SOUS LE MANTEAU
On a, de tout temps, publié et colporté dos livres sous le manteau, romans erotiques, mémoires indiscrets, pamphlets à outrance. Souvent quelques-uns de ces ouvrages s'imprimaient à la barbe du gouvernement français, malgré l'indication d'Amsterdam, de Genève ou de Constantinople, apposée sur le titre. Longue est la liste des auteurs et des éditeurs qui ont tàté de la Bastille pour méfait de littérature clandestine. Un de ces derniers, le libraire Cazin, qui a attaché son nom à une mignonne collection, mérita plusieurs l'ois d'être enfermé. « Sa philosophie était grande à ce sujet, raconte un de ses biographes; il avait toujours prête une petite valise qu'il appelait plaisamment sa valise de voyage, et qui était destinée à l'accompagner dans ses pérégrinations forcées, et heureusement de courte durée, au château-fort du faubourg Saint-Antoine. Le soin de cette valise était particulièrement confié i la plus jeune des filles de Cazin. Lorsque les exempts se présentaient en exhibant leur mandai : « Bonjour, messieurs, leur disait l'impassible libraire ; nous allons déjeuner. Henriette, va dire que l'on serve; puis, tu prépareras la valise. » Après avoir déjeuné avec une parfaite sérénité, Cazin embrassait sa femme et ses enfants, serrait la main à ses commis, auxquels il donnait ses instructions pour diriger la maison pendant son absence, et partait tranquillement pour la Bastille. Il n'y avait pas, du reste, grand profit à le meltre en prison; il en sortait toujours avec de nouveaux projets d'impression, et dos combinaisons plus habiles pour échapper aux limiers du pouvoir (l).
Mais c'est surtout par les presses do l'étranger que nous arrivent les ouvrages en question. On se rappelle que Beaumarchais fut envoyé en mission à Londres pour y racheter l'édition tout entière des Anecdotes secrètes de la comtesse Dubaï ry. De nos jours, l'Etat prend moins de souci des libelles, et il a raison; il leur enlève, par son indifférence, la moitié de leur saveur. Sa tolérance couvre pareillement les ventes des bibliothèques importantes, ou se glissent, il faut bien l'avouer, un assez grand nombre de livres prohibés; mais la morale publique n'en reçoit aucune atteinte ; il est reconnu que ces ventes se passent entre bibliophiles, et que ces livres, garantis d'ailleurs pur leur prix élevé, ne sortent d'une armoire que pour rentrer dans une autre. C'est ainsi qu'on voit paraître de temps en temps les Mémoires de Casanova. Naturellement, il y a des degrés dans cette littérature spéciale, et tout n'est pas également condamnable dans ce qui se publie sous le manteau.
Me voyez-vous venir? Je voudrais demander grâce pour un ouvrage que je ne nommerai pas, paru tout récemment, imprimé je ne sais où (car personne ne prendra au sérieux cette indication : Rome, à l'enseigneldes sept peches capitaux), tiré sur papier d'amateur, avec titre rouge et frontispice gravé, un volume, ou plutôt deux volumes qui se sont abattus sur Paris, et qui y font, depuis quinze jours, un tapage de tous les diables. Rassurez-vous, il ne s'agit que d'un scandale poétique. C'est un recueil de vers badins, indiscrets, satiriques, glanés chez lai plupart des auteurs contemporains. Tout ce qu'ils n'ont pas voulu faire entrer dans leurs œuvres, ou tout ce qui ne pouvait convenablement y entrer, un ami mystérieux, ou peut-être un ennemi, l'a soigneusement ramassé derrière eux. Là se retrouve à sa date et quelquefois avec des notes explicatives, la chanson improvisée après boire, la parodie essayée à huis-clos, l'églogue hardie murmurée à l'oreille, le poème égrillard griffonné à la suite d'une gageure imprudente, la charge d'atelier composée pour un cercle d'intimes, te sonnet écrit sur les genoux d'une hétaïre, le triolet licencieux qu'on croyait oublié depuis des années, l'épigramme crachée en une heure de colère et qu'on voudrait racheter à tout prix;— jusqu'au distique qu'on avait jeté à la mer, et| que ce livre vous rapporte, comme le poisson du tyran de Samos.
Tout le monde estun peu compromis là-dedans les plus illustres et les plus obscurs, car tout le monde a eu dans sa vie un moment de délire. Je sais quelques gens qui se fâcheront pour tout de bon de cette lumière répandue tout-à-coup sur leurs péchés de jeunesse, péchés plus ou moins mignons; ils croiront voir déjà les portes de l'Académie se fermer devant eux comme devant l'auteur de la Métromanie. D'autres se tairont, ce seront les plus sensés. Je suis loin do défendre ces sortes de publications ;— mais que vouhz-vous ! une fois qu'elles sont parues, il faut bien leur faire une place dans les bibliothèques ,
0 ) Cazin, sa fie et ses éditions, par un Cazinophile. Cazinopolis. (Reims) ; 18G3.
elles complètent la physionomie d'une époque, comme le Cabinet satyrique et le Recueil de Maurepas. A ce titre et à quelques autres encore, qui font de l'indiscrétion une qualité chez les nouvellistes, j'essaierai de donner une idée de ces deux volumes croustilleux. Cela sera moins difficile qu'on no le croit.
Le premier commence par un choix des meilleures gaietés de notre poète national, de Béranger. L'ordre chronologique, adopté par l'éditeur, appelle ensuite les Emile Debraux, les Eugène de Pradol, les Maurice Alhoy, toute la bande joyeuse do la Restauration. Nestor Roqueplan est représenté par une vingtaine do quatrains et de huitains un peu défraîchis. On entre ensuite dans le règne de Louis-Philippecn compagnie d'Altaroche, de Romieu et de Vatout, trois noms qui s'appellent et se soutiennent, ainsi qu'à table. L'austère Godefroy Cavaignac, un instant déridé, arrange comme il faut le roi coiffé de gris dans une douzaine de couplets populaires. Puis, se présentent les romantiques; Auguste Barbier rime avec une frénésie sans pareille une ode de Mirabeau à Sophie Monnier, datée de Vincennes :
Sophie, 6 mon amour, mon ange, Vainement un pouvoir obscur Nous a jeté comme la fange Dans le fond d'un cloaque impur.
Sous l'air pesant d'une bastille, Dans les flancs d'un donjon armé, Malgré la geôle avec sa grille, Malgré mon cacliot enfumé, Malgré ma paillasse elle-même, Malgré le froid de mes carreaux, ' Je suis toujours libre, et je t'aime A la barbe de mes bourreaux '.
Le doux Emile Deschamps chante moins haut, mais non moins bien; son Sacrifice interrompu a un parfum qu'on ne saurait méconnaître.
La part de Victor Hugo n'est ni grande ni bien piquante : deux ou trois quatrains à des actrices, une épigramme sur Veuillot, des imprécations à des auberges suisses :
Au diable, infâme auberge! hôtel de la punaise, Où la peau, le matin, se couvre de rougeurs ; Où la cuisine pue, où l'on dort mal à l'aise, Où l'on entend chanter les commis-voyageurs!
Il n'y avait qu'à prendre au hasard dans Alfred de Musset, dont toutes les oeuvres pourraient se vendre sous le manteau. Le compilateur a pu se procurer des vers inédits à une muse amoureuse delà valse et le récit d'une séance de l'Académie française :
Hier s'ouvrit avec bienséance
La séance Qui fit l'auteur du Chandelier
Chancelier.
de n'ai pas trouvé do nom d'auteur au bas d'une, pièce intitulée : Musée secret, pièce adorable et d'un goût exquis, triomphe do l'art délicat. Il est vrai que ce nom se devine dès les premières strophes et que la plus éclatante personnalité perce sous les voiles de cette inutile exçepâon. — L'Embarquement pour Cyth'ere d'Alphonse Karr ne rappelle que de très loin celui de Wattcau ; voici une épigramme du môme écrivain, qui a réservé toutes ses sympathies pour les fleurs et toutes ses rancunes pour les femmes :
J'entends dire partout : Cécile est vertueuse.
Pourtant elle est avare,- égoïste, envieuse;
Tous les vices! un seul cependant excepté.:
Elle n'a pas d'amant, dit-on. La bonne apôtre :
C'est que ce vice-ià ne peut-être goûté
Sans faire en même temps plaisir à quelqu'un d'autre.
Cécile est sage, oui, mais pur méchanceté.
Je ne vois que d'insignifiantes boutades, et peu compromettantes, au-dessus des signatures d'Edmond Texier, de Louis Rcybaud, dé Jules Janin, d'Alexandre Dumas fils, de Scribe. En revanche, un ancien vaudevilliste devenu financier, Auguste Lefranc, retrouvera là une de ses plus spirituelles romances, — dont il n'avait peut-être pas gardé de copie. Pareille surprise est réservée à un ancien libraire^ Victor Lecou, qui s'était égayé autrefois fort plaisamment sur le' compte du clergé.
Doux chansonniers, placés par le caractère de leurs compositions aux deux points opposés de la société parisienne, Nadaud etColmance font également bonne figure dans ce premier volume, à côté l'un de l'autre. L'un, barde attitré des boudoirs, adresse d'une voix flùtée à une jeune femme une série de demandes, en homme disposé à se charger des réponses :
4 juin ISC'i.
Petit» Mémoires «Se l'Opéra, «levais ï-ouis XfiV jusqu'à jours.
SOUS LOUIS XIY
LES HÉROS DE BALLET ET LES PETITS MARQUIS SUlt La SiE.XE.
en France que fallut-Il? Un cardinal, un abbé et .les chantres de cathédrale. Le cardinal ^as^i^^rojl^pmçgjj^é (Pemn) jcccuta la -e Quant aux chantres (Beaumàvielle. Wtr. . les chroniqueurs ont gardé le silence sur leur origine: Faut-il croire a de
Tour fonder t'Opéra en France que fallut-iiv un earuimu, ^J^^-^S^^'Z quel" noms'Ti ^ureuTVu^'d^ërte^ieur" lutrmrAl'i'garddu personnel féminin, dircction.de l'entreprise. Quant. ,™^hantresJBeaumuv riŒ de Lai/? Ainsi què le chant, la danse fut bientôt en honneur. Le roi très chrétien,
en régalant ses sujets de ses ;
... 'lUl1" ' ' , i.,,.l„l„„„l,,>a I ioiirrmnra r n la sa Ifi le eo ! n I inrel I
tilhomme pouvÉ visage, les tombé des cuups de pied
usete ïambes. Sa Majesté n'avait-elle pas prouvé que sans faire tort à ses aïeux un genans doute car ils envahirent héroïquement la scène, bravant pour leurs mollets et le ur
:d dans lé nc^ qû'é ne icm- tenaient' pas ces demoiselles. - Nota! Le machiniste était de noble maison. 11 était marquis de Sourdiac.