I.e verre est servi
il,7.?^\raa favaut mienx 1«e l'absinthe ; e'est rococo, c'est vieux, c'est A l,absmthe- Mlis< «Ife-donc, Charles, ils ont l'air de s'amuser ces gamards-]à. Qu'est-ce qu'ils font donc?
— Ils jouent au Jacquet, monsieur le maréchal.
nnZ E" °nt"il3 UDe chance! FiBure-toii Charles, que je ne trouve plus personne l nZSTÀ TC mM malntenant- Ah! mon pauvre garçon, ne deviens jamais maitciiat de France, va; c'est bien le métier le plus embêtant que je connaisse.
Nadar, dans une lettre fort digne, annonce que depuis la descente i, Meaux ci en Hanovre, les frères Godard n'ont plus rien de commun avec le Géant Si I on se reporte à la dépêche du 20 octobre 1863 (minuit), on lit : « Nous devons la vie au courage et au dévouement (te Jules Godard »
n,,n L'51 \Ki-]le!nreux P°ur l'ami Nadar qu'à ce moment, M. Godard ait eu quelque chose de commun avec le Géant.
Pour qu, pariez-vous? Pour les Auglais ou les Français? On ne s'aborde plus autrement dans l'attente de la grande course de dimanche prochain. La m nie
, onoT'd T„ tUf St,6 de-grandS Pr°grÈS- °" Parie et 011 aSiole maintenant à Et Vff„i !? cou,'sesde <&™m, alors>e l'issue d'une trop
ftmeuse affaire d'empoisonnement , était encore incertaine, un parieur ne
quaïreï m CeUC ""gll,ièrc P™P°sition ■ Je prends un La Pommerais à
A combien, prendra-t-on, par exemple, le singulier cheval blanc du !81i de Meiesonmer exposé au Salon ? Impossible de saigner du nez plus joliment un nrnVv ? a P" tCTre ' w ce,a ""reliant l'amble à ravir. Cette allure
proscrite des manèges, serait-elle plus permise eu peinture?
rt'mL h*?' ne„t™u,vc/-vo»s Pas que cet état-major de héros a un peu trop l'air dune patrouille d'épiciers qui ont la colique?
Le Solfenno du même artiste est-il plus heureux? Était-il bien la peine ou un grand souverain invitât un grand peintre à le suivre pendant toute une campagne, et quelle campagne ! pour aboutir à cette banale photographie d'un eta -major au repos? L'artiste n'eut-il pas trouvé, sans sortir de sou ateUer ce c che rebattu de Y Illustration? Même en admettant la nécessité de ne peindre que des personnages officiels, comment n'a-t-il pas songé à reproduire pluto quelque Conseil tenu sous la tente avec tout le pittoresque attirail du campement oub.en une Rentrée au camp le soir d'une bataille, avec les habits poudreux iJTv b0Ueuse;- les chevaux harassés. Espérons que ce n'est là que partie TZ',nlrTr T p?mbhJae la Poésie de certains détails échappe au peintre nu soulier defendq.nl une barricade.
n,HW^ r1'3, V°!;,CZ V°US rep°3er de tous ces chefs-d'œuvres pénibles, \è*Z?L ' lT enCOmbrent ''Exposition, regardez un instant, dan
Lmlement r 'n aU ^ panneau de droite> un jo'i plafond représentant de n I H T f10UrS fra'S " roses voltiS°ant dans u" ciel «eu. Rien
Deintur^ ■ tl f ?i 1C' dS P'US faCile et de m'"'"3 ?ourmé- Po»r°."°i la
aDDarmPnt. fr V™T>onK intenté d'égayer ainsi les panneaux de. nos Z Trr, !■ d a'ler S ésmr d:,ns les impositions symboliques, ou
es reconstitutions archaïques! M. Tony-Faivre, le peintre de ce charmant pla-
nous'avarrCe VT k être C0"na ici' Mais nos amis de Saint-Pétersbourg ëxécutl l i°ngte73 Clté ce no^ a propos de grands travaux décoratifs exécutes par lui, dans plusieurs palais.
Vous avez entendu parler de la vente qui vient d'avoir lieu d'une magnifique
de h r'hine r pré"eux' provrrt d" pi,lage d" pa,ais d«té de
de la Chine Ce que j'y ai trouvé de plus merveilleux est non pas la fameuse pierre de jade, mars l avant-propos du catalogue. On y raconte comment, à la première nouvelle de l'approche de l'armée, française, Sa Majesté chinoise s'était retirée avec toute sa cour, n'oubliant qu'une chose. Son parapluie? Non Sa femme. Laquelle se trouva juste à point pour donner un baiser et son écrin à 1 heureux possesseur de cette collection. Pour un Chinois, il est bien Français ce
Avons-nous assez ri des Bibis des Anglaises? Nous en sommes bien punis à voir maintenant ces ridicules petits chapeaux sur la tête de nos jolies Parisiennes. Pour nous venger, nous les appellerons des On s'est-assis-dessus.
Les toilette tapageuses ne se vulgarisent-elles point un peu trop? No serait-il point temps de revenir un peu au sobre et à l'uni. C'est la réflexion que nous taisions H y a quelque temps, le premier jour des courses de Longchamps La cour était en deuil et plusieurs dames étaient entièrement vêtues de noir, à leur plus grand avantage selon nous. Une surtout : elle portait simplement un petit pardessus entré à la taille, sur une vaste robe à grande traîne, le tout en moire noire garnie de pasquilles et de jais aux coutures, un chapeau de tulle noir avec un petit bouquet de violette mutinement posé sur le côté de la passe De tout cet ensemble sombre, comme les yeux ressortaient brillants, la peau blanche et les lèvres fraîches ! Combien nous préférions cette toilette à certaine robe marron ruisselante d'acier, à pèlerine trop courte, à taille trop longue que nous avions vu porter, l'année précédente, au même endroit par cette même personne ! ' v
H y a de ces compliments qui font grincer des dents. A propos de notre article : Chez Monsieur de Suint-Rémg, quelqu'un nous a surtont félicité de 1 exacte description de l'éclairage de la galerie des Tableaux! Serions-nous donc a notre insu, tombé dans les errements d'un chroniqueur de notre connaissance qui, dans le feu d'un article de digestion, crut devoir consacrer trois colonnes à démontrer :
l'excellence des qcinqlets de son excellence ?
Allez-voir l'Eclair, à l'Opéra-Comique. La pommade s'y marie assez agréablement à la panade, et sans danger, le cousin y conduit sa cousine: mais la musique en est toujours charmante. Le soir où nous nous y trouvions il y avait une cantate en intermède. On attendait l'Empereur et l'Impératrice : Leurs Majestés ont spirituellement esquivé les stances en n'arrivant qu'aux dernières mesures Aprts les flatteurs, le présent le plus funeste,
Que puisse faire aux rois la colère céleste, N'est-ce pas la cantate?
Les fameux chapeaux Louis XVI de Mlle Cico et de Mlle Bélia, qui ont taut effarouche les critiques, sont charmants. Seulement, au lieu de la toilette également Lou.s XVI, que comportait cette coiffure, quelque robe d'amazone à fraavec les revers boutonnés,le grand trompeur de mousseline, et les cheveux crêpes haut quelle idée ont eu ces dames de s'habiller comme doux petites lingères du bal des Accacias. "
Et puis pourquoi le lieutemant Lionnel porte-il les épaulcttcs de capitaine? I.ne de plus, une de moins, cela ne tire peut-être pas à conséquence à l'Opéra- Comique. D ailleurs cela orne. Achard se contente de deux èpaulettes- mais Montaubry s'en mettrait bien trois.
Ht purs, comment le même lieutenant Lionel sorti en grand uniforme et bien arme est-il forcé par l'orage à rentrer aussitôt en petite tenue? Que dites-vous de ce singulier effet de la foudre qui lui ravit son fusil, sa casquette, ses epaulett.es, sou sabre et la lumière des deux?
Il nous rçv.ent que dans l'article intitulé : Une Vente de charité, paru dans un de nos derniers numéros, quelques personnes ont prétendu voir plusieurs allusions à une vente du même genre qui venait alors d'avoir lieu à l'hôtel d une ambassade étrangère. Il n'en est rien. Ce n'est pas que nous n'eussions préfère peindre d après nature. Même, dans ce but, nous avions été nous informer auprès du suisse de l'hôtel, si par hasard cette vente ne devait pas être publique. Le majestueux fonctionnaire voulut bien nous dire que non et nous apprendre que lui-même avait été chargé de porter les invitations à ce qu'il a de mieux dans Paris. N'ayant pas la sotte prétention de faire partie de ce qu il y a de mieux aux yeux d'un suisse, nous dûmes renoncer à notre projet Ah ! princesse, nous n'aurions pas cependant mieux demandé que de paver vos peats bouquets de violettes, tout ce que vous auriez voulu |
MODES DU JOUR
L'émigration des Parisiens a commencé. Chacun fait ses apprêts de départ. Les boulevards regorgent de voitures et les magasins d'acheteurs. Il s agit, pour les femmes, d'emporter aux eaux ou en voyage lotit un arsenal do coquette, et ceci n'est pas une petite affaire. Outre les quinze ou vingt toilettes victorieuses de madame, ne faut-il pas que sa beauté soit triomphante? Il s'agit d'avoir les yeux mystiquement ombrés, une peau blanche et rose sous la transparence de laquelle coulent de délicates veines bleues. Bref il lui faut des épaules et une main irréprochables.
Tous ces charmes plus ou moins absents, on les acquiert au moyen e u rose d Armide, du blanc nymphéa, du bleu, du pencil japonais et de je ne sais quoi encore : une série de petits pots que Séguy a composes pour la damnation des femmes. Il parait que l'on est jolie comme l'idéal avec tout cela. Aussi faut-il voir la foule de beautés voilées qui se pressent au n° 17 de la rue de la Paix !
Ce qu'il y a aussi de très important pour une jolie femme, c'est le
LA VÏ'È- PARISIENNE
4 juin 1S(M.
nêpîtfff! dans lequel elle peut être entrevue. Non moins coupable que ■Sf'gity, la Grande Maison de blanc crée, des costumes du matin, parmi lesquels on en remarque un digne d'une reine orientale ou d'une héroïne des Mille ei une Nuits.
Je vais essayer de vous le décrire :
Jupe et veste blanches en mohair.
La jupe, un peu 'à queue, est illustrée au-dessus de l'ourlet d'une broderie offrant les innombrables teintes et le vif coloris du cache • mire. Ce sont des losanges couronnées de guirlandes qui s'enlacent les unes aux autres. Du bas de cette prismatique broderie retombe sur l'ourlet, qui la dépasse encore, une riche et large dentelle noire.
La veste très courte, s'ouvre arrondie sur une ceinture Suissesse, brodée aux couleurs de cachemire, fie cette ceinture retombe par derrière deux très petits pans d'habit brodés également et encadrés de dentelle noire. Lamêm e broderie se reproduit splendidement tout autour de la veste encadrée do dentelle noire et enrichie d'épaulettes de dentelle.
De forme, ce costume est harmonieux; de couleur, il est aussi splendide que l'aile chatoyante de ces rares oiseaux d'Amérique sur .lesquels semblent s'être concentrés tous les chauds rayons de leur pays.
La Grande Maison de Blanc prépare bien d'autres surprises.
Les riches fantaisies y éclosent comme les fleurs dans un parterre.
On en pourrait dire autant des salons d'Alexandrine. Far exem • pie, si vous ne comprenez pas l'originalité piquante et la mode idéalisée; si vous n'avez pas la fortune qui permet cent fantaisies, n'entrez jamais dans ces salons là.
Voici quelques-uns de ses derniers modèles créés pour S. A. H.
Isabellc-Ferdinande, infante d'Espagne.
Chapeau en paille de riz, avec fond de tulle recouvert de blonde.
De légers flots de cette blonde tombent on cascades, des hortensias formant le fond et le bavolet.
Chapeau de tulle filou, recouvert d'une résille de plumes blanches ; nœud de gaz bleu, frangé rie plumes par derrière. Ce nœud se u-ouve agrafé un peu de côté par une belle rose blanche.
Douze chapeaux figuraient ainsi dans cette commande royale :
chapeaux de ville, chapeaux de cheval, chapeaux de courses, tous plus riches, plus inattendus les uns que les autres. On n'a
pas d'idée de leur grâce en en lisant la description, qui y gâte toujours quelque chose.
La mode est aux dentelles. C'est à la dentelle de yak à qui l'on doit ce penchant vers les choses légères. Comment no pas s'affoler de ces adorables tons nacrés, qui adoucissent le teint et font ressortir la beauté d'une femme?
A la fois légère et consistante, la dentelle de yak s'emploie à tout. On peut s'habiller tout en dentelle de yak; tunique, vêtement, ombrelle, etc.; et l'on aura l'un des plus jolis costumes que la fantaisie puisse imaginer. J'ajoute que ce costume serait solide et assez chaud pour braver l'air parfois un peu piquant de la mer.
La guipure et la passementerie sont beaucoup délaissées pour la dentelle de Cambrai., (Lisez Chantilly si. vous tenez absolument à payer plus cher ce qui est exactement semblable.)
La guipure avait contre elle son poids et l'inconvénient que pré-
Négligé du matin d'après un modèle de la Grande Maison de Blanc
sentait la maille de sou tissu trop accessible à s'accrocher à tout. La passementerie s'étale trop lourdement, on pourrait comparer sa richesse à . celle d'une parvenue. La dentelle seule est vraiment belle; — j'entends la dentelle de Cambrai.
Grâce à sa parfaite ressemblance avec la. dentelle de Chantilly, la "dentelle de Cambrai s'emploie pour grande toilette. De plus, elle offre, sur cette dernière, une différence très avantageuse pour le prix et la solidité.
Cependant toutes ces dentelles n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont vraies. On ne saurait donc trop exiger l'étiquette qui porte ce, mot.
, Une de mes lectrices me demande un conseil pour une couronne de mariée. Je répondrais bien que l'on mélange beaucoup le jasmin
à la fleur d'oranger, mais je préfère adresser ma gracieuse correspondante àPlisson, qui, mieux que des conseils, lui enverra un petit chef-d'œuvre de goût en ce genre. ... . . . ■ -
Il ne s'agit que de lui écrire à sa maison de la rue. du Bac, 38, et, de lui donner quelques détails de physionémie et de tai'le ; il créera aussitôt quelque délicat édilice de fleurs sous lequel les plus modestes mariées se trouveraient jolies.
Outre les couronnes de mariées, on sait que Plisson a la spécialité des coiffures de soirées.
Ses fleurs sont très recherchées dans le monde à cause de leur naturel et surtout de leur arrangement. J'ai vu chez lui des couronnes de roses à demi-effeuillées et couvertes de rosée, qui étaient de la plus parfaite, grâce. ; et, pour jeune fille, des guirlandes de myosotis et de pâquerettes que l'on croirait sorties des prés.
Beaucoup de papillons denacre et d'insectes exotiques, toutes sur ses coiffures. Il y a là de vraies guirlandes de naïades pt de nymphes, et c'est un délicieux embarras que celui d'une femme qui a un choix à faire dans une telle variété do choses charm3nt.es, surtout quand cette femme, se sait jeune et jolie.
Après tout, je l'ai déjà dit ; la beauté s'acquiert et aussi un peu la jeunesse, c'est ce que prouve M. Louis Claye dans son livre :
Les Talismans de la beauté.
"Vous voulez rester belle et jeune? La Reine des abeilles peut accomp'ir ce souhait. Elle offre Y acidulé de violettes , un bain de fleurs rafraîchissant, qui est à lui seul une vraie source d'eau de jeunesse, et tout un choix de parfumerie aux violettes qui donne la fraîcheur et le parfum du printemps.
La Reine des abeilles (maison Yiolet) abeilles, qui
offre aussi la Rosée des conserve à la peau le velouté d'une fleur, et la célèbre crème Pompadour dont les résultats sont merveilleux.
La crème froide mousseuse est aussi un précieux secret de beauté, ainsi que la fleur de riz rosée de , l'Impératrice. Cotte fleur de riz, parfumée à l'ambroisie, préserve la peau de dermales. • i
L4 VICOMTRSSK DE
Cotte 'fleur de toutes les affections
Le Propriétaire -gérant, MARCELIN,
Paris. — împ. K.ÏÏGELMANN, 13, rue Grange-Batelière.
li juin 1864.
Quand le soleil couchant darde ses rayons sur les fenêtres du château de Blanzy, c'est un heureux présage pour le voyageur qui se désespérait d'arriver au bout des longues routes droites qui s'arrêtent seulement au village.
Un château appuyé nonchalamment sur le versant d'une petite montagne, des sentes sinueuses serpentant capricieusement â travers des massifs de feuillage et conduisant à une grille de fer curieusement ouvragée, tel est d'abord le premier point qui arrête le regard, mais bientôt se dessinent les toits de brique mêlés à l'ardoise des maisons du village qui forme groupent autour du château et donnent l'idée d'une heureuse population active et vouée à la culture, tant
les champs voisins sont entretenus avec soin, les 'prairies plantureuses, les cours d'eau clairs et riants.
Heureux pays si les propriétaires du château eussent habité ces appartements fermés depuis si longtemps !
Un châtelain intelligent est la fortune d'un village, et quoique le paysan, devenu maître à son tour, cultive pour son compte un lopin de terre longtemps rêvé, il est plus d'une contrée où il parle encore avec respect du seigneur.
Depuis plus do quarante ans, le village de Blanzy avait un château et pas de châtelain, et les constructions antérieures, dues à un des plus habiles architectes d'avant la Révolution, se ressentaient de cet abandon. Un intendant gérait la propriété; mais on ne voyait dans les cours ni hôtes, ni invités, ni nombreux domestiques ; les écuries étaient fermées et les chenils muets. De grands volets â l'intérieur, paralysaient une jolie architecture dont la façade de pierres a besoin
11 juin 18C4.
de transparences et de traînées lumineuses. Le grand escalier double qui serpente 'au-devant de la façade n'était plus avivé par ces fleurs brillantes que semblaient implorer de grands vases, de faïence, tristement étagés à chaque marche.
Sous la grande avenue de peupliers, qui de la grille conduit à la cour d'honneur, ne se promenaient plus les femmes élégantes, témoins du mariage de la marquise de La Bréjolière.
Une partie de la montagne appartenait au marquis, qui l'avait affermée à divers vignerons de Blanzy, et c'était un intendant, un homme d'affaires, froid, chargé de toucher les fermages, et que rien no pouvait émouvoir en cas de mauvaise récolte.
Les jeunes filles écoutaient non sans regrets les récits des anciens qui avaient connu Madame de La Bréjolière blonde, charmante, presque une enfant lors de son mariage, car son absence avait empêché les plus coquettes du village d'aller tâter de Paris, en qualité de femme de chambre de la marquise.
11 en était des garçons comme des filles. Combien auraient pu tenter la fortune, attachés au seigneur, qui étaient restés manœuvres ou garçons de ferme dans le village,!
Aussi quelle fut la joie des gens de Blanzy quand l'intendant annonça que bientôt M. et Mme de La Bréjolière allaient habiter le château, non pas l'été seulement, mais toute l'année. Chacun entrevit cette arrivée à sa manière. On se dit que le pays ne cesserait plus d'être en fête, que les vieux murs du château résonneraient aux sons do la musique, qu'il y aurait de grandes chasses à courre, des spectacles en automne, et plus d'une fille rêva que le marquis lui pinçait les joues.
Mais quand M. et Mme de La Bréjolière descendirent d'une berline de forme ancienne, la désillusion fut au comble. C'étaient deux vieillards. Les paysans n'avaient pu s'imaginer que des La Bréjolière pussent vieillir, et les anciens du pays qui avaient assisté dans leur jeunesse au mariage des châtelains conservaient, singulier effet des grandeurs, l'illusion d'un marquis et d'une marquise toujours jeunes.
On se dit que les bals, les spectaces et les chasses couraient grand risque d'être supprimés, et l'opinion générale fut que, seul, le curé de Blanzy aurait quelque influence au château. En effet, empressé et rayonnant, il se trouvait à l'arrivée des châtelains, et il eu l'honneur d'offrir sa main à Mme de La Bréjolière pour l'aider â descendre de voiture.
Le costume delamarquise indiquait une femme détachée des plaisirs du monde ; non pas que Mme de La Bréjolière s'habillât avec le jansénisme des vieilles douairières; mais qui dépasse la soixantaine impunément? Pourtant les yeux de la marquise avaient conservé un rayon charmant, et comme les paysans s'empressaient autour d'elle en criant «"Vive Mme la marquise I » elle gagna tout d'abord les cœur par un « Merci, mes enfants » d'un timbre si frais, qu'on eût juré qu'une jeune fille de quinze ans avait répondu pour su grand'mère.
Le marquis, malgré ses soixante-douze ans, se tenait droit appuyé sur sa canne; mais l'âge des deux châtelains n'en dérangea pas moins l'éloquence du curé, qui, trompé par le rapport des gens du village, avait préparé un discours sur la vie que l'arrivée du marquis et do la marquise allait communiquer â tout le pays. Et comme les deux époux n'étaient plus d'âge à entendre sur leurs pieds un discours officiel, le curé le garda pour une occasion meilleure.
Malgré une certaine désillusion des premiers instants, l'entrée à Blanzy de M. et Mme la marquise de la Bréjolière n'en fut pas moins accueillie avec joie. Les deux époux avaient vieilli heureusement, cela se lisait sur leur physionomie, et rien n'annonçait les aigreurs de caractère que l'âge amène trop souvent. Les fermiers qui approchèrent du marquis vantèrent son affabilité, et le curé répandit dans tout le canton, dont il était le doyen, le bruit des intentions charita-
bles de la marquise, qui, tout d'abord, s'était enquise des pauvres de la contrée.
Cependant le curé garda pour lui certaines inquiétudes qui résultaient d'une conversation où la marquise manifesta quelques teintes de scepticisme. Mme de la Bréjolière avait annoncé au curé que son âge ne lui permettait plus d'aller aux offices, qu'elle avait une religion intérieure, non de pratique, mais de cœur.
— Il est des accommodements avec le ciel, dit-elle; j'espère qu'il en sera de même avec les saints.
Le curé ne jugea pas à propos de combattre tout d'abord les idées de la marquise, et il insista seulement sur les bons effets que produirait l'exemple donné par Mme de La Bréjolière.
— Oui, ditle marquis, le peuple a besoin d'une religion.
— Deux fois par semaine, monsieur le doyen, reprit Mme de La Bréjolière, j'espère que vous voudrez bien entendre notre confession, â table. Jouez-vous au vvisth?
Le curé s'excusa de son ignorance au jeu.
— Eh bien! vous nous apprendrez nos devoirs religieux et je vous apprendrai le wisth.
Comment refuser une femme si aimable ? Au fond le brave doyen se disait que l'église profiterait de l'arrivée des châtelains, malgré leur scepticisme ; et comme il craignait que ses assiduités auprès de tels hérétiques ne fût prise en mauvaise part, le curé répandit le bruit que le marquis avait la goutte, la marquise des rhumatismes et que leur santé ne pouvait s'accommoder des fraîcheurs de l'église de Blanzy.
Intérieurement le doyen se reprochait son mensonge ; mais il ne se le permettait que par excès de piété, ne perdant pas de vue l'idée d'amener les châtelains â l'église.
— Je ferai une plus sévère retraite, se disait-il, et je prierai Monseigneur l'évèque de me pardonner ce mensonge, en faveur du résultat.
Toutefois le cuié fit part â Mme do La Bréjolière des bruits qu'il répandait dans le pays.
— Oh ! fi, monsieur le doyen, fi ! s'écria la taquine marquise. M'affubler d'un vilain rhumatisme! Vous me vieillissez outragement... Passe pour la goutte du marquis. On a dit que c'était la croix de Saint- Louis de la galanterie, et M. delà Bréjolière a tout droit de la porter. Mais un rhumatisme â moi ! Savez-vous que si un jour pareil malheur m'arrivait, je ne vous pardonnerais pas, car vous auriez appelé avec l'attention du ciel sur mes péchés un châtiment barbare.
Le brave doyen se confondait en excuses.
— Et où aviez-vous placé cet atroce rhumatisme?
— A la...
L'honnête curé rougit et resta court.
— Non, s'il vous plaît, pas là, monsieur l'abbé. Vous ne voulez donc plus iiue je saute ? disait-elle en marchant dans le salon, car elle avait conservé toute sa vivacité.
— Passe pour le bras, reprit-elle... Je permets à l'occasion à un rhumatisme de s'y loger pour vous faire plaisir et porter la moitié de votre mensonge.
Et comme Mme de La Bréjolière, d'humeur bienveillante, voyait combien ses taquineries troublaient le curé, elle changeait de conversation et revenait à l'embellissement de l'église.
— Madame la marquise, dit le doyen, grâce à vos libéralités j'ai Tait appeler un vitrier de la ville voisine pour remettre les vitres qui manquaient à la rosace.
— Oh ! saint homme, que vous êtes peu conséquent dans vos imaginations ! Ne devez-vous pas, pour m'ètre agréable, laisser l'air entrer par la rosace? Si vous bouchez les trous, je puis aller à l'église l'hiver et je n'ai plus d'excuses. Allons, il faut, sous un prétexte quelconque, éloigner le vitrier.
— Encore un mensonge, madame la marquise s'écria [le brave doyen.
11 juin 1864.
LA YIE PARISIENNE
— Voilà, l'abbé, comment, engagé dans le crime, on s'y enfonce de plus en plus... Mais je suis bonne et veux vous tirer de ce mauvais pas... La rosace n'est-elle pas historiée de quelques peintures? Vous feriez savoir à ce vitrier qu'une restauration plus importante est nécessaire, et que des vitres blanches produiraient un effet désagréable... Etes-vous satisfait de mon invention? Vous souriez... allons, l'abbé, je vous permets de me baiser la main pour mes imaginations.
Et comme le projet de restauration de la rosace était abandonné, la marquise ajoutait à ses donations précédentes une belle robe de moire blanche pour la statue de la Vierge.
A la suite de ces entretiens l'honnête doyen s'en retournait au presbytère, la figure épanouie, se disant qu'il n'y avait pas assez de sceptiques sur la terre, car à supposer qu'ils eussent l'esprit, la grâce et la générosité de Mme de La Bréjoliôre, pas une église de village qui ne fût devenue un palais.
Cependant le curé de Blanzy n'en nourrissait pas moins le désir de faire rentrer au bercail ces brebis égarées. C'étaient tantôt des saints, tantôt des saintes, dont il faisait un touchant portrait à la marquise et au marquis pour les décider à venir célébrer leur canonisation à l'église et chaque grande fête carillonnée amenait de comiques débats au château.
— Oh ! madame la marquise, s'écriait le doyen, refuser de quêter pour la Sainte-Marie ! Pour vous punir je ne mangerai pas de truffes.
Et quoi que fit Mme de La Bréjolière, le curé voyait desservir, non sans un inquiet frémissement de narines, un plat do truffes odorantes dont il se privait, par contrition.
— L'abbé a raison, répétait ironiquement le marquis. Il faut une religion au peuple ou nous lui donnons un déplorable exemple.
— Cela ne doit pas empêcher l'abbé de goûter à ces excellentes truffes. Allons, gourmand, laissez-vous tenter, disait la marquise en faisant signe au domestique de rapporter au doyen la serviette d'où s'échappaient de tentants fumets.
Fermant les yeux et d'un geste un peu mou, le curé repoussait le plat: ainsi, deux fois par semaine, se renouvelaient ces querelles et les tentations.
Cependant la fête de Blanzy étant arrivée, le doyen en profita pour prier M. do La Bréjolière de donner le pain béni avec une grosse bourgeoise du pays qui mourait d'envie d'avoir un marquis pour cavalier.
— - L'abbé, je vous en prie, dispensez-moi de cette corvée, dit M. de La Bréjolière. Je ferai tout ce qu'il vous plaira, à l'exception de donner le pain béni.
Vraiment, monsieur le marquis, vous êtes plus entêté que
le diable qui au moins se laissa tremper une fois dans le bénitier.
— Avec quelles grimaces, l'abbé, vous le savez...
— Mais vous répétez sans cesse, monsieur le marquis, qu'il faut une religion au peuple ?
— Je ne suis pas le peuple, l'abbé.
— A l'occasion de la fête du pays il me semble bien difficile que vous refusiez, monsieur de La Bréjolière, ajouta la marquise.
— Vous voyez, monsieur le marquis, dit le doyen heureux d'avoir trouvé un auxiliaire dans les rangs ennemis. Que penseront les gens du village de cette obstination à fuir l'église?
— Eh bien! je donnerai à dîner aux notables du canton, au maire, au juge do paix, au percepteur... L'abbé fera la liste et invitera qui il lui plaira.
— A une condition, monsieur le marquis.
Pourvu, l'abbé, que vous ne me fassiez pas jouer un rôle à l'église.
— Ainsi, monsieur le marquis acceptera tout ce que je lui proposerai?
— Même de faire la cour à cette grosse commère que vous vouliez pondre â mon bras.
— Ce serait très piquant, dit le marquis.
— Il ne s'agit pas de débiter des galanteries à une bourgeoise, reprit le doyen .
— Il faut pourtant que je sache...
— Monsieur le marquis, jurez que vous obéirez à tous mes désirs.
— je jure, l'abbé.
— De la part d'un impie tel que vous, monsieur le marquis, je demande un serment solennel. Dites : je jure d'obéir à tout ce que pivscrira monsieur le curé de Blanzy, aussi vrai que Dieu existe.
M. de la Bréjolière. répéta la formule du doyen.
— Eh bien, monsieur le marquis, comme j'amasse des péchés sans nombre à mentir pour voire compte, le jour du dîner, vous serez pris d'une violente atlaquo de goutte.
— Comment, l'abbé, vous no voulez pas que je mange?
— Pardonnez-moi, monsieur le marquis. Etendu dans un fauteuil, la jambe entourée de bandelettes, vous assisterez au repas et y prendrez part; mais à certains moments, vous pousserez un cri de douleur.
— La bonne, comédie! s'écria la marquise. Ah! l'abbé, vous êtes plus rusé que je ne le soupçonnais.
Mme de la Bréjolière disait vrai : « Tout prêtre n'a-t-il pas de la malice à étonner les femmes !
Le repas se passa gaiement; malgré ses prétendues souffrances, le marquis fit les honneurs de sa table aux invités. De temps en temps le doyen regardait M. do la Bréjolière et lui faisait signe de pousser un cri, ainsi qu'il en était convenu. Les gens du pays étaient étonnés que malgré son grand âge et ses vives douleurs, le marquis pût conserver un tel empire sur lui.
Pour Mme delà Bréjolière, elle enchantait tousses hôtes : plus d'une jeune femme envia l'aimable marquise, qui conservait une gaieté inaltérable, sur laquelle avaient passé sans l'éteindre soixante-six ans.
— A'ous avez dû vous marier bien jeune, madame la marquise? disaient les hôtes émerveillés.
— J'avais seize ans [et M. de La Brijolière dix-neuf. Dans huit jours, dit la marquise, avec un léger sourire, il y aura cinquante ans que nous sommes mariés.
— Vraiment 1 s'écria M. de La Bréjolière. [Je no m'en serais pas douté. Ces cinquante ans ont passé comme un éclair.
— Cinquante ans! reprenait le doyen, c'est admirable.
Et tout à coup, comme par une inspiration soudaine, il s'écria :
— Mais il faut fêter la cinquantaine!
Un cri joyeux s'échappa de toutes les bouches.
— Quelle fête pour le village I disait le maire.
Madame de La Bréjolière souriaiten regardant le marquis.
— On en parlerait à dix lieues à la ronde, dit le percepteur.
— Monseigneur l'évèque lui-même, répéta le doyen, viendrait officier, j'en suis certain.
M. de La Bréjolière poussa un cri.
— C'est impossible avec, cotte maudite goutte, dit-il.
— Les accès sont de si courte durée, ajouta malicieusement la marquise.
— Avec ces temps humides ! reprit M. de La Bréjolière.
— Vous voyez que je ne crains pas pour mon rhumatisme, s'écriait la marquise.
— Monsieur le marquis, disait le maire, faites-moi espérer que vous passerez encore une fois devant mon écharpe.
Mme de La Bréjolière frappait dans ses mains comme une enfant joyeuse.
— Allons, Charles, dit-elle avec une expression de tendresse qui résonna jusqu'au fond du cœur de tous les assistants, accordez-moi cotte grâce. . Je me ferai belle...
Le doyen rayonnait intérieurement. Dès l'arrivée des châtelains dans le pays, il avait rêvé celte solennité sans en faire part à per-
11 juin 1864.
sonne, et les refus du marquis d'assister aux offices n'avaient fait qu'aviver co désir.
Cette fois il semblait près de triompher. Les notables du village so joignaient à lui, la marquise plaidait sa cause.
On était à la fin du repas, où le vin, les liqueurs, les gais propos avaient mis chacun en belle humeur, à laquelle M. de La Bréjolièro ne pouvait so soustraire.
— Soit, dit-il.
— Enfin! s'écria la marquise avec un sourire qui laissait voiries plus belles dents du monde.
— Dans huit jours la cérémonie, dit le doyen qui prit date, craignant que cotte bonne aubaine ne lui échappât.
Le curé de Blanzy avait manqué sa vocation : il eût été un meilleur organisateur de fêtes. D'abord, le dimanche suivant, il commença sa publicité en chaire, annonçant l'heureux événement dont les fidèles seraient témoins sous peu; et le lendemain il se mit en campagne sur son petit cheval qui l'aidait à faire le trajet de trois communes voisines dont il était le desservant. Ce jour-là le bidet senti^quo quelque chose d'extraordinaire agitait le cavalier qui le gouvernait, car les émotions intérieures amenaient certains bondissements du curé si calme d'habitude.
Los prés, les bois, l'air, les oiseaux furent témoins de l'enfantement du discours que préparait le brave doyen, qui n'ayant pas souvent motif à belles péroraisons, faisait force gestes pour appeler l'inspiration. Transporté d'aise, le curé, pour la première fois , talonna son bidet, qui n'allait pas assez vite pour annoncer la nouvelle aux prêtres des cures voisines. Un pou de vanité terrestre so mêle aux pratiques religieuses les plus réelles. On ne ramène pas fréquemment dans le sein de l'Église des sceptiques d'un tel rang, et le combat fut si long qu'à cette heure, le doyen se regardait comme un heureux conquérant.
M. le curé d'Aubray, si fier de la Vierge-Mère qui attire de nombreux pèlerins dans sa paroisse, pourrait-il lutter avec le doyen de Blanzy? Car la conquête de La Bréjoiière avait été plus difficile que la conquête de la Vierge-Mère en Terre-Sainte.
A deux lieues de là, résidait le curé de Saint-Martin-du-Mont, qui n'avait la bouche pleine que de transepts, d'absides, de travées, depuis qu'un archéologue en tournée lui en avait expliqué la signification ; mais qu'était-ce que ces mots barbares en face de la victoire remportée sur doux incrédules?
Qu'étaient-cc que les reliques de l'église de Laurent-le-Pont à côté de la célébration d'une cinquantaine ?
"Vierge-Mère, absides, reliques étaient choses pieuses que les desservants des environs avaient reçues des mains de leurs prédécesseurs et qu'ils laisseraient à leurs successeurs. H n'avait fallu aucune habileté pour les conquérir; mais que de ruses, de mines et de contremines depuis l'arrivée des châtelaines avant d'avoir pu les faire souscrire à de pieuses intentions ?
A de certains moments le bidet s'arrêtait court, ne comprenant rien aux tressautements du curé qui, de la selle, se communiquaient à son échine : c'était le doyen, qui se frottant les mains intérieurement s'écriait : Je suis un bien habile homme !
Il savait qu'il exciterait la jalousie des curés du voisinage en leur annonçantla grande nouvelle; mais comme le doyen avait carte blanche pour la fèto, il était parti de Blanzy pour inviter ses confrères à la cérémonie et au festin qui s'en suivrait, sachant que nulle rancune de curé de village ne tient contre un bon dîner.
Mais tout à coup un souvenir vint arrêter le cours do la joie du doyen. N'avait-il pas annoncé dans l'effervescence de son enthou-
siasme que Mgr l'évùque viendrait bénir la cinquantaine ? Imprudence dont il so repentit aussitôt. Toute glorieuse que sous la présence d'un si haut dignitaire dans une église de campagne, les rayonnementiis de la personne de l'évêque ne devaient-ils pas éteindre la gloire du doyen? L'évoque seul attirerait les regards, et deux mots sortis de sa bouche le poseraient en orateur sublime. Quo deviendrait alors le modeste doyen ? Bejeté au second plan, il ne serait que l'humble sujet de Sa Grandeur.
Encore une fois le curé s'accommoda avec sa conscience : aucun des desservants des cures voisines n'ayant eu connaissance de son projet primitif, le doyen raya l'évêque du programme, et pour que la renommée de sa gloire s'étendit au-delà du canton, lo curé ds Blanzy résolut d'écrire l'événement à son supérieur assez tard pour qu'il n'eût pas le temps de so préparer à cette cérémonie.
Toutes ces combinaisons machiavéliques le petit cheval les portait et en subissait le contre-coup ; mais après une visite au curé de Laurent-le-Pont pendant laquelle le doyen put parler longtemps du sujet qui l'occupait, il retrouva quelque calme, et pendant le reste du voyage le bidet comprit que la quiétude d'esprit, avait fait place aux excitations précédentes de son cavalier.
Quant aux gens de Blanzy, le curé était certain des bonnes dispositions du pouvoir civil. Le maire comprenait l'utili'é de cette fête pour lo pays. Par la célébration de la cinquantaine, M. et Mme de La Bréjoiière semblaient rivés au château. Un tel événement, à leur àgo, les rattachait au village, et le maire s'entendit si bien avec le curé que le souvenir de cette fête est encore vivace dans toutes les chaumières de Blanzy.
Le matin du grand jour, les tambours des pompiers allèrent battre une aubade sous les fenêtres du marquis.
Dès la veille, les bois des environs avaient été mis au pillage, et au petit jour, le soleil se leva sur des maisons recouvertes de feuillages. Partout ce n'étaient que fleurs et verdures. Le curé avait fait joncher toutes les rues de fleurs, et un tapis odorant s'étendait entre une allée de jeunes arbres nouvellement plantés depuis l'église jusqu'au château.
Tous se prêtaient d'autant mieux à ces décorations champêtres que Mme do la Bréjolièro avait conquis le cœur do ceux qui l'approchaient. Les rudes natures de village, quoiqu'elles portent la marque de la grossièreté do vie à laquelle elles sont condamnées, ne sont point indifférentes à de certaines délicatesses : elles en subissent Jo charme sans so l'expliquer, et n'était-ce pas une chose merveilleuse que ces yeux et cette voix si jeune de la marquise, toujours désireuse de plaire?
Aussi lo doyen trouva-t-il le plus grand zèle parmi ses paroissiens qui se citaient l'affection matrimoniale si longue du marquis et de la marquise.
Combien, à propos de cette cérémonie, de femmes donnèrent à suivre à leurs maris l'exemple de M. de la Bréjoiière et combien de maris reprochèrent-ils à leurs femmes de ne pas être dotées des qualités conjugales de la marquise?
i Toutefois ces petites discussions n'empêchaient pas les gens de Blanzy de tresser des couronnes et d'élever un arc de triomphe de verdure sous lesquels devaient passer ces modèles de bonheur conjugal.
Enfin, à dix heures du matin, la cloche de l'église sonna à toute volée; les grilles du château furent ouvertes, etlo conseil municipal, entouré des pompiers, alla chercher le marquis et la marquise pour les conduire à la mairie.
Mme de La Béjolière était rayonnante : ses cheveux gris se mariaient à une ancienne dentelle merveilleuse do couleur bise, et toute sa toilette semblait brodée par des fées. A ses côtés se tenait le marquis qui, ayant pris son parti, marchait la tête haute, la jambe ferme sans traces do goutte.
Il juin 1864.
Des décharges de mousqueterie accueillirent l'arrivée des châtelains. Tous les habitants du village et ceux des hameaux voisins encombraient la plate-forme au devant de Ja grille où une armée de galopins s'entassait derrière les tambours, pendant que courant comme déjeunes chiens autour de leurs maîtres, des enfants allaient du village au château, du château au village, tenant d'une main de gros morceaux de pain et de l'autre des tranches de saucissons dont on avait fait ample distribution.
Sur les côtés, les jeunes paysannes se penchaient et se poussaient, ne pouvant se rassasier les yeux des merveilleuses dentelles de la marquise.
Lentement le corlége arriva à la maison de ville où se tenaient le maire, les adjoints décorés de leurs écharpes, et derrière eux un piquet de gendarmes, le sabre au poing, et sous le chapeau à cornes de sévères têtes de boule dogues chargés de veiller sur la tranquillité du troupeau.
Les deux époux gravirent le perron émaillé de fleurs, et entrèrent dans une salle basse décorée du buste ofifeiel, et le maire, ayant dit quelques mots sur la touchante union, qui lui permettait de complimenter deux époux encore jeunes après cinquante ans de mariage, ce fut avec respect qu'il demanda à Mme de La Bréjolière la permission de l'embrasser.
Après quoi le cortège se remit en marche, tambours en tête, gendarmes ensuite, pompiers faisant la haie, maire et adjoints à la suite des deux époux suivis des paysans qui tous passèrent sous un arc de triomphe où étaient inscrits en marguerites et en coquelicots : Vive Madame la marquise! sur une face, et sur l'autre : Vive le marquis!
On arriva à l'église où sous le portrail se tenaient revêtus de leurs belles écharpes, le doyen de Blanzy, entouré des curés de Saint- Martin-du-Mont, d'Aubray et de Laurent-le-Pont. Sur le passage des deux époux, les enfants lançaient des gerbes de fleurs.
La messe commença et le doyen admira la piété du marquis et de la marquise agenouillés aux pieds de l'autel, et il se disait combien M. de La Bréjolière rehausserait la petite église, s'il daignait prendre place dans l'avenir au banc des marguilliers.
Pour la marquise, quand par hasard ses yeux se rencontraient avec ceux de l'officiant, elle avait un rayonnement ironique qui eui étonné tout autre que le curé de Blanzy ; mais il le remarquait à peine, étant arrivé au terme de ses désirs.
La cérémonie se réalisait plus belle qu'il ne l'avait rêvée.
A cette heure, le doyen se préoccupait du sermon qui roulait en lui. Il fallait se montrer â la hauteur des circonstances, se révéler orateur, faire jaillir des trésors d'éloquence.
Enfin, le curé monta en chaire, ayant en face de lui les deux époux, assis sur des fauteuils, écartés de l'assistance.
S'ôtant recueilli, le doyen fit ses prières d'usage, et aborda le thème du mariage en donnant â ses administrés le marquis et la marquise comme les types de la plus parfaite union.
Un instant le souvenir de Philémon et de Baucis vint à la pensée du prédicateur ; mais il la chassa vivement, car n'eùt-ce pas été une injure que de comparer les deux nobles époux à ce couple vertueux, mais antique, qu'on a coutume de se représenter le chef branlant, le dos voûté, le corps appuyé sur des bâtons de houx?
Mieux inspiré, le doyen parla do l'éternelle jeunese de la marquise, qui avait trouvé dans l'accomplissement de ses devoirs une eau de Jouvence, et, quoiqu'il ne fût pas souverainement cloquent, l'honnête curé de Blanzy trouva, dans la réelle affection qu'il portait aux châtelains, une jolie image à propos des yeux et de la voix de la marquise qui sans cesse se rajeunissaient aux sources de la tendresse conjugale.
Une paraphrase faisait pourtant défaut au doyen, les enfants. Quel thème fécond en variations attendrissaantes pour un prédicateur ! Mais le marquis n'avait pas d'enfants, et le curé de Blanzy, quoique l'arrivée des châtelains dans le pays l'eut habitué à plus d'un abus de conscience, dut renoncer, non sans regrets, à un cortège d'enfants et de petits enfants, qu'il eut été si commode d'évoquer pour la circonstance. Un moment le dayen lit ses efforts pour arriver à ce chapitre, mais le regard malicieux de la marquise l'arrêta aussitôt.
Cependant, pour terminer, le curé trouva un mot qui eût fait sa fortune à la cour :
« Nous célébrons aujourd'hui la cinquantaine, s'écria-t-il ; j'espère, mes sœurs et mes frères, que Dieu nous permettra de célébrer la centaine. »
Sur cette conclusion, l'église retentit du chant des enfants, qui, sous la direction du maître d'école, entonnèrent un cantique composé par le maître d'école en l'honneur des deux époux.
De nouvelles déch irges éclatèrent à la sortie de l'église, et le marquis et la marquise furent reconduits en grande pompe au château, où cet heureux jour fut couronné par un festin, un admirable feu d'artifice et des danses sur la pelouse.
Le lendemain, le doyen vint savoir dos nouvelles de Mme de La Bréjolière, qui le remercia de son zèleetavec une légère pointe d'ironie, le complimenta sur son discours.
« Je n'osais trop vous regarder du haut de ma chaire, madame la marquise; quelquefois vous coupiez court à mon éloquence par un sourire singulier.
— Et vous seriez curieux d'en connaître la cause ?
— Oh 1 curieux ! s'écria le doyen.
— Oui, monsieur le curé de Blanzy n'est pas sans quelque curiosité ; mais comme je l'aime, qu'il s'est montré un ami dévoué, je ne veux pas avoir de secrets pour lui. Vous aviez réuni hier des prêtres, des maires, des conseillers municipaux, des gendarmes, des pompiers, vous aviez mis trois villages en mouvement pour vous donner le plaisir de célébrer une cinquantaine. . .
— lit cette cérémonie, dit le doyen, est le meilleur exemple à donner à la jeunesse.
— Tant mieux, dit madame de La Bréjolière; mais le marquis et moi avons un peu triché à propos de cette cinquantaine. . . »
Le curé roulait de gros yeux, et madame de La Bréjolière avec un franc rire :
— Ne dites à personne que nous avons été quarante neuf ans séparés . »
Cha.mfleuhy
11 juin 1864.
LES COULISSES
AU FOYER On fait son ballon.
On jouait je ne sais plus quelle
Revue au théâtre de Mon
ami Paul m'avait fait entrer au foyer des artistes. Un long couloir, un papier rayé, dos banquettes dures, couvertes de toile peinte, une glace au mur, et une affiche des répétitions et des amendes, tel était le temple! Un vrai bureau d'omnibus.
Un immense hanneton se présenta le premier, et alla devant la glace faire jouer ses ailes. Un grand diable noir le suivit, puis deux ou trois comparses fort malpropres ; tout cela se mit à dauber à qui mieux mieux, sur le principal acteur de la pièce... jusqu'à son entrée, toutefois, car alors ils se levèrent et saluèrent respectueusement.
11 pria l'un d'eux de le souffler.
Je pensais qu'il s'agissait de son rôle, mais c'était bien de sa personne qu'il parlait. — Le choriste prit dans ses lèvres son tube et se mit à emplir d'air la peau qui enveloppait l'acteur ; cinq minutes après, de maig>e qu'il était, il craquait dans son ventre ! Il se plaça deux joues postiches, mit du rouge sur tout son visage; Don Quichotte était passé subitement à l'état de Sancho!
Ift.
Souillez-moi !
Une demoiselle entre, fort court vêtue, tant du haut que du bas; pour ne pas fripper ses jupons, elle les releva gentiment et se mit à cheval sur l'un des bancs.
— Oh! Juliette! que vous avez de beaux mollets ce soir! » Le cri fut général.
« Ne m'en parlez pas ! Ce stupide costumier m'a mis tout le corset de Pauline dans mon tricot, comme c'est gracieux. — Crétin de directeur, va ! Tiens ! voilà Pinchinette ! »
Paul s'élança.
— Belle madame, peut-on embrasser le bout de vos ongles roses ?
— Bonjour, petit. — Vous répétez donc?
— Un lever de rideau indigne de votre talent. — Qu'avez-vous fait tantôt?
— J'ai pris ma leçon.
— De chant1'
— Non, de tambour. Je bats la retraite. — A propos, avez-vous lu le Serpent, et ce qu'il dit de Pinchinette.
— De Maigriotte ?
— Oui ; il dit que c'est une rose... mais une rose qui a perdu toutes ses feuilles ! C'est gentil, cela la fera engraisser ! — Savez-vous la nouvelle pour Évelina? — Non! — Elle a perdu son banquier. — Oh! mon cher, une mine superbe! — Il lui prête son coupé un jour que madame la banquière était à la campagne ; elle fait la belle, là-
Elle relève gentiment, son jupon pour ne pas le fripor, et se met à cheval sur une chaise.
dedans, toute une journée. — Le lendemain, la banquière réintègre son coupé, devinez ce qu'elle trouve dans une des poches ?
— Un billet de banque ?
— Un hareng-saur ! Hein ! vous qui aimez les dénoûments imprévus !
— Etes-vous assez méchante?
— Moi ! Du tout, c'est de l'histoire. — Oh ! Malpicœ ! c'est moi qui me sauve un peu.
— Un amoureux?
— Un collaborateur sur le pavé! Adieu!
— Pardon, monsieur, c'est
M. Paul, je crois, que j'ai l'honneur do saluer.
— Il fait si sombre ici.
— Eh bien, cher confrère, vous avec donc du nou-
veau ici? — Moi! j'ai lecture à l'Opéra pour un ballet.
— Mes compliments, M. ..
— Oh ! figurez-vous, que je suis d'un ravi! Je viens de faire une trouvaille!
Une idée! Mais une idée!
Mesdames, on commence!
M. Conrad-Taillade ayant été trompe par Mlle Marie-Karoly, lui propose, à titre de promenade amoureuse, de visiter les catacombes de Rome. H l'y laisse -eu société d'une chandelle des six. Le traître a coupé la ficelle conductrice. — Effet scénique. — Les auteurs ont cependant jugé prudent d'arrêter leur héros sur cette voir fàciieus» car s'il eut coupé toutes les Ocelles de la pièce, il n'y fut rien resté do cette œuvre dite romantique.
Ce qu'on remarque de plus saillant dans ce drame, ce sont les mollets du premier danseur.
TÈTE A TÈTE DE Mlle KATtOLY ET DE SA CHANDELLE QUI VA MOURIR
— Et pas d'épicier d'ouvert!