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à quinze pieds en l'air. Tentes mes finesses détruites. Ils appellent cela des tendances libérales!... A quinze pieds en l'air ! Allez, piétinez sur la peinture sérieuse, plus de sanction, plus d'Institut, fai ilitez les accès, démolissez les garde-fous des ponls pour éviter les encombrements. Où allons-nous, Seigneur!
— As-tu vu la Femme d'Hamon?
— C'est un bijou. Eh bien, sais-tu ce qu'a fait l'administration? Elle a placé celle délicieuse pplite femme à la porte du grand salon, juste derrière le dos du gardien qui est là en faction, de sorte que pour voirie tableau on est obligé de prier le gardien de se déianger un instant. Cet homme, qui ne connaît que sa consigne, grogne continuellement... Voilà ce que c'est que l'arbitraire.
— Eh bien, êles-vous content?
— Oh! tout cela est très-faible, beaucoup plus faible que l'année dernière. Pas une œuvre consciencieuse, pas une grande page, pas une bataille. Les tableaux de sainteté eux-mêmes sont en petit nombre.
— C'est ce qu'on m'a dit; mais il paraît qu'il y a énormément de femmes nues au bords de la mer?
— Oui, en effet; mais savez-vous pourquoi?
— Non, en vérité. Le fait est qu'il n'est pas naturel de voir autant de femmes nues à la foi; le hasard ne ferait pas de ces gracieusetéslà au public.
— Parbleu ! voici ce que je tiens d'une personne digne de foi. 11 paraîtrait que toutes ces femmes ont été commandées par le même individu.
— Mais c'est impossible; que voulez-vous qu'il fasse de tout cela?
— Ces! un Russe immensément riche; il vit séparé de sa femme. Vous savez que les Russes aiment beaucoup les arts. Si, ça se comprend Irès-bien, cet homme veut se faire une société, et puis enfin il y a les besoins du cœur C'est lui qui a indiqué les sujets; il s'en suit une grande ressemblance entre toutes ces femmes.
— Mais oui, je l'avais déjà remarqué; d'abord elles ont toutes les jambes croisées.
— Oui, oui, il l'a voulu absolument; c'est son goût, à cet homme. Oh! mais je vous aurai des détails précis sur tout cela.
— Vous n'avez pas vu la sculpture?
— Non; je n'ai pas encore déjeuné : je n: vois jamais la sculpture à jeun. Je sais qu on a mis les sculptures refusées à côté des cannes et parapluie, en rang d'oignon. Il y a là une vingtaine de petits ouvrages. En vérité, pour si peu. on aurait bien pu les admettre. On parle beaucoup d'une lionne colossale qui ressemble comme deux gouttes d'eau à ma tante; je suis très curieux d'aller voir cela. On signale aussi une charmante figure de femme, Pondorc, ou la jeune fille qui se contient parce qu'il y a du monde, et cent autres blocs délicieux. Nous irons voir toul cela en détail. On m'a recommandé aussi le médaillon d'une vieille dame acariâtre.
— Et le Meissonnier?
— Adorable, mais petit, petit, petit; il y a cinquante personnes qui attendent et deux qui promènent leur nez sur la toile en faisant la grimace de gens qui enfilent une aiguille.
— Voyez-vous ce cheval, là, au bout de mon doigt; là, tenez.
— Attendez donc; un cheval?. ..j'aperçois bien un petit point noir... ah! voilà que ma vue s'y fait. Dieu, que les yeux me piquent! J'aperçois très-distinclemenl les quatre pattes. Très-joli...
— Et plus loin, ce... N'est-ce point un canon qui est plus loin?
— Peut-être bien. Ça me donne des éblouissements. Dérangez un peu votre nez qui me cache... Oui, oui, c'est un canon. — C'est véritablement merveilleux ! un amour de petit canon avec sa petite fumée. Et plus on regarde, plus on voit... Quand on pense que si ce tableau avait cinquante centimètres de plus, il ne cesserait pas d'être un petit chef-d'œuvre, mais ne fatiguerait personne.
N'oubliez pas de regarder avec soin le Polichinelle de M. Larobron. Ce Polichinelle souffre du ventre et se tortille à faire pitié. On se de-
mande pourquoi, ayant un morceau de papier à la main et se trouvant dans un endroit isolé, au pied d'un arbre, il rte tente pas de faire cesser ses souffrances. Voyez cela.
Méfiez-vous en passant devant la Leçon d'anatomie de M. Feyen, ça fait dresser les cheveux sur la tête. On m'a assuré que le cadavre remuait aux changements de temps; moi, je n'aime pas tous ces spectacles-là. Si nous avons des chaleurs ce mois-ci, je suis sûr qu'il se répandra dans la salle "une odeur intolérable.
Enfin, cela regarde l'administration. — Tout à coté, vous remarquerez une jeune fille sans aucun voile attendant l omnibus. — Le ciel est martelé comme un fond de chaudron, mais c'est néanmoins fort gracieux. — Examinez avec soin l'Inspection des nourrices à la porte du bureau. — Elles fument leur pipe, c'est très-gai. C'est, je crois, de M. Marchai. Ah! ne négligez pas non plus le Christ de M. Manet, ou le pauvre mineur qu'on relire du charbon de tetre, exécuté pour M. Renan.
La Diligence, de Lyon, de M. Richer. Un des succès dramatiques de l'année dernière. Ici, Fouinard... Vous vous souvenez combien Paulin Ménier était rem rquable dans ce reTe-là? C'est très-bien rendu. Pas très-loin de là, vous verrez la Famille du chirbonnier, par M. Ribot, ou la Dernière Prière. Tous ces pauvres petits sont attaqués du charbon. La maladie envahit tout : les murs, les meubles, tout, tout, et le médecin n'arrive pas.
Mais, je ne veux pas vous en dire plus, je veux vous laisser la surprise et la fraîcheur des impressions. Adieu; je vous quille, je vais déjeuner. Ce qui m'est désagréable, c'est de passer, en allant au buffet, devant celte lionne de M. Gain, qui ressemble tant à ma tante; ça va me rappeler toute ma jeunesse. Pauvre tante ! J'oubliais de vous >-ecommander dans les B, le Débarquement de Noé, ou la Bible à la portée de la bourgeoisie. C'est le réalisme entrant dans les ordres. Les méchantes langues prétendent que cela resiemble à un bateau de blanchisseuses regardant voler un pigeon. Us sont étonnants, ces gens-là, ne faut-il pas que la Genèse prenne un peu de réalité et de consistance?
Un joli sujet aussi serait la Création du monde représentée au point de vue réaliste, par un homme positif et n'ayant pas de préjugés. Je ne serais pas fâché d'avoir le fin mot sur toute celte création du monde; on a fait circuler là-dessus tant de faux bruits!
11 y a peu de portraits, mais des paysages, en veux-tu, en voilà.
Je me sauve, — en passant devant l'Œdipe de M. Moreau, vous me direz si vous avez élernué. C'est singulier, sur dix personnes, il y en neuf qui élernuent.
Ne négligez pas en passant le L'Atis XIV invitant Molière à casser une croûte. Casser une croûte, c'est le mot. Ça n'est pas cossu, cossu, le menu ! On distingue facilement une assiette et un couteau devant chaque convive, mais pas grand'chose de plus. Cette scène mémorable se passait sans doute le vendredi Saint. Quant aux assistants, tous portiers, mon cher; c'est le .cOté philosophique de l'œuvre. Ça fait pressentir 89. Tous portiers et de la même fami'le. Lèvres épaisses, gros œil fixe. — Gomme on a des idées fausses sur la cour du grand roi! — Je ne recevrais pas ces gens-!â chez moi.
Quant à M. Gudin, qui était tombé de son dada à la dernière exposition, il est joliment remonté sur sa bête cette année. Il y a de lui au salon une étude de mousse de savon de Marseille qui est de toute beauté. Un beau navire en nacre s'agite au milieu de tout cela. Ça donne envie de faire sa barbe. Ce tableau est moins impesant que son cataclysme de l'année dernière, mais il a plus de charme.
Voyez aussi un ravissant, mais ravissant tableau représentant tous ces messieurs de la Comédie-Française au foyer. Ils sont disposés d'une façon simple et charmante. C'est fort amusant de les voir ainsi
LA VIE PAPJSIENNK
de près. Ils sent tout rose. — M. Provost a tout à fait l'air d'une vieille dame au sermon. Mais M. Bressant est encore plus joli que sur ses photographies. Son nez ne se voit pas trop, et c'était là le côté délicat, mais le peintre en a tiré un parti excellent. Quant à M. Delaunay, ce n'est plus un homme, c'est un amour, un bouton, unepétale, une tulipe. 11 n'y a qu'une chose qui le change, c'est l'absence de narines, vous savez ces belles grosses narines ouvertes qui font rêver ? on se dit : "Mon Dieu, où ça mène-t-il ces ouvertures, c'est noir, c'est profond, mystérieux. Deux entrées de caves; si on avait une lanterne, pour un peu on entrerait. Mais je plaisante, tout cela ne l'empêche pas d'être un des plus jolis garçon de Paris. Vous regarderez la bouche de Mme Plessis, et puis M. Samson de profil, l'œil fermé, la bouche crispée... la veille d'Austerlitz. Cela vous amusera.