LES JEUNES GENS
J'ai rendu visite, samedi dernier, à M. Anatole Dumont ou d'Umont, mon neveu. Ce jeune drôle abuse de la pension que je veux bien lui faire, le domestique, qui m'a ouvert la porte, a la n.ine d'un majordome. Monsieur mon neveu était enfoncé dans une berbère, les pieds à la hauteur de l'œil, et fumait des cigares aussi bons que les miens. Je l'ai regardé, il avait l'air d'une dinde truffée étalée dans son plat. Je l'ai salué gravement, il a sursauté et n'a trouvé rien à me dire. Je lui ai fait compliment sur ses fauteuils capitonnés, sur ses superbes divans en cuir brun ; après quoi, ayant des inquiétudes dans les jambes, j'ai inspecté l'appartement. Il y a des étagères fort jolies dans la salle à manger, mon neveu donne dans le vieux Sèvres. La chambre à coucher renferme deux Baudouin et plusieurs statuettes peu vêtues; c'est d'un homme de goût. Cela fait, j'ai allumé un cigare, et je lui ai dit :
— Anatole, y a-t- il rien de plus beau que la vertu?
— Plaît-il, mon oncle?
— Je dis, mon ami, qu'il n'y a rien de plus beau que la vertu. Par exemple, voici M. de Montyon, ou bien M. Bordier, ancien notairelia le journal, tu verras quel bruit ils font tous les ans dans le monde! Ils ont légué des sommes pour encourager les belles actions, ou récompenser les beaux livres ; et, à cause de cela, chacun connaît leur nom et parle d'eux. Cela aiguillonne, vois-tu? Il est agréable d'arriver à la gloire. 11 y a un baron, je ne sais plus lequel, qui excite, par testament, les chirurgiens à perfectionner la taille de la pierre. Eh bien! depuis ce testament, on a inventé des appareils charmants, on en remplirait une boutique; les- gens se laissent tailler, on va si vite et si délicatement aujourd'hui, sans grimace, que c'est un plaisir. Est-ce que cola n'est point fait pour piquer d'émulation une àme généreuse ? Voyons, mon ami, tu es jeune, c'est l'âge où l'on a des sentiments nobles, donne-moi ton avis en conscience. Il y a une maladie dont je voudrais délivrer le genre humain, le rhumatisme. Je sais ce que c'est, j'en ai
deux. Y a-t-ilun plus bel emploi d'une fortune, que d'offrir, après sa mort, quelques centaines de mille francs au savant laborieux qui trouvera le spécifique? Ah I jeune homme, jeune homme, tes yeux brillent! Comme c'est bien, mon ami, de s'intéresser au genre humain !
Mon neveu n'avait point du tout l'air de s'intéresser au genre humain; même, il paraissait penaud, et oubliait de fumer son cigare. Sur quoi, j'ai repris pour le consoler :
— Mon pauvre Anatole, j'ai des ennuis. Notre manufacture de porc salé à Cincinnati est en danger. Mon correspondant m'écrit que le professeur Thiekseult, de l'académie des Hog-and swine-for-lheworld, vient d'inventer une machine capable de jeter toute concurrence à bas. Tout se fait à la vapeur, c'est un petit chef-d'œuvre d'élégance et de précision. Les porcs sont poussés à la file dans un conduit noir, au bout duquel un va-et-vient de grands couteaux les égorge un à un : deux minutes. — Un petit traîneau roule l'animal dans la chambre à laver : une minute. — Là, des brosses mécaniques le raclent et le polissent comme une paire de bottes : sept minutes. — Un autre traîneau le mène à la chambre à découper, où des tailloirs mécaniques le vident et le mettent en quartiers : six minutes. —Deux poulies l'enlèvent et vont le déposer, membre à membre, sur dos couches de sel dans un baril : trois minutes. — Le baril est fermé et part sur un petit chemin de fer : deux minutes. — En tout, vingt et une minutes, pour préparer un porc jusque dans le dernier détail, et l'expédier au camp. Cela est admirable ; viens demain, je te montrerai les coupes et dessins dans mon cabinet. Thiekseult va gagner six millions de dollars, il aura la fourniture de l'armée fédérale. Cela me vexe, d'abord pour l'honneur, j'étais le premier fabricant de porcs de l'Union américaine; ensuite pour l'argent, les jambons me rapportaient trente mille livres de rente. Je pourrais bien donner des instructions à mon agent, c'est un honnête homme .- il n'a fait que sept fois faillite. Mais enfin, Thickseull peut lui graisser la patte, et j'aurais besoin, là-bas, d'un homme à moi. Vingt-cinq heures pour
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aller d'ici à Liverpool, deux jours de Liverpool à New- York. Anatole, qu'en dis-tu ? J'ai pensé à toi.
La figure de mon neveu était devenue fort remarquable. Les deux coins de la bouche s'étaient abaissés comme chez un brochet. Les yeux ronds, largement ouverts, ressemblaient à des boules de loto, et au bord de ses cheveux si bien frisés et lustrés, deux gouttes de sueur perlaient sur sa peau rose.
— « Calme-toi, mon ami; j'approuve cette noble ardeur; mais tu es trop bouillant, il ne faut rien précipiter dans les affaires. Nous reparlerons de cela. En attendant, dis-moi qui tu attends aujourd'hui ; voici un salon- dont on a fait la toilette, j'ai vu un grand bol à punch dans la salle à manger, et ton domestique tout à l'heure décrochait toutes sortes de plateaux et de choses , culinaires. Je ne suis pas de
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— « Mais non, mon oncle, je vous jure que je suis le garçon le
plus rangé ; je n'attends que des amis, tous très bien, c'est mon
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ijB ivjoa Jalondaï fi3 aJnoru li ,jifi'i uhl) .seg ab aaiii/1 aaî iinoyàia En effet, monsieur mon neveu a un jour, tout comme une jolie
femme. Je le regardai pendant qu'il tournait dans la chambre, et donnait des ordres. En vérité, en quoi diffère-t-il d'une jolie femme? Il est moins joli, voilà tout; pour le reste, il est au niveau. Ses préoccupations sont a peu près les mêmes ; quand il a réfléchi à sa toilettte, à son ameublement, à sa petite représentation de jeune homme, il est au bout de ses idées. Il a une armoire entière pleine de bottes et de bottines; pendant deux ans, il a oscillé de Renard à Dusautoy, pour se fixer à Renard, sauf à revenir à Dusautoy ; quant aux gilets, on dit qu'il a du génie, le premier coupeur de Renard le respecte, et le bel homme essayeur, qui dans le magasin sert d'affiché, n'est pas plus fier de son torse qu'il no l'est des siens. Je considérais son négligé de garçon, pantalon à pied, charmante veste d'été, gilet pareil, et autour de son col tombartf, cassé exprès, la plus exquise cravate mauve. Le menton est rasé, mais ces favoris abondants sont rejoints par la moustache, et l'air blasé alterne sur son visage, avec l'air content de soi. Les mains sont soignées, les doigts roses étalent une grosse bague, de temps en temps il les relève pour en faire descendre le sang. Parfois un geste machinal les porte à son oreille qui est petite, ou à son col, chef-d'œuvre de goût et de hardiesse, ou bien à ses cheveux gracieusement ondulés au-dessus des tempes. Il connaît son sourire, le tempère ou le soutient à une égale distance du laisser aller et de l'ennui. Il sait pencher son cou/ croiser les jambes, poser son menton sur sa main, s'étaler sur un fauteuil, et écouter ou dire sans bâiller des fadaises. Mon neveu que vous êtes aimable! et que vous auriez peu a apprendre, si tout d'un coup devenu femme, et, dame de salon, vous étiez obligé de vous coiffer en chien, de porter de fausses nates, d'arrondir une jupe bouffante, et de vous tortiller avec le mélange voulu d'agrément et de décence parmi les minauderies et les bavardages d'une réception ! ...
A quoi passe-t-il sa journée? 11 se lève à neuf heures, endosse une robe de chambre, et son domestique lui apporte son chocolat. Il lit les journaux, fume des cigareltes, se détire jusqu'à onze heures, et s'habille. Ceci est toute une opération. Il a fait établir dans son cabinet de toilette une grande table longue do sept pieds, large à proportion, avec trois cuvettes, et je ne sais combien de boites, de fioles et de miroirs. Il a trois brosses pour la tête, une pourla barbe, une pour la moustache, des pinces pour épiler, des enduits . pour coller : les brins récalcitrants, :des pommades, des essences, des savons,; j'y suis entré, on dirait un arsenal. Après quoi il déjeune, fume encore, feuillette un roman, et fait quelques visites. L'an dernier il achevait son droit, cela lui prenait deux heures par jour, il traînait le boulet d'un air ennuyé, c'était le dernier morceau de la chaîne universitaire.
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Maintenant, il est libre, et se trouve bien de ne rien faire et de ne plus lire. Je crois qu'il a parcouru la Vie de Jésus, encore était-ce pour en pouvoir parler, être à la mode. Sa grande invention cette année, c'est une pomme de canne ; il a porté chez Verdier une douzaine de joncs qu'on m'avait envoyés du Brésil, et en échange, il a commandé cette tête de canne qui lui a valu dans sonmonde une réputation. Une fois, aux premiers jours de la belle saison, il a fait partie avec une vingtaine déjeunes gens de son cercle, pour sortir tous ensemble en gilets blancs, vestes blanches, chapeaux blancs à forme haute ; cela a fait la mode, il n'est pas médiocrement lier de
«si guo&.aioia ai JlUoV « >&i&vs*3 si naid aîom ,bxeJ qoiJ acq aaiinoi son audace et de son succès.
a'ioq nos uy e h ^alqmazs'b liai n'd .innra r.'l no Inob aeqrannq abosis, Vers ,4 heures, il fait un tour au Bois ; son cheval est passable ; il est bon cavalier et ne fait pas mauvaise figure. D'ordinaire il dîne au Cercle. Le plus souventil estchezluià minuit. Deux fois par semaine, il va au théâtre, c'est le Palais-Royal qu'il préfère ; deux autres fois à peu près, il donne le bras à une figurante du Théâtre-Lyrique. Je lui ai su un attachement de six mois, pour une modiste. C'est la tout ; il est, rangé comme il le disait tout à l'heure; il n'a pas de passions violentes, pas même de fougue; presque tous les jeunes gens sont ainsi aujourd'hui, modères en .tout, même dans leurs sottises. L'excès leur fait peur, ils canalisent leurs vices ; ce sont des baurgeois qui évitent de s'ennuyer, et encore plus de s'exposer. La vanité, qui est le dernier ressort, les pousse encore, mais pas trop
loin. Mon neveu donne des bouquets à Mademoiselle , mais il
n'ira pas à Clichy pour elle. A ses yeux, une femme vautune femme; l'amour est agréable comme la cuisine ; à côté d'un restaurant il y a d'autres restaurants. Quand il y aurasoupéjusqu'à trente ans, il songera au pot-au-feu, c'est-à-dire au mariage. Une fois marié, il engraissera six mois durant à la campagne. On aurait pu le marier presque au sortir du collège, il est né mûr.
A quoi est-il propre? Du diable s'il a jamais songé à apprendre quelque chose, d'agir par lui-même, et d'après son propre, sens. Qu'on lui parle d'un grand voyage, même de plaisir, par exemple d'un tour à Jérusalem ou au Caire, il fera la grimace; dans son foiintérieur, il aime mieux voir un décor de Séchan à l'Opéra. Je l'ai envoyé à Londres, il 'S'est trouvé excédé par le brouillard et par les visites ; il a trouvé que les théâtres et les casinos de l'endroit étaient bons pour des commis marchands, et il est revenu au plus vite. Il aime assez les parties de campagne, la vie de château ; il y réussit, parce qu'il a des gants frais et lit passablement ; ce qu'il y préfère ce - sont les dîners qui sont exquis et amples, et ces grandes chaises renversées ou l'on digère si commodément en prenant le frais et en fumant son cigare. A son âge, en fait de politique et de littérature nous étions fous; j'ai fait partie d'une société pour la régénération du genre humain, et à propos des Orientales de Victor Hugo, nous nous bourrions de coups de poing au collège. Pour lui, il traite la littérature comme l'amour, cela fait passer une soirée, quand on a une soirée vide; il lui faut des romans amusants, point tristes ni diffi- 1 ciles à comprendre ; il a lu Madame Bovary, mais se gardera bien ; de la relire; s'il paraissait un Paul de Kock, à la mode du jour: un peu plus propre que l'autre, ce sont ces romans-là qu'ilauraitsur sa table. Quant aux théories politiques, elles sont tombées dans l'eau en 1848; à ses yeux les affaires publiques et les phrases qu'on fait dessus ne sont qu'une carrière, un moyen d'accrocher une place. Je lui ai parlé quelquefois d'une carrière, il s'y résignera, s'il le faut, comme à une corvée, quelle qu'elle soit, peu importe; seulement il ne la voudrait point hors de Paris, ni trop assujettissante ; il souhaite avoir ses soirées, ses matinées, son dimanche, un jour de congé par semaine, deux mois de vacances, et il fait remarquer qu'il digère mal, lorsqu'il est obligé de travailler entre' les heures de repas, de onze heures à cinq heures.
Cela est-il bien étonnant? Son éducation tout entière a été employée à le rétrécir et à le discipliner. Il à fait des thèmes, des vers latins, au collège, jusqu'à vingt ans; bref, un métier d'écureuil en
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cage; avec ses camarades, il regardait à travers les barreaux. D'un pareil endroit, la vie semble un jour de congé, une promenade sur le boulevard avec des gants et des bottes neuves, parmi beaucoup de jolies femmes, qu'on peut lorgner, sans que le sous-maUre ait à redire. Dans tout ce qu'on lui enseignait, rien d'applicable; il s'agissait d'apprendre un manuel afin d'être libre ; la porte ouverte, il a jeté bas la souquenille grecque et latine comme une vieille défroque. Une fois chez lui, sa mère l'a mis dans du coton; il s'y est accoutumé. De peine et d'efforts,' on ne lui en demandait aucuns, il suffisait qu'il eût une bonne tenue et ne fit pas de sottises coûteuses : « Ne rentres pas trop tard, mets bien ta cravate. » Voilà, je crois, tous les grands principes dont on l'a muni. En fait d'exemple, il a vu son père et [les amis de son père se ménager le plus possible, songer à leur fortune, raffiner leur bien-être, calculer le prix et l'agrément d'une maison de campagne, d'un ameublement, d'un dîner; il fait comme eux, il est comme eux, c'est un animal de basse-cour, peut-on être autre, quand on est né dans une basse-cour? Il fait convenablement la roue, c'est l'unique devoir d'un dindon ; est-il juste de lui demander mieux ou davantage? Je comparais tout à l'heure ses goûts, ses occupations, ses idées, à ceux d'une jolie bourgeoise; en effet, il a eu l'éducation d'une jeune fille bourgeoise. Il a appris le latin, comme elle le piano; cela se vaut, l'un est aussi mécanique que l'autre. Il à été au collège, comme elle au couvent; il a regardé, comme elle, a travers les fentes de fa porte, et tous deux se sont représenté le monde comme un jour de sortie, où l'on met des gants frais, et où on mange des tartes aux fraises. Il a été instruit par ses parents, tout comme elle, à respecter les convenances, à fuir l'éclat, à craindre l'effort, à estimer les bons morceaux, et il songe à une place, comme elle songe à un mari ; la place et le mari sont des moyens de faire figure et de s'amuser, le tout passablement. Ils s'en tiennent là, l'un et l'autre; si quelque chose passe dans leurs rêves, c'est une voiture, un château commode et joli. Tous les deux imaginent comme suprême bonheur d'aller au bois avec un équipage neuf. Peut-être la femme a-t-elle au fond de la cervelle quelque exigence de plus, car, à titre de femme elle a des nerfs, et comme jeune fille, elle a été cloitrée jusqu'au ma riage. Mais, en somme, je les mets de niveau; cesontles jeunes ménages modernes, une paire de volailles sur un perchoir ! JnsifiJè Jio'ibaaf ob aoniaco 29I io smSfàd) zol sup ùvuoij £ li ; a9Jiaiv H -oU7 8uiq us unov9i Jsa fi ta tabncrfoi6fn eirnmoo zsb i«oq snod J'ububï <j ii ; iisat/Srfo sb 9Ï7 bI .onq^nmao sb eaiiiBq esl xoaas mnin 93 s'islàiq •(, h up oo ; JnarngfdcaaBq Jil Sa Bifllî atnjrg 69f> b ii'up aomq Trois coups de sonnette. Ce sont les amis de mon neveu qui arrivent du Cercle. Présentations : comme je n'ai pas l'air pédant, nous nous mettons vite à causer librement. Le punch y aide, et mon neveu se couche à deux heures du matin ; c'est moi qui le dérange.
Le premier est un vicomte de vingt-huit ans, d'une bonne famille de Franche-Comté. Mais queile famille! Un père, deux filles, une tante, une gouvernante. Ils ne viennent jamais à Paris, ni même à Besançon. Le père passe. sa vie à se promener, à inspecter ses biens, à dîner, à se chauffer au coin du feu. Il est si paresseux d'esprit, qu'il ne lit pas même le journal ; il faut que la gouvernante lui en fasse la lecture. C'est elle qui est la tête forte de la famille. Ni dessin, ni musique; de l'orthographe, du calcul, et le reste d'une instruction primaire. Pour divertissement, les jeunes filles font de la tapisserie devant la fenêtre ; la gouvernante dresse les patrons. Jamais de livres. A ce métier, elles ont pris la campagne en grippe, et veulent se marier, y mettant seulement deux conditions : le futur sera bon catholique et habitera une ville. Le père demande, en outre, qu'il soit noble, et accepte pour dot sept mille francs de rente; on n'a pas trouvé. Pour se distraire, elles font des layettes aux enfants pauvres, ou se confectionnent des douzaines de serre-têtes parfaits. Les picoterios sont venues; il faut que la gouvernante serve de tampon entre la tante et le père, entre les . -. filles et la tante, entre le jpère et les filles. Ajoutez la' dévotion et les -. -pratiques. Comme les idées manquaient absolument, lés scrupules -, mit .poussé. à lajfaçon des chardons sur une terre en friche. Elles ont.
trouvé leur curé trop indulgent, et posent par lettres aux théologiens de Besançon des cas de conscience. Par exemple, elles ont voulu savoir s'il était permis de leur permettre le poisson, à la collation du carême; on leur à répondu que saint Liguori autorisait les petits poissons frits. Mon jeune homme s'amuse pour elles, jamais il ne rentre au bercail qu'en temps de chasse. Il a été attaché d'ambassade et a fait des ravages, dans les petites cours d'Allemagne, parmi les chanoinesses; ensuite, il a couru l'Europe et fait un cours de galanterie comparée ; à la fin, ennuyé, il s'est rabattu plus bas. A: cet égard son érudition est universelle ; il s'en fait gloire, et donne des détails précis. Tout cela avec un laisser-aller aimable et le plus joli flux de paroles; sa vanité n'a rien de rogue ; en ce point il est supérieur aux bourgeois, qui, lorsqu'ils se piquent d'un talent, y portent une attention et des prétentions d'auteur. Il dit que maintenant il est fixé à Paris, que ce n'est pas la peine d'aller si loin, qu'on y importe les primeurs étrangères, et que, pour la sauce, on ne la trouve qu'ici.
Un fils de banquier. Cette année, pendant deux mois, les reports ont été de quatorze pour cent. Voilà les nouvelles que depuis l'âge de huit ans il entend commenter au dîner et au déjeuner. Il y a six mois, son père, informé qu'un pauvre diable d'inventeur était poursuivi pour dettes, achète les titres, devient créancier unique, s'empare du brevet pour un morceau de pain. Il s'agissait d'un moyen de prévenir les fuites de gaz. Cela fait, il monte en cabriolet, court au bureau, parie aux gens puissants, donne des pots de vin aux subalternes utiles , obtient l'application do son procédé dans toutes les administrations, Il gagnera cent mille écus. « Et l'inventeur? » — « Ohl il fera une autre invention; ces gens-là font comme les taupes : bouchez leur trou, ils en creusent un autre ; même c'est vous qui avez le mérite du second trou. » Du fond du cœur, il admirait la sagacité paternelle. — Mais c'est à condition d'en profiter. Je lui disais qu'en Amérique, un père a le droit de déshériter son fils jusqu'au dernier sou. Cela lui a semblé monstrueux. « Mais ces gens-là sont des sauvages ! Comment, j'aurais eu des chevaux, des bottes vernies, et mon père pourrait à volonté faire de moi un gratte papier, un meurt de faim'? Pourquoi pas tout de Suite un porteur d'eau, un commissionnaire? « — Je l'ai poussé, et j'ai vu qu'à ses yeux, les enfants sont propriétaires des parents, et leur font grâce de les laisser vivre. Il est lourd de chair et de sang non pas de race fine comme l'autre. Il traite les femmes comme des chevaux, et les chevaux comme des femmes. C'est pour se relever ; la grosse main de son grand-père, le marchand de bœufs, perce encore sous son gant jaune.
Un jeune substitut, nommé depuis un an à Bourganetif. Deux mille fr. de rente, et douze cents fr. d'appointements. Il est venu se dérouiller huit jours à Paris, mais sans enthousiasme. C'est un garçon rassis. Il siège trois heures, quatre fois par semaine, le reste du temps il se promène, lit un roman, s'occupe de photographie. Il est là dans sa famille, c'est pour cette raison qu'il a tant attendu avant d'être nommé; il voulait retourner à Bourganeuf, ou aux environs, rentrer dans la coquille. Point d'ambition, il avancera lentement; il sera juge vers quarante ans, président du tribunal à cinquante, lise mariera bien, la magistrature donne droit à des dots convenables, il sera considéré, il dînera souvent et délicatement, il n'aspire point à mieux, il àime le calme. C'est un homme empaillé. Empaillé ou gâté, lequel vaut mieux pour 9tttiSSSdSf '?ml n * 9V9* 03 H ?'9àm«oi B3 lw-8B8flq ioup A iif U .liiioDorio nos 9Moqqii M 9tjpija9mob ncii 19 ,9idmr,rlD ob odoi !b ,891090" 9X110 c'upaui siiJsh os ,39|)^iBgi3 anb omuî .XIJJGmiJOt 89l -idfio rtoa anr.b nideJà iiùi r. Il .noiJinèqo oauotaoi iva ioaO .9iIidBd'a Empaillé. Après huit jours de réflexion, c'est ma réponse. Avec cette étoffe moderne il n'y a pas même de quoi faire des viveurs. Mon neveu entrera le mois prochain comme, surnuméraire au ministère dos finances; il taillera des plumes cinq heures par jour, pensera à devenir sous-chef, rêvera d'un jour.de congé, et sera à la hauteur de <^MêOtS SiÔcâè.-snu9[yb fi ioup eâiqA -ifirjgaifi nu ,io (<hl«'.
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