‹ La Vie parisienneChapitre 324 sur 662 · CHEZ · texte numérisé non relu

CHEZ

lia Journée dini Anglais à Pari».

Je suis arrivé à Paris lundi, et suis descendu nu Grand- Hôtel, où l'on m'a remis un journal appelé la Gazette des Etrangers, qui indique l'emploi de la journée. — Je TOUX remplir demain ce programme, et je donne mes ordres.

5 heures 1/2.— Le garçon m'éveille. — Je m'habille à la hâte. — Une voiture est à la porte, un gros cocher et un vigoureux cheval.

6 heures. Ecole de Tir, au polygone de Vincennes. — Jamais nation n'a valu la France pour l'artillerie, et on ne sait pas jusqu'où s'arièteront les progrès de l'esprit humain. On m'a parlé d'un nouveau canon jumeau duquel partiront deux boulets unis entre eux par une sorte de chaîne creuse i emplie d'une matière asphyxiante : cet admirable engin est appelé à détruire une division boni entière. 11 parait que l'asphyxie ne détériore pas les os, ce qui permet toujours la fabrication du noir animai.

8 heures. Au marché aux Fleurs.— Je suis tiraillé à droite et à gauche par des femmes qui me placent entre les bras une douzaine de bouquets et un biurier. — Je ne puis m'en débarrasser — Je crois avoir trouvé un moyeu en [eUr offrant le quart du prix qu'elles nie réclament; elles acceptent de suite La voisine m affirme chaque fuis que j'ai été volé. —Arrivé au bout du marché, un homme m'arrache tout cela, le place sur son crochet et me demande ma demeure. Je lui donne ma carte; il s'éloigne en la lisant. Lorsqu'il a disparu je m'aperçois que je lui ai donné mon adresse à Londres. Il n'en est pas moins parti : les Français ne doutent de rien.

9 heures. Au Palais de l'Industrie .—Es position de Photographia. Cela me représente des vues du tous les pays, mais je suis venu pour voir la France, en sorte que je m'arrête peu. Je vois beaucoup de porLiails de personnages dont les noms me sont inconnus On me dit qu'en France, lorsqu'un homme ne peut acquérir une célébrité ni dans les arts, ni dans les lettres, ni oans quoi que ce soit, il fait placer son portrait, avec son nom, au coin de ehauue rue, et il passe à la postérité. Je vois enfin le portrait d'un gros homme qui tient un sou d'une main «;t un journal de l'autre. Ce marchand de journaux a l'air bien content; il semble avoir fait une bonne journée.

A la Sorbonne. — \0 heures. Leçon de Calcul intégral. — M. Secret parle bien, je crois -mais je ne comprends rien du tout et quand il y a des étrangers on devrait, il me semble, les initier.

10 heures 1/2 Leçon d'Astronomie.— Il n'y a qu'une seule personne au cours; elle prend des notes et semble fort instruite. Je me hasarde à lui demander s'il pleuvra et s il me conseille de mettre mon waf&rproof -patent : il me ru au nez. Si l'un ne se connaît pas à la pluie et au beau temps, pourquoi passer sa vie le nez en l'air?

Je commence b avoir faim. Je regarde ma Gazette. — il n'y est pas question de déjeuner.

1 1 heures. Cours de Poésie française. — 11 n'y a personne. Le professeur parle néanmoins consciencieusement. Je croyais que ce cours était fait par un des grands poètes de réplique : M. de Lamartine, par exemple L'a* du tout, c'est un monsieur qui ne sait pas faire les vers. Je pensais que comme Béranger était le poète national il chanterait quelqu'une de ses chansons ; il parait que ce n'est pas l'usage. — Je sors oe la Sorbonne.

11 heures 1/2. Au Conservatoire des Arts-et-Méliers. — ïl y a beaucoup de machines pour tout faire — C'est extrêmement intéressant, mais je n'y comprends rien du tout. J ai faim et je regrette que la Gazette ne parle pas de déjeuner ; en sortant, je vois le cocher qui mange et le cheval aussi. — Vite, leur dis-je, place Vendôme.

Midi, A la colonne Vendôme. — Milord Duc ne reconnaîtrait pas son ancien ennemi, il est là en déshabillé du matin. Je monte. Le point do vue est superbe, et je recommande l'endroit à mes compatriotes qui ont le spleen. — En se jetant de là-haut, ce doit être agréable Je redescends.

Midi 1/2. A l'hôpital Saint-Louis. — Pourquoi le cocher m'a-t il regardé d'un air étonné? C'est intéressant cet hôpital : rien que des maladies de peau. Seulement, je me plaindrai à mon ambassadeur, on ne veut pas que je soulève les couvertures pour visiter les sujets. Je m'informerai auprès de la Gazeite. Si j'en ai le droit alors, j'en saisirai le Foreing- Offu e. Mais j'ai passé beaucoup de temps. Je me jette dans la voilure.

1 hrure i f%. A l'Hôtel des Invalides. — La voiture va lentement et le cocher a un air singulier. Je vois le tombeau. C'est beau ti fui l : mais que ces invalides semblent vieux ; je ne comprends pas que Milord-Duc ait remontré tant de resis lance à Waterloo de la part de ces vieillards. Je cours vers

voiture ; le cocher me demande si je retourne à l'hôtel : je regarde la Gazeite.

Je regrette qu'elle ne parle pas du déjeuner. Pourquoi le cocher s'écrie-t-il : Ah! zut alors. Mon Pocket-Dictionnaire n'explique pas cette expression.

2 heures. Fête au Pré Catelan. — Ma voiture se promène dans un beau jardin à la suite d'autres voitures. — On fait de la musique. — Il y a rie bien jolies femmes, elles ont toutes la même ligure. Le teint blanc jusqu'aux pommettes, à cet endroit une plaque rouge ; des sourcils très noirs et qui descendent jusqu'au bas de l'oreille ; je ne vois pas de sourcils blonds; les yeux sont très longs aussi ils vont jusqu'à la tempo seulement on dirait qu'elles ont reçu un coup de poing sous chaque paupière inférieure. Je ne m'amuse pas beaucoup à celte lètc. — Pourquoi appelle-t-ou ce calcul intégral el comment l'homme qui a porte me» fleurs aura-t-il trouvé mon adresse? Ce professeur n avait-il pas une maladie de peau.

Le cocher, a un rire nerveux.

3 heures au jardin d'acclimatation. Conférence sur l'acchmntation par M. Tousseuel. Je vois l'aquarium, l'endroit où l'on acclimate les saumons et les turbots. Je crois qu'ils pourront s'acclimater mais je doute qu'ils puissent dans ces petites boîtes acquérir toute leur croissance. Dans la conférence on nësocciipe que des animaux. mais on ne recherche pas le moyen d'acclimater les Anglais dans les Indes.

Lorsque je remonte dans la voilure, le cocher me considère fixement, il est j aie et me dit : c est y à Bicètre , bourgeois "> je regarde la Gazette : non. il faut être à 3 heures 1/2 au Jardin des plantes. — Il me répond : c'est à peu près la même chose, niais pour 3 heures 1)2 pas mèche. — Je regarde son fouet* H a une mèche ; partout les cochers sont les mêmes, il faut s'en défier ! J'arrive enfin ! Je monte cl je vois des animaux dans une grande cage on dirait des singes et cependant je connais ces ligures-làV OU les ai-je vues, à la Sorbonne ou à Saint-Louis — mais il est 5 heures moins un quart — mon Dieu ! je ne pourrai faire le programme de la Gazette et pourtant c'est mon droit. Je cours vers la voiture : le cocher doi t et le cheval me semble ma gre. Je le réveille, il me regarde d'un air hébété.— Allons ! Mahe hast!— Qu'est-ce que vous dites? Vos caisses? j'avais pas de colis. — Cet homme est stupuie ! il va lentement je ne serai jainuiis à 5 heures à la mustffue militaire aux. Tuileries J'arrive au moment oîi les soldats partent. Leurs instruments ressemblent aux canons des Invalides. On dit qu'ils vont dîi er. Dîner ? je ne sais ce que je sens de vague, un vide affreux dans le cœur et ma tète qui bouillonne. Ces singes sont shoking dans leur manière de se comporter. Mais vit , à 8 heures musiqne militaire au Palais- Hou al. — Elle est agréable cette musique ! Le cocher ne dit plus rien. Cette fois j'ai regarde; son fouet n'a plus de mèche. C'est suave cette musique, on dirait une douce romance anglaise. Ce sont des chasseurs à pieu, ils sont acclimatés, le chef de musique était au cours d'astronomie, — il ressemble au cocher mais il est mieux vêtu. — Ils s'en vont je pense respirer un peu. Je remonte eu voiture — le cocher met une heure pour me conduire. 44, rue Bonaparte.

8 heures, cours de mnémotecJmie, par l'abbé Moigno. Perfectly , c'est très simple et charmant. La découverte de l'Amérique 1-492 — il y a sept jours dans la semaine — on a deux yeux, 7 X 2 — 14. Il y a en France, vin de Bourgogne, vin de Champagne, vin de Bordeaux, vin du Rmh ;4vius : 1480 Jacob a eu 12 fils, 1 192. Cocher , pavillon Morel.

9 heures à VAlcazar d'Été, Mlle Thérésa, pretty voman. Son chant me rappelle la voix du commissionnaire qui a porté mes fleurs, etsatète, oh l'ai-je vue? Le marchand de journaux, qui tient un sou. Elle a legeste de mon cocher, qui don dans ce moment. Voilà la poésie française A la Sorbonne on ne parle pas de cette poésie, rien n'est sacre pour un sapeur. Cette femme doit savoir boxer. Cocher !

A 10 heures à V Ecole- lyrique. J'arrive et je n'ai que le temps de remonter en voiture, il faut être à i l heures à la Closerie des tilas. Ou sont leslilas? non, c'est la cafte des

singes, je les reconnais tous ; ce sont les mêmes sauts et

shoking. Le cocher dort, il ne veut pas s'éveiller. Il m'a trompe peut-èti e, était-il à Waterloo et il me prend. . , . Non ce n'est possible 11 ne me prend pas pour Mlle Thérésa. LaGazeitele veut : marche I Le cheval est poussif, l'homme est idiot, mais il le faut! Minuit. Fête de nuit de Mabille. Je ne vois rien. Les femmes me prennent pour Myloid-Duc. 3 heures du matin. On me jette sur le lit on me met une camisole de force... et cependant la Gazette le dit, il faut se réveiller à 4 heures du matin, pour l'exercice à faire au Lhamp-de-Marsl...

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M ALaïak',

9 juLllot 1864.

MES VOISINS DE CAMPAGNE

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