A LA SOURCE DE LA GRANDE-GRILLE
é^^i&^jTSS^SSSi Cr rAÏ^'^i 3° S0° ston,achill> WlW ^ l'Ahbhama, pour un abordagé manqué; Fille-de-l'Air et son jockey, pour les coups meSeuSe eTcelïe dé M P ^ T r' ™! n'»S ffS a.Mal>,1*ou ??° 6asmte a la M<nsou-d'Or ; l'abbé -, l'auteur du Maudit, pour remords cuisanls. - Mais la cure la plus merveilleuse est celle de M. P. de L. qui n avait jamais pu être décore, et qui, après quinze verres d'eau de Vichy, reçut sa nomination de chevalier.
6 août 1864.
par chapitre et par article. Jules voulait m'allouer 12,000 francs^ pour ma toilette, mais je déclarai n'en vouloir accepter que 0,000; j'avais d'ailleurs mon idée
Ce n'est pas 12,000 francs, me disais-je, ni môme le double, qui me permettront de lutter d'élégance avec celles qui dépensent de 5 à 10.000 francs par mois pour leur toilette; il faut trouver autre chose. — Ne pouvant me faire riche, je résolus de me faire une élégance à moi, et j'arborai le drapeau de la simplicité quand même. Plus de riches étoffes, plus de bijoux. Le matin, pour sortir, les robes les plus simples en étoffes anglaises et chez, moi des peignoirs blancs; le soir, systématiquement, de la mousseline blanche et des fleurs naturelles. J'étais vouée au blanc. Mon seul luxe fut la lingerie. 6,000 francs devaient, selon moi, suffire à cette tenue de première communiante. — J'eus un succès fou. Je devins une lionne, un type d élégance; je fus la princesse Mousseline, la fée organdi, la dame aux violettes, etc. Les dames de satin et de moire antique enrageaient; quelques unes essayèrent de me copier, mais à force de génie je restai maîtresse de la position. J'ai dit génie, et je ne m'en dédis pas, car il ne faut rien moins que cela pour varier cette simplicité constante.
Jules m'admirait et était lier de moi quand, en entrant dans un bal, on s'écartait pour me laisser passer en disant :
— Qu'elle, est jolie! quelle délicieuse toilette! c'est une apparition! Heureux mari!
Et l'heureux Jules ajoutait :
— Et elle est si raisonnable!
Et, moi aussi, je me croyais et disais raisonnable! Mais quel réveil! inattendu. J'en eus un premier pressentiment lorsque j'appris la débâcle de Mme X., une de mes imitatrices distancées, qui a été forcée de déposer son bilan et d'avouer à son mari un passif de plus de 100,000 francs! La peur me prit et je voulus établir ma situation. Que de mots barbares et qui sentent leur tribunal de commerce! mais je les ai appris à mes dépens. Bref, tout compte fait, je devais 60,000 francs! en quatre ans! Oh, sainte simplicité!
Les notes pleuvaient chez moi, et les fournisseurs comme caiont à perdre deleur politesse. Que faire dans cette position critique? n Avouer mon erreur à mon mari et perdre ainsi en un seul jour le fruit de mes quatre années de simplicité et de raison'! Je n'y songeai même pas. Je vendis mes diamants et donnai quelques à comptes, mais cela no rit que mettre mes créanciers en appétit. La position devint intolérable et je fus trop heureuse d'aller passer l'été dernier à Spa, pendant que mon mari était retenu en Auvergne par la vente de ses bois. C'était deux mois devant moi.
Là, je vis jouer, et, faisant taire tout scrupule, je résolus d essayer de la roulette ; il s'agissait de sauver mon sceptre de femme maîtresse
au logis. '. . . T
Je jetai bravement cinq louis sur le premier numéro venu. Je gagnai d'abord; puis je perdis. Cela devint bientôt une frénésie. On ne saurait croire' la jouissance qu'il y a dans ce duel avec le. hasard : le vaincre est sublime, être vaincu par lui est une rage pleine de puissance et de volonté qui no met pas en doute la revanche. Mais la folie ne me fut pas plus propice que la raison, et je revins à Paris plus endettée que jamais; je fus même obligée de signer des engagements onéreux pour avoir un peu de répit. C'était moins que jamais le moment de me confesser à Jules, ma dernière folie de Spa ne pouvant me compter comme circonstance atténuante. Je m'en remis donc à l'avenir, comptant sur le hasard et sur une éventualité quelconque comme il en arrive toujours à ceux qui ont la force de ne pas s'inquiéter. Pour m étourdir, do même que les négociants à la veille de faire faillite redoublent de dépenses, je multipliai les robes de mousseline et les fleurs naturelles.
Un matin, j'étais assise à ma toilette, me faisant longuement et doucement peigner par Thérèse qui a la main si légère. J'étais sous l'influence de cette sensation délicieuse de ce peigne allant et venant qui magnétise et fait doucement rêver, lorsque ma porte s'ouvrit brusquement et Jules fit irruption dans la chambre. Je déteste toujours ces façons sans gêne; parce qu'on est le mari d'une femme, ce n'est pas une raison pour se montrer mal élevé près d'elle. Je ne détournai donc pas la tête et fermai les yeux à moitié. C'était protester contre l'inconvenance du procédé. Jules, dans un autre moment, l'eût compris, mais au lieu de venir doucement m'embrasser et me demander
Pa!^<Renyoyez Thérèse, dit-il ; et il se mit à arpenter la chambre en froissant des papiers dans sa main.
— Vous permettez du moins, répondis-jc, qu'elle relève mes cheveux. Prenez votre temps, Thérèse; qu'avez-vous donc do si pressé à me dire, Jules ? ' ' ' . ■ -,
Au lieu de répondre, il me jeta les papiers qu il tenait a la nain. C'étaient les comptes des mes fournisseurs!
Je pensais si peu à tout cela que je perdis d'abord la tète , comme une sotte et j'ordonnai à Thérèse de nous laisser seuls. Mais je revins bientôt à 'moi, et le sang froid que je montrai surprit Jules, poltron par excellence. .,
— Me direz-vous enfin, ce que tout cela signifie? lui dis-je en ramassant avec impassibilité les feuilles éparses.
— Mais c'est à vous de me donner des explications. Connaissez-vous
le total ? '
— Parfaitement : 90,000 francs et des centimes.,
— "Vous l'avouez! Et votre pension de 6,000 francs qui devait vous suffire!
— Elle n'a pas suffi apparemment. Après ?
— Mais c'est de la folie! 30,000 francs chez votre lingère!
— C'est le prix de la mousseline.
— Quatre mille francs chez Adde ; plus de 8,000 de gants de Suède J'ai calculé deux paires et demie par jour!
— Eh bien ?
— Puis des ombrelles, des cravaches, des cannes pour 8,000 francs! Je me mis à rire :
— J'ai ouï conter à mon père que le duc de Dino avait dû, sous le premier Empire, jusqu'à 30,000 francs au Singe vert, la boutique de cannes à la mode d'alors.
— Quelle impudence! une maîtresse coûte moins que vous.
— Joli propos d'homme bien élevé! Rappelez-vous, monsieur, à qui vous parlez ; si je coûte plus qu'une maîtresse, c'est que je vaux davantage sans doute, et, clans tous les cas, il ne vous est pas permis de me traiter comme ces créatures dont on paie les dettes; ma dot est là pour payer les miennes.
— Mais comprenez donc que nous sommes obérés.
— Comment obérés ?
— Rappelez-vous que j'ai été obligé de vendre les bois de "Vcnce.
— C'était, disiez-vous, pour en replacer le prix en fonds espagnols.
— Mais..., dit Jules en hésitant, dans l'intérêt de la communauté, j'ai cru devoir différer...
Son embarras me donna de suite à penser; j'eus je ne sais quelle intuition subite, et je répliquai presque sûre de mon fait :
— Je comprends, monsieur, que vous sachiez au juste ce que coûte une maîtresse, et mois je sais maintenant où est passé l'argent des bois de Yence, dis-je avec une superbe que m'envierait Mlle Fargueil.
— Henriette! Henriette! fit Jules attéré à son tour.
— Assez. Retirez-vous, monsieur.
Et il partit sans essayer de se justifier.
Et moi, abandonnée tout d'un coup par la force factice qui m'avait soutenue, je tombai anéantie. C'est bien la peine de se montrer forte pour être en réalité si faible! Le croirais-tu, je me pris à aimer Jules comme je ne l'avais jamais aimée de ma vie et à le pleurer à la façon d'Ariane! c'était absurde! Quelque éprise que j'ai été de mon mari, je ne me suis jamais fait illusion sur son compte et i'ai toujours vu tel qu'il est : avec peu d'esprit, un caractère faible et un physique d'auditeur au conseil d'Etat.
Eh bien! à cette heure cruelle, je no sais comment, Jules m'apparaissait sublime comme un héros, et tous les souvenirs de nos jours d'amour bouillonaient dans ma tète et dans mon cœur comme l'eau du thé. Et quels souvenirs? les plus bêtes du monde : une course à Gavarni où, surpris par l'orage, Jules m'avait affublée du carrick du guide ; notre traversée de Gènes à Livourne, pendant laquelle il avait voulu être seul à me soigner tout malade qu'il était lui-même; et d'autres du môme genre. Et je pleurais, je pleurais!
Ma fille vint gratter à ma porte après deuux heures de ces singuliers regrets; elle vit mes larmes, et, tout en pleurant elle-même, elle essayait de me consoler :
— Maman a du chagrin, maman doit se consoler pour sa Ninie, et elle m'apportait les uns après les autres tous ses jouets.
Tout à coup elle se mit, joyeuse, à frapper des mains :
— J'ai trouvé : allons chez madame de Fersennc; son petit chien est si drôle, il te fera rire.
Ce fut un trait de lumière. On est toujours sauvé par ces petits anges-là.
nETsRIETTE CHRISTOPHE.
(la fin au prochan numéro.)
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