PRIX DE VERTU
Ce prix est distribué annuellement par l'Académie ; tous les départements de la France sont admis à concourir: il peut être donne intégralement, ou partagé en plusieurs prix et en un certain nombre de médailles ou récompenses. L'Académie fixe, lors du jugement du concours, la somme qui sera allouée à chacune des action], qui ont mérité d'être distinguées par elle.
Ces sommes sont payables au secrétariat de l'Institut; les personnes doivent se présenter elles-mêmes, ou se faire représenter par un fonde de pouvoirs muni d'un titre notarié.
Les demandes d'admission au concours des prix de vertu sont faites notamment par les autorités du lieu où réside la personne présentée.
On adresse un mémoire très détaillé de l'action ou des actions vertueuses ; on a soin d'indiquer les nom, prénoms, lieu de naissance, âge de la personne présentée, l'époque et la durée de l'action, qui doit s'être prolongée jusque dans le cours des deux années précédentes, le nom et le domicile des personnes qui en ont été l'objet.
Qu'en pensez vous?
J'ai bien étudié ce chef-d'œuvre, qui renferme le catalogue de toutes les vertus, je n'y vois pas la Modestie. Eh I si vous voulez que j'admire vos lauréats, Messieurs de l'Académie, ne les payez pas!
Pour moi qui n'aurai jamais le prix Monlyon, ni vous non plus , cruelle Cydalise, la première fois que je vous rencontrerai, je vous dirai le syllogisme des écoles :
11 faut aimer ce qui nous rend heureux : » Donc, Madame, je ne puis aimer la vertu. »
CHOSES ET AUTRES
Le Siècle publie un roman, dont l'auteur se demande avec une fiévreuse indignation à quoi peuvent servir les moines? Ces derniers répondent sur un tas d'affiches jaunes, bleues, vertes Chartreuse par-ci, Trapistine par-là. Aujourd'hui ce sont les Bénédictins de Fécamp qui viennent d'inventer une nouvelle liqueur. Desavants qu'ils étaient aulrefois, les buns pères se font liquoiistes. Et l'on dit que ces gens-là ne marchent pas avec leur siècle :
Les deux églises du boulevard Malesherbes et de la rue Saint-Lazare ont été commencées à peu près en même temps que le nouvel Opéra. Les voila presque terminées, tandis que ce dernier sort à peine des fondations. Comme c'est bien nous: une église, c'est pende chose, et l'on va vite... mus un théâtre demande du soin.
On signale l'apparition de deux'étoiles : l'une au théâtre du Palais-Royal, l'autre au Jardin Mabille, Honorine et Castagnette ; ces deuv étoiles seraient du sexe féminin. On ignore encore si ces astres sont errants ou fi ses. L'Observatoire étudie.
Le Constitutionnel ne veut plus de M. de Sainte-Beuve ; mais l'Académie veut bien de M. delà Guerronnière. Il y a compensation.
A Londres, lespolicemen ont changé leur costume. Us portent maintenant un casque et une tunique. La tunique, c'est une affaire de goût. Ceux qui rient dateur casque me paraissent ignorer ce que c'est qu'un policemen. Un policemen est un être créé et mis au monde pour porter un bâton et en recevoir des coups. 11 est donc naturel "qu'il se protège le front.
L'Académie française descend des hauteurs sereines ou|jusqu'à présent elle s'est tenue. Ces vieux enfants terribles, dans une séance intime, ont>pplaudi une fable inédite de M. Viennet sur la question danoise.
Voici les derniers vers de cette fable :
Le chien courant, l'oreille plate, Mais le front haut comme devant, Jette, en gagnant son lit, ces paroles au vent : — Il a tort, le mouton, de tenir à sa patte !
Mais si les loups vont jusqu'à l'homoplate!
S'ils menacent la tête! Oh ! pour lors! A ces mots
Le ciel, la terre et leurs échos Répondent à ce qu'il veut dire Par un immense éclat de rire !
30 juillet, 1864.
Le CocoU'-club a commencé à fonctionner. Il a commandé un certain nombre de mirlitons; MM. Feuillet et Ponsard rédigeront les devises.
La question de l'Ecole des Beaux-Arts revient sur l'eau, et l'Académie prépare une sortie sérieuse. M. Ing>es devrait, assure-t-on, prendre la parole au Sénat sur cette grave question. On se demande s'il lira son discours ou s'il l'improvisera. Moi j'espère qu'il l'improvisera. Il paraît qu'il a un débit superbe, contenu mais puissant. Dans le corps du discours, il proposerait d'exclure des expositions annuelles tous les tableaux de genre et tous les paysages comme lui étant particulièrement désagréables; puis dans une péroraison touchante, il lancerait quelques mots sur la ligne considérée au point de vue gouvernemental. Il parait que ces quelques mots de la fin sont autant de petits bijoux.
Si respectueusement dévoués que nous soyons à la cause du. clergé, no'us devons regretter qu'on n'exécute pas les miracles avec plus de soin. — Dans tout ce qui touche à la foi, il faut de la finesse et du tact. — Voici le fait récent à l'occasion duquel nous émettons ce regret :
Un débat assez grave était survenu entre le clergé et la iabrique de Saint- Omer. L'un voulait changer la statue de la Vierge aux Miracles, l'autre voulait la conserver. La question a été tranchée de la façon suivante : On trouva un matin dans la main de l'Enfant-Jésus porté par la Vierge aux Miracles une lettre ainsi conçue : Ma mère el moi, nous ne voulons pas nous en aller.
Bien entendu, on a obéi. — Le fonds, l'idée, l'intention sont excellentes et respectables, à coup sûr, mais pourquoi ne pas soigner l'exécution, et avoir oublouié un timbre-poste sur l'enveloppe?
Pour finir, une bûtise sans queue ni tête sur LE NEZ DE BRESSANT Quelqu'un qui, par sa position officielle, est d'ordinai e bien informé, m'assurait hier au soir chez la duchesse K. de P., rue Saint-Honoré, m'assurait, dis-je, que... j'hésite à le dire, ma parole d'honneur, tant la chose me paraît singulière, étrange, impossible, au premier moment. Après tout, cela est possible. Malheureusement la chose une fois connue, avec cette liberté de théâtres, il va y avoir des jaloux, on lui prendra ses rôles... on ne sait pas où cela P"tit s'arrêter.
— Au moins peut-on savoir?...
— Mon Dieu, voici le fait. Je vous le donne commo une nouveauté. On le sait d'avant-hier par son médecin, qui, à l'article de la mort, s'en est confessé. Use considérait comme complice de supercherie vis-à-vis du public. Supercherie est
bien fort, mais enfin il est certain qu'il y avait une intention indélicate làdedans. Bref... vous n'êtes pas sans savoir que M. Bressant doit une partie de ses succès à son nez, ce nez blanc, expressif, sensible, touchant ; ce nez qui savait trouver des larmes et semblait vous regarder de ses grands beaux yeux noirs dans les moments pathétiques; ce beau nez d'une si belle structure, qu'on ou bliait, en le voyant, son volume. Il était grand et gros, mais pour le sentiment et la distinction, il ne craignait pas un nez en France. Je l'ai suivi longtemps au bout de ma lorgnette, il était surprenant, intelligent comme une grande personne... eh bien...
— Est-ce qu'il l'aurait perdu "... Mon Dieu ! qu'est-ce vous me dites-Iâ ?
— Perdu! Ce nez, puisqu'il faut tout vous dire, n'a jamais existé. Il était faux !
— Ah ! les bras m'en tombent !
En y réfléchissant, c'est une chose affreuse ! Car enfin sans son grand nezt M. Bressant n'est plus M. pressant...., sociétaire premier jeune premier du premi r théâtre de l'Europe. Dame ! c'est à la lettre, ôtez-lui son nez et vous n'avez plus qu'un petit M. Bressant inconnu... c'est une réputation à refaire.
— D'autant plus qu'il serait méconnaisable. Son vrai nez, celui qu'il tient de la nature n'occupant pas le quart de celui qu'on lui connaît. C'est un tout petit nez pointu et retroussé, très-pâle et assez chétif ; cela se comprend, un nez qui ne prenait jamais l'air, qui étouffait sous le gros imposteur.
— Mais l'a-t-on vu au moins, le petit pointu, le vrai, le chétif?
— Deux personnesseulement l'ont entrevu : M. le préfet de police et M. Ingres, qui en aurait fait à la hâte un croquis... un de ces croquis... il n'y a qu'un trait, vous savez; mais ça vous a un caractère...
— Enfin, es croquis est bien?
— C'est ce que M. Ingres a fait de mi^ux de beaucoup. Le fait est que la position de M. Bressant devient insoutenable. Continuer de se montrer en public avec son ancien nez, c'est narguer l'opinion ; il le sent très-bien et garde la chambre. D'autre part, se laisser voir avec son^véritable petit nez, pointu, chétif, c'est perdre le fruit de beaucoup d'années de labeur, c'est recommencer sa carrière, c'est perdre ce bel organe de la gorge que vous savez, et qu'il obtenait en ralentissant la course du volant qui obéit à la grande roue du système Carcel. Que voulez-vous qu'il fasse maintenant, ce pauvre M. Bressant.
— Oh ! mais, c'est une indignité de la part de son médecin !
— Une indignité; mais que voulez-vous, le médecin est mort; lui faire un procès n'avancerait pas à grand' chose.
Il va sans dire que je raconte sous toute réserve cette conversation que j'eus hier au soir. Si ce qu'on m'a dit est vrai en tous poiu's, c'est affreux. Mais est-ce bien vrai ?
L'ancien nez de Bressant, plan, coupe et élévation.
30 juillet 1864. ;