CES AMOL'RS DE TAMBOURS
Et quand leurs petites baguettes battent le rappel, comme on ; envie ue crier : présenti 1
A BAS LES HOMMES Ah ! pas tant que ça 1
UN SALON DE PARIS
Voyez pourtant à quoi mène l'ennui ! Lucie voulut toutefois rester debout, comme prèle à s'envoler au premier mot qui lui déplairait. Bauvron savourait inlérieurement son Iriomphe sans que lien en parût au dehors. Il élalait les cartes, non sans quelque inquiétude : car il ignorait compléiement l'argot des diseuses. Il prit vingt-deux Certes dans le jeu, se mil à les étaler, puis à les replier avec une rapidité vertigineuse. Puis il les élalait de nouveau et les repliait encore. En même temps, il disait en bredouillant et si bas que Lucie fut obligée de se pencher sur ses lèvres :
— Ce trois de coeur, la première carte retournée, est nécessairement une jeune fille inconnue que nous allons apprendre à connaître. Le trèfle, e'est-à dire la richesse, la grandeur, préside à sa naissance! Jamais elle n'a connu les nécessités de la vie, jamais elle n'a fait ses robes et raccommodé ses bas. Elle grandit, agréable aux regards des hommes; elle a au fond du cœur une petite fleur bleue qui chaque jour devient plus belle et plus odorante. La fleur s'épanouit; un jeune as de pique se présente et demande la main du trois de cœur. Hésitation! la Heur bleue se replie sur elle-même, puis s'épanouil de nouveau :' voilà le trois de cœur marié à l'as de pique, ainsi que l'indique le carreau, qui est mariage. Les époux s'en vont dans un grand château qu'ils veulent peupler de leur amour. Pendant trois jours tout va bien. Cependant, voici qu'au troisième jour une feuille tombe à la fleur bleue, puis une seconde, puis une troisième; le trois de coiur voit apparaître dans sa vie le dix de pique, qui est ennui. Ce dix de pique s'attache à la jeune femme; l'ennui ne la quittera plus. Voici, au fond du grand château, le tr is de cœur et l'as de pique assis en face l'un de l'autre. L'as de pique lit à sa femme l'Histoire de sainte E ùabe h et le Pie V; le trois de cœur bâille. L'as de pique est piqué, sans calembour. Il ferme le livre et dit qu'il va faire venir de Paris les Contes de Perrault, plus à la portée de sa femme. « Je vous en prie, répond celle-ci, j'ai soif d'esprit. » La querelle s'envenime. L'as de pique traite le trois de cœur de petite sotie; sa femme l'appelle Monsieur l'abbé. Le mari sort et va inspecter ses coupes de bois.
Lucie se mordait les lèvres en voyant quelles indiscrétions son mari avait commises.
— Tout ceci, dit-elle, doit être passé dans la vie du trois de cœur. Parlez donc un peu du présent et de l'avenir.
— Le présent n'existe pas; quant à l'avenir, nous y sommes. Les époux sont de retour a Paris, tous les jours plus froids, plus étrangers l'un à l'autre. Voici venir le valet de carreau, qui ne pouvait manquer de venir. C'est un homme à pendre; il serait imprudent de lui donner deux oies à garder dans une plaine. Lui aus,si avait jadis une petite fleur bleue; mais il l'a trouvée gênante et l'a serrée fort proprement dans un gros Plutarque à mettre les rabais. Cependant il s'éprend à première vue du trois de cœur.
— Et qu'en pense le trois de cœur? dit Lucie avec un suprême dédain.
— Le trois de cœur pense qu'il, ou plutôt qu'elle s'ennuie, que le valet de carreau passe sa vie aans un monde qu'elle ne connaît pas, qu'il est naturellement gai et qu'il lui rapportera tous les cancans de Paris.' Elle le reçoit dans sa maison comme un singe ou autre animal domestique, et lui offre une franche et tranquille amitié. Le valet de carreau fait une élégie sur ce lieu commun : Dans , a vie on ne se rencontre jamais à teints. 11 pense qu'un an plutôt peut-être, au lieu d'entrer dans la vie de ce charmant trois de cœur comme bouffon, il aurait pu être pris au sérieux; qu'après tout il est de race, et qu'au temps où la vie était grande et passionnée, il aurait arrêté en plein jour, comme un Bussy ou un Caudale, le carosse de celle qu'il aime, et l'aurait enlevée au nez de la livrée, l'épée et le pistolet au poing. Mais qu'y faire? Il accepte et offre amitié.
— Vous avez une singulière manière de tirer les cartes, dit Lucie; voilà cinq minutes .que vous les gardez dans la main.
— Patience! madame, dit Bauvron en étalant le jeu de nouveau. Voici venir la foule des adorateurs du tiois. Ils se ressemblent tous, lui disent tous la même chose : celte carte les a tous repousses; car elle est fîère et dédaigneuse. Peu à peu la prospérité bourgoise l'envahit, elle devient trop grasse, les collégiens seuls lui font encore la cour; elle reconnaît à ce signe certain qu'elle est devenue vieille. Un soir, au coin du feu, dans un salon comme celui-ci, elle est assise en face du valet de carreau, qui est devenu un vieillard assez lugubre. Le silence n'est interrompu que par le ronflement de l'as de pique, qui dort dans un coin, après dîner. Tout à coup le trois de cœur s'écrie avec la liberté d'allure que permet son âge : « Qu'on est bête quand on est jeune ! — Et, répond le valet decarreaa qu'on est triste quand on est vieux et qu'on ne retrouve derrière soi aucun souvenir! » — Voilà qui est fini.
(') Voir, les numéros (lu 26, mars, et du 2, avril.
— Vous avez de la verve sans gaieté, lui dit Lucie en s'éloignant.
En ce moment M. Vésinet, après avoir déployé toute son indignation contre le temps présent où le beau langage se meurt, terminait par une tendre églogue. Heureusement, disait-il, les champs nous restent, et le s uffle du zéphir, et les dons de Pomone et de Flore.
Chacun lui serra la main et s'en alla. Le lendemain, Lansac vint inviler Bauvron à dîner de la part de sa femme.
Quand Bauvron arriva, il trouva Lansac, sa femme et M"e de Navailles !
— Encore ! se dit-il, elle couche donc ici ?
Elle n'avait pas couché ici, mais elle devait êlre en quatrième au dîner. M. de Navailles, lui, dînait avec la marquise chez un de se* confrères, l'illustre auteur de Sisygambis. C'était encore une société de vieilles gens, avec fine causerie et fine dissertation littéraire, où la jeunesse n'avait que faire. Bauvron parla avant le dîner, parla pendant; les pai oies ne lui coûtaient rien, ni les anecdotes, ni les bons mots. Il les trouvait fout fails dans les petits journaux du temps qui, eux-mêmes, les avaient trouvés tout faits dans le Jkuym de parvenir dans G'imm, Bachaumont; Champforl, etc. Tout cela fut fort bien accueilli, car les petits journaux n'entraient pas dans le salon de M™" de Lansac, mais ne vaut pas la peine d'être rapporté : vous le connaissez de reste. Ce qui mérite mention, c'est que vers l'a région du dessert, Bauvron éprouva le besoin de causer d'amour. Il serait mort s'il n'avait parlé d'amour au moins une fois par jour. C'était sa manie, sans doute parce qu il n'avait jamais été amoureux. Une cousine de Mrae de Lansac venait de se faire enlever; il soutint que c'était chose parfaite. L- nsac se déclara scandalisé; mais Bauvron, sûr de l'approbation des femmes, affirma que rien n'était plus beau qu'un amour qui se sentait assez fort pour tout braver, et la réprobation du monde, et la solitude à deux. L'homme sacrifiait son avenir, la femme sa réputation. C'était une passion forte : chose admirable qu'une passion furie, trop rare en nos siècles dégénérés. De là il fit une digression sur les amours sauvages du quinzième et du seizième siècles. 11 raconta les femmes mettant la tête de leur amant exécuté dans un sac de velours, et celles qui le vengeaient par le poison et les amants se trucidant sur le corps de leur bien-aimée, ou ceux qui mettaient le feu à des palais pour la presser un instant dans leurs bras ou ceux qui, pour elle, trahissaient Dieu, -iiriis, patrie et souverain.
Ainsi, Bauvron qui, vraiment, n'avait jamais pensé qu'à vivre tranquille et à fumer de bons cigares, mettait en avant, le plus sincèrement du monde, les convictions les p:us opposées à sa nature : tant il esl vrai que si ce sont les hommes qui font la littérature, c'est aussi la litlérature qui l'ait les hommes. — Lansac l'écoutait les yeux tout ronds ; malgré ce que lui disait sa conscience, l'éloquence de son ami le subjuguait. Lucie l'écoutait le teint animé : c'était du nouveau pour elle; la blonde Navailles soupirail. Gabrie'le de Navailles n'avait rien compris du tout; mais elle trouvait que Bauvron était un beau jeune homme : tant de muts débités à la suite les uns des autres le lui firent prendre en haute estime, et ses moustaches commencèrent dès lors, à lui trotter parla tête.
Quand on fut passé au salon, il y eut un moment de silence : Bauvron avait lancé tout son feu d'artifice. Il se promena de long en large dans la chambre, puis il enfourcha le tabouret du piano, et ouvrant l'instrument, il joua quelques accords.
■ — Chantez-vous, monsieur? dit Lucie.
— Oui, madame, beaucoup trop.
— Est-ce pour vous seul que vous réservez votre talent?
— Pour tout le monde, madame, avec une grande assurance et sans dire gare. Cela m amuse beaucoup.
— Eh bien 1 chantez
— Oh ! oui ! fit M"0 de Navailles de sa voix traînante
— Avec le plus grand plaisir, mais à une condition,' <f est que vous chanterez auparavant.
— Moi? dit-elle en minaudant, je vous remercie; je ne sais rien que le grand air de Grâce. Je 1 ai chanté hier à Lucie, et je ne voudrais pas...
Ml et M"'e de Lansac firent une légère grimace, prévoyant la fin de cette lutte modeste; car déjà le susdit grand air avait été chanté nonante lois devant eux par la même Navailles. Il y eut un moment de sinistre silence; mais bientôt ils prirent leur courage à quatre mains et un touchant accord de prières et de supplications louangeuses enveloppa délicieusement le cœur de la jeune héritière avide de se montrer devant Bauvron avec tous ses appas. Le sort en fut ieté • elle se dirigea vers le piano; c'étail Bauvron qui devait l'accompagner La nature parcimonieuse avait doté Gabrielle d'une voix aigre-douce' et l'air n'était pus du tout dans cette voix : grands efforts pour s'y maintenir. De plus, elle courait toujours après la mesure comme un chien poursuivant une balle élastique.
— Ah! voilà qui est délicieux, dit Bauvron quand le tout fut terminé. On ne peut avoir une voix plus douce, plus légère. Surtout, vous ne pouviez choisir avec plus de goût un air qui convînt mieux à vos moyens.
Bauvron avait un ton si bonhomme et si sincère que Mme de Lansac ne put s'empêcher de sourire.
— Et vous, madame, dit-il en se retournant vers le tabouret, vous ue chantez pas ?
— Jamais; c'est à votre tour.
Bauvron entonna une romance italienne qu'il avait composée depuis peu et qui exprimait les mômes sentiments entiers et de fougueuse passion dont il avait fait montre au desseri. M'"c de Créquy dit qu'une demoiselle de condition doit savoir la langue des peuples plus méridionaux que lu nation à laquelle elle appartient : une Anglaise doit savoir le français, mais une Française n'est pas tenue de savoir l'anglais. Lucie, élevée à l'ancienne méthode, comprenait parfaitement l'italien. Elle ne perdit pas un mot des paroles dont voici à peu près la traduction .
« Celle à qui j'ai fiancé mon âme, elle m'est apparue hier. Nous » étions seuls, seuls au milieu de la foule. Je lui ai parlé d'amour. Je » lui ai parlé d'amour, mais sa b juche n'a trouvé pour me répondre » que sarcasme et mépris; elle a courbé sa lèvre dédaigneuse.
» Pauvre amant! pauvre amant ! misérable amant !
» Et cependant je ne suis ni rebuté, ni désespéré, car je l'aime d'un i) amour égoïste, et je la veux savoir malheureuse plutôt qu'heureuse » malgré moi et sans moi. Pour l'obtenir, je crèverai mes chevaux, » je jetterai mon or aux vents du chemin et me casserai les os. Oui, » qu'elle soit à moi ou que je meure 1
« Pauvre amant! pauvre amant! misérable amant ! »
Ça ne valait pas la peine d'être dit, mais il le chantait.
— Et le troisième couplet?
— Il n'y en a pas.
— Dites-nous autre chose.
— Madame, je ne chante jamais que de ma musique, et de tout ce que j'ai composé c'est la seule chose que je me rappelle.
Il y eut ùn moment de silence. Lansac se disait : Bauvron a bien mauvais ton, mais il am ise ma femme. 'Il lui plaît, il prendra bientôt Ue l'influence sur elle. Il veut me la ramener, il est habile; il n a pas celle sotte timidité qui me retient quand je parle à Lucie; je devrai mon bonheur à mon ami. — M|le de Navailles se disait : Le chevalier de Bauvron est de benne race, il aura un jour de la fortune, il est beau, brun, passionné. Je le rendrai amoureux, mon père s'opposer./ à notre union, le chevalier entrera par ma fenêtre avec une échelle de soie, il me fera à genoux la déclaration la plus fougueuse.il m'enlèvera, il forcera tous les obstacles; mon père sera contraint ae lui accorder ma main. Je serai une des plus grandes dames les plus cé lèbres de Paris, et quand j'entrerai dans un salon la foule se pressera pour voir cette beauié fameuse qui a su exciter une telle passion et faire accomplir des actions aussi héroïques. — Quanta Lucie, elle ne se disait rien ; mais, pour la première fois elle ne voyait pas clair dans son cœur.
— Voici ce que nous devrions faire, dit Bauvron en tirant de sa poche un billet de spectacle. Ceci est une loge pour le théâtre de la Gaîté, allons-y tous les quatre. C'est une seconde de côté ; personne ue nous verra. 11 y a aujourd'hui première représentation; rien de plus amusant que le spectacle de la salle. Enfin, si cela peui contribuer à vous décider, je suis pour quelque chose dans la pièce.
Les deuv femmes battirent des mains tandis que Lansac s'écriait :
— Quoi! tu as une première représentation et lu n'es pas plus ému? J'avais lu dans tous les auteurs que c'était pour euxle jour des transes les plus cruelles? Tu n'es pas dans les coulisses à \oir si tout va bien, si l'on n'oublie rien ?
— Il y a première et première. C'est un mélodrame en cinq actes, et nous sommes cinq auteurs. Mes quatre collaborateurs me paraissent suffn e à tout diriger.
— Cinq auteurs !
— Oui, d'abord moi , dont le nom n'est pas sur l'affiche, qui ai écrit une première fois la pièce; ensuite M. Daaerie, qui a refait la charpente, et M. Dépyee, qui a refait le dialogue ; enfin le directeur, qui a donné des conseils touchants, et l'acteur principal, qui a aussi donné des conseils. Le succès de ce soir me préoccupe d'autant moins que mes droits sont vendus depuis un au au mont-de-piété des auteurs à court.
— Partons! partons! dirent les femmes.
— Nous.arriverôns avant la fin du second acte. Ne fais pas atteler, dis seulement qu'on vienne nous chercher à minuit. Il y a des fiacres eu l'ace, qu'on en amène un. Dans la voiture, je vous raconterai ce dont il s'agit.
— Permettez, permettez ! dit Lansac toujours convenable ; nous ne pouvons pas y aller. Mlle de Navailles ne peut paraîtreen loge avec deux jeunes gens. M. de Navailles aurait raison de m'en vouloir si...
— Qui nous verra? te dis-je; il n'y aura là personne de ton monde; mademoiselle peut parfaitement venir sous le patronage de Mm" de Lansac.
Les deux jeunes femmes avaient très-envie d'aller à la Gaité; mais quand elles entrevirent que c'était inconvenant, il n'y eutplusmoyen de les retenir. Lucie déclara qu'elle irait sans son mari plutôt que d'y manquer. M de Navailles n'en saurait rien, puisqu'elle s'était chargée de ramener Gabrielle chez son père. On partit, on arriva Dans la voilure, Bauvron avait raconté le commencement de son drame avec un sérieux et un talent de romancier tout à fait remarquable. Il avait si bien calculé son temps qu'au moment où ils entrèrent dans la loge, au milieu du second acte, on jouait la scène où il en était resté. Les deux femmes, dont la curiosité était excilée, suivirent bientôt l'action avec intérêt. Il y 'eut, pendant ce second acte, quelques sifflets et quelques rires intempestifs causés par des accidents. C'était l'acteur principal qui, entrant en scène pour prononcer un mot à effet, était coiffé d'un chapeau que le public avait trouvé drôli; c'était un chien qui, au lieu de se jeter dans un torrent pour sauver un enfant que/e tiaître y avait criminellement précipité, s'était trompé et était entré dans un moulin; mais à partir du troisième acte les applaudissemeuls éclaièrent; la salle était, comme on dit, empoignée. Lucie était tout yeux, tout oreilles ; elle riait, elle pleurait, elle avait peur; elle avait surtout peur, ce qui la charmait Lansac suivait les expressions diverses qui se peignaient sur le visage de Lucie, et faisait cette triste rétlexionquecelte femme, qu'il avait vue dans l'intimité rester pudiquement coquette et maîtresse d'elle-même, s'abandonnait en ce moment sans arrière-pensée, et dévoilait en public des trésors de tendresse et de passion.
C'était un de ces mélodrames comme Paris en consomme une dizaine par an. Le talent et la science très-réels des auteurs ne consistait pas dans la mise en action de caractères bien tracés et suivis, mais dans la connaissance approfondie du public, dans le choix des absurdités et des lieux communs qui devaient lui plaire, dans une flatterie constante à ses sjmpathies et à ses goûts. D'ailleurs le jeu des acteurs était si bien celui qui convenait à une pareille pièce, et réciproquement la pièce était si bien conçue pour faire ressortir le jeu des acteurs; tout était dans le faux avec une harmonie si parfaite que bientôt, en l'absente de tout point de comparaison, on se laissait aller volontiers ci l'émotion.
— Ah ça ! dit Lansac, qu'as-tu fa t dans ce drame?
— J'ai tout fait et je n'ai rien fait. Si, au lieu de ce qu'on te donne ici, on avait joué ma pièce, elle n'aurait pas été jusqu'au bout, et cependant c'est ma pièce qu'on te donne.
— C'est bien obscur ce que tu dis là.
— Exemple : C'est moi qui ai conçu le caractère de ce bon chien qui sauve les petits enfants. Seulement je ne faisais pas revenir mon chien, et on criait à la cantonnade : sauvé! sauvé! M. Danerie a dit: Au lieu d'un chien de taille ordinaire, nous en avons un de taille extraordinaire qui apportera l'enfant dans sa gueule devant la loge du souffleur. — Or, remarque-le, c'est ce qui a été le plus applaudi. Je pourrais te citermille autres balivernes aussi importantes pour le succès. Quand à M. Dépyee, c'est par le style scéuique qu'il bril e, qu il est une homme précieux. Tu ne sais pas ce que c'est que le style seénique? Voici : quand tu parles à ton domestique, loi naïf, tu lui diras bien ■ Jacques, donnez -moi mon chapeau? Eh bien, à la scène, à partir du troisième acte, tu dois dire : Jacques, mon chapeau; et à parlir du quatrième, tu dois beugler seulement : chapeau, ou bien tu n'as pas te style scénique.
Bauvron coupa là la conversation; car il éprouvait un charme extrême à regarder Lucie en silence. L'abandon auquel elle se livrait, l'oubli du monde réel, qui avait rendu Lansac triste, le rendait gai. 11 jouissait de cette femme comme il aurait joui de l'apercevoir dans sa chambre, seule et ne se doutant pas qu'on la regarde. Pendant ce temps, la blonde Navailles, qui avait plus fréquenté le théâtre que son amie, se disait :
— Comme il fait attention à moi ! Comme je lui plais !
{Là mile au prochain numéro.)
EMILE L
LES COURSES
n tissez Mteîix état. . . Quillembois s'est an été net. et son iockey est uri'îvé un Leau milieu de la nvi.-re. . . Oliar.i'T] vice! Quant à Roulv-ta-bow, elle est retombée sur In berge... Windsor fnit mieux : il saute en pie u publioIM :1e l'EstirOufflêre tombe île son siège dans In crinoline de Diane l'Ebouriffée... singulière manière de .se présenter!
UN SAUT DE RlVlnBE. — Hope! liope! togo!!! Sur sept chévvux:, en voila quntre en »
' se love comme il l'entend... Bilœrde-ïoto s'arrête à son tour.; l'esprit d'imitation, voilà son vice lin di u\ tro s uinitrp. . . il vient de culbuter son douiiè oe spectateur. . . Le petit vicomte de 1......,,
La déroute est communiraûré. . . Tout le monde se culbute, et le gros m. de K. . . , arcotnpag.ié du jeune de B. ., s'en j\ont rouler dans la rivière... Décidément la place est bonne, et Ion est sur dj voir quelque accident. Malheureusement, on n'est jamais certain de ne pas recevoir un cheval un jockey sur la \ëte. . . Mais bah! qui ne risque rien n a. rien!
i ,\\f\ / ).\ \ I i M ■ vi »■* V/li'l -A 'v)
L ENCEINTE DU PESAGE. — Entre deux courses. — Le premier ac'e est joué, et les concurrents viennent de r ntrer. . . C'est J a mbe-d' argent qui a gagné, on le passe ou couteau de chaleur.. . John- Bail est lom1 é au mur... 0 i le panse... il crie comme uu damné , mais ce nVst pas de la douleur qu'il se préoccupe. . . il craint de ne pouvoir courir le dimanche suivant. .. On s'empresse autour du blessé.. . t. es Parisiens *ont badauds par nature .. Et puis aulour d'un malade ou a toujours soin de raconter les accidents d. nt >n a été victime. Demande/, plutôt au colonel de N..., qui cause sur le premier plan avec le jeune P.. . Il lève le second doigt de la main droite... U reconte sa deuxième fracture. . . les os sort a ent. . . Maintenant, ce sont les yeux qui lui sortent de la tète. . . Le j une duc de L... Un lys dans un cornet de pépier... cause avec le marquis de... qui porte d azur et une canne qu'il s'enfonce dans la narine gauche. . . Un valet d'écurie ramène le cheval de John Hall ■ il s'est déboîté le b. ulct... plus bas, M. de G. toujours furieux, explique à d«ux de su* flmis qu'il v.ent de nnpner vingt-cinq louh à M. X..., qui es. insolvable... Pendant ce temps, Castor et MarideÛe sortent de l'enceinte pour- la seconde course... M. dj P... sangle son jockey avec une ceinture qui contient 20 kilogrammes de plomb. . . M. T. . . fait à Iieasle ses dernières recommandations. . . « Ménagez votre cheval et ventrue terre après le premier tournant... VEnçlumeem encore dans la balance, mais le commissaire des courses inscrit le poids vérifié.. . Enlevez! c'est pesé!