‹ La Vie parisienneChapitre 174 sur 662 · LA VRAIE MIREILLE · texte numérisé non relu

LA VRAIE MIREILLE

Il est difiicile déjuger le touchant poème de Mistral d'après la singulière paraphrase du Théâtre-Lyrique. Voici une traduction littérale d'une chanson extraite du livre; on verra au moins la différence tic ce style naïf et charmant avec les fadeurs de l'opéra comi que.

« 0 Magali, ma tant aimée. — mets la tête à la fenêtre! — Ecoute un peu cette aubade — de tambourins et de violons.

(Le ciel) est là-haut plein d'étoiles.

— Le vent est tombé, — mais les étoiles pâliront — en te voyant. »

— « Pas plus que du murmure des brandies — de ton aubade je ne me soucie ! — Mais je m'en vais dans la mer blonde — me taire anguille de rocher. —

— 0 Magali, si tu te fais — le poisson de l'onde, — moi, le pêcheur je me ferai, — je te pécherai ! »

— « Oh! mais, si tu te fais pêcheur,

— qvand tu jetteras tes verveux, — je me ferai l'oiseau qui vole, — je m'envolerai dans les landes. »

— « 0 Magali, si tu te fais . — l'oiseau de l'air, — je me ferai, moi, le chasseur, — je te chasserai, s

— « Aux perdreaux, aux becs-fins,

— si tu viens tendre tes lacets, — je me ferai, moi, l'herbe fleurie, — et me cacherai dans les prés vastes. »

— « 0 Magalie, si tu te fais — la marguerite, — je me ferai, moi, l'eau limpide, — je t'arroserai. »

— « Si tu te fais l'onde limpide, — je me ferai, moi, le grand nuage, — et promptement m'en irai ainsi — en Amérique, là-bas bien loin ! »

— c 0 Magali, si tu t'en vas — aux lointaines Indes, — je me ferai, moi, le veut de mer, — je te porterai ! »

— « Si tu te fais le vent marin, — je fuirai d'un autre côté : lerai l'échappée ardente — du grand soleil qui fond la glace! »

— « 0 Magali, si tu te fais — le rayonnement du soleil, — je mu ferai, moi, le vert lézard, — et le boirai. »

— « Si tu te rends la salamandre

— qui se cache dans le hallier, — je me rendrai, moi, la lune pleine — qui éclaire les sorciers dans la nuit! »

— « 0 Magali, si tu te fds — lune sereine, — je me ferai, moi, belle brune, — je t'envelopperai, j

— « Mais si la brune m'envelopp», pour cela tu ne me tiendras pas ; — moi, belle rose virginale, — je m'épanouirai dans le buisson! —

■ — « 0 Magali, si tu te fais — la rose belle, — je me ferai, moi le papillon, je te baiserai. »

— « Va, poursuivant, cours, cours!

— jamais, jamais tu ne m'atteindras.

— Moi, de l'écorce d'un grand chêne

— je me vêtirai dans la forêt sombre. »

— « 0 Magali, si tu te fais — l'arbre des mornes, — je me fera, moi la touffe de lierre, — je t'embrasserai! i

— « Si tu veux me prendre! bras-

le-corps, — tu ne saisiras qu'un vieux chêne ... — Je me ferai blanche nonnette — du monastère du grand saint Biaise ! »

— « 0 Magali, si lu te fais — nonnette blanche, — moi, prêtre, à confesse — ■ je t'entendrai ! »

Là les femmes tressaillirent; — les coucous roux tombèrent des mains, — et elles criaient à Nore : « Oh! dis, dis ensuite — ce que flf, étant nonnain, — Magali, qui déjà, pauvrette! — s'est faite chêne et fleur aussi, — lune, soleil et nuage, herbe, oiseau et poisson. »

— « De la chanson, reprit Nore, — Je vais vous chanter ce qui reste. — Nous en étions, s'il m'en souvient, à l'endroit où elle dit — que dans le cloître elle va se jeter, — et où l'ardent chasseur répond' — qu'il y entrera comme confesseur... — Mais de nouveau, voyez l'obstacle qu'elle (oppose) :

— « Si du couvent tu passes les portes, — tu trouveras toutes les nonnes— autour de moi errantes, — car en suaire tu me verras! »

— « 0 Magali, si tu te fats — la pauvre morle, — adoneques je me ferai la terre, là je t'aurai! »

tait payé des sommes considérables, un courtisan touchait de gros appointements, et un philosophe attaché à la maison ne recevait que quelques oboles.

Un Haydn qui chante les tendresses de la vie domestique et dont les douces mélodies coulent de source, ralliera de son vivant, plus d'enthousiastes dans une société inquiète qu'un Beethoven dont les agitations se manifestent par des tourmentes mélodiques hérissées de beautés.

Gavarni était aussi sincère que Daumier, tous deux obéissant à leur nature; mais le premier laissa de côté la politique, préoccupé avant tout des élégances parisiennes. Le drame curieux qu'offre une femme seule foulant rapidement le trottoir de sa fine bottine, suffisait à cet esprit ingénieux qui dans une nuance de robe, dans une voilette rabattue, savait indiquer une aventure mystérieuse.

Daumier était de cœur et d'esprit avec les républice-'ns de 1834, dont il a peint l'héroïsme, la jeunesse, la fière attitude à la cour des Pairs, la résignalion dans les cachots. Son génie est peuple, celui de Gavarni, gentleman.

Mais tous deux ont introduit l'idéal dans le réel : dans le joli et le laid, tous deux ont apporté un sentiment particulier, une façon de voir nouvelle, une coloration qui leur est propre; tous deux représentent leur époque, et en cette qualité, tous deux seront consolés plus tard par les historiens, les moralistes et les esprits philosophiques: Champfleury.

L'ENVERS DES CERCLES

A Monsieur Marcelin.

.le remarque une tendance nouvelle qu'ont les hommes a bannir de leur société l'élément féminin et à le reléguer dans la famille. Je leur prédis que ces clubs, comme ils les appellent, seront la mort de l'esprit français.

Princesse de Vaudemont.

(Lettre a l'abbé Iluet.)

Un monsieur Charles Yriarte vient de se faire dans le Figaro l'historien des cercles et de peindre la vie rristocratique à Paris dans ses principaux centres de réunion, il nous a mené à Y Union chez les ambassadeurs, au Jockey chez les Sportmans, aux Pommés de terre chez les légilimistes boudeurs.

Ces articles sont sans doute charmants, mais à notre avis, ils ne nous ont montré quele bon côté de la question. Permettez-moi quelques mots sur le mauvais.

Al'époqueoùles femmss étaient réunies dans leur salon les hommes constamment excités par leur grâces et leurs charmes y faisaient un continuel assaut de coquetterie à la plus grande gloire de l'esprit français ...

Un salon plus que modeste, une cheminée qui flambe, un guéridon chargé de quelques tasses de thé et d'une assiette de gâteaux secs telle fut la mise en scène de ce théâtre, où au commencement du siècle toutes les illustrations du jour se groupaient autour d'une femme simplement aimable, jolie quelquefois, rarement célèbre.

La princesse de Yaudemonl. — La comtesse Merlin. — Mme de Mirbel. — Mme Campan. — La princesse Bagration. — La comtesse de Rumfort — Mlle Contât, toutes ces femmes d'esprit qui en ont tant donné à toute leur génération n'auraient rien compris à ce singulier parti pris des hommes de notre temps.

Tous nos raisonnements ne vdent pis un se -aiment d'une femme disait M. de Voltaire à M. de Chauvelin, comment donc, de gaîlé de cœur, cet absurde masculin a-t-ilpu volontairement bannir de st s réunions, ces lèvres en fleur, ces rires argentins, celte grâce et ce charme qui s'appellent la femme? A défaut du moraliste qui doit en gémir, l'artiste devait protester contre ces noires assemblées sérieuses jusqu'à la tristesse et qui sacrifient le point lumineux du tableau, sou harmonie et"sa grâce. . ,

L'influence anglaise nous est fatale, c était le cas ou jamais a emprunter aux Italiens et aux Espagnols une de leurs plus charmantes habitudes. — Voyez les Terminas et le rôle qu'y joue l'élément féminin ! Dans l'Andalousie, à Sévi-Ile, à Cadix, à Grenade, à Madrid même, les jeunes hommes ne sauraient trouver de plaisir dans une réunion dont les femmes sont absentes, et j'entends par là leurs mères, leurs sœurs et leurs amies.

On se voit tous les jours et dans la plus charmante intimité, le

sujets le plus souvent effleurés, sont invariablement V amour et l'art • On n'a pas encore inventé de proscrire l'éclat de rire frais et sonore, la joie naturelle, el la bonne humeur comme inconvenantes, elle bégeulisme de notre société française qui impose à nos jeunes filles de vivre les yeux baissés jusqu'au jour où on les mène à l'autel n a pas encore envahi l'Efpagne.

Les tables de jeu sont absentes du salon, le piano est ouvert, et, sans apprêt, sans parti pris, on pas=e de la conversation à la musique avec une liberté d'allures, un naturel, une aisance parfaite.

Dans nos salons français, au moins nous nous groupions autour des femmes et nous échangions nos idées avec elles ; nous les voyions, nous saisissions un mouvement de tête, un pli gracieux, une silhoue te, un groupe de valseurs, un son de voix, une tresse de cheveux qui se déroulait et qu'on rattachait avec un geste charmant, ces riens là sont pleins de charme et la vie ne se compose pas d'autre chose.

— Eh bien non, fi de tout cela, — il faut à ces messieurs, de grands salons où on pt-ut fumer (Notez bien qu'au pays dont je vous parlais tout à l'heure la cigarette est tolérée); la politesse leur pèse, ils veulent pouvoir garder leurs chapeaux sur la tête et dire le mot propre, mettre les pieds sur les fauteuils et parler cocottes, échapper à ce qu'ils appelent le rigorieme du monde; et voilà le cercle fondé !

A notre avis, les cercles sont fatals à la famille en éloignant l'homme de son foyer, — lui font perdre les traditions de politesse et de distinction qu'ils conservent fnrrément dans la société des femmes, — lui font durement supporter la condition modeste où le sort les a placés en les associant à un luxe au -dessus de leur fortune. — les exposent enfin par le jeu à des tentalions et à des catastrophes auxquelles ils ne succombent que trop souvent.

Un club n'est, pour le tiers de ses membres, qu'une maison de jeu tolérée par la loi. A quoi sacrilie-t-on au cercle? Au jeu, partout au ,,eu. — t.inq ou six salons spéciaux lui sont réservés, c'est le jeu qui fait vivre un cercle, l'impôt prélevé sur les cartes est son plus clair revenu, c'est pour satisfaire cette passion qu'un grand nombre de membres se présentent.

— Soyez franchement tripot, sans hopocrisie, soyez Bade, Hombourg, ne vous ruinez pas en famille, entre amis. En Allemagne, au moins, c'est l'or de l'étranger qui fait les frais, la fortune de ce vague tout le monde qui court de casino, en casino, de conversation en convn-sdion avec l'idée fixe de faire sauter la banque.

Mais an cercle, vous invoquez pour vous réunir la nécessité des rapports sociaux, les bienfaits de l'association et vous vo..s exposez à compruneLre, par un moment d'erreur , (auquel nous comprenons qu'on cède) la forlune lentement acquise ou soigneusement conservée de toute une famille.

Les désastres sont nombreux, fréquents, souvent irrémissibles. On les enregistre tous les ans.

L'auteur des articles les Cercles parisiens a cité la partie jouée au cercle agricole entre M. F... C... et M. de B..., dont l'enjeu était cinquante mille fiance. — N'est-ce pas de l'é^ilepsie ? Quelle triste soirée pour le perdant ! — El. le gagnant lui-même, s'il est homme de cœur, jouira-t-il avec sécurité de son bonheur?

On rêve la fusion des gens du monde el des arlistes, on fonde un cercle qui encouragera les jeunes compositeurs, les peintres de talent qui restent inconnus ; les littérateurs in partions, et trois mois après avoir ouvert les salons, le Baccarat fait rage et M. P..., un digne jeune homme qui n'est coupable que d'un peu de faiblesse, auquel son père a laissé un nom honorable et une forlune lentement acquise : la voit engloutie par le Tapis vert en l'espace de quelques soirées.

Quelle nuit agitée succède à ces tran- es malsaines, ces émotions fébriles du jeu ! Si au lieu de passer nos soirées dans les cercles, nous avions pris l'habitude d'aller tranquillement nous asseoir au coin du feu, converser avec des temmes souvent aimables, quelquefois jolies, élégantes et toujours disposées à écouter les hommes d'esprit quand ils veulent bien les considérer comn,e des créatures dignes de les comprendre; les salons seraient restés ce qu'ils étaient autrefois et les cercles auraient tort.

Nous ne sommes pas des moralistes farouches et nous pardonnons bien des choses aux jolies femmes, mais celles pour lesquelles on déserte les salons n'ont souvent ni santé, ni jeunesse, ni esprit, m gaîté, ni beauté, ni charme ; et rien ne vaut le plaisir que donne la contemplation d'une belle jeune fille, chaste, honnête et pure, décemment vêtue, qui ne sait rien des turpitudes de ce monde, ne se re d pas compte du luxe que déploient les demoiselles et pense simplement que la mère de MUe X... (la fille de ce vieillard qu'on voit toujours aux Italiens dans la première baignoire de gauche), lui a laissé de bien beaux diamants en mourant. — Sainte innocence !

i our en revenir à mon point de départ, je dirai que ce qu'on peut appeler Y Envers des Ceir.es reste encore inconnu. Or, pour peu que cela intéresse le moins du monde vos lecteurs et surtout vos lectrices, dites un mot, cher monsieur, et je vous donnerai quelques curieux détails sur ce sujet.

1 Un de vos Lecteurs.

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