LE VOYAGE ILLUSTRÉ DANS LES DEUX MONDES
Je me rappelle qu'étant jeune, c'est presque de l'histoire ancienne, quand il me tombait entre les mains un volume de voyages, je ne me sentais pas d'aise. Bien des fois j'ai fait le tour du monde avec les Cook, les Lapeyrouse, les Dumont d'Urville, et , à cette époque, lo Juif- Errant était le seul être auquel je portasse envie. Certes, si j'avais eu alors le Voyage illustré dans les deux mondes, j'eusse fait le malheur do ma famille, et le diable ne m'eût pas empêché d'être marin, de courir le monde, et si je n'étais pas amiral, pour le moins, à cette heure, il faudrait s'en prendre à quelque requin mal avisé qui aurait mis obstacle à mon avancement.
C'est que si volume est fait pour enthousiasmer une imagination vagabonde, c'est bien certainement ce Voyage illustré dans les deux mondes. Nous l'avons là sous les yeux ; nous venons de feuilleter ses quatre cents pages, des pages comme celles des grands journaux illustrés, si vous le voulez bien, et, à l'aide des innombrables gravures qu'elles contiennent, des gravures d'Anastasi, do P. Blanchard, de Durand Brager, de Karl Girardet, d'Horace Vernet, etc., de tous les maîtres de crayon, en un mot; nous avons parcouru les plaines glacées de la Laponie, visités les îles de la Grèce, pénétré dans le sérail du grand Turc; nous sommes entrés sous la tente de l'Arabe, avons tremblé devant le roi féroce de Dahomey, traversé les rues de Pékin et les jungles, domaines des tigres et des thuys do l'Inde ; nous avons vu les Peaux-Rouges dans leurs vvighams, lesnègres sur les plantations de la Louisiane, la séduisante Liménienne au sortir del'office, et, pour terminer, nous avons asssisté aux festins des cannibales de l'Océanie. Il faut que les auteurs de cet ouvrage, MM. F. Mornand et J. Vilbort, aient bien lu et bien vu pour dépeindre les choses avec tant de vérité et de charme.
Types, scènes de mœurs, vues de villes et de monuments, beautés pittoresques, portraits des principaux souverains, on trouve tout dans ce volume, pour lequel nous nous sommes pris d'une si grande passion, que nous avons couru, sans perdre un instant, chez l'éditeur, et lui avons dit : « Il faut absolument que les abonnés de la Vie Parisienne, qui ont tous une belle et bonne bibliothèque, y ajoutent cette merveille, s'ils ne l'ont pas déjà; faites-nous une concession de prix aussi grande que vous pourrez. » Et l'éditeur, en brave homme qu'il est, s'est laissé émouvoir; et voilà comment nous pouvons offrir ce beau volume tout doré sur tranches, au prix que nous avons annoncé plus haut.