DEUX DAMES
première dame. — Vous avez fait beaucoup d'emplettes, au jour de l'an, madame ?
deuxième dame. — Mon Dieu, non, j'ai achelé un polichinelle pour mes quatre filles, cela les amusera.
première dame. — Et moi ces quinze volume? pour mon fils ; je crains qu'il ne soit pas satisfait .
deuxième dame. — On le serait à moins, mais les enfants n'aiment pas les livres.
première dame. — Ils adorent les images, et ceux-ci en sont remplis.
deuxième dame. — Ils ne dureront pas longtemps. première dame. — J'ai d'abord la Vie des fleurs, une ravissante fantaisie.
deuxième dame, à part. — Pour les grandes personnes. première dame. — ... V Arithmétique du grand papa, de.... deuxième dame, à pari. — ... Très-utile à ceux qui savent compter.
première dame . — ... Le Petit Monde, de...
deuxième dame. — Ne trouvez-vous pas, madame, que ces livras sont trop jolis pour nos enfants? Mes quatre filles préfèrent polichinelle.
première dame, souriant. — Avouez que vous avez cru faire une économie, en achetant ce pantin.
deuxième dame. — Mais. ..
première dame. — C'est moi qui l'ai faite. Nous autres femmes, voyez-vous, nous ne devons jamais rien acheter qui ne nous prive un peu. Vous avez donné votre polichinelle à vos enfants,m ais moi, qui ai besoin de jolis livres pour mon salon, je laisserai ceux-ci à ma portée. Ils seront à mon fils, qui n'y touchera pas. Ah ça ! est-ce que vous donnez à votre mari un gilet neuf pour ses étrennes? Moi, je lui fais présent d'un vase pour ma cheminée.
deuxième dame, ébahie. — 11 n'y a que ces généreuses pour profiter de tout.
— J'ai stéréotypé ces trois conversations, exactement historiques, et sans y changer une syllabe ; j'ai pensé qu'elles vous démontreraient :
1° L'influence des romans d'Emmanuel Gonzalès sur l'éducation du peuple;
2° La puissance de trois étoiles sur la curiosité publique;
3° L'habileté de nos éditeurs, qui ont résolu cette grave question : produire un objet, propre à contenter la personne qui donne au moins autant que celle qui reçoit.