LES NOUVELLES MACHINES A COUDRE DE GIGAROFF
Le Propriétaire-gérant, MARCELIN.
Paris. — Imp. KUGELMANN, 13, rue Grange-Batelière.
25 juin 1864.
Notes de Mademoiselle. — « Aujourd'hui , après une visite chez « Mme de G., maman, en ôtant son chapeau, m'a dit: « Cécile, comii ment trouves-tu ce jeune homme en pantalon noisette, qui parlait « musique tout à l'heure avec tant de feu?
» — Mais, maman, je trouve qu'il a a un nez assez long; je n'ai pas h fait grande aitention au reste. •
» — C'est que... il est à marier, ce jeune homme, a ajouté ma n mère avec un petit sourire, et elle a lissé ses bandeaux sans me re- » garder.
» Je me suis sauvée en éclatant dcrire, et j'ai couru jusqu'au jar- » din. Je sentais le rouge qui me montait aux joues, et je riais mal- » gré moi, car lorsque j'ai voulu ne plus rire, je n'ai pas pu m'en » empêcher. Je me sentais toute tremblante, absolument comme ce » jour où j'ai voulu tenir le cordon de la machine électrique. Il y a » de ces bonheurs qui sont comme des coups de bâton. On devrait » vous les administrer par morceaux. Mon cœur battait à tout romii pre. Je l'entendais; et je marchais vite autour de la pelouse. J'aii vais trop chaud, et de temps en temps je sautais malgré moi. .le » me contenais cependant à cause de ma chienne Blanchette, qui n m'avait suivie. Elle est si fùtée qu'elle comprit bientôt ce dont » il s'agissait; elle se mit à gambader en aboyant; il me sem- » blait qu'elle aboyait le mot madame. Ce que c'est que l'imagi n nation! Je l'ai embrassée de bon cœur. Oh! si je me marie, » je la garde avec moi; le pantalon noisette dira ce qu'il vouii dra... Que je suis folle! Je l'ai à peine vu ce monsieur! Je ne n m'en séparerais pas certainement de ma pauvre Blanchette ; elle » aurait un fauteuil àellcdans mon salon... bleu... où on me rendra n les visites de noce que j'aurai faites dans le cachemire... dans l'un n des cachemires qui feront partiede la corbeille .. Comme tout cela n s'enchaîne! est-ce adorable! Et qu'est-ce qui rira jaune? Ça sera
» ma petit) Louise et puis ma petite Anna, et puis encore ma petite » Marie... Turlututu, chapeau pointu! Et je laisserai traîner le petit n bout par terre, avec la marque en dehors, et un tout petit morceau » pointu en haut, grand comme rien. Ah ! mais, si l'on s'imagine que » je ne sais pas mettre un cachemire! n'est-ce pas, ma petite Blanchette, ■s que petite maîtresse sera belle, belle, belle? "Viens que je t'embrasse, « et puis que je t'apprenne un tas de choses qu'il faut que tu saches » pour quand tu te marieras. Vois-tu, ma chérie, on vous met aux » oreilles de jolis petits morceaux do bouchon de carafe, qui coûtent » 15,000 fr. pièce. Ah! ça te fait rire cela? Elle est coquette, cette, « petite chienne ! Et puis on vous fait une jolie robe blanche qui n traîne, en moire antique brochée, avec la jupe taillée en biais, » vois-tu, bichette, comme cela, ça fait queue, avec le voile par des- « sus; et puis on s'avance; les suisses font : toc, toc, et tout le monde « vous regarde. On chuchotte, et les têtes s'inclinent : » — Charmante, n'est-ce pas?
» — Ravissante. — Ce blanc lui va... un peu pâle... l'émotion...
» une candeur !. .. Charmante jeune femme !
» Et l'on entend tout cela en passant; ce sont comme autant de » bouquets embaumés qui vous tombent aux pieds. Le. grand orgue ii fait : patatra ! Toutes les splendeurs du ciel, une pluie d'or, un n concert d'anges, l'autel resplendit; des fleurs,. des toilettes, des bi- « joux, des lumières et le bon Dieu au fond... On se sent devenir » folle, et il me semble que je monte au ciel rien qu'en y pensant.
» Et dire q.ue tout cela, c'est ce pantalon noisette... Si j'avais pu « me douter, je l'aurais regardé. Oh ! il faudra le revoir avant de me » décider. Ça ne fait rien, ça serait contrariant s'il ne me plaisait « pas, ce jeune homme. Un piano à queue, moi qui l'oubliais 1 et ii un grard, c'est à prendre ou à laisser.
« Le soir, au dîner, impossible d'avaler une Louehée de pain. « — Mais tu ne manges pas, Cécile?
« - Mais si, papa, je t'assure, c'est parce que... c'est le... c'est la 1 température... Le fait est que je ne savais pas pourquoi je n'avais
• Pas faim... Et mon pauvre papa s'est mis à rire, mais si tristement! » Après tout, si ça doit lui faire de la peine, à mon pauvre petit père » chéri, je ne me marie pas. Je crois d'ailleurs que je n'en ai plus » guère envie. »
Notes de Monsieur — « C'est une chose très singulière, cette manie » qu'ont les femmes deciquante ans do faire des mariages. Le moyen s de répondre : allez vous provwner à une femme, pas méchante, du » reste, qui vous dit : « Mais enfin, mais je vous en prie, voyez-la, » ça ne vous engage à rien ; — une dot superbe, des yeux grands » comme cela, une chevelure magnifique, un cœur d'or, un esprit » d'une finesse... Un beau-père!... on en mangerait! Une bclle- » maman... à monter en épingle pour les jours de fête, un vrai tré- » sor! — C'est fait pour vous.
« — Mais enfin, chère madame, je dois vous, dire que je n'ai nullc-
* nient envie de me marier, mais nullement.
« — Mon cher ami, vous avez trente ans, et je peux vous dire, » entre nous, qu'on aperçoit au-dessus de votre oreille trois fils d'ar- >> gent. Vous n'échapperez pas à la .loi commune, mon cher, — on » m'a déjà dit cela pour la garde nationale et les maux d'estomac, — » mariez-vous de bon gré, pendant que vous avez encore... quelque » fraîcheur.
« — Vous me comblez, chère madame.
« — Mais du tout, vous n'êtes point repoussant, parbleu! vous le » savez bien, mariez-vous avant de porter perruque, croyez-moi. D'ail- » leurs venez me voir demain, cela no sera que poli puisque vous me « devez une visite de digestion ... peut être même bien deux. Venez, » je vous donnerai ma main à baiser"; — Vous comprenez que si vous » négligez de venir me baiser la main, je n'ai plus qu'à rompre avec » vous. — C'est dit?
« — C'est dit, à coup sûr. Vous auriez des abonnés avec de pareilles » primes, — c'était gracieux cette petite phrase-là? Je me suis in- » cliné, j'ai embrassé la mainde Mme deC. et j'ai dità demain. « — Oui, à demain, vous verrez mon petit trésor. « — Je ferai ce que vous voulez, chère madame; mais je ne me » marie pas aussi sérieusement que cela dans ce moment-ci. »
u Je suis parti et j'ai allumé un cigare en répétant : Esl-ee singu- » lier cette manière de marier les gens malgré eux?
« Eh bien, c'est absurde à dire : j'ai fait des frais de toilette le len- » demain pour aller chez Mme de C. On m'avait apporté le matin » mémo un pantalon noisette, j'ai songé à mettre ce pantalon noi- » sette, et en montant l'escalier, j'avais un empressement inaccou- » tumé; j'étais soucieux de l'effet que je produirais et j'enrageais en •> même temps de me sentir si niaisement enfant. A-t-on idée do » cela ?
« En somme, le petit trésor n'est pas mal du tout. On a parlé musique. J'ai été charmant, et je voyais sourire Mme de C. dans son »> coin. Entre nous, je trouvais amusant déjouer le rôle d'un jeune » homme à marier. — C'était la première fois que cela m'arrivait. La » belle-maman, qui a un port superbe, m'a beaucoup examiné; je .. ne serais pas étonné que ces dames aient causé de tout cela entre » elles. C'est trop drôle; moi, lo célibatairepar principe, moi, l'homme » le plus ennemi du mariage qu'il y ait au monde !
« Impossible d'attirer l'attention du petit trésor. C'était irritant. » J'ai eu deux ou trois mots adorables; tout le monde a ri excepté » elle. Singulière petite fille! Un moineau philosophe. Je comprends » qu'on prenne du plaisir à étudier ces petits cerveaux-là.
Notes de Mademoiselle. — « 11 est incontestable qu'il a de la dis- » tinction ; il n'a plus remis son pantalon noisette. — Sa voix est bien
25 juin ISC'j.
» timbrée; d'abord je n'aurais jamais épousé quelqu'un qui aurait * Pal''(- uu llcz! 11 ne m'a pas encore fait l'ombre d'un petit compli- >< ment ; j'ai cru même m'apercevoir à deux ou trois petites ques- » tions qu'il m'a faites à dîner l'autre soir chez Madame de C..., qu'il » se moquait un peu de moi. — Singulière façon de plaire aux gens! » 11 me croit plus sotte que je ne suis, ce monsieur!... Eh bien! au » fond, — personne no m'écoute, je peux bien le dire, — au fond, » cela ne me déplaît pas. Rien ne m'est désagréable comme ces con- » fiseurs déguisés qui vous lancent perpétuellement à la tète des pro- » duits de leur boutique. Vous êtes belle par-ci, — vous êtes belle « par-là ... Si on ne savait pas au juste ce que l'on vaut, ce serait. » vraiment fâcheux. Lui, c'est tout différent. Quand il cause, on ne » sait pas s'il parle sérieusement ou s'il raille. Je lui crois beaucoup » d'esprit.
» — Et quel genre de musique préférez-vous, mademoiselle?
« — Je ne sais pas encore, lui ai-je répondu do l'air le plus naturel » du monde ; jusqu'à présent je n'ai de goût bien prononcé que pour » la musique militaire. Oh! quand les régiments passent, je me cram- » ponno au balcon!
» Il a beaucoup ri, comme un homme qui ne peut pas faire au- » trement, et il est resté long!emps ensuite sans me rien dire.
» Maman me dit souvent :
» — Cécile, comment le trouves-tu?
» — Mais, maman, je ne ne sais pas, moi; il me parait bien; ce » monsieur. Au fond, je le trouve très bien, sérieusement, très bien, » parce que je me doute qu'il cache ses qualités. J'ai idée qu'il joue » a:ec moi un rôle de railleur. Il raille trop pour être railleur.
» Est-ce singulier! Cet être qui entre dans notre vie comme par » une fenêtre ouverte, à l'improviste, sans sonner, sans prévenir, » qui s'installe chez vous; car enfin j'y pense beaucoup, à ce mon- » sieur! »
Oui, chère enfant, vous y pensez, et plus que vous ne vous l'avouez à vous-même. Cet inconnu d'hier a pris peu à peu une importance extrême. Il est entré, dans votre esprit caché sous les dentelles, les cachemires et les bijoux. A la faveur du premier éblouissement que vous causait l'idée de devenir dame, il s'est faufilé, et le voilà maintenant qu'il relève la tête et vous dit tout haut :
— Mais, chère petite, c'est moi qui suis l'avenir: c'est moi qui ai dans ma main la petite clef qui ouvre la porto d'or; c'est moi qui briserai le barreau de la cage, moi qui dénouerai le ruban rose qui vous retient par la patte, pauvre petit oiseau; c'est sur mon bras qu'il faut s'appuyer pour arriver jusqu'au bonheur. Corbeilles, parures, indépendance, plaisirs de toutes sortes, — salon, visite, liberté d'allures, délicates jouissances de coquetterie et de vanité. Avenir délicieux, bonheur maternel, rien de tout cola n'est pas possible sans moi; et pour la première fois vous avez pensé que sous le mot mariage était caché le mot mari. Vous êtes devenue plus rêveuse après avoir fait cette découverte, et vous songiez le soir, devant votre glace, en roulant vos cheveux sous votre petit bonnet : Le mari a vraiment, dans le mariage, plus d'importance que je ne pensais. Je ne serais même pas fort étonnée qu'il fût le principal. — Le principal, c'est beaucoup dire, chère enfant. Mais enfin, le mari joue un rôle important dans cette affaire-là.
Notes de. Monsieur. — « Je trouve positivement que Madame deC... » en agit un peu trop sans façon avec moi. — Elle m'invite à dîner » et, sans me prévenir, me met à côté de son petit trésor. Tout cela » doit l'amuser beaucoup; mais on va croire, ma parole d'honneur! » que le mariage me trotte parla tète, et c'est tout à fait contrariant, » tout à fait. Il peut même se rencontrer une ou deux personnes qui » trouvent ma conduite indélicate. Quand on veut se marier, on pré- » vient. Mais, sac à papier! je ne veux pas me marier. C'est entendu, » je ne veux pas me marier.
LA YÏE PARISIENNE
25 juin 1864.
)> Cette idée bien arrêtée me permet d'étudier le petit trésor de » Madame de C... avec toute liberté d'esprit. — Singulier produit de » notre civilisation ! Est-ce une colombe ou un pompier? Charmante, » du reste, avec ses petits airs mécontents et son grand œil qui vous » regarde en face. D'où lui vient cet aplomb excessif? Est-ce le désir n d'apprendre ou la sécurité de la femme? Qui sait? Que penser de » ces accès de naïvetés, si excessifs, qu'on est tenté de ne les pas » prendre au sérieux? Que penser de ces grands éclats de rire qui » coupent la conversation et dont le sens vous échappe? Elle a une « intelligence qui vous fait trembler. — Comment allier tant de « finesse à tant de niaiserie, tant d'adresse et tant de gaucherie? » Dieu! si j'étais, en effet, à marier!... C'est horrible à penser. «
Je suis désolé de vous interrompre, cher monsieur ; mais permettez-moi de vous dire que vous me paraissez être un homme perdu pour le célibat. Vous vous aventurez un peu bien avant, ce me semble, dans un pays gardé et où la sécurité des familles exige qu'il y ait beaucoup de pièges à loup. Je crains que le désir de faire de la botanique ne vous entraîne trop loin, si loin, que vous ne sachiez plus votre route, et que votre esprit, s'exaltant davantage à chaque Heur nouvelle, votre ardente curiosité augmentant aussi à chaque merveille entrevue, je crains, dis-je, qu'accablé de fatigue et sous le charme d'une grande exaltation morale, vous ne vous jetiez un beau matin sur l'herbe en appelant un notaire. Oui, monsieur, un notaire, auquel vous direz d'une voix suppliante :
— Notaire, faites que je reste dans ce pays délicieux ; j'y veux vivre, je veux le connaître. J'y devine des trésors sous chaque buisson, des délices iniinis dans chaque fleur. — Je veux boire la rosée de ces herbes, m'étaler à mon aise sur ces gazons touffus et rêver a loisir à l'ombre de ce bosquet.
Le notaire, qui n'est pas méchant homme, vous donnera un permis de circluation pour la vie; on enlèvera les pièges à loup, vous commencerez vos promenades, et au bout de quelque temps vous vous direz en vous frappant le front :
— C'est singulier, ce pays n'est pas du tout ce que je pensais. Mais n'anticipons pas sur les événements. — Nous Y0,us laissons la
parole.
Notes de Monsieur. « Je sens que je fais fausse route ou, pour » mieux dire, j'erre comme un niais et je me casse Je nez à toutes les » barrières. La chère petite est une énigme, — énigme adorable. « Je n'y veux plus penser, et j'y reviens sans cesse. — J'ai voulu » me servir de mon expérience, — le fruit de mes études. — Cola ne » m'a servi à rien, — absolument comme si j'avais voulu étudier la « lune avec une lorgnette de spectacle. Je raisonne, je suis logique, je i. conclus, je déduis... Enfin je suis absurde. Ajoutez à cela que je » sens ma fmésse intellectuelle s'émousser, le verre de ma loupe se u ternir, et qu'à chaque épreuve nouvelle que je tente pour mieux » connaître l'esprit et le cœur de cette enfant, l'un de ses charmes » physique me saute aux yeux et détourne mon attention. Hier, je > cherchais à voir clair dans ses goûts littéraires, et j'ai aperçu sur » son cou un duvet si fin, des petits cheveux follets bouclant si gra- » cieusement, qu'il m'a fallu remettre ma loupe dans ma poche. Je
* me sens sous le charme... Je n'aurais pas voulu écrire cemot-là; il » m'a échappé. Le fait est que le soleil me gagne, et je crains un coup » de sang. Mon chapeau s'est envolé je ne sais comment. Sac à pa- » pier! sac à papier! je suis un célibataire bien à plaindre! Mail dame do C... me rit au nez.
» — Eh bien! avez-vous fait la demande? Il est temps, vous savez?
• Pauvre garçon! Mon cher, vous êtes dans un pot de miel : plus » vous, vous débattrez, et plus vous enfoncerez. Ah! ah! ah!
» Et elle rit, et je suis furieux, et elle a raison. Et ce qu'il y a » d'horriblement cruel, c'est que plus je fais d'efforts pour me ren-
» (Ire compte de ma position déplorable, et moins je comprends ce
» qui m'arrive. »
Notes de Mademoiselle. — « Il m'a regardé hier avec des yeux si
» étranges que j'ai frissonné. Ce n'est pas que son regard fut mé-
» chant, non; mais il m'a semblé que son cœur me regardait, et
» d'une façon si touchante, que ma main tremblait en brodant.
» Oh! il s'en est bien aperçu; car il voit tout. Je n'ai point levé les
» yeux; mais je me sentais sous son regard, et je suis allée vite
» servir le thé. Quand je suis venue lui offrir une tasse, il jouait avec
» mes ciseaux et regardait fixement la flamme de la lampe en mor-
» dant sa moustache. Est-ce drôle! mon premier mouvement a été
» de lui dire :
» — A'ous allez l'abîmer, cette moustache; moi qui l'aime tant!
» A quoi pensait-il? Il avait l'air sérieux et m'a répondu à peine,
o Qu'ai-je fait? J'ai senti què je tremblais encore. Et ma mère, qui
» voit tout cela du coin de l'œil, no m'aide pas un peu. Ma pauvre
» maman! Je suis folle, que pourrait-elle y faire? Oserai-je lui dire
ii maintenant tout ce qui se passe en moi? Quand on veut être guérie,
» il faut dire au médecin ce que l'on éprouve, et je ne le sais pas, ce
» que j'éprouve. — Dirai-jo qu'il me passe dans l'esprit des idées sans
n nom, que je no saurais expliquer, mais qui me brûlent comme un
» fer chaud? Dirai-je que je me sens isolée, sans force et comme
u attirée vers un inconnu qui m'effraie et me charme? Et dirai-jo
» que la nuit, je tremble comme une feuille et souffle ma bougie pour
ii m'empècher do rougir? Où vais-jo? Cette main qu'il me tend, je la
» crois bonne, généreuse, loyale; mais enfin, où vais-je? — Je suis
» une enfant, j'ignore tout do la vie ; un coup de baguette va faire
n de moi une femme. J'ai pour de me briser sous ce coup,
» que je redoute comme le tonnerre et que je désire comme le
» bonheur. . . »
,«Hiary ./D'il) IWIU Jlll JIU JIJJ JJIM^. . .liuua.lçiu au on»" «Il
Aotes de Monsieur. — « Oui, oui, cent fois oui! je manque à ma » parole; je renie mon passé, je foule aux pieds mes principes, je me n marie demain; oui, monsieur, domain, et je voudrais que ce fût u aujourd'hui. En finir avant tout, en finir, mon Dieu ! Je flambe, ■• Seigneur, je flambe ! Un notaire, avant que je sois en cendres! Je « suis irrité par cette longue attente, irrité par tous ces désirs que n je renferme dans la cage et qui mordent les barreaux. Je suis in- « quiet, j'ai la fièvre, je sens que je joue ma tète et que le dé est en » l'air. Mais je l'aime, et do tout mon cœur. Je la désire et du cœur » et de l'esprit. J'en ai soif comme d'un breuvage étrange, peut-être n sucré, peut-être amer, qu'on a devant les yeux depuis cinq mois » et qu'on n'a pas goûté.
» Demain lo beau-père s'évanouit, la belle-mère se vaporise, et ii mon petit trésor me reste seul. Jo l'enlève, après la messe, en che- » min de, fer; ça va plus vite. Et alors je lui ouvre mon cœur tout » grand, je l'étalé sur ses genoux, et je lui dis :
» — Voilà, cher amour, voilà ta petite fortune. Montre-moi mon » trésor. . . Je ne rêve pas? — Non, voilà mon habit noir et ma cra- » vate blanche. — Adieu, célibat 1 bonsoir, mon ami ! — Il ne me » répondrait pas, il est furieux. J'ai la tète en feu. — Ma femme ! »
Noies de Mademoiselle. — « Pas même six mois, et l'éclat de rire » s'est changé en larmes. Papa et maman pleurent en m'embrassant » et répètent tout bas :
n — Allons, c'est demain.
» Et je pleure avec eux. Tout mon pauvre passé se dresse devant » moi. 11 me semble que les mille liens qui m'unissaient à lui se sont » brisés d'eux-mêmes et réunis ensemble pour m'entraîner vers celui » que j'aime, car je l'aime! Oh! je le sens, je l'aime, et je me donne » à lui. Qu'il fasse de moi ce qu'il voudra. Il me semble parfois que » je m'élance du haut d'un clocher. Si au moins j'avais ma main » dans la sienne; si je le sentais près do moi. Mais non! encore cette
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Mon chapeau ! mon chapeau!
Soyez tranquille, belle dame, je lo sauverai au péril de mes IjoLIcs !
— Après tout, pourquoi ne risquerait-on pas sa plume de cûlélout comme une autre.
— Oli ! ma chère, "voilà encore ces deux jeunes gens qui vont u'jnisser de noire côté.
25 juin 1864.
» longue nuit! — Assez, mon Dieu, de cette fièvre irritante ! assez » de cette attente de torture ! — Adieu, ma petite chambrette chérie; » bonsoir, mignonne. — Elle ne me répond pas, la boudeuse! — » Peut-être bien qu'elle pleure aussi. » J'ai la tète en feu! — Mon mahî! »
Enfin, le voilà venu, ce moment si ardemment désiré. — Vous êtes l'un à l'autre et seuls dans le coupé d'un wagon. Ce moment d'effusion, de tendresse où vos deux cœurs vont s'élancer l'un vers l'autre.
La cloche sonne, le sifflet se fait entendre, et le convoi s'ébranle, et les plaques de fonte qu'il soulève en passant font un vacarme effrayant.
C'est la vie conjugale qui commence. Chers amis, réjouissez-vous; vous en avez pour longtemps.
Monsieur ôte son gant, le remet, baisse le store, le relève, tousse discrètement, sourit, puis met son chapeau dans le filet, tout cela d'un air affairé et extrêmement embarrassé. Madame, blottie dans son coin, toute rougissante sous son voile qu'elle a oublié de relever, cherche avec ardeur un flacon introuvable dans son petit sac de voyage, puis regarde la campagne, et revient à son flacon.
— Regardez donc la campagne comme elle est verte !
— Vous vous trouvez bien, chère amie?... oui, très-verte, plus verte que je n'aurais cru.
Et madame, sans cesser de regarder la campagne, ajoute d'une petite voix qui tremble un peu :
— Oui, je suis très-bien, je vous remercie.
Très-bien ! Elle est très-mal, la pauvre enfant. Elle sent comme un mur de glace entre elle et lui ; — une timidité invincible lui forme la bouche, la paralyse; elle a peur de paraître niaise, sotte, indifférente, et elle craint d'autant plus de lui;déplaire qu'elle l'aime davantage . Quel nom lui donner? monsieur? — Elle n'ose plus. — Mon mari?— Elle n'ose pas encore. Les mots lui manquent pour exprimer ce qu'elle éprouve, ou pour mieux dire, les mots lui semblent avoir un sens nouveau dont elle ne comprend pas bien la portée. Elle se tait dans la crainte d'en trop dire, et est au désespoir de n'en point dire assez.
Vous, monsieur, vous êtes à la torture, vous n'aviez guère prévu ce qui vous arrive maintenant. Vous vous rappelez ce petit pompier, comme vous l'appeliez vous-même, parlant haut, riant fort, et vous regardant en face, cette petite Parisienne mutine, tapageuse, aux allures hardies, ne doutant de rien, et vous êtes confus en découvrant la sainte ignorance et l'angélique pureté qui se cachaient sous tout cela. Toute votre jeunesse vous revient en tête et fait tapage dans votre cerveau. Les plaisirs d'autrefois, vos théories absurdes, vos moqueries ridicules, et tout ce long chapelet de baisers oubliés dont l'insupportable murmure vous poursuit comme un remords. — Comme vous voudriez effacer tout cela, passer l'éponge sur ces folies, et ne compter votre vie que du jour où vous l'avez connue !
Vous regrettez, Dieu me pardonne, de savoir lire, et vous songez qu'il serait délicieux d'apprendre en même temps qu'elle l'A B C de celte langue que vous savez trop bien, d'épeler lettre à lettre, de bégayer ensemble, d'étudier à vous deux le sens de chaque motd'acquérir en un mot la science du bonheur par des efforts communs.
Calmez-vous, mon bon ami, il vous reste encore la jouissance délicieuse de recommencer avec elle le livre que vous avez mal lu et de pousser la science et le rcspectjusqu'à vous faire ignorant pour elle. Partagez ses entraves, jouissez de sa surprise et...
— Vraiment, vous n'êtes pas trop mal? Je crains le froid aux pieds pour vous.
— Je suis très bien. — Regardez donc tous ces pommiers en fleurs.
— C'est le printemps... le vrai.
Si l'on savait, n'est-il pas vrai, madame, si l'on savait les jolis doux
souvenirs qu'il vous laisse au cœur, ce vilain petit moment adorable, tout plein d'inquiétude, de gène, de trouble et de confusion; si l'on savait avec quel bonheur on y repense à cet instant do transition et de torture délicieuse; à cet instant où le bandeau qu'on avait devant les yeux va tomber, on vous préférez que je m'arrête, chère madame; j'obéis. Mais avouez, maintenant que les mots mon mari, ma [anima sont sans mystères pour vous, et que sans trembler, vous les dites tout haut, avouez, dis-je, que vous regrettez le temps où vous les murmuriez tout bas. Z.
LA MAITRESSE QUE J'AURAI Ballade.
La perfide, l'ingrate, l'infidèle ! Nichctte! ah ! Nichette ! Vous vous êtes enfuie, mademoiselle, quand le printemps et les fleurs nous sont revenus; envolée comme l'oiseau bleu, au premier rayon de soleil, vers des parfums nouveaux, vers des amours plus jeunes...
Ne croyez pas surtout qu'en écrivant votre nom, une larme s'échappe de mes yeux, un soupir de ma poitrine ; je vous ai bien aimée, mon blond lutin, mais si le réveil fut brusque, du moins est-il complet.
Et puis, des femmes, parbleu! Paris en regorge. Des petites, des grandes, des blondes, des brunes , des sentimentales, des romanesques, des soupeuses, des vertueuses... Des démons ou des anges! Et qui vous valent... peut-être, Nichette. Demain, vous serez remplacée, mademoiselle. Et la maîtresse que j'aurai...
D'abord, la maîtresse que j'aurai sera petite et brune. Je ne sais rien de piquant comme une brune mignonne à l'œil vil et moqueur. C'est que pendant deux ans, j'ai baisé vos longues tresses blondes, Nichette, et vos deux yeux bleus, plus langoureux qu'un clair de lune. Il faudra qu'elle aitsa volonté, beaucoup de volonté; qu'elle me tvrannisc même un tout petit peu. Car vous étiez, Nichette, d'une soumission, d'une apathie, d'une indifférence rares; et cela fatigue de prendre toujours la parole pour deux. Il faudra qu'elle soit musicienne. Et par conséquent, elle saura m'écrire sans fautes monstrueuses; elle saura lire sans trop épeler, ce que vous no pouviez pas faire, ma chère enfant. Ah ! la maîtresse que j'aurai !
Je lui veux la main fine, le pied cambré. Je lui veux les épaules adorables. Je lui veux la taille, la démarche d'une péri. Elle ne pleurera peut-être pas aux infortunes de Peau-d'Ane ; mais elle ne bâlP lerapas aux Français! Elle aimera la campagne, non pas celle où les arbres à feuilles de zinc produisent des verres do couleur, mais la vraie campagne, avec des poules, des canards, des lapins, et des oiseaux dans le feuillage, et de bons paysans berrichons dans des champs de froment doré. Vous verrez qu'elle aura de l'esprit. Elle aura surtout du cœur !
Mais fou que je suis, hélas! Par le temps qui court, et parmi les femmes qui... courent, comment trouver une pareille maîtresse?
Une seule personne ressemble au portrait que j'ai tracé; c'est Mlle Emmeline Guillot. Emmeline! un joli nom, doux comme un baiser !
Quand l'oncle Boulaingrain est venu me proposer de me présenter à titre de prétendant, ai-je été assez sot en refusant I Mais j'aimais tant Nichette.!.. . Est-ce qu'il serait trop tard? Je cours chez l'oncle Boulaingrain. Ah ! Nichette, vous l'aurez voulu ! Je vais me marier, et me bien marier. Entre nous tout est fini, Nichette.
La maî'resse que j'aurai. .. ce sera ma fVmme !
victou p.
25 juin 1864.