‹ La Vie parisienneChapitre 205 sur 662 · LE DÉGEL AU THEATRE DÉJAZET · texte numérisé non relu

LE DÉGEL AU THEATRE DÉJAZET

La scène se passe dans l'hermitage actuel de M. Sardou, à Marly. Ce sont ses vieilles charmilles, al gnees comme des régiments prussiens, qui l'on) inspiré — Nuus si mm< s en 1 1 in 1 iver. Tcul esl ge é : les bassins sur lesquels paiinent, sjr l'air du Prophète, pages et grandes dames, les slaïues mythologiques qui grelottent snus leurmanleau de neige; et les ifs, s ulplés comme elle , avec leurs franges diamanlées, de stalaclites de giue. Tout gèle donc, el surtout noire héios, le marquis Heclor. le t ro, re petil-fils de Bassompierre de galanle mémoire. Son giand-père, cloué sur son fau'euil dedouleur el revenu par force majeure de ses folies de jeunesse, lui a fait jurer haine éternelle àlout ce qui porle cornette et cotillon. Le jeune Hector est b en décidé à tenir ïou Qeime:it ; il s'enferme dans son château, avec ses chiens, au milieu de ses bruyères, où il thasse du malin au soir. Jusque-là, l'ombre de son grand père a lieu d'être satisfaites Mais, un beau jour, pour je ne sais quelle afi'-iii e, noire farouche Ilippolyte vient à Marly. 11 n'était que... il va devenir martyr. Lès son débotté dans ce petit paradis à lt façon de Mahomel, il est enirepiis par les plus jolies femmes de la Cour qui brûlent de venger leur sexe outragé ; son accorle hôlesse est la plus acharnée, même plus que la grande Fauconnière qu'il a surprise au bain, ce dont il a paru plus effrayé que charmé. Ce sont de ces choses qu'on ne pardonne pas. Celte hôtesse le met dom: au pied du mur : « l'ayez votre no'e ou baisez moi la main... pour commencer. » Ah ! si Lelorrière avait été là, lui, dont c'était la monnaie courante ! Hector résisle. et il esl mis à la porle, sans un ttiaravédis dans su poche, à neuf heures du soir, par une neige ballante. Malheureusement pour sa vertu, il esl arrêté comme vagaoond dans le parc, de Marly et conduit chez le Grand- Fauconnier dont la femme a de si légitimes griefs contre lui. L'attaque en règle commence, tories les divinités de l'Otympe sVn mêle,t et il a beau faire, il a beau remporter victoires sur victoires, le Dégel se déclare à la fin et il est vaincu, battu c t conlent.

tout cela est dit d'un style vif et coquet qui sent son œil de bœuf et sa poudre à la Maréchale. M. Sardou excelle dans ce j.:cnie de dialogue pai U miné el ces siti citions délic*Us ; il sait dire et faire accepter les choses le- plus risquées; impossible de se fâcher; tout auplus un coup d'éventail sur les doigts. Le s ul repioche qu'on pourrait faire à la pièce de M. Sardou est qu'on devine le denuiem. nt dès la première scène et que la situation est toujours la même peinant tes trois acUs. Peut-être aussi le Dcyel est-il un peu froid :1a glace

fond, mais ne craque pas. On voudrait une grande débâcle comme celle de la Newa, renversant tout indistinctement dans son cours impétueux, et non un simple pot-à-l'eau qu'on met à fondre sur une chaufferette. Le thermomètre de notre héros s'arrôte à n. i<j< fondante au lie i de grimper juîqu'à chaleur du Sénégal: il est vrai qu'il faudrait un autre foyer que celui de la chiu.ffri.lie qui se charge de sa conversion .

Mais r.e qui n'est pas froid, je vous en réponds, c'est ce charmant lutin qui a nom Virginie Déjàzet. Comme elle est leste el pimpante dans son pelii coslum de chasse, avec son petil habit ver t loul galonné et à pans relevés, fc.fl petil chapeau à bords retroussés et ses grandes guêlres de cuir jaune maniant au-dessus d a genou. Indien, tel' ipon minois pour un miiityr et qu'on approuve 1 s d"esses po >drées de l'Olympe de Marly de vouloir en avoir raison ! Puis, au dernier acte, dans son cosli me de défaite (ou de victoire), en Adonis rococo, en tonnelet, elle est vraimenl à croquer. On dirait un bonbon ou une figurine de Saxe. Comme elle f it bien de choisir, pour s n heureux vainqueur le clair de lune de la chasle Diane ; Mme Brabançon l'aurait cassée en mille morceaux ! Mais, farouche Nemrod ou séduisant Adonis, elle reste toujours le G nlil Bernard et le Kijhelieu d'auLefois : même désinvolture, même crâuerie, même jeunesse! voilà le grand mot lâché! On entendait dans les vouloir-, le soir de la première représentation, partout la même quesliou : Quel ."ge a-t-elle ? — Que vous iunpo te ? — Allez d ailleurs le lui demander vousmême, passage Saulni r ; elle vous introduira dans son salon et vous montrera, pendues au mur, les courou ■•er et les bouquets dont la ville et la campagne, la France et l'étranger l'ont accablée. Elles sont là toutes et avec leurs date>! Osez-y regarder ! quant à moi, j'aime bien mieux l'écoi 1er quand elle chante : sa \oix a toujours la même fraîcheur; elle délaiile. et cisèle ses couple s comme au beau temps de b édllon. C'est qu'elle est la vraie Frétillon du poêle, avec aulanl de cœur que de gaîté et d'esprit. Si elle a s uvent jeté l'or par les fenêlres et n'a jamais su en garJer pour elle-même, elle a t ujours su en conserver pour soulager une misère , jamais elle n'a abandonné un ami ruiné, jamais un malheureux n'a frappé en vain à la porte de son cœur. Garder la jeunesse du cœur, c'est là tout le secret de Déjazet. — Avis à ceilesqui aspirent à la remplacer.

Christophe.

LES COURSES

l.ongchani[», 17 avril .

Beau temps? oui. Belle société ? certainement Remarquable journée? parbleu! D'où vient donc que celle réunion élait incomplète? parce que 1 héroïne manquait et que 'es «ourses élaient jouées, par de~ sujets remarquables sans doute, mai* que la Toucques laissera toujours au deuxième rang. — Or, la Toucques la vaillante manquai à celte journée, et les curieux tout haut, le* intimes, presque bas demandaient : Savez vous qmlque chose? Pourquoi? où es'-elle? Etc-ux qui prèle- dent être dansl- secret donnaient un avis. Mais presqu'aussiiôt une nouvelle confidence renversait les calculs. — J'ai entendu dire 1° Qu'elle était tiès-f. iliguée ; 2° que dans un galop d essai mie déchirure musculaire s'élait opéiée (on citait raêm* ie muscle) etc. Tout le monde était consulté el je me souviens d'avoir aussi donné mon avis eu répondant par ce vers :

Vénus est toute entière à la Toucque attachée...

Qu'importe apiès loul? n'avons-nous pas eu comme compensation une trèsbelle lutte entre Dollar et Sir délia ou pluiOi entie leurs Jockeys Kilche er et Piàit. — Une suiton qui compte de pareils tours de force n'esi pas une saison penlue

Stradella vaincue peut inscrire cette défaite comme uns demi-victoire. — mais ceux qui eu f isaient une favorite avaient ils donc oublié les journées de Chantilly et de B iden-Baden — AClianlilly comme à Bade, quand je plaçais la Toucques première,.0utar second, j'établissais positivement les résultais intcnts depuis.

Je ne puis marquer ici le jour où Li Toucques et Dollar, se retrouveront en présence, mais je puis bieu prédire que la jument de M. de Mougommery ne sera pas fa-oiile absolue.

Le prix de la Seine admirablement couru par un groupe de huit bons chevaux fut le plus gr.nd ho.neur à l'écurie de M. de iMony. — 11 faut ajouter que cette écurie est aujuurl'hui une des mieux organisées et peut être la plus heureuse. — Pattisan (un cheval qui n en comptait guères il y a un au) est aujourd nui favori de bea coup d amateurs ; maisq oiqu'u fasse, et malgré qu'il ait battu Flibustier er. Guillaume le Tacitumi, je d clare que je n aime point es chevaux raccommodés, et que je f raierais soigneusement mes écuries si Parlisan venait hennir dans ma campagne.

Et je termine celte tablette par une invitation :

Q e ceux qui aiment les chevaux mignons, à robe brillante, aux grands yeux; que ceux-là viennent admirer Soumise, dimanche prochain.

Les Jociieys de Gedéon, à'Affidavit, et d'Antaious pourront compter les balzanes de la charmante jument.

Iffezheim.

CHOSES ET AUTRES

U y a eu récemment un dîner de gens de lettres. Ils étai°nt. soixante-douze. C'est peu, ou c'est beaucoup. Une circonstance atiénuante, c'est qu'il n'y avait dan» le nombre qu'un seul homme de le 1res : Alexandre Dumas, qui précédait. Les soixante-onze autres étaient de ceux qui l'appellent : cher m ître.

Puisque nous en sommes sur Alexandre Dumas, et que tout le monde convient qu'il est revenu de N.iples plus brillant, plus jeune et plus grand que jamais, ajoutons plus naïvement lier de lui-même. Cette naïvtlé est un des étonnements de notre siècle.

L'autre jour, en parlant de je ne sais plus trop quoi, il disait : « l'auteur de Hdwet , l'auteur de H. nri Itl, etc. Cela n'est-il pas navrant ! que notre cher Dumas y prenne garde; s'il met sur le mê ne iang l'auteur de tiamlet et l'auleur de Henri II i, un troisième larron pourra venir q ii ajoutera : l'auteur du chà'.eau de Pontalec, (1) et ce sera bien tait pour Henri 111.

Avez-vous lu le récit du départ de LL. MM. Mexicaines, par le Mémorial

diplomatique ?

k A la tombée de la nuit, les vagues s'apaifèrent et ne reflétèrent pl s sur leur cristal, devenu calme et uni, que les étoiles édnrant une belle nuit d Italie. . . ce. etc.

Je m'arrête de peur d'accident. Le Chateaubriand qui a écrit ces lignes s'appelle : le chevalier Dehrauz de Satdape dia. Le bruit court que I" chevalier Debrauze^l convaincu ; il croit que, pour tout autre que Maximilien, empereur, les vagues auraient dédaigné de refléter quelque étoile que ce lût dans aucune espèce de cristal.

On m'avait bien dit que M. de Beaufort, directeur actuel du Vaudeville, aimait les grand s pières.

Plutôt que de vivre sans grande pièee , il ajoutera trois actes à l'acte unique que lui parera un au eur. C est un pani pris, et c'est commencé déjà.

Je vous conseille d'aller voir : Aux Crochets d'un yendre; pourvu que vous ayez soin de quitter votre stalle après \ : premier acie. Là finit la comédie. Le reste e<t un tas de choses ajoulées par le souffleur, le mécanicien et le pompier. Soyons ju^le; on y trouve encore quelques jolis mots, ce qui tendrait à prouver que Barrière y a mis le nez.

Ce diable d'homme se fourre partout où il n'a que faire.

Les académiciens se sont réunis, et, pour mieux satisfaire les trois candidats au fauteuil d'Aifred de Vigny, ils n'ont nommé personne. Ils se sont ajournés, tout comme un tribunal.

Les candidats ne sont pourtant pas en prison. Pourquoi les faire attendre ?

Il est sot et indigne (et cet ajournement le prouve) d'exiger des gens qui peuvent être académiciens la visite préalab e, un tas de courbettes et la mise sur les rangs. 0 uoi donc? si le génie ne se mel pas à g-noux, le génie ne sera jamais de l'Académie? Celle-ci est-elle une école? ses membres sont-ils des pédants?

Pourquoi se sont-ils ajournés? sans doute, parce qu'ils ne trouvaient aucun des c ndidats dignes du fauteuil. Cela n'arriverait pas, si d'eux-mêmes ils Choisissaient l'homme qui a le plus démérite. L'usage des candidatures a dù être institué par quelle v.det.

J'espèreqie ces observations Suffiront ; et i u'au prochain tour de scrutin, X... de la Vie parisienne, sera nommé a l'unanimité des suffrages.

Les femmes vonl désormais faire partie de l'administration télégraphique. Il leur sera permis d'être employés Le programme d'examen comporiera sans doute la beauté et la jeunesse. C'est ainsi q e le gouvernement iinit>ra la conduite des liquo is «s ti des charcutiers, qui savent fort bien, les gaillards, ce que fournit de chalands la ligure du comptoir.

Pourquoi l'administration s'anô eran-elle en si bon chemin? Quel ne sera pas n on bonheur, quand je verrai la Beauté me signer un certifie.it de libération, et laGiàce parapher mon passeport!

£t tu y gagneras, gros Trésor!

J'ai remarqué aux courses un cheval entièrement rouge et une dame portant un htbit masculin en suie noire, tiès-long, tombant sur une jupe également noire et également lrès-1 aiguë. Le tout fort Laid. Un monsieur m'a dit que ie cheval n'était pas a la mode ; quaut à I hab.t, il fait fureur.

Sa Hautesse le sultan fait des affaires. Il paraît que jusqu'ici nous n'avons jamais eu que d'affreuses charges, en guis: de portraits des empereurs turcs- La loi musuiinane défend à tout peintre de reproduire les traits du grand seigneur. Mais la lui n'avait pas prévu tes photographes. Le sultan aussitôt de délivrer un lirman qui ociruie te privi.ége d explorer ses traits majestueux Le plus jo i, c est que ce privi ége a été donné a plusieurs personnes, toujours au drt iment de tout autre et que tous les tirtnaus sont en règle. Décidemen ces Turcs se civilisent.

(i) ld est : Dennery. Il y a des gens qui pourraient l'avoir oublié.

— Monsieur de B... attendez donc! est-ce que ce n'est pas un petit gros, excessivement élégant, un peu chauve?...

Un peu chauve ! son valet de chambre lui fait sa raie avec une règle et

un crayon.

Connaissez-vous le jeu des petits papiers? Une première personne fait une qmstion, une seconde répond, et une troisième ajoute une réflexion... L'incognito est sévèrement observé... Un exemple du résultat.

— 1° J'attaque par deux froissés, tierce et quarte, je tire seconde, que parez-vous, madame.? .

— 2° Je me pare de ma pudeur offensée.

— 3° Vous feriez mieux de vous fendre d'un peu de complaisance.

On ne parle que du Com té shakespearien français. — Un banquet devait être donné samedi à deux heures de l'après midi. — Mauvaise heure, je ne prends jamais rien entre mes repas. — La présidence avait été décernée à Victor Hugo. — Son fauteuil devait être couvert d'un voile, etc....

tout cla était très-gentil, mais... et ce pauvre Molière! vous savez, Tau teur du Tartuffe?

Les fameuses qua-ante médailles qui doivent être distribuées à la fin de l'exposition de peinture tentent bien des gens, s'il faut en croire le nombre d'exposants solliciteurs qui, la photographie de leur tableau dans la poche, viennent sonner à la porte deî nouveaux jurés depuis huit jours.

Vous rappelez-vous ces pensions de Banlieue où, à l'approche des prix, les carents viennent faire une visite au professeur, et déposent sur la tible une livre de café ou un pain de sucre?

Il paraît décidé que 'es femmes porteront, cet été, des casquettes de loutre?

Uan-.on, le peintre, a envoyé de Borne, pour l'exposition de peinture qui va s'ouvrir, deux tableaux, dont l'un, représentant une jeune fille buvant dans le calice d'une fleur, est, à ce qu'il paraît, une petite merveille.

Villaret qui répétait depuis deux mois avec Meyerbeer le rôle de Raoul , des Huguenots, a été tellement faible qu'on a rendu le rôle à Gueymard.

On répète toujours le Roland de Mermet et un ballet de Saint-Léon pour la Mouravieff.

Mlle G... du corps de ballet avait un ami sérieux, auquel rue lettre anonyme vient défaire quelque-, confidences, dont Mlle G... se desespère Cette lettre-là, lui,di*ait-on, est d'une de vos bonnes petites répondit-elle. Il y avait l'ortographe !

camarades. Oh I non,

Vous connaissez Mlle P... dont les bons mots ont eu seuls le pouvoir de prolonger l'engagement au delà du tempa, où commencent d'ordinaire les sérieux devoirs de la mère de famille.

On causait, devant-elle de la musique du nouveau ballet qui abonde en effets de basson. — Je ne la crains pas cette musique, oit-elle , mais elle manque de couleur italienne, on se croirait à chaque instant dans la gare de Soissons !

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