‹ La Vie parisienneChapitre 408 sur 662 · ÉTUDE DE CHATS · texte numérisé non relu

ÉTUDE DE CHATS

JVU SOLEIL

Qu'un petit chat est gai en pleine verdure avec s:s agilités de printemps!

Dans un parc est cachée sous la verdure la maisonnette qne j'habite; un petit tenain moitié pelouse, moitié jardin, entouré d'une

haie épaisse do sureaux et de rosiers sauvages, fait de cet endroit une solitude, riante.

La matin, les oiseaux viennent, s'ébattre dans les sureaux et certains font entendre un cri sec t'rt't't'lH't'f comme s'ils frappaient du bec contre une planche. A ce crise réveille le chat, qui se met en embuscade, dans la haie et reste immobile des heures entières sans rien rapporter de sa chasse, car il n'est pas do la race de ses confrères dont parle Montaigne qui, magnétisant les oiseaux d'un vert regard, les font tomber dans leur gueule.

Une cabane en treillage vert, autour do laquelle s'accroche la yigne vierge est adossé à un grand acacia. C'est le cabinet de travail ou j ai écrit ces lignes etbien d'autres. j

Tout d'abord le chat vient faire ses griffes contre le tronc de 1 acacia. 11 grimpe au tronc, saute à terre, remonte, redescend; c'est sa cymnastique du matin.

Après quelques tours dans le jardinet, le chat s'est aperçu que son mailre, grave et pensif, est courbé devant une table, griffonnant du papier. Cela ne fait pas l'affaire do l'animal remuant. Il grimpe sur le banc à côté do moi, s'y accroupit, pense un instant, et tout à coup saule sur la table, se demandant quelle peut être la grave affaire qui m'empêche de m'occuper do sa personne.

— Je serai grave aussi, dit-il, pour se faire pardonner sa familiarité. Là il so pose devant moi sur la table dans la tranquille attitude de

ses frères de l'Égypto.

Mais le mouvement de la plume fait bn 1er ses yeux verts. Mauvais symptôme pour ma tranquilliiô. Le chat, trouvant que la plume ne court pas assez vite sur le papier, lui donne de petits coups do patte que n'arrêtent pas un premier communiqué : fschll!

Ei. pourtant qu'on est heureux d'être dérangé dans son travail, et quel heureux motif de paresse !

Le chat a repris son altitude solennelle etmoi ma plume. Mais ses taquineries recommencent.

— Béil hé ! lui dis-jeen manière de premier avertissement. ( Enfin un allons~, monsieur! ne l'ayant pas fait rentrer dans l'ordre,

je supprime définitivement cet animal subversif.

Je suis donc délivré de l'opposition du chat; mais ce n'est pas pour longtemps, Après un instant do silence, j'entends sur le toit delà cabane un bruit d'éraillements bizarres et un errr de la vieille toile goudronnée qui se déchire, donnant passage à travers les lattes à une patte qui s'agite et se remue dans le vide comme si elle demandait une poignée do main.

Bonheur des chats et des enfants qu'un trou ! Le tour est joue, le trou o&t l'ait. Une patteapassé, deux vont vtms donner lapantornimo; or, comment travaillerais-jo maintenant en face de la comédie qui se joue maintenant au-dessus de ma tète?

Peur échapper à ces complots, je vais m'étendre dans un hamac accroché aux troncs de vieux sureaux, dont les branches entrelacées forment une oirbro épaisse; si je n'écris pas ce matin, du moins pourrais-!!) mes en paix?

Justement 1111 chat vient de descendre du toit voisin, et les doux coopères savent so distraire ensemble, entremêler leurs folles courses do luttes capricieuses à travers les plates-bandes et faire assaut d'étreinte*, de bonds, de cachettes dans les buis, de grognements, clo morsures, d'oreilles tendues, de sauts de côté, de passes inattendues, d'yeux allongés et de gueules roses.

Que les deux compagnons courent après les papillons, qu'ils flairent le vent, qu'ils s'acharnent après un innocent brin d'herbe remué par la brise, je veux l'oublier, étendu dans le hamac, un livre à la main.

Un p'otatre est excellent le matin pour l'estomac ; est non moins exclient pour l'estomac intellectuel un fragment de quelque écrivain

choisi. . . ., .

En me dérangeant du travail, le chat m a fait souvenir que j avais oublié ce matin de lire ma page de La Bruyère et me voilà di n; le hamac en train de feuilleter le volume.

Un vent frais souffle à travers le feuillage des sureaux et quelques rayons de soleil s'arrêtent discrètement sur la voûte épaisse. Qu'on est bien ici pour lire un peu !

Tout à coup un chat s élance après le tronc de gauche, son compagnon saute après le tronc de droite, et les deux comédiens so rejoignent dans les branches au-dessus du hamac, passant leurs têtes a travers lo feuillage, ce sont des mines coquines, des trémoussements, des appels de pattes, des morsures, des tressaillements de tout le corps des jurons, de doux miaulements, des poses penchées, de comiques singeries qui, sans médire de l'écrivain le plus classique du xviic siècle, me font oublier son livre ; les d.Uï petits chats m intéressent plus que ses observations sur l'homme. ... '«au 1 -n. '••"•' ' g y

27 août 1864.

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