‹ La Vie parisienneChapitre 397 sur 662 · AU CHATEAU · texte numérisé non relu

AU CHATEAU

C'est une boîte photoplastique que la maison Guillemois m'envoie île Paris ; au lieu des monstres que nous commettions chaque jour avec l'ancien système, nous allons pouvoir obtenir de vraies miniatures.

Sur un champ de bataille : un millième de seconde de pose. Quel service rendu aux peintres ! au lieu de froids mannequins, ils vont donc pouvoir étudier la nature dans ses mouvements les plus rapides.

Séchez vos larmes, chers messieurs les photographes , ces magnifiques résultats vous pouvez les obtenir avec vos objectifs : une légère modification que la maison Guillemois se charge d'y apporter et tout sera dit.

Le Propriétaire-gérant, MARCELIN.

Paris. ~ Imp. KUGELMAXX, 13, rue Grange-Batelière.

20 août 1864.

.4 ..l/o)is/('//r' CLAUDE DE L..., ou Séminaire dé. P ...-sur-C ... J) 'mile -Snône).

C'est pour mon âme une jouissance singulière que de venir converrseavec toi, mon cher Claude. Te le dirai-je?Je ne peux songer sans une pieuse émotion à cette vie qu'hier encore nous menions ensemble au collège des Jésuites. Je pense à nos longives causeries sous les grands arbres du parc, aux pieux pèlerinages que nous faisions chaque jour au Calvaire du père supérieur, à nos chères lectures, à ces élans de nos deux âmes vers là source éternelle de toute grandeur et de toute bonté. Je vois encore la petite chapelle que tu organisas un jour dans ton pupitre , les joiis petits cierges que nous avions fabriqués pour elle, et que nous allumâmes un jour au milieu de la classe de cosmographie. Délicieux souvenirs, que vous m'êtes chers! charmants détails d'une vie pure et calme que je vous retrouve avec bonheur! Le temps en m'éloignant de vous semble n'avoir fait que vous rendre plus présents encore à mon souvenir. J'ai vécu hélas! durant ces six longs mois, mais en acquérant la science du monde, j'ai appris à aimer davantage la sainte ignorance de ma vie passée. Plus sage que moi, tu es resté dans la voie du Seigneur, ami, tu as compris la divine mission qui t'était réservée ; tu n'as point voulu franchir le seuil profane et entrer dans ce monde, dans cette caverne, devrais-je'. dire, où je suis maintenant assailli, balotté comme un frêle esquif du. rant la tempête. Et encore la tempête des flots de la mer n'est-elle pas un jeu d'enfant si on la compare à celle des passions? Heureux ami, qui ignore encore ce que je sais déjà! Heureux ami , dont les yeux n'ont point encore mesuré l'abîme où mon regard s'est déjà perdu.

Mais que pouvais-je faire? N'étais-je pas obligé, en dépit de ma vo-

cation et de mon amitié tendre qui m'appelaient à tes côtés, n'étais-je pas obligé d'obéir aux exigences du nom que je porte, et aussi à la volonté de mon père, qui me destinait au métier des armes pour la défense d'une noble cause.; que tu défendras aussi. Bref, j'obéis et je quittai le collège des. Pères pour n'y plus revenir.

J'entrai dans le monde le cœur plein des craintes salutaires que notre pieuse éducation y avait fait naître. Je m'avançai craintif, mais au bout d'un instant, je me reculai d'horreur. J'ai dix-huit ans, je suis encore jeune, mais j'ai déjà réfléchi beaucoup, et l'expérience de mes pieux directeurs a jeté dans mon. Ame une maturité précoce qui me permet de juger bien des choses ; d'ailleurs ma loi est tellement inébranlable et a pénétré si profondément en mon être que je puis regarder sans danger autour de moi. — Je no crains pas pour mon salut, mais je suis navré en songeant à l'avenir de notre société moderne, et je prie le Seigneur dans toute la ferveur d'un cœur préservé du mal de ne point détourner son regard de notre malheureux pays. Ici même, chez la marquise de K. de C, ma cousine, où je suis en ce moment, je ne découvre que frivolité chez les hommes et dangereuse coquetterie chez les femmes. Le souffle pernicieux de l'époque semble pénétrer même dans ces hautes régions do 'l'aristocratie française. On y discute parfois sur des sujets de science, de morale qui portent une sorte d'atteinte indirecte à la religion elle-même, et sur lesquelles notre Saint-Père le Pape devrait seul être appelé à prononcer; ainsi : Dieu permet qu'en ce moment, certains petits savants, les pieds plats de la science, lu m'entends, expliquent d'une façon nouvelle l'origine I des êtres, et malgré l'excommunication qui sûrement va les atteindre,

ÎOaoûf.'ISM;

lancent un défi farouche et impie aux plus respectables des traditions.

Je n'ai pas voulu m'éclaircr sur de pareilles turpitudes, mais j'ai entendu avec une véritable douleur des esprits de poids, des noms illustres y attacher quelque importance.

.ssiiiS-St aup JÏOr leTtaicia p»o ISTS t >.ann uaïaqfi sisvr, in u) ta aa-i^sas Quant aux mœurs et aux habitudes, sans être immorales, ce qui ne

saurait être dans notre monde, elles sont cependant d'une frivolité, d'une facilité d'allures horriblement choquantes. Je ne veux t'en citer qu'un exemple, aussi bien c'est celai qui m'a le plus frappé.

Il y a à dix minutes du château une délicieuse petite rivière ombragée, par de grands saules ; le courant est peu rapide, l'eau transparente comme le cristal, et le lit recouvert d'un sable si fin qu'on y enfonce comme dans un tapis. Or, croirais-tu, cher ami, que, par ces grandes chaleurs, tous les habitants du château y viennent à la môme, heure, ensemble et sans aucune distinction de sexe, y prendre des bains! Un simple vêtement peu épais et fort étroit voile assez imparfaitement la pudeur singulièrement osée de ces dames. — Pardon, mon pieux ami, d'entrer dans tous ces détails et de troubler le calme de ton âme par la peinture, de ces scènes mondaines, mais je l'ai promis do te faire part

de mes impressions, de mes pensées les plus intimes. C'est un enga-

, ., ... .1101 no fifiJa aiai sra io ,<nqmo'( Ifiol

sèment sacre auquel 1 obéis.

, J'iadO/l ,or!j/ifinj r.l anal is lorn-senaïaana .Inonalnystri riaid aa. —

Je t avouerai donc que ces scènes de bains me révoltèrent au dernier point la première fois que. j'en entendis parler. J'en ressentais une sorte de dégoût facile à comprendre, et je refusai absolument d'y jouer un rôle. On me plaisanta bien un peu, mais ces railleries mondaines ne surent m atteindre et ne changèrent rien à ma détermina-

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non .enisuoy Bca.aoa : aiibii/I ùb aimac'i son lasarom aa à lao'Q —

Cependant hier, vers les cinq heures du soir, la marquise me fit appeler, et s'arrangea si sipirituellcment qu'il me fut impossible de ne pas lui servir de cavalier.

-agia sula ■Jiflôlnos jiLuicui oejnpjaniBl au oliicJ Jtl.smd nom ai» in yd JNous partîmes. — La femme de chambre portait nos costumes de

bain, celui de la marquise et celui de ma sœur, qui devait nous rejoindre.

TiiBîîq top te sanusbaom eè'uoùô a» ntôg ajjesnoa aa ai 'naa ai anpaioJ

— Je. sais, me dit ma cousine, en s 'appuyant sur mon bras un peu

trop pour la bienséance, je sais que vous nagez fort bien; le bruit de vos talents est venu du collège jusqu'ici, et vous allez m'apprendre à faire la planche, n'est-ce pas, Robert ?

— Je fais peu de cas, lui répondis-jc, chère cousine, de ces petits avantages physiques. — Je nage passablement, rien déplus.

Et je détournai la tète pour éviter une odeur extrêmement pénétrante dont ses cheveux étaient empreints. — Tu sais que je suis sujet aux névralgies.

— Mais, mon cher enfant, les avantages physiques ne sont pas non plus tant à dédaigner.

Ce cher enfant me déplut fort. Ma cousinea vingt-six ans, c'est vrai, mais je ne suis plus, à proprement parler, un cher enfant, et, d'ailleurs, il 'dénotait une familiarité que je n'avais point souhaitée. C'était de la part de la marquise une conséquence de cette frivolité d'esprit, de ce laisser aller dans les paroles que j'avais remarqué, et rien de plus ; mais enfin j'en fus choqué. Elle poursuivit :

— Une modestie exagérée n'est point de mise dans notre monde, — et elle se tourna vers moi en souriant. — Vous ferez un très-joli cavalier, mon petit Robert, et ce qui vous manque est facile à acquérir. Par exemple. .. faites-vous donc coiffer par le valet de chambre du marquis... il vous accommodera à ravir, vous en serez satisfait.

Tu dois comprendre, mon cher Claude, que je répondis à ces avances avec une froideur qui ne laissait aucun doute sur mes intentions.

— Je vous le répète, ma cousine, lui dis-je, j'attache à tout cela peu d'importance, et j'appuyai mes paroles par un regard ferme... glacial. Alors seulement, car je n'avais point avant jeté mes yeux sur elle, j'aperçus les élégances profanes de sa toilette; élégances auxquelles, malheureusement, la beauté périssable de sa personne sert de prétexte et d'encouragement.

Elle avait les bras nus et ses poignets étaient perdus parmi les bracelets, le haut de son çorsàge était voilé d'une façon insuffisante par la trame trop légère d'une gaze transparente ; en un mot, le désir de

piaire se traduisait en elle par tous les détails de son ajustement. Jé

fus ému à l'aspect do tant de frivolité, et je me sentis rougir de pitié,

, .aàllipom inoiaa eaiomam «l 'imr.biîrrt afi xnavada aaJ — presque de honte.

Enfin, nous arrivâmes au bord de la rivière. Elle quitta mon bras, et, sans façon, elle s'affaissa — je no saurais dire qu'elle s'assit — sur l'herbe en rejetant en arrière, les longues boucles de cheveux qui perdaient de son chignon. — Le mot chignon, dans le langage mondain; exprime cette proéminence du crâne que l'on remarque au sommet postérieur de la tête des femmes. Elle est produite par la réunionne leurs longs cheveux tordus ou nattés. J'ai cru deviner, à certaines allusions que plusieurs de ces chignons n'étaient point naturels. Il est des femmes, trop dignes filles d'Eve, qui achètent à prix d'or les chevelures que leur livre — 7torre%o referais — ou la misère ou la mort, xiiatrn ;aij;i ««, woq ooiiaanp na amulaoa al saaabaaniianplaupadVB Cela soulevé le. cœur.

— Il fait une chaleur excessive, mon petit cousin, dit-elle en s'éventant. Je tremble à tous moments, par cette température, que le nez de M. do Beaurénard n'éclate et ne prenne feu! Ah! ah! ah! Ma parole d'honneur.

Et, elle partit d'un grand éclat de rire à propos de cette plaisanterie assez inconvenante et sans grand sel. M. de Beaurénard est un ami du marquis, qui a, en effet, le visage coloré.

J'exécutai un sourire de politesse qu'elle prit sans doute pour une approbation, car elle se lança alors dans une Conversation, un bavardage sans nom, alliant aux sentiments les plus profanes les idées religieuses les plus étranges, le calme des champs au tourbillon du monde, et cela avec une liberté de geste, un charme d'expressions mondaines, une finesse de regard et une sorte de poésie terrestre par lesquels tout autre esprit que le mien eût été séduit.

— C'est un adorable endroit, avouez-le, que ce petit, coin '?

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— A coup sur, ma cousine.

— Et ces vieux saules, avec leurs grosses têtes penchées vers le courant, voyez comme les fleurettes des champs entourent gaiement laur tronc meurtri. Est-ce étrange, ce feuillage jeune , élégant , argenté, ces branches souples et fines! Tant d'élégance, de fraîcheur et de jeunesse s'élançant de ce vieux corps qui semble maudit.

— Dieu ne saurait maudire un végétal, ma cousine.

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— C'est possible; mais je ne puis m'empêcher do trouver dans les saules quelque chose qui' sent l'humanité. La vieillesse éternelle a l'air d'un châtiment. Il expie et il souffre, ce vieux réprouvé des rivages, ce vieux Quasimodo des champs! Que, voulez-vous que, j'y fasse, mon petit cousin, voilà l'impression que j'éprouve... Qui médit que le saule n'est pas la' dernière incarnation du pêcheur à la ligne mort dans Timpénitence ? — Et elle éclata de rire.

— Ce sont là des idées païennes et tellement contraires aux dogmes, que je suis forcé, pour les expliquer dans votre bouche, de supposer que vous vous moquez de moi.

' — Mais pas le moins du monde, je ne me moque pas de vous, mon petit Robert. Vous n'êtes pas de la première jeunesse , savez-vous? Tenez, allez vous habiller pour le bain. Je vais entrer dans la tente et en faire autant. A bientôt , mon petit cousin. Et elle me salua de la

main en soulevant l'un des côtés de la tente avec une coquetterie

(ïjf.-xn. ni iom-sannoCI ; anoo anoY-xaanoq ïoop k .JiadoiT .netd il$L — visible.

Quel étrange mystère que le cœur des femmes !

Je cherchai ûn endroit touffu tout en songeant à ces choses, et en un instant j'eus revêtu mon costume montant... Je pensais à toi, mon pieux ami, en boutonnant le corsage et les manches. — Combien de fois né m'as-tu pas aidé à exécuter ce petit travail, auquel j'étais si maladroit! Bref, j'entrai dans l'eau et j'allais me mettre à la nage, lorsque le timbre, de la voix de la marquise arriva jusqu'à moi. Elle causait avec sa femme de chambre dans l'intérieur de la tente. — Je m'arrêtai et j'écoutai; non par curiosité coupable, je t'avouerais cette faiblesse, mais par désir sincère de connaître mieux cette âme bonne à coup sûr, mais égarée.

— Mais non, Julie, — disait la marquise, — mais non, je ne veux plus entendre parler de votre affreux bonnet imperméable. L'eau entre

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