‹ La Vie parisienneChapitre 139 sur 662 · SL'B LES POINTES · texte numérisé non relu

SL'B LES POINTES

LE DESESPOIR DE 3111e SANLAV1LLE.

Oui, mais une figure à se faire pardonner toutes ses jambes!

« La Boschetti a des ailes dans le sou- Elle timbe un peu morte sur les genoux d un monsieur qui pasrire, dit Jouvm.» Ne serait-ce pas plu- sait par là, et n'oublie pas de s'ébouriffer avant de rendre son tôt des sou. ires dans la semelle. dernier petit soupir.

Si M. X.... ce beau député que nous connaissons tous , distingue, sa main droite de sa main gauche, c'est certes à sa femme qu'il le doit. On a rarement trouvé une inintelligence de plus belle venue que la sienne. Quoi qu'il en soit, il parle de sa finesse et vous confie tout bas que dans cette fameuse discussion d'hier, lui seul a découvert le pot aux roses. —Le lutin! et là-dessus, il rit avec vacarme en montrant ses magnifiques dents. Né pour êire Suisse d'église ou chasseur de grande maison, il est rongé par le désir de lâcher un petit discours. Déjà il s'exerce à l'art oratoire; mais seulement dans les chœurs, et lorsqu'au Moniteur vous lisez : Bruit confus ou vive approbation, vous pouve z être sûr que X... y est pour un bon tiers.

C'est un brave homme du reste, et, comme sa femme l'écrivait encore hier au ministre en demandant la croix pour lui : — On peut trouver un député plus brillant ; mais votre Excellence à coup sûr n'en trouvera pas de plus dévoué, de plus intégre et de plus droit.

Droit comme une bûche, a murmuré le ministre.

Quoi qu'il en soit, il sera décoré.

— Comment décoré! Mais ne l'est-il pas?

Qu'est-ce donc que cette petite rosette d'un rouge passé, qu'il porte à la boutonnière.

— D'autres s'y sont trompés comme vous. Cette rosette imperceptible et fanée qui joue la Légion d'honneur, n'est autre que l'ordre du Lézard rouge, un cadeau de sa femme. — Du reste il porte son Lézard rouge avec dignité et se regarde dans la glace sans rire. — Il a de la tenue. — Le soir quand il y a du monde, -V.. se retire dans les profondeurs de son cabinet, où il s'enferme en s'excusant.— Mais savez-vous ce qu'il fait dans ce cabinet? — On ne l'aurait jamais su sans l'indiscrétion du trou de la serrure. —Il brosse ses gros sous, lessive sa monnaie blanche et achève la soirée en arrachant ses cheveux blancs.

M. D. qui ne demeure pas loin de l'Institut fut pâle et blond, dans sa jeunesse. D'autres blanchissent avec l'âge, mais lui ne fait rien comme tout le monde. A l'heure qu'il est il a des cheveux d'ébène et son visage est coloré. Il se peint la figure, se teint les ongles, s'agrandit les yeux et pose pour le général Péruvien en retraite. Sa perruque noire, bouclée, abondante, déborde sur son front bistré.

Si vous le rencontrez sur le quai, il tousse en parlant, et vous quitte en se plaignant d'un vilain rhume.

— Où diable avez-vous altrappé cela, mon cher ami?

— J'ai eu la sottise de me faire tailler les cheveux par un froid glacial. Et puis cet imbécile de coiffeur me les a coupés trop courts, n'est-ce pas ?

En effet, M. D. a les cheveux trop courts, — mais comment expliquer cela avec sa perruque! Voici l'explication. M. D. a trois perruques. Celle des cheveux longs, celle des cheveux coupés et celle des cheveux qui repoussent. Il éternue à la seconde et se plaint de maux de tête à la première.

N'avez-vous pas rencontré M. l'avocat bègue qui passe sa vie à se figurer qu'il plaide. Le voyez-vous marcher rapide, distrait, les yeux à quinze pas et le chapeau rejeté en arrière ; — il est pressé, — ces maudites affaires n'attendent pas! — Il porte sous son bras un volumineux portefeuille flétri par l'usage. Que de dossiers importants, n'est-ce pas dans ce paquet! l'avenir de trois veuves, l'espoir d'autant d'orphelins... Il faut pourtant tout dire, dans cet énorme portefeuille il y a tout simplement... une botte d'asperge qu'il rapporte à sa femme.

Donc, chère lectrice, regardez autour de vous et constatez ceci ! Tout boiteux rêve la danse, tout contrefait veut plaire aux femmes, .out imbécile veut faire des livres.

Le bègue aurait dû être avo...o...cat. Le bavard vante le silence, l'automne veut se faire printemps, le printemps se déguise en hiver, et l'aveugle rit de son bâton.

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