LE CONCOURS RÉGIONAL DE
;.. Rien ne ressemble plus à un concours qu'un autre concours, e t le comice des comices, le vrai, le seul est celui de Flaubert, dans Madame Bovary Mais X... à un préfet exceptionnel, est exceptionnel aussi: administrateur populaire s'il en fût, qui prend l'économie politique en riant, qui jongle avec les maires, qui tape sur le ventre aux capitaines de pompiers qui se feraient hacher pour lui.
J'ai vu à ce concours de très-belles machines, des espèces ovines, des Durham, mais j'y ai vu surtout de jolies provinciales aux pieds cambrés, et j'ai deviné une petite cour préfectorale où la vie devait se passer
4 juin 1804.
gaiement. C'est qu'encore une fois le préfet est célèbre, il est de la nouvelle école. Beau, élégant cavalier, homme d'esprit, les grandeurs administratives n'ont point perverli son cœur; il aime ses amis et le leur prouve. — Il a tout réformé dans sa préfecture, tout s'y fait comme à Paris ; les salons sont d'un luxe d'un grand goût, les jardins sont entretenus somptueusement, la province n'a rien à voir avec la convfrsation pailletée que tiennent sous les lambris des salles officielles les jolies Parisiennes échappées qui sont reines ici.
Le préfet a un faible, les pompiers ; il leur sacrifie tout; il les a créés, il les a équipés, et comme Geoffroy dans la Cagnotte, il mettrait le feu à la préfecture pour les voir se servir de leurs pompes. — Les pompes sont ses danseuses, et ellesluicoùtent cher. Il estdu Jockey, et on l'accuse d'être plusjsouvent à La Marche qu'il ne sied à un gouvernement ; mais ce diable d'homme, avec sa singulière façon de mener les choses, administre comme pas un ; et que voulez vous qu'un ministre réponde à un homme qui vit en si bonne intelligence avec ses conseillers généraux et municipaux ?
Une jolie combinaison du baron, c'est de se donner pour sous-préfets les meilleurs enfants du monde, jeunes, élégants, riches si c'est possible, et quand le conseil est réuni, la mélancolie n'a pas voix délibèrative. Par une de ces chances qui n'arrivent qu'à lui, les plus jolies femmes de France sont ses administrées.
Le concours était impatiemment attendu par les amis du baron. Le Jockey et l'Union artistique ont dû arriver le dimanche matin pour assister au banquet et le lendemain paraître au bal. Les hôtels étaient assiégés; on a fait un dortoir pour la nuit dans la prélecture, et chacun a dit la sienne.
Un banquet de 1,200 couverts, — c'est à en donner des crampes d'estomac rien que d'y songer.— Eh bien ! non, pas du tout; on s'attendait à un dîner de la Méduse, et tout a été parfait, il y avait même un peu trop de Champagne, — ce n'est pas pour le Phare de la Manche que je dis cela. — Bref, bon vin, bon gîte... c'est le reste qui manquait un peu vers minuit.
La table des journalistes a failli être lugubre. — Le Grand Journal était reparti avec le train impérial; le Constitutionnel a eu de tout temps le plus profond mépris pour la littérature, et Boniface-Déma-* ret ne se compromet jamais au point de se mettre à la table de s journalistes. Le Pays était bien joli : cravaté de blanc, et le Medjidé et
les Saints-Maurice-et-Lazare, coté du cœur. — Le Monde illustré arborait une brochette opulente et une face renfrognée comme si l'actualité manquait. — Le Figaro ouvrait son petit œil lin pour saisir un mot joli du Sport, mais cela ne prenait pas. La presse des départements demandait qu'on lui désignât les hauts barons de l'esprit parisien et M. Eugène Guinot.
La Bédollière, placé à un bout de la table, taquinait la Muse rebelle et cherchait le couplet final de sa chanson. — Vous n'êtes pas sans savoir que La Bédollière, qui, à part cela, n'est pas plus méchant qu'un autre a le plus singulier de tous les tics. — On inaugure un chemin de fer, on couronne un Durham, on pose la première pierre d'un monument, — crac! mon La Bédollière arrive au banquet, sans cravate, — l'abstention relativement à la cravate est encore un second tic. — Il a les cheveux un peu épais, l'air préoccupé, et feint, dans l'attitude de la méditation, do chercher une rime. Mais sa chanson ne date guère que du temps des Français peints par eux-mêmes.
Si vers l'heure où le préfet porte un toast à l'Empereur, on n'est pas venu prier La Bédollière d'improviser une chanson de circonstance, le rédacteur du Siècle parle un peu de Béranger avec un ingénieur en chef ou un conseiller de préfecture. — Vous voyez d'ici comment la conversation s'engage.
Le conseiller. — Mais vous-même, Monsieur, vous jouissez d'une réputation bien méritée comme chansonnier.
La Bédollière (d'un ton dégagé). — Oui, j'ai eu quelques succès ; mais la politique m'absorbe ; une aussi splendide réunion d'illustrations pourrait seule peut-être m'inspirer quelques couplets.
Après un quart d'heure de pourparlers, une des autorités vient prier La Bédollière, au nom de toute l'assistance, de vouloir bien improviser.
Le banquet se termine ; les préfets ôtent leurs habits en zinc et redeviennent des membres du Jockey, on rentre à la préfecture et on installe ses amis dans le dortoir.
Du concours en lui-même . voilà tout ce que je sais ; mais il y a des journalistes qui en savent davantage, et si vous y tenez. . . Mais vous n'y tenez pas du tout...
Bonsoir! fiusdéhic b.