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AU CHEMIN DE FER

Le soleil à l'air de nous Cire revenu définitivement, il br lie et de plus il est chaud de telle sorte qu'il inspire In confiance la plus absolue. On part qui à Versailles, qui à Montretout, qui ;i Asnieres. — C'est pourquoi chacun, ses affaires faites, va s'entasser dans la salle d'attente. — Le gios Benton avant de monter en wagon trouve le moyen de placer tro:s mobiliers au dessus du cours au grand itichar- Tille. - La prandc lierthe trouve en ore le moyen de se faire .--alUT en public, — il n'y a qu'un créancier qui soit capable de lui parler, pendant cinq minutes, le chapeau ît la main. — Bernard qui tient sous son bras deu * kilogrammes de biilfls à or ire s'en va ;i Auteuil griffer des rosiers. — A'iez-done parler des caractères faits d'une seule pièce1. Dans la journée il prêt ■ à vingt pour cent, et. le soir il rebenille s s abricotiers! — Au beau milieu de la salle, deux d n.oistlle? en compagnie de deux étrangers ; elles pour: a'ent aller s'asseoir dans un coin, comme de bonne bourgeoises, mais le pu lie! ! ! — Cependant l'on a iend l'ouvtriure des portes qui restent op niatn'-inent clos s, chacun s'ennuie et cherche ii occuper ses loisirs; l'un lit, l'outre bâille; il n'y a qu'un voyageur auquel l'attente soit , «différente, c'est le carabinier; qu'on monte en wagon, ou qu'on atien e encore trois quarts d'heure, cela lui est bien égal, il univera toujours à temps au quarti r. et il n'e est pas A sa preui.ère fncLion !

» aventure, met presque autant de zèle à rabaisser sa compagne et » son égale par la plus odieuse et la plus sotte éducation. »

Egoï-me de -l'homme, qui rappelle le mol terrible de Charles XI à sa femme : « Nous vous avons prise pour nous donner des enfants et non des conseils. »

« Le même père qui cile avec orgueil les succès de son fils dans » les ans ou les sciences, est encore p us fier de pouvoir dire à son » gendre : « Je vous livre un petit ange qui n'est jamais sorli du o couvent, qui n'a rien vu, qui ne sait rien : un véritable trésor » d'ignorance ! »

Et la fi Trime, considérée sous le point de vue de la s°nle utilité sociale qui lui soit reconnue, la reproduction, est en décadence

On naît moins aujourd'hui qu'autre ois, et si la populalion augmente, eVst que, grâce au bien-êlre qui se répand davantage, on meurl moins.

Dans le chapitre qui suit, et qui est intitulé Le<i Vil/es et les Campigve>, M. About partage l'opinion de M le marquis d'Andelarre : <• Diminuer les propriétaires ruraux pour augmenter la prTpriélé » rurale. » 11 pousse le paysan à la ville et émet que ques avis que nous n'acceptons pas complètement, mais que nous ne pouvons discuter sur ce terrain. Cependant on nous permetlra pe-jt-êlie de dire deux mots qui suffiront pour dresser aux yeux du lecteur tout notre système d objections.

L'auteur prône l'organisation de grandes compagnies agricoles; et dans le chapitre suivant, il cou bal le sentiment inné chez le Français d'appeler sans cesse l'Elat à son secours. Que M. Aboul se rappelle son histoire de France; il verra que l'Elat s'est fait le complice du p'enp'e dans la grande conspiration contre la féodalité. Il ne lui ser.i pas diffu ile. par suite, de prévoir le tort de la féodalité financière et industrielle lorsqu'elle sera arrivée à son apogée. Lui qui combat l'immixtion de l'Etat, son syslème l'amène fatalement à une heure, donnée.

M. Thiers a fait, en 1848 je crois, un livre sur la propriété en réponse à celui de M. Proudhon : je ne suis si le. livre de M Thiers a été lu, mais je soutiens qu'il n a dû produire aucun effet sur ceux q te M. Proudhon avait touchés. L" chapitre XI du livre de M. About abasourdit le Goliath (je patle de M. l'roudhon) h coups de s ns commun. 11 y a là un paysan madré qui discute avec lui à propos d'une luzernière, discussion intéressante au suprême degré.

Mais, boum ! comme un boulet de canon voici Napoléon Billard qui enlre à propos du budget. « Le brave homme est un ancien err- » trepreneur. Il n'a jamais porté le pantalon ronce; mais on l'appelle » indifféremment le Capitaine ou l'Enfant de 1812, parce qu'il est fils » d'un vieux soldat et nourri dans le culte de la g oire. De sa per- » sonne, il a p yé un remplaçant vers 1833, ce qui lui a permis de » mourir par procuration sot s les murs de Cor.stantine. Ce Irépas gloi- rieux ne Ta pas empêché de faire une jolie forlune dans le pavage. » 11 habite alternativement Paris et la campagne, recherchant par- » tout les militaires, buvant sec, fumant fort, applaudissant fort son » empereur, quoi qu'il fasse, et déblatérant contre les curés sans u savoir pourquei. »

Napoléon Billard paye, bon an mal an, en contribut ons directes et indirectes, "1,750 frams, ei il veut .-avoir si on ne triche pas en roule et si tout est bien remis à son Empereur.

Voici le compte que lui établit M. About :

A l'Empereur 25 » La fête du 15 août. ... » 20

A la famille impériale.,. . 1 50 Encouragements et se-

Au Corps législatif. ... 3 IH coursaux gens de lettres » 20

Au Sénat 6 3-7 Souscriptioi sscienlilîques

A la Légion d honneur. . 8 55 el iltéraires » li

Au duc de Malakotf. ... » 10 Aux haras 3 87

A chaque minirire » 10 Au Conservatoire de mu-

A chaque membre du ton- sique et aux théâ res

se 1 privé » 10 impériaux 1 71

A la Bibliothèque Impér. » 40 Aux missions scientifiques » 075

A IToslilut » 61 El à la guillotine » 20

Le chapitre XIII, consacré au progrès dans les arls, les leUres et les mœurs, esl d'une fraîcheur qui con' raste avec la critique à l'emportepièce de son précédent. C'est une conversation avtc une jeune ïerr.me, honnête et pleine d'esprit Elle l'accuse de s'o-cuper trop du progrès matériel et de délaisser le mcrai. Voici pir q el argument victorieux il répond que l'un découle facilement de l'autre.

Les délicaiessrsds la vie étaient « autrefois le privilège de cinq ou » six cents i- di\ idts qui étaient toujoursde loisir parce qu'un peuple » enli r travaillait pour eux. La cour suivait nonchalammenl, sur » des g ndoles pavoisées, les méandres infinis du fleuve poétique, ■i tandis que mes ancêtres, et les vôtres aussi probablement, cour- » lisaient leur commère à coups de poing, comme les Lubins et les n Pierrots de Molière. Souhailons-nous qu'-nos descendants jouissent n de l'amour délical, exquis, épure? Travaillons ferme! Construisons » à leur profit des paysans de fer et d acier qui b riront de l'eau, » mangeront de la houille, sueront de l'huile el travailleront à » grands coups de piston tandis que nos héritiers, un peu plus » grands seigneurs que nous, navigueront sur le fleuve idéal, tous d les dimanches, avec leurs femmes et leurs enfants. »

Et au milieu de La société de commerçanls et d'industriels endia-

blés, que va-l-il faire des arts? Voici de quelle façon ingénieuse il établit leurs droits.

Un ouvrier se foule la main dans un atelier. Sa journée ne sera pas perdue. Il viendra lous les jours, le bras pii écharpe, et racontera des histoires. Ses camarades travailleront dix minutes de plus, et le temps leur aura paru plus court : ce< dix minutes de soixante hommes feront les dix heures du charmeur.

Nous ne parlerons pas du chapitre de l'enseignement, qui est traité pa"1 un homme du mélier.

Il a une vigueur étonnante dans l'esquisse du bonhomme qu'il met en scène. Voyez ce margnil i»r :

« Que la nat ire l'ait créé slupide on intelligent, qu'il soit pélri de » sarrasin br Ion mal concassé ou de la plus fine fleur de f.rine » champenoi-e. on l'a trempé comme un biscuit dans le sirop des » doclrines sublimes; il en e-l imbibé jusqu'au fond; il en laisse per- » 1er une g-'Ulle de temps en temps sous forme de senlence. N'es- » ; ayez pas de dérider son front ; il se mettrait en garde. La plai- » sanlerie le choque : c'esl une offense. Offense à qui? à quoi? N'im- » porle. Plaisanter, c'est manquer de respect. Mais que doit-on res- » perler, mon brave homme? Tout ! Le respect est i ne vertu par » lui-même, en lui-même, quelque soit le coquin, le mensonge ou » le magol qui en sera 1 objel. »

Mais continuer serait ne jamais finir, el l'espace nous manque. Ré\ifion du Code, peine de mort abolie, divorce, recherche de la paternité, réforme religieuse, politique, tout est abordé avec une audaie et une foi profonde.

Son style, net., rapide, son esprit ingénieux, employant la métaphore au service du sens commun, ses mois à l'cmporte-pièce, un fend bon, sans haine pour ses adversaires et pleins d'amour pour les mineurs de la société, le peuple el les femmes; joignez à cela une horreur de ces gros lermes lechniques qui fo ment la plupart du temps la langue cabalistique avec laquelle les charlatans alhapent les imbéciles ; je ne sais quel parfum pénétrant de bonne fui et de convicli id., et vous auivz une idée de ce livre étrange et remarquable à la fois.

Mais avec les grandes qualités de vulgarisateur dont M. About a f il preuve dans son P ogr<s, il a oublié, me disait un homme d'esprit, d'en l'aire un lui-mêm-i : c'est de lancer son édition à t fr. au lieu de 7. afin de metlre ceux pour lesquels il plaide a même de lire son plaidoyer.

ÉDOCAUD SIEBECKER.

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