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EN MER

Il était dix heures du soir, le temps était couvert, la brise, qui toute la journée s'était accrue avec une persistance menaçante, fraîchissait de plus en plus. Les mâts criaient, les poulies grinçaient, et les haubans couverts de givre se raidissaient avec effort. Nous avions pris i deux ris dans les huniers, cependant le navire fatiguait beaucoup. A chaque coup de tangage, la moitié du beaupré disparaissait dans l'eau • les coups de mer passaient par dessus le gaillard d'avant. Je commandai de haler bas le grand foc. La drisse fut larguée, et nous entendions dans l'obscurité le bruit du fasseyement de la voile.

Les matelots hésitaient à monter sur le beaupré. Il fallait donner l'exemple. Choisissant le moment où le navire se relevait, je m'élançai en criant à Yanick qui se trouvait auprès de moi : « Viens Yanick] à nous deux le foc.

Yanick enfonça son bonnet de laine sur sa tête et me suivit en

courant. , . -

Nous étions à peine sur le beaupré, que le navire baissait le nez. Nous fûmes plongés dans l'eau. La mer nous passa par dessus les épaules, et s'en alla déferler sur l'arrière du mât de misaine.

Le navire se releva. Le répit fut de courte durée, mais nous nous dépêchions si bien, que lorsqu'une nouvelle lame arriva, nous étions au . bout du bout dehurs de foc.

La mer était affreuse, nous l'entendions gronder sous nos pieds. Les values en se choquant, éparpillaient des millions d'étincelles, dont la lueur phosphorescente éclairait l'abîme mouvant sur lequel nous

étions suspendus. , . . , „ ,

Le vent augmentait toujours. Le foc battait si fort, qu à chaque :

secousse le beaupré tremblait. Le bout dehors pliait à se rompre. Sans perdre une seconde, nous resserrâmes ce maudit foc.

I Nous avions presque fini, lorsqu'un coup de tangage plus violent

nous fit perdre l'équilibre. . , .

Je me cramponnai par instinct à 1 étais du petit hunier, mais

Yamick passa par dessus le bout dehors. Je le vis disparaître.

— Un homme à la mer ! criai-je en sautant sur le pont, un homme à la mer ! un homme à la mer !

— Un homme à la mer ! répétèrent les matelots.

— En route ! dit le capitaine d'une voix brève.

— Un homme à la mer ! hurlai-je encore malgré moi.

y taisez-vous ! jura le capitaine d'une voix terrible. — En

route! laissez courir!

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