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MON CONSEIL D'ADMINISTRATION

n Monsieur X. est averti que le Conseil de la Compagnie se réunira le jeudi 11 courant, dans la salle des séances ordinaires. »

Ma nomination est de très-fraîche date et je pars avec le plus vif empressement. J'arrive à trois heures moins un quart. Personne ! Je me trompe, j'aperçois un monsieur qui déguste un verre de Xérès. Echange mutuel de politesse, puis le monsieur reprend son verre, et rubis sur l'ongle, en vide le contenu.

Un quart d'heure se passe. — Monsieur est sans doute monsieur X?

— En effet, monsieur. — Un verre de xérès no vous effraie pas? — Nullement, monsieur. — A votre santé, monsieur. — À la

vôtre.

Trois heures un quart, personne encore! — Monsieur fumerait bien un cigare? — Comment donc, monsieur, avec plaisir.

On allume un cigare, et trois heures et demie arrivent sans trop de peine. — Un verre do porto, monsieur? — C'est que — Il arrive de Lisbonne; en ligne directe. — Ah! il arrive de Lisbonne?

— Nous le recevons par l'entremise de la maison Costa di Carra. — J'accepte, alors.

Le porto est exquis, aussi je crois pouvoir me permettre d'en déguster deux verres. — Ne suis-je pas actionnaire?

Quatre heures moins un quart, arrivent deux messieurs. — Bonjour, cher, disent-ils à mon voisin. — Messieurs, votre bien dévoué.

— Connaissez- vous l'ordre du jour? — Ma foi, nullement. — Alors, vous supposez qu'il n'y a aucune question importante à discuter?

— Je l'ignore, en vérité! — Tant mieux; je suis attendu chez le duc de ... une affaire importante. Vous permettez?... — Comment donc !

Le monsieur signe le registre de présence, soit 52 francs, 75 centimes à émarger, et s'apprête à s'éloigner. — Comment ! tu t'en vas, baron?... — Mon Dieu oui, j'ai affaire. — Quelle heure estil donc? — Quatre heures.... — Quatre heures, déjà, et Amanda qui m'attend! Vous permettez, messieurs?

Il signe le registre de présence, et avant de partir, il se verse un verre d'Alicante. — A votre santé, mes chers collègues.

Tout le monde s'incline et ils sortent. — Je vois, me dit alors mon premier interlocuteur, que la séance sera nulle aujourd'hui, et si vous le permettez, monsieur, je vous fausserai compagnie pour rejoindre ma femme, qui compte sur moi pour la conduire chez madame de B...— Ma foi, si vous le permettez, j'imiterai votre exemple, monsieur, car je no sais pas ce que je puis faire seul ici. — C'est vrai, mais avant do partir, croyez-moi, vidons le coup do l'étrior.

Cette fois on se verse une ample rasade do frontignan muscat.

— Au revoir, monsieur. — Monsieur, voire tout dévoué.

Mais, au moment où nous allons sortir, entrent quatre nouveaux personnages, puis un cinquième et un sixième ; ce dernier est le secrétaire général. — Eh quoi, messieurs, vous vous éloignez déjà?

— Comment déjà ! mais il est quatre heures et demie. — Vous faites erreur ! — Voyez plutôt. .. — C'est vrai, ma foi ! — En vérité, je no croyais pas que l'heure fût aussi avancée; ma foi, messieurs, si vous m'en croyez, nous remettrons la séance à un autre jour.

Tout le monde en chœur : — Avec plaisir ! N,

CHOSES ET AUTRES

L'Ambigu, de plus on plus comique, voyant le soleil revenu, jette des blocs de glace autour de ses naufragés..., si bien que les héros de M. Dennery n'inspirent plus aucune sympathie. — « Sardanapales ! » dit lo bourgeois s'essuyant le front.

Quand je vous le disais, que la musique allait tout envahir ! La Porte-Saint- Martin va décidément nous donner le Barbier. Belles dames, restez à la campagne; le Barbier de la Porte-Saint-Martin n'est pas fait pour vos délicates oreilles. — Ce qu'il y a d'effrayant, c'est que le même théâtre va nous donner aussi la Norma. La Norma est déjà au Théâtre-Lyrique. Si l'on se met à jouer la Norma sur tous les théâtres de Paris et des départements, je sais bien que cela n'offre aucun caractère politique ; mais en sommes-nous là ?

La province continue à fournir une certaine quantité de circonstances atténuantes, qui attestent d'une sympathie vraiment touchante à l'égard des

25 juin 18C4.

LA tiË PARISIENNE

criminels. — Dans le Pas-de-Calais, un ouvrier porte une poutre sur le chemin de fer, dans le but très avoué de faire sauter le train et de tuer cinq cents personnes..., le tout pour se venger d'un chef de gare qui n'était pas dans le train. Cette dernière circonstance a paru atténuante au jury.

H y a mieux. Dans la Loire, un fils étrangle son vieux père ; la mère est complice... sans raison... pure cruauté... Le jury de la Loire n'est pas comme fsolon : il admet le parricide... circonstancss atténuantes.

Il est vrai que les deux bourreaux avaient placé la face du mort dans le courant d un ruisseau. On a dit que c'était pour déjouer les soupçons ; mais le jury a pris cela pour une attention délicate.

On annonce un trente-septième prétendant à la couronne de SIesvig-HoIstein. Celui-là, que l'on ne désigne encore que par une initiale, se serait assuré la protection de ïimothéo Trimm.

On annonce aussi deux brochures, l'une parue, l'autre à paraître. Celle parue s appelle, je crois, la Question électorale, et est signée Emile Augier. Le petitlus de Giboyer en est très-content.

La seconde, à paraître, sera de Renan. Elle sera intitulée : Ma situation. voilà un sujet que je crois fort digne d'intérêt pour M. Renan, mais qui intéresse médiocrement la Chine et le faubourg Saint-Antoine

Leurs Excellences japonnaises avaient annoncé qu'elles nous resteraient tout l ete. Les voilà, parties. On se perd en conjectures sur ce départ subit. Serait-ce qu après avoir fait une foule insensée de commandes à tous les marchands de Karis, Leurs Excellences se seraient ravisées, et, calculent la profondeur de leur Dourse... Dire que cela ne corrigera pas les marchands de faire crédit aux t. criiiigGr'a ,

J'avah annoncé, sur un renseisnement erroné, que M. Delamarre faisait élever une statue à Vermoul. Il n'en est rien. On s'est contenté de tirer dix mille mouchoirs de poche avec l'image de Vermout. De cette manière la gloire ne coûte pas, elle rapporte. Tout le dix-neuvième siècle est là.

Les s.at.sticions sont très-amusants. Ils viennent de calculer que les dollars d argent composant la dette américaine couvriraient un espace de terrain de pies de 90 milles. Je vous demande un peu la belle nouvelle! Si seulement les deux part.s avaient eu l'idée ingénieuse de couvrir réellement cet espace de leur argent, les résultats eussent été tout autres. Je me tromperais bien si' les deux armées se jetant à la fois sur la monnaie, la guerre n'en eût pas fini du coup. Avis aux belligérants futurs.

On vient de retrouver (non, pas des poteries romaines)... un descendant de hnakspeare, II n a pas le sou. Le Times dit : « Surprenant, si c'est vrai ! » La Vie Parisienne dit : « Rien plus surprenant si ce n'est pas vrai. ,,

Rl^n f,at-P°Ur f,UX !UÎ !,ésite™«nt à faire prétendants au trôné du

Comrnïi ! • ' 7 LAcadémie,fra"eaise déce™ encore à™ prix d'éloquence.

npTZL^ V P JfmnlS q" Un St'ul cone«™nt. ''Académie demande une

bo t ; ? 6 V°l0nté P0U' 16 SeCOIld prix' 11 suffira d'l>n ^rtificat de Donne vie et mœurs.

II y aune chose effrayante lorsqu'on lit les journaux, c'.st le nombre énorme de crimes impunis dont on découvre' les traces des mois ou des années après la mort d, la victime Un magistrat dont je cultive l'amitié-avec assiduité en cas de malheur, n est-il pas vrai ? - me disait .que lajustice atteignait environ la dixième partie des crimes commis: 9 meurtres ignorés contre 1 que l'on connaît; 9 personnes qui meurent en apparence de leur belle mort - belle mort m a toujours paru une jolie expression, - «qui, en réalité, sont victimes dm, assassinat! - Cela rappe,le ce chaudronnier dont parle Balzac, qui,

| chaque matin, sucrait la tisane d'un monsieur auquel il en voulait en y tremdWPr!.t,t»fl l;;el^es,ra"lute^«"e Petite rondille de cuivre suspendue au bout

: tZ, Pn p I l ^^le'i;e buveur s'éteignait, s'éteignait, et quand il fut éteint, on trouva que le bon Dieu avait été bien sévère. Un si brave homme, un si beau

» ment dû Z n ? „ com™n<:™1 par ces mots : hausse-

Z l e JLI ~ Tg, qUe'que Ch0Se 1ue!e««que qui fait tomber

■ Poil, et cheveux sans douleur et en moins de temps qu'il n'en faut pour le ra-

, Xs hait " ? q" y Mt e" Fra',Ce aSS6Z de Sens Aési™* ™>ir le front bénéfices "' n atUre.P°"r <!ue cs exhaussements de front puissent réaliser des

. ± o na;,e~ri' ,nPfarait,,,qU0'qU M 6" SOit' qUe ''^^ement marche très bien.

I Ces e es on n^exh * a,exhausser de ^ ^auté. Les diman-

uies et lttes on n eilia,lsse qne usqu'à midi. — Des personnes du sexe son

F spécialement attachées à l'exl,«lssemcnt dfs dnme, P sexe son

Ça ne faitrien, voilà une industrie ,qi met au second plan les noircisseurs de

verres pour les éclipses, les tourneurs de mâts de cocagne en chambre, les souffleurs dyeux sur le bouillon, et tant d'autres. — Ce qui m'arrêterait dans ce travail du front c'est le rhume de cerveau. Il parait que c'est terrible pour

J ai 1 honneur de connaître assez particulièrement le maire du bourg auprès duquclj habite.il m'estime, j'ose le dire, et sa confiante amitié le pous«e quelque.ois jusqu'à verser dans mon cœur le trop plein du sien. Ce qui l'afflige surtout c'est i'état déplorable des mœurs parmi ses administrés. L'état des routes nest pas très satisfaisant non plus, mais dans les temps secs, ça va encoretandis que les mœurs.;, été comme hiver, mon cher monsieur, c'est déplorable' J en ai référé au préfet, qui m'a répondu : « Qu'est-ce que vous voulez que j'y tasse ? Employez votre autorité pour ramener les populations dans le droit chemin du devoir et de la morale. — Bien obligé. »

— Vous avez les gendarmes pour vous.

A peu près pour moi. J'en ai un de sûr, les deux autres sont douteux, tenez, vous voyez bien là-bas cette grosse bergère qui tricotte sur la route en sifflant son chien;?

— Oui, très bien ; elle est énorme, votre bergère.

— Oh ! c'est un embonpoint accidentel, mais qui se renouvelle chaque année. Voilà douze ans que je porte l'écharpe ; elle n'a pas manqué une seule fois à ses habitudes. Tous les ans je la fais venir :

— Eli bien ! la Sophie, vous voilà donc encore dans le même état? Et le pore, malheureuse, et le père ?

— Ah ! pour ce qui est du père... j'ai pas remarqué, monsieur le maire, je 1 connaîtrais, e t' homme, que je 1' dirais, ben FÙr.

— Mais, malheureuse!... Vous comprenez, je suis hors de moi. J'ai été jusqu à lui offrir oO fr. par an si elle voulait changer ses habitudes ; si elle voulait s engager à...

— Comme ça, monsieur le maire, ça serait un petit sous-seing comme quoi...

— Oui, enfin, un engagement.

— Ih ben ! si j'étais pas une honnête femme, j'accepterais tout de même ; mais c est pas la Sophie qui promettrait pour ne pas tenir.

Puis en riant, elle ajouta : .< Tout ça c'est des pièges que monsieur le maire me tend. »

— Voilà, mon cher monsieur, le snis moral de mes administrés.

— Je vous en fais mon compliment.

Depuis quelque temps, la grave question, soulevée parmi lot savants , de savoir si les êtres organisés avaient pour cause primitive des œufs, des germes en suspens dans l'air , ou bien si la matière elle-même enfantait de toutes pièces des êires organisés, — est descendue dans le domaine public. Grâce à 1 ardeur des deux savants champions, le venin n'a pas tardé à entrer dans le royaume de la science. A l'heure qu'il est. on est athée si on suit le cours de M. Pouchet, on est au contraire bien pensant si l'on écoute la parole de M. Pastonr. C'est singulier, mais c'est ainsi. Etes-vous matérialité, libre penseur, athée, ou bien catholique fervent, idéaliste? Croyez-vous aux œufs, n'y croyezvous pas ? Il faut vous décider. Le droit divin ou le suffrase universel. La liberté de penser ou l'obéissance aux doctrines. L'occupation de Rome ou sa non occupation. La Pologne ou la Russie. Le bien ou le mal. La paix ou la guerre... Voyons, madame, dépêchez-vous d'avoir une opinion, croyez-vous aux œufs ou n'y croyez-vous pas? Songez que la question Renan se mêle à tout cela, menaçante, envenimée, que les injures pleuvent de toutes parts, que la foi religieuse envahit Paris comme la lave d'un volcan, qu'on commence, dans I intérieur et sur l'impériale des omnibus, à soulever les plus fines questions du dogme, tandis que la -voiture marche: qu'il y a même des personnes scrupuleuses qui demandent, non sans quelque raison, que les conducteurs et les cochers soient soumis, avant d'entrer en fonctions, à une profession de foi philosophique et religieuse... Encore un coup croyez-vous aux œufs ? Le doute n'est plus permis, il faut so prononcer. Notre avenir éternel, l'estime de nos voisios, notre position sociale, en dépendent. Eh bien! le dirai-je, je suis fort embarrassé. — Il me sorait agréable d'être bien noté, à coup sûr, et je me rangerais volontiers du côté des œufs, quoiqu'on principe je les digère avec difficulté. Si seulement M. Pasteur voulait bien me dire d'où viennent ces milliers de millions d'erufs de toutes sortes encombrant de toute éternité l'athmosphère. Mais M. Pasteur ne s'explique pas à ce su jet. — Je crois qu'il cache son jeu, — et assure simplement que c'est le bon Dieu qui l'a voulu ainsi.

D'autre part, je ne serais pas très éloigné do me ranger du côté de M. Pouchet, qui jure sur sa tête qu'il n'y a. jamais eu d'coiifs dans l'air, mais que les êtres animés sont enfantés par la matière elle-même, si M. Fouchet voulait me taire quelques révélations sur cette génération spontanée; mais M. Pouchet se taifaussi, —cacherait-il également son jeu ? — et assure que c'est le bon Dieu qui l'a voulu ainsi;

( Je conclus de tout cela que M. Pouchet et M. Pasteur sont aussi ignorants 1 un que l'autre sur la génération elle-même, et qu'ils ne se disputent avec tant d'énergie qu'à cause de l'adjectif à mettre après ce substantif inexplicable. — Entre nous je ne vois pas grande difficulté à ce que M. Pasteur embrasse M. Pouchet et réciproquement.

LA YIE PARISIENNE

25 juin 1S64.

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