COMME IL VOUS PLAIRA
Pamphile avait raison, l'amour est douce chose;
Par un jour de printemps, lorsque le ciel est bleu,
Il est doux de rêver dans sa douillette rose,
Regardant le pré vert et l'horizon en feu,
Quand on est femme, et si l'on est seule en sa chambre
Avec des fleurs partout, des gants parfumés d'ambre]
Un petit chien tout blanc couché sur ses genoux;
Il est doux de songer à son amant, à l'heure
De ses^ premiers aveux, quand il disait : « Je meure
Si je n'obtiens ce soir, madame, un rendez-vous ! »
Il est doux de penser qu'on a fait la sévère, Que l'on s'est fait prier, supplier, puis qu'enfin, Après bien des façons par ce seul mot : « Espère ! » On sembla l'inviter à revenir demain.
Il est doux de penser qu'il revint tout de flamme, Téméraire à l'excès, et qu'au fond de son âme, On lui sut très-bon gré de sa témérité,
— Bien qu'on ait cru devoir se montrer offensée, Qu'en ait parlé bien haut de dignité blessée, De ses devoirs d'épouse et de sa chasteté.
Il est doux de penser que l'on eut la faiblesse
... De céder... qu'on pleura pendant toute la nuit;
Puis qu'on s'est consolée et qu'aux heures d'ivresse
Le devoir dans l'oreille a fait bien peu de bruit.
Il est doux de songer à l'absent, de se dire
Que l'on est le seul bien vers qui son âme aspire,
(Etrange illusion dont le coeur a besoin.)
Il est doux d'essayer une robe nouvelle,
Une fleur, un ruban pour lui paraître belle,
Et de tirer ses gants sur sa main avec soin.
Et de bien constater qu'un six et quart est large. — Bien doux, de feuilleter les pages d'un roman, Et çà et là d'écrire un très-bien à la marge, Aux endroits où l'auteur a fait du sentiment,
Où l'on se reconnaît; — doux, de n'avoir qu'un rêve,
Qu'une pensée au cœur, qu'on dorme ou qu'on se lève,
En compagnie ou seule, aux champs, dans son salon,
Partout; — et de rester à tout indifférente,
A la pièce du jour, aux cancans, à la rente,
Et quand il n'est pis là, de trouver le temps long.
•Il est doux de garder au fond d'une cassette Mignonne, en bois de rose, avec une clef d'or, — Les lettres de l'amant... de les lire en cachette, De les savoir par cœur et de les lire encor ; Oui,c'esttrès-doux,pourvuqu'on n'ait pas l'imprudence D'abandonner son coffre ouvert, et que l'on pense A retirer la clef quand on part pour le bois. L'amour nous fait, hélas ! oublier tant de choses; Gare au mari, s'il va trouver le pot aux roses ! L'entendez-vous crier : «Ciel! qu'est-ce que je vois?»