LE PRIX MONTYON
« L'homme qui, passant ses nuits au jeu ou â la » la Maison-d'Or, voit nécessairement leverl'aurore » et les balayeurs, cet homme, Messieurs, est-il » "vertueux? »
{Discours de M. de Broglie.)
La vertu récompensée me fait toujours rire. J'admire ces originaux qui lèguent leur fortune à une ménagerie, comme, vous avez pu le voir dans les journaux de ces derniers temps, mais je professe un culte pour ces bienfaiteurs de l'humanité qui, après avoir vu le rideau retomber sur la farce humaine, fondent des prix pour l'amélioration des races vertueuses.
J'allais autrefois à l'Académie, et je prenais au sérieux cette céré monie. Mais aujourd'hui, riche de la perte de mes illusions, la rude expérience des nommes et des choses. . . et des femmes, m'a depuis longtemps appris que le sol de Nanterre n'est pas, comme les sables de la mer, mêlé de coquillages, et que les prix de vertu me paraissent un prétexte merveilleux à des discours littérairement académiques et souverainement ennuyeux.
N'est-ce pas une excellente plaisanterie que de proclamer, en plein Institut, des aphorismes comme celui-ci :
« N'accusons pas le siècle et ne désespérons pas de l'humanité ; » nous avons jeté le filet au milieu d'une population de 38 millions » d'âmes, et nous avons péché vingt honnêtes gens ! »
Vingt honnêtes gens en France, c'est peut-être beaucoup dire'?...
Si de tels résultats prouvaient quelque chose, c'est qu'il faut deux millions d'individu, pour former un lauréat. Comme cela repose le cœur, n'est-ce pas?... La statistique me fait parfois rêver.
Je ne puis résister au plaisir de donner ici quelques extraits du règlement officiel sur les prix de vertu :