EN OMNIBUS
Une jeune marchande de journaux est assise dans l'angle droit. Le galant conducteur, arrivé à la fin de son parcours, la prie de lui faire une petite place. J'oubliais de dire que la jeune marchande lit attentivement un petit journal.
le conducteur, souriant. — Que lisez-vous là, mademoiselle?
LA JEUNE MARCHANDE, faisant de même. — VMôtes'e du Connétab'c.
le conducteur, même jeu. — Cela se passe en Suisse?
LA JEUNE MARCHANDE. . — Non, monsieur.
(Tout en répondant, la jeune marchande ne quitte pas le roman des yeux.)
le conducteur, plus sérieux. — Comment? non. Cependant, je vois à... (il epéte du doigt et du regard.) Cap; le... Capitolc... c'est en Suisse bien certainement.
la jeune marchande. — Non monsieur. C'est dans un endroit qu'on appelle... je ne sais plus . là où est le pape.
le conducteur, satisfait. — AiA là où est le pape... je connais trèsbien... un pays bien malheureux, où tout le monde est obligé d'être casé. Est-ce que c'est intéressant?
la jeune MARCHANDE. — L'hôtessedu connétable? c'est admirable, monsieur. Cela se passe du temps, où il y avait des hérétiques.
le conducteur, faisant la moue. — C'est bien vieux.
LA JEUNE MARCHANDE, lisant haut pour la plus grande édification de ses voisines.
« Clolilde dégagea sa main de celle du jeun; homme, et reprit d'une voix gra'e et triste :
« Avant de prendre un parti décisif, monsieur Didier, il faut que vous sachiez toute la vérité. Ma mère était une vauioise.,.
LE CONDUCTEUR, prêtant l'oreille. — Vous dites...
la jeune marchande. — Ma mère était um vaudoise.
le conducteur, pénétré. — Ah! c'est différent.
la jeune marchande. — Vous comprenez, monsieur?
le conducteur, respectueux. — Du moment que sa mère était gauloise elle ne pouvait pas s'y prendre autrement... (Criant ) La barrière Blanche, Batignollcs-Clichy, et la rue des Dames.
En wagon.
deux messieurs. — L'un d'eux lit ua volume du Maudit, et relient les deux autres, avec l'énergie de Niobé pressant ses enfants contre son sein, ou d'un habitué de salon littéraire, accaparant les six journaux du soir.
l'autre monsieur. — J'ai lu ce roman. Il est fort bien écrit.
(Le premier monsieur garde le silence, et se drape dans une solitude imposante. Le second réitère son observation.)
premier monsieur. — Ce qui m'en plaît, c'est que l'auteur est impartial. Il dit toujours du mal des jésuites...
deuxième monsieur. — Et quelquefois du' bien de lui-même. Mais pourquoi ne se nomme-t-il pas? Car enfin l'on pourrait lui dire : Vous parlez de vous, vous parlez de vous, c'est bien. Mais encore ne peut-cn vous démentir; on ne sait qui vous êtes.
premier monsieur, dédaigneux. C'est pour ne pas compromettre sa famille. D'ailleurs voilà le secret de la comédie. L'auteur n'est autre qu-e Louis Ulbach.
deuxième monsieur. — On m'avait dit : Victor Hugo.
premier monsieur. — C'est trop impartial. L'auteur dit toutes sortes de choses des jésuites. Ulbach a d'ailleurs quelques velléités d'incognito. Ne publie-t-il pas les mémoires d'un inconnu?
deuxième monsieur. — C'est cependant bien le style d'Hugo.
(Le premier monsieur rit aux éclats; le deuxième monsieur, mécontent, continue :)
— Ne savez-vous pas qu'Hugo va publier un volume, qu'il ns signera que de ses deux initiales? N'est-ce pas également une velléité d'incognito ?
premier monsieur. — Oui, mais M. Hugo imite les princes, qui invitent tous les journaux à publier que tel jour, à telle heure, ils traverseront telle ville, sous le nom de comte un tel. Il faudra les appeler ainsi, mais bien savoir à qui l'on s'adresse. Hugo signera avec deux initiales, lorsqu'il aura durant six mois annoncé que ces initiales représentent son nom tout entier.
deuxième monsieur. — On m'a cependant assuré...
premier monsieur. — Je connais l'auteur, et je vous prie de ne me pas démentir.
(A la station monte un troisième monsieur ; d'abord silencieux, Il lève jicu à peu la tète, et comme la conversation continue, il sourit.)
troisième monsieur. — Il me semble messieurs, que vous Otes fous deux dans l'erreur. L'auteur n'est pas Hugo. deuxième monsieur. — Peut-on dire?...
troisième monsieur. — Ni Ulbach...
premier monsieur, froncé. — Prélcndrez-vous ?.. troisième monsieur. — Par une excellente raïion... C'est mou- {c'était l'abbé..., en route pour Brur.elles.)
LES GENS QUI OKT LA FÈVE, (souvenirs du gâteau des rois).
DANS LE MILITAIRE Eli ! Eh ' une assez jolie fève trouvée dans une giberne.