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LA COMPAGNIE MARCHANDE DE CHARBONS

La Compagnie u pas peur de se salir a ce metiei Si le charbon est noir, les millions qu'il rapporte, sont en argent bien blanc.

Paris. — Imprimerie VALLÉE, 15, rue Breda.

4 juin 1864,

Aujourd'hui courses à Ëpsom. Départ de Waterloo-Station ; voici les types principaux à la gare et sur la route:

L'homme athlétique, rougeaud, et surnourri (overfed), avec de grands favoris roux, et une respiration lourde; on voit les chairs de la poitrine remuer et on entend le souffle. Il y a beaucoup d'hommes de cette espèce; la structure de la race est plus forte que chez nous. M. R., M. Yt, et deux autres à la soirée d'hier étaient des spécimens. Avec la cravate blanche, l'habit noir, parmi les robes de soie, les fleurs et la conversation mondaine, cela faisait un effet singulier. Aujourd'hui, dans le wagon en face de moi, il y en avait un pareil^ plus grand encore, plus gros, plus rose, on 'se sent l'envie d'y tailler des beefteaks ; mais l'œil bleu est inquiétant, et à certains moments le froncement de sourcils, l'air ennuyé, le front apoplectique font penser au dangereux tempérament de Henri VIII.

Les soldats des gardes dans la rue, en veste rouge collante avec une petite canne, majestueux, sont du même genre ; ils se prélassent, se cambrent, montrent leur raie entre leurs cheveux pommadés; ils sont très beaux, et je ne sais pourquoi un peu ridicules.

Quand l'embonpoint prédomine, l'Anglais atteint une culasse étonnante, c'est un animal de boucherie. D'autrefois le porto et la grosse nourriture les empâtent comme des caricatures ; j'ai vu hier un général le poitrail sanglé dans son uniforme, la face écarlate, absolument de la couleur d'un homard bouilli. Le blanc des yeux tranche sur le rouge ; les grandes dents ne sont pas moins blanches ; on ne peut pas imaginer cet effet.

Un autre type plas fréquent est celui de l'homme maigre, avec de grands traits saillants, sérieux, refléchi, en qui dans un moment périlleux, vous pourriez avoir confiance ; le'sang -froid, l'empire de soi apparaissent dans toutes ses poses et dans toutes ses paroles. C'est un esprit positif, un homme d'affaires ; son jugement mérite qu'on y regarde ; avec leur chapeau noir perpendiculaire, leur aspect a quelque chose de grotesque; mais supposez-les donnant des ordres dans un incendie, sur le pont d'un navire, dans une bataillé, ou seulement à la tête de quatre cents ouvriers et de cinquante commis, et toujours calmes, ils seront beaux ou du moins dignes.

Mon wagon est fort bien coutposé ; cinq gentlemen se connaissant tous, parfaitement mis et gantés; presque tous une simple jaquette tenue parle bouton du haut ; mais, cette perfection résultant d'habits bien coupés, d'étoffes bien choisies, de lingerie bien ajustée, surtout de soins de toilette continus et minutieux, coups de fer, cosmétiques, vinaigres ; toute choses enfin de compte indiquant un grand respect de soi-même, une conséquence toute naturelle do la valeur personnelle que chacun se sent avoir dans ce pays. Et pour avoir pris le chemin de fer, ce ne sont encore ici que des gens de moyenne fortune. Fort polis d'ailleurs. Après un léger examen de ma tenue, l'un d'eux, se préparant â fumer, m'offre un cigare : sur mon refus, il me demande si la fumée ne m'incommode pas ; un autre coupe en deux un numéro du Punch et m'en donne la moitié,

4 juin 18G4.

Le paysage est le paysage anglais ordinaire, des cultures vertes, sur tout des prairies entre des haies. La haie est souvent parsemée d'arhres. La splendeur éblouissante de ce vert, l'entassement des fleurs dorées, lustrées, regorgeantes; la surabondance de la sève est extraordinaire. Les plus magnifiques broderies, lo velours constellé de diamants, la soie lustrée n'approchent pas de cette teinte puissante La couleur est excessive; mais jamais le luxe et la joie de la terre parée, l'épanouissement, la floraison des plantes n'ont paru avec unebelle richesse. Le jour est sans nuages ni brouillard ; mes voisins disent qu'ils n'ont jamais rien vu de pareil à Londres.

Lo chemin de fer ' s'arrête à un petit village situé en contre-bas à quelque distance du champ de course. Vrai village de vignettes, vieilles maisons à grands toits; grosso horloge sur un poteau au milieu de la petite place ; auberges à miradores en saillie, pleines de monde et de bruit. La montée s'effectue à l'anglaise, régulièrement, chacun emboîtant le pas de celui qui le précède sans chercher à le dépasser. Sur le bord du chemin, rampent quelques mendiants infirmes, anciens marins à en croire le naufrage peint sur une toile déroulée devant eux.

Nous voici au champ de course.

Comme tout grand spectacle que l'imagination surfait, la première impiession à Bpsom est presque une déception. Rien de grand, rien d'étrange que la masse inouïe. Une grande plaine verte avec quelques ondulations. — An fond, trois grands échafauds publics; c'est le Stand, immense, il est vrai; mais on est choqué tout d'abord du caractère provisoire de ces constructions, toutes de plâtras', indignes d'une fête aussi nationale et d'un pays si passionné pour ses courses. H y a loin de là aux jolis joujous briques et bois, de notre hippodrome de Longchamp. De chaque côté du Stand, quelques petits échafauds publics

En face sur la verdure, 'des tentes, une multitude d'échoppes, des écuries improvisées sous la toile, de petits compartiments, un pêlemêle infini de voitures, de chevaux, de cavaliers, d'omnibus privés. Tel père de famille amène ses six filles, ses quatre fils, sa femme, sa sœur, son cocher, son valet de pied, son groom et le reste; cela ressemble à un campement dans une émigration. Il y a des bohémiennes, des chanteurs, des danseurs grotesques déguisés en nègres, des charlatans, qui à force d'éloquence et de passion, vendent des chaînes d'acier, des tirs d'arc et de carabines, des jeux de bâton (Aunt, Sally), des musiciens écossais qui dansent, et la plus étonnante file de calèches, cabs, omnibus munis de pâtés, de viande, de vins, do sucreries : ces gens vont manger, c'est le plus grand plaisir démette partie de campagne.

■ 11 y a ici trois cent mille personnes peut-être. Rien de beau ni même d'élégant. Les voitures sont des véhicules, les toilettes sont rares. Encore une fois, ce spectacle n'est intéressant que par la masse, Les Anglais viennent pour crier, manger, boire, se remuer, être excités, cela est national et leur suffit.

Les trois}! ou quatre cents policemen font vider la piste. Ori sonne longuement, lentement, une cloche pour avertir. Les tribunes sont remplies et regorgent. Toute la hauteur qui fait face n'est plus qu'une énorme tache noire fourmillante. Cola est simplement étrange, et non grandiose; le mot de fourmis revient sans cesse à la bouche. Du haut du grand Sland, on voit les voitures monter, descendre, les cavaliers avancer comme des scarabées, des hannetons, de gros bourdons noirs sur le vert où ils font tache. Les jockeys en casaque rouge, bleue, écarlate, noire, jaune, se sont rangés au point de départ. Cinq ou six faux départs. Enfin ils partent. En tout trente-quatre chevaux ; quinze ou vingt en avant font masse et on les voit avancer le long du

ring. La vitesse n'a pas l'air d'être très grande ; c'est celle d'un chemin de fer vu d'une demi lieue, et qui alors ressemble à une file de petites voitures d'enfants, tirées au bout d'une ficelle. Certainement l'effet physique n'est pas plus grand. Il ne faut pas parler ici d'ouragan ni de tourbillon. La tache brune, avec des points rouges et clairs, chemine régulièrement sur le vert lointain. Ils tournent et on aperçoit le premier groupe Chapeau bas ! Tout le monde s'est levé, toutes les têtes se découvrent les paris se pressent, il y a une sorte de hourrah étranglé qui courtsur tous les échafauds. Ces tètes froides ont pris feu. Des gestes courts, brusques, remuent subitement ces corps flegmatiques. Mes amis d'en bas disent que l'aspect du Betting-Ring était étonnant: tous sursautaient et se grimaient comme s'ils avaient reçu une décharge électrique. Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est la marée humaine noirâtre qui aussitôt s'épand et roule derrière les coureurs comme une grande eau dans un lit creusé d'avance. L'énorme tache d'encre allongée à porte de vue avance et coule. En un instant elle est devant les tribunes. Les policemen se forment en carré à triple rang, faisant le coup de poing, et reçoivent tour à tour les chevaux et les jockeys dans cette sorte d'enceinte. On va peser et vérifier.

Rien d'étrange comme cette grande masse noire immobile qui tout d'un coup fond et coule.

Il y a un moment grandiose, quand les chevaux n'étant plus qu'à deux cents pas, la vitesse devient tout d'un coup visible , et ils fondent sur vous cette fois comme un vrai tourbillon.

C'est un cheval inconnu qui a gagné et de très peu. On pariait pour lui contre quarante. Les deux favoris sont arrivés les premiers après lui. Le jockey pendant les cent derniers pas, fouettait à tour de bras. Les chevaux sont à l'extrémité de leur force et de leurs efforts. Ils sont préparés, excités, ils ne pourraient pas courir un jour plus tard.

Le vainqueur a gagné à ce coup-ci plus de 00,700: livres sterling; joignez-y les paris, en tout 800,000 fr., d'autres disent un million. M. Merry, qui a gagné le prix l'an dernier a eu en profits et paris, 80,000 livres st. On nous dit en voiture qu'il y a parfois des pertes énormes, 20,000, 50,000 livres. Un colonel s'est tué l'an dernier parce qu'il se croyait insolvable. S'il avait attendu l'issue des dernières courses, il gagnait assez pour payer.

Je ne parle pas de la course qui a précédé, ni de celle qui a suivi. A mon gré ce plaisir et celui des paris ressemblent à l'oau-de-vie. C'est une excitation nécessaire pour des nerfs rudes et on même temps le terme extrême de la vie gymnastique et rustique.

Au centre du Stand, deux adorables miss en tocques et casaques noires, à se souvenir. Après elles, la seule chose belle est le paysage à droite: Une grande ligne noirâtre de superbes arbres largement épanouis, puis derrière eux les ondulations bleuâtres et indistinctes d'une campagneverte et riche; tout cela dans un voile de faible brume pénétrée de soleil, avec une expression infiniment douce , reposante comme le sourire affectueux d'une belle figure. De temps en temps, les nuages faisaient mouvoir des ombres sur le [gazon éclairé], et l'air transparent, épuré, enveloppait tout de lumière.

Nous descendons, je ne parle pas de l'encombrement, de l'étouffement dans les escaliers, dans les buffets.

En has, sur le perron, rencontre du marquis de G... et de sa femme montant en voiture. Cette vive et franche figure d'officier, que j'ai entrevue pour la première fois, sur le boulevard, le jour de la rentrée de l'armée d'Italie â Paris , me fait plaisir à revoir ici , elle repose des froides et impassibles physionomies, au regard de bois, qui m'entourent depuis quinze jours.

On met à profit le grand intervalle qui sépare le Derby de la dernière course.

Tout le monde mange, surtout les gens en voiture ; il y a beaucoup de gaité joviale et d'abandon; on trinque. L'un de nous a trouvé son cocher avec un gentleman, un vrai gentleman, s'il vous plaît,

LA YIE PARISIENNE

deux dames et un enfant. Le gentleman avait employé le cocher et l'invitait. Le cocher présente notre ami, qu'on ohlige à boire du porto, du sherry, du stout, de l'aie, etc.

Bref, ce jour-là, on est tout à tous. Mais ce n'est qu'un jour, à la façon des saturnales antiques. Lo lendemain, les distinctions de rang sont aussi fortes que jamais.

La tenue presque générale est le pardessus d'alpaga luisant, couleur poussière, et le chapeau gris à voile vert ; ce dernier accessoire aussi indispensable sur cette route où l'on ramasse un pouce de poussière, qu'il est ridicule de Paris à la barrière du Trône. Le postillon est inconnu ; le jockey le remplace ; non pas ce jeune garçon à costume fringant et flambant l'or neuf, qui parade chez nous, mais un vrai jockey pratique, comptant, comme son habit, bon nombre d'années de services. Presque tous ont le chapeau gris; la veste galonnée, mais en tresses sombres. Les voitures, d'ailleurs, sont de toutes sortes : Daurnont à deux jockeys; Four-in-haiid, menés à grandes guides; omnibus, loués en compagnie; cabs munis d'un grand voile vert, ou chariots de brasseur.

Quelques types ambulants vraiment étranges et que je n'ai vu que là. Une vieille gypsie, bistrée, échevelée, grisonnante, drapée dans un tartan, prenant la main d'un jeune gentleman en voiture, et tirant sérieusement un horoscope, sérieusement écouté par ce gentleman, par ses amis, le jockey, et une jolie miss curieuse. Autre petite bohémienne, noiraude, mais fort belle, à grands yeux, à dents blanches, coiffée d'un chapeau rouge. Un nègre-marquis, ponant une perruque à haut toupet, une robe de chambre quadrillée vert et noir à gros boutons de glace ; pantalon rentré dans des pantoufles, manchettes et jabot; râclant une énorme guitare fantastique, deux cordes tendues sur une sorte de tambour à grand manche. Autres nègres à chapeaux gris défoncés, à costumes en toile à matelas, avec la même grande guitare, conduits par un polichinelle ; entre deux chansons, ils cherchent les os de gigots et les fonds de bouteilles.

Une tente de re/reshment, ou le roastbeef s'élève en montagne, sous la présidence d'un énorme chef, au nez rouge, à favoris, un tablier blanc sur son habit et un chapeau gris ; salades de homard ; stouts à foison ; quatre grands diables de soldats de cavalerie, en veste et toque, vraiment surprenants en hauteur, s'y rafraîchissent noblement, en gens qui se voient admirés ; l'un d'eux, pâle, blond, à l'œil bleu mélancolique, est beau comme une femme.

Puis des baraques pour la boxe; des tableaux de femmes phénomènes dont le mollet est constaté, non plus par le carabinier traditionnel, mais par un horse-guard en uniforme rouge.

lit sur cet espace d'une lieue de long, dans ce pêle-mêle inouï de voitures, de chevaux dételés, de piétons, de saltimbanqnes, de jeux de bâtons établis an plus épais de la foule, pas de police et peu d'accidents. Seulement quelques démêlés à coups de poing que la galerie se fait un devoir do ne pas interrompre, tant qu'un nombre raisonnable de coups n'ont pas été donnés et reçus de part ot d'autre.

Ce qu'il y a de triste à voir, ce sont les pauvres. Ils tâchent de vous vendre des poupées d'un sou en souvenir du Derby pour attacher à votre chapeau. Ils vous invitent à jouer aux jeux de canne ■ ils voudraient obtenir le cirage de vos bottes. Ils ont l'air de misérables chiens affamés, battus, galeux, qui attendent un os. Beaucoup sont couchés par terre, entre les pieds des promeneurs, et dorment ainsi déguenillés, la bouche ouverte. Les figures ont une expression d'abrutissement ou dapreté douloureuse. La plupart sont pieds nus, tous horriblement sales, et de plus, grotesques. La cause en est qu'ils ont de vieux habits do gentlemen, d'anciennes robes élégantes, de petits chapeaux de jeunes filles. Cette défroque, qui a passé sur deux ou trois corps en se délabrant au passage, fait mal au cœur. On sent que l'être qui la porto se sent, par cela même, le rebut de la société. Chez nous, un paysan est un homme différent, non pas un homme

inférieur. Sa blouse est à lui comme mon habit est à moi. Elle n'est qu'a lui, elle n'a été portée que par lui. Cet usage des haillons est plus qu'une bizarrerie, cela indique un manque de fierté. Ils se résignent à être le marchepied d'autrui.

Une do ces femmes, avec un vieux châle, qui a l'air d'avoir traîné dans le ruisseau, un ancien chapeau bosselé, lessivé par la pluie, vient rôder autour de notre voiture , tenant un pauvre bébé dans ses bras. Elle ramasse une bouteille jetée et boit la dernière goutte. On lui donne un schilling et un gâteau. Impossible de décrire ce sourire humble de reconnaissance. On dirait celui d'une négresse. Elle en a le visage, et sa seconde petite fille est comme elle, biùlé, tannée par le soleil, avec une cicatrice à la joue droite, comme d'un coup de botte, l'air ensauvagé et rabougri. Le grand moulin social écrase et broie ici toute la dernière couche sous ses engrenages d'acier.

Au retour, les champs disparaissent dans la poussière; le bord des récoltes est usé par les pieds, chacun revient blanc de poussière et horriblement sale; à Hyde-Park Corner, on voit arriver des voitures do gens ivres; un d'eux avance la tète hors de la portière, son camarade le soutient en riant, et trouve la chose excellente. Beaucoup restent sur legazon jusqu'à onze heures du soir, et il se passe de singulières choses... la hèle est lâchée !

L'ivrognerie devient générale. A huit heures du soir, vingt-quatre gentlemen avaient rangé triomphalement sur leur break soixantequinze bouteilles qu'ils avaient bues. Los gens se lançaient des pelures de homard, des pattes de poulet, des mottes de gazon. Deux compagnies de gentlemen sont descendus de leur voiture, et se sont boxés dix contre dix. Un d'eux a eu deux dents cassées. Lux si décents, si corrects, ils arrivent à des actions étranges. Des gentlemen venaient près d'une voiture où étaient assises des dames et des jeunes filles, et traitaient la voiture comme ces petites colonnes creuses qui ornent nos boulevards. La mère les repoussait à coups de parapluie, mais ils persistaient.

L'entraînement est complet. Au moment où nous montions sur une estrade particulière, le loueur a levé son chapeau plein d'argent : « Tout ce que je viens de faire pour liukslone ! » Plusieurs cabmen ont parié et perdu leurs voitures et leurs chevaux.

Il y a des événements grotesques. Trois gentlemen et une jeune da:ne étaient debout sur leur voiture. Les chevaux font un inqlivemeu', tout le monde tombe les jambes en l'air; mais tojs avaient des pantalons.

Un marchand de bijoux de chrysocale, qui débitait sa marchandise comme Mangin débitait ses crayons, voit tout à coup sa voiture envahie par un jeune gentleman irréprochablement mis, qui improvise un boniment, ot se met à vendre les bijoux, en glissant une pièce de monnaie dans la boite de chaque objet, pour faire augmenter les enchères.

Au plus fort de la fêle, dans une voiture découverte, le duc de... à la grande barbe de fleuve, vient s'afficher auprès d'une lorette aux cheveux blonds tout à fait dénoués, en robe blanche, décolletée, superbe créature que nous avons retrouvée le soir à Crémorn's. Nous assistons à une scène tout à fait antique, digne de Pétrone. Les personnages avaient l'air parfaitement grave et digne, et la foule riait et criait hurra!

Tout le long de la route, en revenant, par dessus les murs bas qui enclosent les cottages, de charmantes miss nous envoyaient des baisers; nous n'y faisions, du reste, guère attention, dans l'état où nous étions, ahuris sous nos faux nez à formidables moustaches, sous nos grandes lunettes vertes, sous le poids des poupées qui faisaient nulleter nos chapeaux, étourdis des cris aigus, des musot:es et des flageolets de fer blanc, dans lesquels nous soufflions sans re'àche.

Dire ce qu'on fuit au Tattersall, c'est peine inutile, chacun sait ça. Ce qu'on y voit, c'est autre chose : les gens qui y vont acheter un cheval ont trop à l'aire pour observer. C'est déjà beaucoup quand ils regardent avec soin l'animal qu'ils achètent, et ils ne se préoccupent guère des mœurs et de l'aspect des habitués : ceci est le monopole des flâneurs désintéressés. Ce qui frappe le plus ces derniers, quand ils mettent le pied dans cet établissement hippique, c'est la variété dos types. - Ici l'égalité la plus complète ; des gentlemen sont coudoyés par des marchands des quatre saisons en qpfite d'une huridelle qui puisse conduire leurs charrettes à la halle. Les gandins les plus musqués se frayent à.

coups de coude un passage au milieu de blouses parfumées à l'ail. Des castes, on n'en a nul souci ; il s'agit de trouver une occasion, et tout le monde la cherche avec une égale ardeur : celui-ci cherche une trotteuse américaine, celui-là une charrette suspendue ; l'un voudrait tt«« paire de chevaux de carrosse, tandis que l'autre loursuit un poney breton qui court encore et ne mange presque plus; mais tous aspirent au bon marche.

Trouver un bon cheval, ce n'est rien, faut qu'on le paie moins qu'il ne vaut, sans cela où serait, le talent? — Cependant les commissaires-priseurs se sont installés sur leur tribune. A ce moment, chacun a vu ce qui pouvait lui convenir, sa religion est l'aile, et il se met en devoir d'attendre : pour ce faire, il s'assied, mais il choisit sa place. Les gens du monde s'asseyent en l'ace de la tribune, tandis que les marchands se groupent au pied; à l'extrémité de la piste où l'on fait trotter les chevaux se tient le fretin du public: les marchands de chiens, ma domestiques sans place, les marchands de cigares et autres successeurs de Macaiie et Bertrand.— Les enchères commencent , calmes d'abord; puis, le souvenir du jeu s'en mêlant, on s'anime, chacun veut faire son bunquo Ce qui explique comment monsieur tel ou tel, qui était venu pour voir ce qui se passait à la vente, est rentré chez lui avec trois chevaux et six voitures.

CEAFTÏ.

k juin 1861 .

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