‹ La Vie parisienneChapitre 266 sur 662 · UN OUVRAGE AD USUM DES JEUNES PERSONNES · texte numérisé non relu

UN OUVRAGE AD USUM DES JEUNES PERSONNES

Monsieur,

Je suis un lecleur fervent et je le dirai avec un noble orgueil, un admrateur enthousiaste de la Vie parisienne. Vous avez su créer une publication d'un esprit incontestable, d'un goût parfait, d'une gaîté franche et honnête : grâce à vous, nous avons enfin maintenant ce qui nous a manqué longtemps, si ce n'est toujours, en France, la terre réellement humoristique.

Si l'axiome, H n'y a de n'éeènmiri que le mperfla était autre chose que spirituellement paradoxal et si dans la vie Caaréabh devait effectivement l'emporter sur l'utde, il n'y aurait rien à vous dire, si ce n'est... : « Continuez, » Monsieur, ne changez rien à votre charmant œuvre, la V>e parisienne est » la revue par excellence des mœurs, de l'élégance de la hcy-life. »

Mais je suis de ceux qui veulent faire la part de l'utile ; un gros mot qui m'effrayait fort autrefois, ce dont je me souviens assez pour me garder de sermoner ceux qui s'en effravent, maintenant autour de moi. Je veux donc fane la part de l'utile, comme on fait celle du fin, si vous voulez. Voilà qui est acquis au procès. Ce penchant irrésistible me vient, je n'en doute pas, de mesquarante ans sonnés que je porte très-gaillardement et de ce qu'à la loterie de la Paternité j'ai gagné trois filles. Un gros lot, Monisour, qui demande et mérite bien de [ entretien, bien des soms, et qui à tout homme de cœur, doit donner la sagesse. Un finît rarement précoce.

Parmi vos abonnés, vous en avez sans doute que'ques-uns ayant charge d'un fardeau également précieux, d'autres peut-être en ont un plus précieux encore; vous en avez certainement plusieurs auxquels l'avenir en réserve un égal au mien.

Pourquoi, cher Monsieur, ne rhercheriez-vnus après avoir distrait ces intéressants chefs de famille, à leur èlre ulile. (voilà mon gros adjectif qui revient), en leur donnant quelques indications, quelques consei's pour leur vie morale et intellectuelle, pour leur vie matérielle même, aussi bien pour eux que pour leurs enfants, et dont ils n'hésiteraient certainement pas à faire leur profit.

Je ne veux pas loer le voile de voire vie in nue à laquelle cependant je m'intéresse de tout cœur, etje ne vous dirai pas comme II«nn IV à I ambassadeur d'Espagne : « Monsieur êtes-vous père? » Ce ne sont pas là mes affaires, et de plus cela importe peu à ma cause. Que vous soyez papa ou que vous ne le soyez point, vous avez tout ce qu'il faut pour faire, à l'occasion un excellent père 'de famille; cela se voit, du reste, et c'est pour cela que j'ai songé à vous mettre à contribution.

Cette idée m'est venue il y a quelques jours. C'était le soir; je travaillais, et près de moi étaient mes trois filles, trois Mies personnes, recevez-en l'aveu anonyme; l'i ne compte seize printemps, l'autre treize, et la dernière neuf. Toutes trois lisaient avec un intérêt sérieux, sans bruit, sans ouvrir la bouche. J'étais émerveillé d'une semblable application et de re que trois bouches féminines, si petites qu'êtes fussent, restassent fermées si longtemps, tandis que les yeux étaient tout grands ouvrrts.

Je regardai ce que mes travailleuses lisaient avec tant de zèle. Chacun tenait à la main un volume des Ça,!<itrs dW élève de Saint-Denis. Je savais à peu près ce qu'était cet ouvrage; on m'en avait dit déjà le plus grand bien, et je l'avais parcouru avant de permettre à l'institutrice de mes filles d'en faire le gante de leur instruction. Mais jamais je ne l'avais lu complètement, avec suite. L intérêt que mes filles me semblèrent trouver dans celle lecture me donna le désir de la faire a mon tour. Le lendemain, je pris l'ouvrage à sou premier volume, et j'eus bientôt compris l'att"iition soutenue de mes éolières; en quelques 'jours je dévorai, c est le mot, les quinze volumes.

Je ne ci ois pas, monsieur, qu en aucun temps et dans quelque pays que ce soit, même en Angleterre et. en Allemagne, où tous les ouvrages d'instruction sont si supérieurs aux nô res, il en ait été publié un aussi consciencieux. C'est une encyclopédie véritable, une hiblio'hèque complète, dans laquelle tout a été choisi, pesé, examiné avec un tact irréprochable et dans laquelle se trouve depuis l'ABCD (un ABC!) illustré de la plus charmante façon) jusqu'à des notions de philosophie, d'astronomie, de géo ogie, de numismatique, etc., etc.

Vous connaissez sans doute l'organi-anon de. la maison de la Légion d'honneur, on maison de Saint-Denis. Vous savez que ceue maison n'est autre qu'un

lycée de collégiens en jupons, dans lequel les classes se distinguent, coi e

celles des lycées, par une dénomination el par un enseignement particuhel s.

La méthode d instruction usitée dans la maison de Saint-Denis est irréprochable; le fait est généralement reconnu. Or, I éducation publique el privé- des jeunes personnes pèche le plus souvent par la méthode, et si elle n'échappe à la négligence, ce n'est que pour tomber uans un luxe scientifique. Cela lient a ce que la direction de leurs études manque essentiellement de ces traditions classiques qui assignent à chaque chose son temps et soumettent l'enseignement à une gradation naturelle el nécessa re. Les Vahie/s d'une élève tie Sainilitnu sont véritablemùit ce cours gradué indispensable, à l'aide duquel les mères de famille peuvent seules el presque sans le secours d aucun autre livre diriger el es-inèmes les études de leurs filles.

L'est ce plan, suivi depuis l'origine à la maison de la Légion d'honneur, qu'ont suivi eux-mêmes les auteurs de notre ouvrage, deux anciennes é èves de Saint-Denis et un professeur, qui a laissé les meilleurs souvenirs uans l'enseignement. 1 ^^M»"1 "is'' '••.' ; ;>,- •'■ .'■»'<..--■•

Les dames de la Légion d'honneur ont dû croire d'abord à un plagiat ; mais au seul examen de l'ouvrage, elles ont pu promp.lemenl reconnaître qu'elles n'avaient pas lieu de s'alarmer et que nos Cuni, rs d'u.-e éievt di Suim-D-Mis sont autrement complets, autrement conçus et rédigés que ceux qu'elles mettent entre les mains de leurs élèves.

Nos auteurs sont de vrais disciples de Lhomond et de Rollin, deux maîtres

éméritesen fait d'instruction, et, comme eux. ils croient que l'instruction a suffisamment atteint son but quand elle a réussi à former le jugement et le goût. Leur œuvre, on le voit à chaque page, a été exécutée sous l'impression de celte judicieuse pensée.

L'enseignement de ce cours d'études est réparti en six années subdivisées en semestres. Chaque année renferme une période complète ou ce qu'on appelle une classe, et les deux volumes de l'année portent les couleurs de la classe de Saint-Denis à laquelle ils correspondent, c'est-à-dire que l'on passe successivement du volume vert liseré au volume vert uni, du volume violet liseré au volume violet uni ; la couleur des ceintures des différentes classes de la Légion d'honneur

Tel est donc le plan de. l'ouvrage. Laissez-moi terminer par un résumé des matières infinies qu'il contient, vous verez ainsi si je me suis trop avancé en le traitant d'encyclopédie.

Sans perdre un moment de vue. cetle méthode graduée, les auteurs ont ainsi divisé le. rs cahiers :

Ur ine; eljamais livre d'enfintn'a enseigné avec une aussi parfaite méthode l'art disons la 'science de la lecture;

Introduction élêfnènwre; c'est, la plus aimable initiationde, l'enfance à la connaissance d s fails qu'ils ont à saisir à chaque pas danj la vie, depuis les cinq sens jusqu'aux phénomènes atmosphériques'.

Ces deux volumes ont de très n mibreuses gravures Après ces premières notions viennent les véritables études, suivies de connaissances générales sur les progrès des sciences appliquées : Grammaire française; Histoire sainte ; Géographie Arithmétique ; Histoire de France ; Histoire ancienne ; Cosmographie'; Mythologie; Sciences et Arts chez les Grecs ; Sciences et Arts chez les Romain-*; Histoire ancienne; Les 7 Merveilles do inonde ; Les Curiosités h:slori mes, Blason, drapeaux ; Histoire de Paris ; Histoire romaine ; Histoire de l'Fgli-e ; H'Stpire du moyen âge; Histoire naturelle, botanique ; Zoologie, Mtnéialogie; Histoire de h lange française; Inventions et découvertes ; principes et histoires des littératures IH>r..ïque, grecque, latine, française, allemand-, anglaise, espagnole, italienne.; Philosophie el Morale, Bibliographie; Biographie des femmes célèbres; architecture, sculpture peinture, gnvure, lithouraphie, musique : architectes, sculpteurs, peintres, cori.positeur» et leurs œuvres ; Dictionnaire, des tenues te. hoiques en musique ; archéologie, numismatique' paléographie, physique, chimie, météorologie, géologie, algèbre, géoui' trie, vapeur, téiégaplne, glavannplastie. aérostation.

Après la lecture que |« venais de taire de ces Valu > « d'une élève de SaintjDe«i», j'étais complètement édifié sur la somme d'instruction que pouvaient acquérir mes filles, je voyais que, sans faire d'elles tfes savantes ou des précieuses, ils bs rendraient capables de n'ê re complètement étrangères à aucun sujet du domaine de la science, qu'un ne pouvait faire un meilleur choix, et que c'était un devoir que de posséder cet ouvrage, — c'est ce devoir que j'ai cherché à remplir.

,le n'ai pour le sort matériel de mes filles aucune inquiétude; car je les ai assuiêes (nous dirons un jour quelques mots, si vous le permettez, de cetle question d'assurance), je suis entre leurs mains le meilleur instrument d'instruction que je connaisse. Que puis-je désirer de plus heureux pour moi, à souhaiter de meilleur à tous mes confrères en paternité?

Agréez, etc.

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