‹ La Vie parisienneChapitre 285 sur 662 · OPINION DE DEUX GANDINS DU PARADIS · texte numérisé non relu

OPINION DE DEUX GANDINS DU PARADIS

— Ah bien, zut! vrai là, c'est pas bien rigolo !

^ — C'est un PontaJec.

il juin 1864.

— Une mine d'or! Tenez, cher confrère, que dites-vous de cela?

— Cela ! C'est une crevette !

— Hein! Qu'en dites-vous! Est -ce un sujet cela!

— Plaît-il?

— Les Pécheurs de crevettes ! Voilà un titre ! Voyez-vous d'ici les épaules nues, les jupes relovées, la danse aux flambeaux. —Qu'on diles-vous?

— M Oh ! pardon, mais voici le directeur,

et j'ai un mot à lui dire.

LE directeur (reconduisant une petite actrice). — C'est dit, mon enfant, je vous engage pour un an, 100 francs par mois, vous vous habillerez, mais vous me direz des nouvelles de mon orchestre avant qu'il soit un an. — Tous boursiers ! venez m'embrasser. — Tenez, voici Paul, un de nos autours, demandez-lui un rôle et embrassez-lo.

— Mais, certes, mademoiselle, avec grand plaisir, (h l'embrasse). Non loin de là, une discussion :

le régisseur. — Vous entrez.

— Oh! mais non !

— D'abord vous aurez cinq francs d'amende et puis vous entrez.

— Non ! non 1 Ah ! vous croyez que je laisserai donner ma robe bleue à Pauline pour en mettre une rose toute passée.

— Qu'est-ce que vous dites de Pauline, mademoiselle? Croyez-vous que j'aie besoin do vos nippes? — Mais j'ai des amants qui m'habillent, moi, mademoiselle.

— Vraiment! J'aurais cru le contraire.

— Plaît-il?... insolente! Son costume!

Mais j'y danserais dans votre robe.

— Tu es assez maigre pour ça.

— Tout lomonden'estpaslaporteSt-Denis.

Le directeur veut mettre le holà! Mlle- Pauline saute à la figure de son ennemie et lui griffe la joue. Trouvement mal, brouhaha général. En ce moment entre le critique !

— Eh bien, qu'est-ce? on se bat ici?... Et des dames encore ! Est-ce je serais la cause involontaire?...

— Gomme tu nousfais mal!

— Moi, j'ai des amants qui m'habillent !

— Je croyais lo contraire..-.

— Pinchinette !

— Eh bien! quoi? Vous voyez bien que je n'ai pas peur de vous. Je suis votre abonnée, moi!

— Toujours méchante... Tiens, voilà notre Photo. L'ami Photo ! m'apportez-vous mes cartes, mon petit Photo ?

— Et à moi ! Et à moi ! — Un petit monsieur qui venait d'entrer est immédiatement envahi. — Il fouille dans la poche droite de son paletot, en tire un petit paquet pour Pinchinette; de la poche gauchi!, il en tire un autre pour le premier sujet, puis d'autres pour celui-ci, pour celle-ci; on dirait Robert Boudin et sa bouteille inépuisable !

— Vous savez, mesdames, que je vous attends demain dans le costume do la nouvelle pièce.

— Ah ! bah ! Et vous nous apportez six cartes ? Vous êtes un^pinro mon bon. J'irai chez Nadar.

— Dans la lune ?

le directeur. — Ah! dites-donc, régisseur!

— Monsieur.

— Vous savez qu'on entend le cri d'un âne à la scène 3?

— Oui, monsieur.

— Qu'est-ce qui braira... vous?

— Moi, monsieur? — Je no sais pas faire l'ànc.

— Comment, vous ne savez pas faire l'àne? Oui m'a donné un régisseur comme ca? Vous ferez l'âne, entendez -vous, monsieur, ou vousne pouvez pas être régisseur.

— Mon Dieu, monsieur, je ferai de mon mieux.

— Étudiez, parbleu ! vous avez trois scènes. En scène ! On commence !

Chaque femme passe devant la glace,

donne un dernier coup d'oeil au costume, fait son ballon, replace son mollet; celle-ci allonge un œil avec un petit pinceau, celle-là marque un signe avec un crayon de. nitrate, l'une se fait nn sourire, l'autre essaie un rond do jambe.

Chacun vole à son poste, le foyer es t désert. Les trois coups. auguste m.

Page 1