‹ La Vie parisienneChapitre 150 sur 662 · PHILOSOPHIE DE L'AMI DES FEMMES · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE DE L'AMI DES FEMMES

J'ai essayé hier soir d'aller voir la nouvelle pièce du Gymnase. Impossible ! pas de places. Une salle comble, une salle choisie, un salon immense composé de tous les salons; des parfums, des toilettes, des gilets blancs, des habits noirs !

— Oh 1 pas une place ! me dit l'ouvreuse; revenez demain, je vous en réserverai une.

— Demain !... au diable !

— Voyons 1 ne vous fâchez pas 1 Connaissez-vous la pièce ?

— Non! et je m'en moque !... Je viens pour voir comment le public prend décidément la pièce; ma vraie comédie à moi est l'entr'acte.

— Eh bien ! le rideau est levé, il est trop tard ; si vous voulez, je vais vous raconter la pièce.

Oh ! non !.. . Parlez-moi de la pièce et ne me la racontez pas.

— Encore faut-il que vous connaissiez le sujet !... ce ne sera pas long !

— Alors, dites !

Et je m'assis dans le couloir des premières, à côté de la complaisante ouvreuse.

Elle commença :

— Voici la fable : une jeune fille se marie et reste jeune fille ; — un jeune homme l'épouse et se voit obligé de rester garçon. — Après mille hésitations, la jeune fille s'aperçoit que ce qui lui manque c'est un mari, — et elle reprend le sien — et le mari...

— Le mari ? -

— Le mari reprend avec joie sa (emme, qui jadis, sortant du couvent, n'avait pas fait toutes ses humanités, et qui maintenant, à l'aide d'un' préparateur an baccalauréat ès... cœur, est capable de subir avantageusement ses examens.

— Mais l'ami des femmes?

— C'est le préparateur !

— Sujet scabreux...

(On applaudit dans la salle.)

— Pourquoi applaudit-on?

— On souligne un mot.

— Un mot !... Ah ! j'écoute !

— Un des personnages dit : Je parie que vous ne savez pas quel est le nez le plus gras !

— Je l'ignore, répond l'autre.

— Eh bien ! c'est la croix de la Légion d'honneur.

— Bah ! pourquoi ?

— Parce que c'est le plus beau des ordres.

— Eh bien ?

— Eh bien ! un beau désordre est un effet de l'art! ■ — C'est horrible !

— Ça ne vaut pas celui qui a été coupé aux répétitions... On demandait : Quelle est la pie la plus cruelle? Et on répondait : C'est la jripe en terre !

— Il y a de quoi s'évanouir !

L'ouvreuse reprit :

— Je ne vous ennuie pas? Je puis continuer mes petits cancans?

— Allez donc, je vous prie !

— 11 y a un bon type, représenté par Mélanie : c'est Mme Leverdet, — une femme de savant; — elle invite à dîner chez les autres... La mort aux cuisinières, quoi!... Et sa fille Balbine, une enfant de quatorze ans, qui se trouve mal en chantant Ai chiquita!... Son père, pour l'excuser, attribue cette indisposition à ses quatorze ans!

Pour le savant, c'est une ganache qui extrait du cognac de la houille et ne peut se résoudre à extraire l'amant de sa femme de son intimité.

Je ne veux pas oublier de vous signaler un baby de vingt-cinq ans, qui ne fume pas pour plaire à sa mère, et une poupée à marier qui l'ait des demandes en mariage aux jeunes gens.

Il ne reste plus que quatre personnages, et la pièce va commencer... au quatrième acte. Voulez-vous un échantillon des caractères et des tirades ? Écoutez :

1° M. DE SIMEROSE {le Dltui).

Je suis prêt à Taire ce que vous voudrez, madame, bien que vous n'ayez jamais voulu faire ce que j'ai voulu. Aussi, ce qui est. arrivé n'est pas arrivé par ma faute. Le mariage est comme l'État. La conscription réclame un nombre d'hommes, il faut ce nombre d'hommes.— ceux qui rie veulent pas servir fournissent des remplaçant. — Adieu, madame, je pars pour le Mexique, où j'espère vous rendre veuve, et vous laisse en souvenir un enfant qui n'est pas le nôtre, mais qui est le mien !

madame de simeros {la femme).

Eh bien, oui! l'on a des pudeurs! — Je n'avais pas été avertie !— Je ne savais pas! — Maintenant si je ne sais pas encore! je me doule du moins e( j'ai peur! Les hommes m'effrayent! — Ah! s'ils pouvaient m'aimer! J'ai tant besoin d'être aimée! un cœur pur, une âme noble ! — Ce qu'il me faudrait, c'est un homme enchaîné qui ne pourrait jamais briser ses fers et triompher de ma faiblesse et de mon amour! Je veux être aimée comme une madone... si j'osais même je souhaiterais de ne pas entendre l'amour que j'inspire et de ne pas dire l'amour que je ressens.

M. de montègre {l'amant).

Me voilà ! c'est moi qui suis cet homme ! — Tenez, je suis à trois pas de vous, et je vous adore, et je me brûlerais la cervelle plutôt que de vous toucher du bout du doigt î! Ah! que ie suis heureux! Je suis vôtre et vous êtes mienne , si bien mienna que je suis jaloux de tout ce qui vous entoure, de votre ex-mari, de vos amis et de moi-même ! M. de RTONS [ni mari, ni femme, ni amant). Les femmes! je les connais, je ne les aime ni ne les méprise, je les guide! Comme je ne veux pas d'elles, elles veulent de moi ; je les en

remercie, et de là vient ma supériorité... Avec un mol d'anglais, on en fait ce qu'on veut. Quant à l'amour, il faut s'en méfier ; c'est une perle au fond de la mer, et dans une huître encore! Combien de l'ois faut il plonger avant de trouver l'huître?... Et l'ayant trouvée, en brisant ses coquilles on peut briser la perle!... Il y a des gens qui se croient obligés d'être les acteurs de la vie ; moi, je suis un des spectateurs; c'est plus amusant, et si je ne suis pas applaudi, du moins je ne suis pas sifflé !... Le mariage, c'est l'omnibus de la ligne qui commence à la mairie et s'arrête au cimetière !... Il est toujours complet pour moi, j'aime mieux aller à pied. Quand à mon cœur, c'est un viscère, et je n'aime pas à parler de ces vilaines choses-là.

L'ouvreuse, toujours indulgente, poursuivit :

— Avec les toilettes de Mmt Simerose, on habillerait tout le pensionnat où elle a été si bien élevée.

Pour ces messieurs, ils n'ont qu'un pantalon canelle qu'ils se repassent dans la coulisse ; il n'est pas beau, mais le malheur est qu'ils le portent avec des gants blancs.

— Quelle heure est-il ? dis-je à l'ouvreuse. Je voudrais trouver encore un omnibus!

M. DE RYONS, sur la scène.

L'omnibus est complet !

— Allons! le mot de la fin n'est pas consolant! Mais croyez-vous que si j'avais pu trouver une place j'aurais fait un autre compte rendu ?

LE11ERCIER DE N.

(l) C'est cette phrase, sans doute, (lui arracha plus tard à Mme ie Simerose cette exclamation convaincue : Imbécile!

f,E PARFAIT CUBSWïER DRAMATIQUE- — VII. Comment on fait une Féerie.

Une féerie est comme le soleil; est aveugla qui ne la voit pas. L'écouter, personne n'y songea jamals^c'est ce qui assure son triomphe. Pour le thème il est consacre. Au Pied rte mouton adjoindre un Pied de cochon. Pour les Pilules, doubler la dose. Les mêmes i ersonnages débitant les mêmes calembours. Père Ganache a la poursuite de sa fille ; valet gourmand* la découverte de la truffe qu'd retrouvera sur son nez Epouseur ridicule a la recberc e des coups d'épée et des coups de bâton. Des pharmaciens comme s il en pleuvait. Des bonnes fée» déguisées en vieilles. L Olympe en goguette. Jupiter dansant, le cancan avec Minerve qui, pour ce.te fois seulement Mira j té son bonn=t par-dessus les nuages. I e paradis peu scénique, mais l'enfer excellent. La cour, la ville, la ville et la cour ; des trucs a chaque réplique. Chandelles changées en elérhant. Palmier qui se transforme en vaisseau Vaisseau qui se. métamorphosa en fiacre: c'est Sa M-jesté qui conduit.. Des calembours datant de l'an luisO. Mais un décor! quel décor! Rien que d-s paillettes, des o-laces des diamants et des bouchons de cirafe. Si on rappelle le machiniste, vous êtes au pinacle Pour ce genre de feeemelage littéraire, un homme de lettres n'étant qu une cinquième roue à un caresse, vous vou> mettez quatre l'affiche pour en imposer à la vile multitude. Il est d'usage qu'une fé?rie tombe à p.at à la première ; c'est même un gage de succès. Partant de ce principe, résignez- vous àl'avance à être traité de parfait crélin, mais la recette vou= vengera.

PALAIS Du SULTAN AL1-BALOUR — Ici, place oour une scène de féluction, ohl mesdames, cinq femmes contre un .. gentil homme; c'est 6 de tioi .

l'inévitable pas dfs chinois. — Cette LA COUR DR BRI s EMBUCHE 63". Il a trop mange peilte fête est vraiment Armante! quelques de flagelets et a perdu son royaume au domim ; n importe tit|e prtfèrent ceux de la mère Moreau. qu'oj lui apporte son peup e!

les vierges du soleïl ou de la lune. — Ou Ephémères. On

choisit les plus jolies figurantes. Que doivent donc è!re les autres! le détrousser, maïspluspru- LE CONSEIL DES MINISTRES. - Tour ces messieurs sont idiots

deDt que Joserh il ne laissera pas son ou gâteux: ils n'ouvrent la bouche que pour débiter des turpitudes

D'aiteau. que votre cerveau vous fourni a de suite.

LE PIEU ru jour. — Ces dames

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