‹ La Vie parisienneChapitre 328 sur 662 · TON OPINION · texte numérisé non relu

TON OPINION

c'est presque aussi bien qu'à Pèriguëux.

: IIP

9 juillet 1864.

religion fassent heureux et vécussent dans un bien-être matériel qui leur donnât plus de liberté d'esprit? N'a-t-il pas voulu qu'il y eût toujours des comtesses pleines d'égards pour leur curé ? il entrevoit alors que sous ces pots de confitures et ces pains de sucre se cache les questions sociales les plus graves ; il entrevoit qu'il serait peutpeut-êlre bien en désaccord avec l'esprit de l'église en refusant ces dons qui sont comme un hommage rendu â la religion, et il accepte toutes ces'bonnes choses par respect de la tradition et par amour du droit divin.

Il faut bien dire maintenant que si la comtesse accable son curé de bornés, le reçoit chaque semaine deux fois à sa table et l'admet le soir à son jeu, elle n'est pas sans lui demander des prières nombreuses et fréquentes pour le repos de lame de son noble époux. Ce fut d'abord une messe quotidienne, puis des prières spéciales, puis des lectures pieuses, des chapelets, des oraisons, des cierges à faire brûler, des aumônes à distribuer, toujours dans le but respectable d'améliorer la position du défunt. Ce pauvre et excellent curé se trouva peu à peu envahi par les soins que nécessitait l'àme de son suzerain. Il n'eut plus un moment à lui, et comme il voulait remplir consciencieusement ses engagements, il fut obligé, pour ne rien oublier, de dresser un petit programme où chaque heure du jour était marquée, par un pieux exercice au profit du comte.

Cette àme tenait une place énorme, néces-itait de grands labeurs, et le bon curé frémit un beau jour en songeant quo si, par malheur, il se trouvait au purgatoire — et cela était probable — quelques autres de ses paroissiens, il lui était matériellement impossible de leur apporter par ses prières le moindre soulagement.

Il en fut troublé, car il a bon cœur, de sorte qu'il se disait souvent : mon Dieu ! qu'il est désagréable pour une âme reléguée dans le lieu d'expiation de ne point avoir conservé de relations sur la terre ! Une ou deux fois il négligea, pendant une petite demi-journée, l'àme de monsieur le comte pour songer au salut de ses autres paroissiens, mais il lui sembla que cette demi-journée était un vol fait au château, et jamais il ne parvint à se mettre dans la tète, quelque bonne volonté qu'il y mit, que le repos éternel de Jean Claude, ivrogne et braconnier, de son vivant, pût être comparé au repos éternel de M. le comte descendant des croisades. Il prit donc le parti de ne plus s'occuper que de ce dernier, et il s'en trouva bien; Madame la comtesse ne sut plus comment lui exprimer sa reconnaissance.

— Ah! mon cher curé, mon excellent ami, je n'oublierai jamais ce

que vous faites pour le comte, disait-elle souvent — vous ne revenez pas au salmis, monsieur le curé?

— Faites excuse, madame la comtesse, si Dieu exauce les prières que je lui.. .

— Est-ce que vous n'aimez plus le salmis?... Le moulin de mon meunier qui touche au presbytère ne vous incommode pas au moins? l'idée m'en est venue ce matin. Ce tic-tac perpétuel... je n'ai point voulu renouveler le bail avant de m'assurer que ce meunier eût votre approbation... Mais quelle piquette vous sert-on là pour boire avec le salmis? Bernard, quelle piquette servez-vous là à monsieur le curé?

Et l'excellent homme répétait en lui-même : oui quelle piquette me sort-on là.

— Ce n'est point là mon vieux Pomard, ajoutait la comtesse.

— A coup sûr ce n'est point là le vieux Pomard de madame la comtesse, murmurait le curé.

— Il est inouï que Bernard néglige ces choses.

— C'est sans mauvaise intention... une petite négligence! ajoutaitil en souriant avec bonté. — La douceur de son regard eût désarmé un tigre.

Ne croyez pas que le digne homme ait accepté sans combat le vieux Pomard et soit arrivé, tout de suite à cette liberté d'allures, à cette aisance dans le bien être qu'il possède maintenant.

La première fois qu'il se trouva sur le parquet ciré du salon de la comtesse avec ses s-ouli'TS un peu trop ferrés qu'il sentait glisser maigre lui, il éprouva un état de malaise extrême, l'affabilité de la châtelaine augmentait encore son embarras ; il se sentit rougir en apercevant ses grosses mains rouges, son chapeau lui échappa, il voulut le rattraper et son pied glissa sur le damné parquet. Il ne tomba pas, mais un des clous de sa chaussure pénétra dans le bois et marqua son passade par un sillon profond ineffaçable. — Madame la comtesse fit des prodiges de grâce et d'esprit pour l'empêcher de regarder cette blessure du parquet qui le torturait visiblement — il s'en fut la honte au front; et sans perdre de temps, alla commander une paire de souliers fins.

Je rappelle ce petit fait qu'il aime à se rappeler lui-même, parce que ce fut son premier pas dans cette vie de bien être, dans cette vallée de douceurs où maintenant il chemine à petits pas, la tête haute, la paix dans le cœur et le sourire aux lèvres.

ACHILLE ET THERSITE

11 v a quelques jours, je lisais ceci dans un livre récemment paru : « Les hommes des âges héroïques ne seraient bons aujourd'hui » qu'à lutter dans des foires; il faut pouvoir naître àtemps (1).»

J'interrompis ma lecture; cetie pensée m avait frappé ; j'imaginai immédiatement les deux types les plus opposés d Homère, Achille et Thersite, renaissant dans notre société moderne, et il me parut qu'en effet leurs rôles seraient intervertis. Achille, type éternel de la belle jeunesse, composé merveilleux de délb atesse presque féminine, d'élan poétique, de grandeur sombre, de grâce, de générosité et de cruauté ne trouverait pas de place parmi les modernes. Les germes de ses grandes qualités naturelles ne pourraient s'épanouir, et, ses défauts deviendraient des vices honteux. Leb eau parleur impuissant, plein de haine et d'envie; le chétif Thersite, au contraire, trouverait bientôt sa place. La laideur, la faiblesse musculaire, le peu d'ardeur à la bataille ne sont plus aujourd'hui un obstacle. Et à mesure qu'il serait adouci par le succès, sa haineuse envie deviendrait ambition légitime, et ses récriminations intempestives seraient appelées judicieux

avis. , , , ....

Telles sont les réflexions que m ont suggère la nouvelle qui suit, que si l'on m'accuse d'invraisemblance, parce que j'ai osé choisir pour héros de cette singulière intrigue un hercule forain, je répondrai qui n'cûtl tenu qu'à moi de choisir Léotard.

(1) Louis Ménarcl.

Il était dix heures du matin, etdéjànotre illustre et ôminent financier, le baron Thersite, était dans une ternie irrépro diable, botté, cravaté, épinglé. Tous ses ordres avaient, été donnés à ses commis, tout-s ses affaires étaient expédiées. Il achevait de lire les journaux des deux mondes, avec la négligence d'un homme qui a déjà recueilli dans l'immensité des colonnes tout ce qui pouvait être utile à ses intérêts.

Il était là seul et majestueux, face à face avec ses grandes pensées et sa glace à laquelle il jetait, de t' iups à autre un regard d'approbation. C'est que l'extérieur du baron est un des prodiges de la civilisation moderne. La divinité avait faitdu baron unnain etun pied-plat, mais, grâce à des bottes merveilleuses, et dont cependant le talon n'a rien d'exagéré ou le cuir de raide. le baron est de taille moyenne et il a le pied cambré. La divinité avait dévié légèrementverslagauche l'épine dorsale du baron, et l'avait foitemem courbée, elle avait fait tomber son menton sur sa poitrine ; grâce à l'habileté du plus habile des tailleurs, secondé du plus habile des chemisiers, grâce à une cravate au mécanisme savant, le baron est droit et porte fièrement la tète sur ses épaules.

Enfin, une certaine bouche fortement perforée par nature du côté

9 juillet 1864.

droit, est, par une certaine moustache et un certain râtelier, devenue une bouche qu'on p»-ut présenter dans les salons les plus distingués, armée du fin sourire diplomatique, convenable à un homme qui fait basculer tous les intérêts.

Il éiait là, uniqueet majestueux, dans son hôtel plus unique et plus majestueux encore. La grille rie la rue en est d'or, les marquises qui abritent les portes du rez-de-chaussée, les châssis des fenêtres on sont d'or. Dans l'intérieur, les salons sont tous blanc et or, et les plafonds encastrés d'or, représentent des nudités blanches et rouges sous prctex>e de Bouchers.

Le baron bâilla, il attendait, il s'ennuyait. Mais le timbre de la grille s'étant fait entendre, il remit subitement le nez dans les journaux, et prit avec furie desnotes sur son calepin.

— Monsieur Delambre. annonça le valet.

— Assieds-toi, pardonne-moi, je suis à toi, un instant seulement, dit le baron. Nous avons le temps, le déjeûner de la marquise n'est que pour midi.

— A tes ordres, dit Delambre, je sais quels intérêts et quelles affaires immenses... Et il s'assit sans en rien croire.

Qui ne connaît notre charmant peintre Delambre, l'auteur des Bou» chers du baron Thersite, toujours vieux et toujours jeune, qui a cinquante ans ou vingt cinq, suivant la manière dont on l'éclairé, qu'on prend au sérieux et qu'on ne prend pas au sérieux, qui est très artiste et encore plus commerçant, qui a du génie et même de la facilité, qui est à la fois très célèbre et inconnu, et qui après avoir donné de grandes espérances de talent, gagne trente mille francs par an avec la peinture depuis qu'il ne donne plus aucune espérance.

L'amilié de Delambre et de Thersite est fondée sur le secours mutuel : c'est Thersite qui fait croître rapidement les économies de Delambre, c'est Delambre qui est le baron Thersite lui-même, en tant qu'amateur éclairé des arts. Le baron croit devoir posséder une magnifique galerie de lableaux. mais il a l'esprit trop juste pour acquérir des toiles qu'il ne pourrait pas revendre avec bénéfice.

Quand le baron crut a^oir suffisamment manifesté son importance aux yeux de son ami, il sonna et demanda sa voiture ; quand ils furent montés :

— A l'hôtel d'Alfena! dit le baron Thersite d'une voix retentissante qui voulait dire : A mon hôtel ! à l'hôtel que, je suis en train de construire à la marquise.

i Et la voiture se dirigea au grand trot vers l'avenue des Champs- Elysées. Pendant qu'elle roule , nous avons le temps de dire quelque

chose du passé du baron Thersite et d'expliquer comment il avait lieu d'être satisfait en regardant d'où il était parli et où il étaii. parvenu. Le père du baron était un raccommodeur de casseroles! auvergnat, qui, dans les' dernières années de la Restauration, avait pris boutique rué du Petit- .Musc. Fatigué de batire son ehetif enfant et de lui enseigner le raccommodage des casseroles, il le mit dans une école communale supérieure, où le futur baron apprit le calcul, dont il montra tout aussitôt le génie, la tenue des livres, l'orthographe à peu près. De l'école, le petit Thersite pasta dans un magasin de nouveautés, dont il espéra bientôt devenir le caissier. Mais Thersite était ambitieux, il se dégoûta vite de cette perspeciive étroite, et il entra à la Bourse. Ce fut alors qu'il mangea, pendant deux années, ce qu'on est convenu d appeler de la vache enragée. Au bout de deux ans, Thersite commençait à vivre à p»u près, quand un événement imprévu vint lui ouvrir laroute de la fortune : son père, qu'il ne voyait plus depuis plusieurs années, mourut subitement, et contre toute attente, laissa un héritage de plus de deux cent mille francs. Aussitôt Thersite, qui jusque là avait fait la coulisse pour les autres, monta pour lui-même une maison de courtage. Sa jeunesse n'effraya ni lui ni les clients, sa bosse lui donnait l'air sérieux et inspirait la confiance ; il était rompu à toutes les pratiques et à toutes les ruses du métier, et son argent lui rapportait cinquante pour cent. Ilmêli bientôt aux opérations de bourse des entreprises industrielles; il fut bientôt administrateur, directeur, gérant, principal actionnaire dans toutes les compagnies grandes et petites qui se formaient. Il arriva à ce merveilleux résultat grâce à 1 admiration qu'il sut exciter dans l'imagination d'un tailleur. Ce tailleur, juif allemaud, quelque peu chimérique , bien qu il eut gagné dans la coupe du drap des sommes fort positives, était un des clients de Thersite à la Bourse, il se laissa entièrement séduire, enivrer par le bavardage intarissable de celui-ci ; Thersite, lui pariant avec la fièvre du génie ou de la rapacité, d'entreprises faites ou à faire, lui parut plus beau et plus puissam que Bonaparte; non-seulement il résolut de lui confier ses capitaux, mais il lui donna en mariage sa fille unique. Et comme le digne tailleur étaitde la plus haute aristocratie et des mieux apparentés dans Israël, par lequel fait de son mariage, Thersite devint un personnage. Peu de temps après, il fut en étatde négocierun empruntavec unecour d'Allemagne etreçut en récompense le titre de baron. Dans les quelques aimées qui suivi-

rent, il doubla ou tripla sa fortune tous les six mois. S'il n'était pas l'homme le plus riche de la France, il était peut-être celui qui était mêlé au plus grand nombre d affaires et d'intérêts.

Au moment où nous retrouvons le baron, son beau-père était mort depuis deux années, presqu'aussi riche que son gendre, qui n'avait pu faire autrement que de l'enrichir en s'enrichissant. Bien que le baron dirigeât l'immense fortune de sa femme, et jouît de l'accroissement d'importance que cptte fortune lui donnait, il avait conçu contre la fille du tailleur une irritation secrète. S il eût été veuf, il eût pu aspirer dans sa position à épouser la fille d'un duc. il le croyait du moins. Il avait rompu toute intimité avec elle, il ne la voyait qu'officiellement comme un grand seigneur d'autrefois; leurs appartements étaient séparés par les appartements de réception, l'un à l'aile gauche, l'autre à l'aile droite. La baronne Thersite passait pour s'arranger assez bien de ce régime, et bien qu'elle fût d'une laideur célèbre, elle ne manquait pas, dit-on, de consolateurs.

Pour le baron il venait d'arriver depuis peu à la dernière phase de l'ambition chez les financiers : il voulait être homme d'Etat. Il brillait aux conseils généraux, et s'intéressait plus quo de raison au sort des classes pauvres.

Quand la voiture approcha de l'hôtel d'Alfena, la figure de Thersite s'illumina, il contemplait avec un légitime orgueil l'élégant monument de ses amours prim-ières Cet hù ■ el vcnnit d'être achevé et on y pendait ce jour-là la crémaillère. 11 y avait là, outre la marquise, trois femmes du meilleur monde, dont une pour le moins baronne et une, je crois, princesse, et trois messieurs qui leur correspondaient. Quatre couples, plus 1 artiste venu seul comptant sur le bien d'autrui. Cet autrui c'était surtout, comme il est naturel, le baron lui-même. Delambre croyait de son devoir de faire à la marquise une cour discrète, patiente et assidue.

Le repas fut comme tous ceux de ce gpnre, trop calme et trop cérémonieux au commencement, trop bruyant à la lin. Quand il fut fini on visita du haut en bas l'hôtel dans ses moindres recoins. C'était le prétexte de la rénuion. On parla et on rit beaucoup p> ndant cette promenade, mais il était évident qu'on commençait à s'ennuyer. C'éiait le temps de la fête de Saint-Cloud ; Delambre proposa d'y aller et d'entrer dans les baraques. Cette proposition fut repoussée avec dédain par le baron, avec un silence indifférent par les autres hommes, mais acceptée avec enthousiasme par les dames qui, pour tout dire avaient bu doux ou trois verres do Champagne de trop Chacun des trois hôtes de la marquise avait sa voiture à la porte, ce fut d"iic une procession de quaire équipages qui se dirigea au grand trot vers le pont de Sâmt-Cloud. Les trois premiers étaient des américaines suivait la calèche du baron. Le baron n'aimait pas conduire parce qu'il conduisait naftl; il jugeait d'ailleurs, avec raison, que l'effort qu'il exerçait sur la bouche des che>aux dérangeait la savante économie de son dos. Il s'assit donc à côté do Mme d'Alfena sur la banquette de derrière, tandis que Delambre faisait face à la marquise.

(La suite au prochain numéro.)

EMILE L

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OBSERVATIONS

On arrive au cœur des femmes justement par tout ce qui prouve contre l'amour, par la galanterie, l'assurance, les jolis mots, la gaieté folle, etc., etc., etc.

Les femmes entre elles sont amies jusqu'à l'homme.

La première condition pour être aimable, c'est de ne pas aimer.

Si fidèle que soit une femme à son mari ou à son amant, elle appartient toujours à tous par un côté, par le désir de plaire.

De l'innocence au crime il s'en manque souvent d'une qualité, l'audace.

Si l'on n'avait tant ennobli l'amour que pour n'avoir plus à en rougir, tout en continuant à le faire?

A vingt ans un jaloux se tue ; à trente ans il tue. C'est qu'à vingt ans on aime, à trente on s'aime ; c'est qu'on avait de l'amour, et qu'on n'a plus que de l'amour propre. J'oubliais de dire qu'à quarante ans on n'a plus ni l'un ni l'autre, et que, si la misère s'en mêle, on entre en composition.

— Ce -qui- m'attire surtout aux' bains A la table D non. de meri Jest le monde; ce n'est ■ qu'ici

Monsieur veut-il -des «sperges? qu-'on. peut Jumer sa pipe eu bonne; com-

— "Oui, maïs pas tant qucr çal paginer

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