui conlriouent à l'embellissement de la capitale.
Le rêve de Paris au dix-neuvième sièrlc sera de recouvrer son absolue indépendance vis-à-vis de l'Ktat.
Cet esprit d'autonomie, qui fut un
instant vainqueur sous la Révolution, ne pouvait se concilier avec les desseins et les programmes des souverains ou des chefs de la nntion sous les différents régimes, empire, monarehie ou république. Il n'y eut pas, saut' des exceptions d'un jour, de • maires de Paris »; mais lorsque la ville parvint à acquérir une existence propre, elle trouva dans ses mandataires, qui constituèrent le Conseil municipal, des hommes dévoués à ses intérêts, et parmi eux plusieurs qui les gérèrent avec intelligence, prudence et capacité.
\asc i:xr<>-l': EX 18811 D'après un dessin (Je Besédite.
lin des principaux besoins d'une semblable agglomération, passant de six cent mille ames (recensement sous le Consulat) à deux millions et demi au moins (recensement de la fin du siècle), est évidemment le maintien de l'ordre, considéré sous toutes ses acceptions. Or.ce résultat ne pouvait être atteint que par
la création d'une poice centralisée et disposant d'agents docies aux ordres reçus.
<*n ne peut nier que cet élément du mécanisme administratif, tout en étant destiné en principe à assurer la sécurité des citoyens, fut quelquefois employé contre eux ; mais si la préfecture de police remplit dans certains cas des missions qu'elle ne pouvait refuser d'exécuter, parce qu'elle était aux mains de ministres qui en taisaient un appui de leur politique.
l'Institution même fut bonne : ses services fonctionnèrent réguè renie nt, et plus d'un de ceux qui se trouvèrent à leur tête surent gagner l'estime des Parisiens.
Paris eut d'ailleurs, pour le protéger ou pour servir d'escorte à ses hôtes illustres, un corpsd élite, dont le nom même est un symbole de confiance. La Garde eut ses belles journées, et , quels que fussent les temps, orage ou ciel serein, elle sut se faire aimer d'une population mobile et frondeuse qui ne vil jamais en elle qu'une arme entourée de toutes les sympathies.
On a dit que Paris, survivant ù toutes les tempêtes, ne pouvait sombrer. La raison principale de cette résistance aux événements se trouve dans la gestion de ses linnnees. Le budget de la Ville ne s'équilibra pas toujours, il y eut des unnées de délicit, des craintes même de banqueroute, des crises qui se prolongè-
LA IIKSCKXTK DK MONTMAHTIIK
Par Thovon. — D'après le lableuu original. (Colleclloa G. lUrtmuiD.)
CKNT ANS DE PARIS
r.E MF.rni.K moderne en- 1900. — cabinet i>k toilette De la moison Binc (f\4r< nouveau j.
rent, mais on sortit de ces difficultés, on doubla le? caps, on évita les écueils. on surmonta les dangers, et grAce à de» mesures habilement ou sagement combinées, on parvint à
I.K M Kl' Ml. K MOUEHNK KN 1UOO — LIT BAILLA BU Frône et poirier. (L'Art nouveau. Bi.nc.)
conjurer des catastrophes qui paraissaient fatales. Les noms de ceux qui se dévouèrent à ce relèvement sont restés dans la mémoire de tous.
L'administration, la police, le budget ne sont toutefois pas les seules préoccupations d'une ville unique comme Paris: son nom oblige, et son décor lui impose des churges plus grandes que celles de toute autre capitale. Paris ne se comprend pas sans ses promenades, sans ses boulevards, sans ses larges voies, sans tout cet ensemble de richesses qui frappent les yeux et provoquent l'admiration.
Pour arriver à être ce qu'il est a la fin du dix-neuvième siècle, il lui a fallu des ressources tellement abondantes qu'on a pu croire qu'il les puisait à la corne inépuisable.
Knfanl prodigue, il s'est souvent endetté, mais il s'est fait
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LE MEUBLE MODKIINK EN 1 900. — BOL'DOIR
(L'Art NOMi eau. Bi.ng.)
envier, et nucunc des autres villes qui ont essayé 'le se montrer ses rivales n'y a réussi.
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Armoire 4 glncc en ftvne vi poirier, garnie cuivre. (Maison BlSO. L'Arl nuui eau j
Ses palais, déjà magnifiques «n rommenrenient «lu siècle, se BOOt multipliés, ses places publiques se s<>nl ornées de jardins ei de slalues, ses ma^nsins ont délié pnr leurs étalages ou par leurs vastes emplacements tout ce que l'imagination peut concevoir ailleurs; et si quelquefois ceux qui ont présidé n ses Iran-formations n'ont pns eu la mnin aussi heureuse qu'il l'eût fallu, l'effet scénique n'cneiït pas moins celui d une incon» pnrublu féerie.
Ces transformai ions n'existent pas seulemenl n la surrace, elles se reproduisent dans le l'aris souterrain qui, peu à peu, s'est changé en une autre ville ayant, elle aussi, ses rues, ses canaux, sesouviiers, son ll.éôtre d'inlassable travail. Kl, pendant que sous le pavé parisien courent dit «i tères var iées, conduites d'eau, lui es pneumatiques, câbles électriques, fils téléphoniques, au-dessus de celle agitation sans repos, vont et viennent les milliers de véhicule» aflerlés au transport d hommes et d'oUjrts, voilures, fardiers, tramways, automobiles, bicycletles, doiil le nombre de plus en plus iuailculuble parait devoir cire infini.
Ce l'aris nouveau fait disparaître chaque jour quelques vesliges du vieux Paris, lîulre
CKNT ANS DE l'AHIS
l'un et l'autre la lutte s'accuse d'une manière inexorable. Le Vieux Paris cesserait d'être tout entier s'il n'avait encore quelques partisans, quelques amis qui le défendent contre l'oubli et recueillent pieusement ses souvenirs, auxquels s'ouvrent des musées.
Mais Paris ne veut pas se borner à èlw une magnifique ville de pierre. Lorsque le irrand poète l'a présentée au monde comme la plus resplendissante à contempler, il a surtout pensé au génie de Paris éclairant l'bumanité intellectuelle, au Paris qui pense, qui étudie, qui invente, qui apprend et qui enseigne. C'est le Paris des Kcoles, où, quand celles-ci n'avaient de chaire que la montagne de Sainte-tieneviève, ceux qui voulaient savoir accouraient aux leçons d'Abélard, où plus lard les disciples, futurs maîtres euxmêmes, venaient écouter les professeurs en Sorbonne, où plus tard encore et dans le dixneuvième siècle, les (iuizot, les Michelet, les Villemain, les Cousin, les Claude Bernard, les Broca réunirentdesftudiloiresenthousiastes de leur parole. Cet enseignement subit
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successivement des réformes. La guerre franco-pru«sipnne de 1870 l'a modifié dans un sens aussi large qu'heureux. Il reste encore beaucoup a faire ; mais, sous ce rapport, le vingtième siècle est un héritier entrant en possession d'une réelle fortune qui assurera sa prospt'i ilé s'il sait en user.
Déjà maintenant, sous cette nouvelle influence bienfaisante de l'instruction répandue sans la mesurer, les jeunes générations bénéficient de moyens d'éducation et d'inlormation que crée toute une phalange d'hommes supérieurs. Le niveau intellectuel s'élève, les classes populaires elles-mêmes trouvent dans les universités organisées pour elles les connaissances dont elles étaient jadis privées. Aussi, dans les rangs où se manifeste le plus brillamment le savoir, au barreau, dans le clergé, ceux qui se distinguent ontils autant et parfois plus de notoriété que les avocats ou les évèqucs d'autrefois.
Kn dépit des concurrences que lui fait sur presque tous les terrains l'activité étrangère, Paris a conservé un monopole qu'en vain on cherche à lui disputer. La Parisienne reste l'arbitre de la mode;
c'est plie qui préside aujïoùl, el si. à certaines heures de caprice, elle semble faire des concessions nu cosmopolitisme, donnant aujourd'hui quelque privilège a l'anglomanie, admettant demain quelque idée américaine, file ne se baisse jusqu a elles que (tour mieux les conquérir. C est elle qui. connu) lard quelquefois le Parisien, déride des lois île l'art nouveau, décrèle quel sera le meuble «le style
moderne, les créations du bronze, édicté les modèles d 'orfèvrerie, de bijouterie et de joaillerie, en (aisaut prëva oir son avis sur toutes ces merveilles qui n'existent que pour elle et par elle.
lit c'est la Parisienne encore qui.au vernissage, est le jii£e suprême du Salon, décerne, malgré le jury, les médailles d'honneur, consacre la célébrité des artistes el Fait la gloire
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Composition cl ciselure do Dottke — Exflculè pu- la maison Facbb-Li Page.
(Eipoailion de 1900.:
CENT ANS DE PARIS
de ceux dont le talent parle d'elle. Et c'est In Parisienne qui, dans les ventes de tableaux, dans les expositions où un maître rassemble tout son œuvre, dispute et emporte les toiles précieuses et les marbres où vibre le génie. (Test elle enfla qui collectionne l'introuvable bibelot, toujours sûre de discerner le vrai du Taux, et laisse généreusement ce dernier nu milliardaire des Étals-l'nis.
Si la Parisienne demeure la reine de la mode, le Parisien peut encore prétendre à être le roi de l'esprit. Mais là il rencontre des imitateurs qui surprennent parfois ses secrets. Il fut. naguèreencore, avec leslîrandville, les Gavarni, les Dnumier, les Chain, les Cill, le virtuose de la caricature, et il a même, à la fin du dix-neuvième siècle, des représentants remarquables dans ce genre de satire si longtemps resté exclusivement l'apanage exclusif de Paris. Pourtant il a donné l'exemple à l'étranger, qui possède aujourd'hui autant de journaux du rire que Paris, et même d'aussi bons.
Dans la presse également, Paris, qui était il y a cinquante ans supérieur à tout autre en critique, en feuilletons, doit compter maintenant avec Londres. Berlin, Vienne et New- York. Kncorc aux premiers rangs dans le journal quotidien, il B'cst laissé distancer considérablement dans la presse périodique, et surtout dans la presse illustrée. C'est un de ses défauts les plus saillants.
Mais eu revanche, il garde le prestige littéraire, et lorsque l'Académie convie àunedeses séances de réception le public trié sur le volet, le nom du récipiendaire est porté d'avance aux quatre coins du monde, et son discours est lu et traduit dans toutes les langues.
Où Paris reste invincible, c'est au théâtre. En vain les Scandinaves ont tenté la con-
quête; leurs victoires n'eurent pasde prise sur l'originalité française : et lorsqu'un Rostand crée un Cyrano ou un Aiglon, toutes les scènes des deux mondes s'empressent de rendre hommage au génie dramatique de la France, c'est-à-dire de Paris.
Faut-il ajouter que Paris n'a pas cessé d'être l'aimant de tous ceux qui de loin ne rêvent que de lui? Bayreuth peut attirer quelques lanatiques de Wagner; c'est vers le temple du chant élevé par (iarnier que se rendent les admirateurs de la musique, à quelque pays qu'ils appartiennent. C'est vers les boulevards, avec leurs cafés et leurs restaurants que se dirigent les exodes américains. Ce sont les sports parisiens qui passionnent, en leurs matches, en leurs championnats, les curieux et les initiésde partout. El, chose incontestée, quoique tous ne l'avouent point, pour l'étranger, homme du monde, la vie mondaine est inconnue à quiconque ignore les grands bals et les grandes soirées de Paris.
La vie moderne se fera cosmopolite au vingtième siècle, mais de ce cosmopolitisme Paris restera le foyer, et c'est vers ce foyer de vie et de lumière que convergeront tous les regards, tous les rêves et tous les désirs de sanction.
Le monde marche, se développe, gagne en énergie, en puissance d'efforts et de réalisation. C'est un mouvement admirable, prodigieux, aucun bras ne reste inerte, aucune pensée inactive; tout veut produire, tout produit, matière et intelligence : mais considérez attentivement ce mouvement mondial, qu'y-a t-il au centre, de 1800 à PJ00? Paris
Charles Simond.