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LE BOIS DE BOULOGNE, LE MATIN

leurs ce sont tous des objets donnés et le prix intégral revient à la caisse de l'Œuvre. Qu'importe alors! De plus, et avant tout, elles veulent vendre plus que leurs voisines. J'en ai vu, dans l'embarras, se laisser baiser la main pour un louis. Une autre mettait la même marchandise à l'encan i —Honni soit qui mal y pense; la charité purifie tout. — Souvent aussi une véritable concurrence s'établit entre marchandes delà même partie, si bien qu'on peut quelquefois faire de bonnes affaires. J'ai connu un homme fort rangé qui achetait ses étrennes de premier del'an aux ventes de charité qui avaient lieu au mois de décembre, avant la rentrée. 11 prétendait s'en trouver mieux pour sa bourse, et c'étaient deux politesses pour une; et puis, un objet, acheté à une vente do ce genre, fait très-bien ; on est censé l'avoir payé le triple de sa valeur. Cependant, la meilleure et la plus agréab'e manière de se tirer à bon marché d'une vente de charité, est d'aller s'adresser aux jolies rrCasrhandes de baisers sur la main: avec cinq baisers ù un louis, on se fait plus d'honneur qu'avec vingt-cinq louis de bibelots de pacotille. Ce n'est pas tout de les acheter, il faut encore les emporter, ces rossignols!

Au milieu de ces deux premiers salons, se promènent celles qui n'ont pu obtenir de boutiques, un évenlaire passé autour du col, garni de petits objets de verre filé ou autres, ou déboutons de roses dont elles fleurissent les boutonnières pour cent sols; — ce n'est vraiment pas cher : — le pm d'un cigare. La jeune lady Titania Drumborough colporte un de ces tambours de fer-blanc pour faire tirer àes plaisirs, et pousse son cri : « Via V plaisir, mesdames, v'ia V plaisir ' » comme une vraie marchande des Champs-Elysées.

« N'est-ce pas, me dit-elle en me proposant une partie, que je suis assez... chic » ?

Pardon, — mais je cite. Les jeunes personnes anglaises parlent assez généralement, dans le monde, à Londres, une sorte d'argot anglais appelé slang, et s'imaginent pouvoir en laire autant en français; elles croient naïvement que rien n'est de meilleur ion.

Dans le dernier salon se trouvent les objets qui, par leur valeur — ou leur origine, — ont un prix exceptionnel. Ceux-là ne sont pas vendus, mais sont mis en loterie. Une dame garde l'entrée et offre des billets.

A sept heures, lors de la fin de la vente, c'est le jeune fils du Prince de X..., de six ans à peine, vêtu en Amour, qui a tiré les lots gagnants.

Comme toujours, le gros lot, un service en vermeil, est échu au banquier Slifhausen, auquel sa grande fortune avait permis de ne prendre qu'un seul billet! De sa part, cela ne pouvait passer pour de l'avarice.

Et l'on s'en alla comme on était venu, salué majestueusement par le suisse bavarois, la bourse plus légère, mais une charité de plus à son avoir.

Ce sont les pauvres qui profitent, en dernier lieu, de toutes ces fêtes de la richesse et de l'élégance. Donc, vendez, vendez, mesdames, et quand vous ne pourrez pas vendre, dansez pour les pauvres. Acheteurs ou valseurs, nous sommes toujours et tout à vous.

CHRISTOPHE

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