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PREMIER HARPISTE

Je viens de casser une corde.

DEUXIÈME HARPÎSTE.

Attends un peu que je m'accorde.

Plumes !

les gardes du roi — Trop de Voulez-vous des plumes !

crinolines dans les rangs 1

Le roi sort de table en belle humeur. Il a des habits de rechange et consent, pour cette fois, à prêter son costume du premier acte à M. Maubant, qui l'accepte. Aman est pendu. « C'est bien fait » chantent les jeunes Israélites, M. Guichard, toujours charmant, invite gracieusement les Juifs.

A rebâtir le Temple et repeupler leurs villes.

Ils obéissent dans la coulisse, à cause de la règle des trois unités.

Cependant, on entend dans les loges ce vague tumulte précurseur de la sortie. On paye les ouvreuses et on endosse les pardessus. Les jeunes israélites saisissent cette occasion de reprendre le chœur des Girondins.

Non nou non non, etc., etc.

MaidoL'.lîëc change son sac de pommes de terre pour des rideaux tout neufs de la Belle Jardinière .

— Soit, dit Assuérus. je vous pardonne, mais chantez-moi quelque chose de neuf.

Elles reprennent leurs saules suspendus aux lyres du rivage , et à l'heure oii nous mettons sous presse, elles chantent sans doute encore.

Les comédiens, les harpistes, les machinistes , les chanteuses, les dé corateurs, les costumiers, devoir.

Le jeune Racine a du talent. Nous ne serons pas aussi sévères pour

lui que le Constitutionnel de ce matin, qui l'a jugé par un mot qui restera au répertoire :

Racine est un polisson.

Un Aman do pendu, dix de retrouvés, s'écrie la reine, les pompiers de service ont fait

leur

Venez, brebis pensives.

ACHILLE ET THERSITE

La marquise attendit huit longs jours, Piliadys ne paraissait point. Elle allait se décider à reparler au baron, à le mettre en campagne pour retrouver le lutteur, quand on lui annonça qu'un pauvre diable, au langage incompréhensible, insistait pour lui parler. Il présentait, comme moyen d'introduction auprès d'elle, un papier où la marquise reconnut son adresse écrite de la main du baron.

Quand le bel Achille entra, la marquise pâlit, elle eut un moment de désappointement cruel : ce n'était plus un héros, mais un mendiant. Il portait un pantalon de velours râpé dont le fond était rapiécé avec du drap bleu. Ce pantalon, qui lui montait jusqu'aux aiselles, était retenu par une seule bretelles, qui venait s'appliquer sur une chemise de grosse toile noirâtre. Une courte veste, trop étroite pour ses vastes épaules, des gros souliers à clous, une mauvaise casquette qu'il tournait gauchement dans ses mains, lui donnaient la tournure d'un porteur d'eau. Madame d' Aliéna eut quelque peine à le reconnaître, mais bientôt la tête de Piliadys, qui n'avait pas changé depuis huit jours, lui permit de reconstruire dans son imagination le corps gracieux et la suprême élégance de beauté qui se cachaient sous ces haillons. La sensation désagréable qu'elle éprouvait à le voir laid ne donna que plus d'envie de l'habiller d'autre façon.

Avant de lui proposer d'entrer à son service elle lui fit raconter son histoire en son jargon. Le boniment était à peu près vrai, Piliadys était né à Larisse et de la plus haute naissance, disait il; la modestie n'étant pas sa vertu de prédilection. Il lui raconta comment il avait été pris par les recruteurs turcs, comment son vieux sang hellène (1) Voir les numéros du 0 et du juillet.

s'était révolté, comment il s'étaifenfui avec des prodiges d'adresse et de force, et comment il avait été brigand dans les montagnes de la Macédoine (ce qui flatta infiniment la marquise); comment les troupes du sultan avaient dissipé sa bande, et l'avaient forcé à entrer comme valet d'écurie chez un hospodar. Ici il y eut quelque hésitation dans son récit. Le service de ce prince était si mauvais, disait-il, qu'il l'avait quitté. Il était clair qu'on l'avait chassé pour sa paresse ou sa violence. Il avait été ensuite batelier sur le Danube ; là un imprésario ambulant, lui ayant vu décharger des bagagas, l'avait engagé, et depuis deux ans il était hercule de foire.

La marquise lui demanda si ce métier lui plaisait. Il répondit en soupirant, comme le chœur antique :

— O 1 to-to-to-to-to-toi !

Elle lui proposa alors d'entrer à son service comme chasseur. Il demanda tout de suite s'il y avait beaucoup à faire.

— Non, dit la marquise, vous monterez derrière ma voiture et vous ferez mes commissions. Vous serez libre du reste de votre temps, et vous aurez des habits magnifiques avec un chapeau à plumes.

Les deux dernières raisons furent victorieuses auprès du bel Achille, il accepta avec transport, et se mit à énumérer toutes ses qualités comme domestique. Les plus claires étaient qu'il avait quelquefois ciré des bottes, qu'il savait faire le café à la turque et allumer les pipes.

Tout à coup une idée lumineuse traversa l'esprit de la marquise. Le costume banal de chasseur convenait à un gros colosse allemand non à une jolie et svelte nature comme celle du bel Achille; il était Grec, il fallait le vèlir en pallicaro. Elle était marquise italienne,

23 juillet, 1864.

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