LA SORTIE DES ARTISTES
Victoires et conquêtes de la grande armée. Le pékin était dédaigné. Chaque rat avait son beau dragon, son majestueux guide ou son gentil voltigeur.
de 1830 a 1864 : épilogue.
Amour sacré de la patrie! — Amis, secondez ma vaillance! — Oui, l'or est une chimère! — Roi des enfers, c'est moi qui vous appelle! — Ce sont mes frères qu'on immole ! — Anathéme ! c'est l'éternel lui-même qui vous a, par ma voix, rejetés et procrits ! — Ad nos eenite. jiopuli ! — lit quelques poses plastiques brochant sur le tout.
h juin 1804.
Vous êtes si jolie !
Laissez-moi Vous regarder, Julio, [^3 Sans effroi.
Vos regards que j'appe!ie
Sont si doux !
Je vous aime, cruelle;
M'aimez-vous?
L'autre, Colmance, tout acquis aux joies du peuple, un pied sur un escabeau de cabaret, une bouteille en main, fait trembler les vitres avec ce chant réaliste :
Au Château du Coq, hier, nous avons fait
Une petite noce assez gentille; A quinze sous par bec, j'avais dans un banquet
Réuni toute ma famille.
Tous bons enfants, tous gens pleins de mœurs ; Ca mange comme quatr', ça boit comme des sonneurs...
Il est inutile, je pense, que je m'excuse des coupures. Au besoin, ma charmante lectrice saurait poser sa main sur mon bras et m'arrèter en route, ou me punir d'un coup d'éventail. Ah ! je conviens que l'éventail est indispensable. !
Le second volume a un accent plus jeune. Le contingent de Théodore do Banville est presque tout-à-fait chaste ; celui de Baudelaire se sauve par une amùre philosophie. Arsène Houssaye, qui pourrait autant et plus qu'un autre évoquer Eros, se contente de railler doucement un de ses adversaires littéraires ;
On dit que monsieur DeschaneliYs, Un critique du haut en bas, Vient me chanter des ritournelles Sur la guitare des Débats,
11 proscrit toutes mes images, Cet iconoclaste enragé, Qui, blessé des trop vifs plumages, Aime moins le paon que le geai.
Vous attondiez-vous à vous trouver tout-à-coup face à face avec Barbey d'Aurevilly ? Et pourquoi pas? le critique cache un romancier; le romancier devait cacher un poète. Barbey d'Aurevilly nous dit en strophes brûlantes et flambantes ses luttes corps à corps avec l'eau-de-vie.
Je pris pour maître un jour une rude maîtresse, Plus fauve qu'un jaguar, plus rousse qu'un lion! .le l'aimais ardemment, âprement, sans tendresse, Avec possession plus qu'adoration !
Je ressentais pour elle un amour de corsaire, Un amour de sauvage, effréné, fol, ardent! Cet amour qu'Hégésippe avait dans sa misère, Qui nous tient lieu de tout quand la vie est amfcrc, Et qui Ht mourir Shéridan !
C'est bien comme cela que je m'imaginais la poésie de l'autour do la Vieille maîtresse et de l'Ensorcelée, avec des claquements de dents et du sang dans les yeux. — Murger raconte un de ses amours d'un soir. — Le chapeau sur l'oreille, Vacquerie, qui n'est pas toujours cet apôtre caché dans Jean Baudry, fredonne entre ses dents :
Si j'étais grisette, J'aurais un amant; Je le prendrais bête, Ce serait eharnrant.
De'cet être mâle Et fort obligeant, J'obtiendrais un châle Et beaucoup d'argent.
Je sais qu'on admire Mes yeux non battus, Mais un cachemire Vaut bien des vertus.
La vertu, ma chère, Rend le cœur content, Mais la bonne chère En fait tout autant.
Roger de Beauvoir ne pouvait manquer à ce carnaval. Pauvre Roger ! il est aujourd'hui cloué dans un fauteuil, songeant aux cent mille francs de Champagne qu'il a bus. — Un humoriste , trop peu connu comme poète, Alfred Delvau, célèbre en rimes coquettes les Vendangeuses d'amour.
D'où viennent de si grand matin Ces belles fil 'es, habillées De poult de soie ou de satin.
Toutes plus ou moins maquillées?
Leurs cheveux volètent au vent En petites mèches mutines, Et l'on voit trotter en avant Le museau noir de leurs bottines.
Leurs vêtements sont, élégants, Mais toujours quelque chose y cloche :
Dans leur bourse elles ont lecrrs gants, Et leur corset est dans leur poche.
Encore une révélation ! C'est Paul Féval, c'est l'auteur du Bossu qui essaie de porter ses doigts sur les cordes de la lyre. Il envoie à Nadar une épître de digestion; et, pour un débutant, il ne s'en tire pas trop mal ; lisez plutôt :
Ayant dîné hier chez toi, Témoignons-en ma reconnaissance Par quelques strophes de moi Sur les personnes de ta connaissance.
D'abord Madame et le petit Qui sur la terre te fleurit ta vie!
Ça m'a fait plaisir, mon cher ami, De diner dans leur compagnie !
La blonde dame de Jouvin A réuni tous mes suffrages; Du Figaro il est le souverain, Qu'il rédige avec son courage !
Taxile Delord et Félix Mornand, De les voir on est toujours bien aise ; Leur plume est celle de deux bons enfants Habitués à soutenir leur thèse !
Notre Albéric n'a pas do second Pour les charmes de sa nature ; A l'égard des dames il est fécond En plaisirs et en courbatures !
Par exemple, je n'ai pas trouvé Dans les poèmes de ton Vachette Une seule chose qu'on put imprimer Au sein de la bibliothèque Hachette.
Les autres sont tous de bons enfants, Ton amitié pour eux me l'assure ; Aussi j'ai été bien content De leur voir prendre leur nourriture !
C'est du La Palice édulcoré avec du Prudhomme. Après tout, ce recueil n'est pas aussi terrible qu'il en a l'air. Je n'en voudrais retrancher que les niaiseries d'où l'art est entièrement absent, généralement ce qui concerne les actrices. Par malheur, l'éditeur s'est complu à récolter tous les cancans de théâtres, toutes les prétendues révélations de coulisses.
CHARLES JtO.\SELET.