‹ La Vie parisienneChapitre 47 sur 662 · EN AMAZONE · texte numérisé non relu

EN AMAZONE

[ me a l iiuagni ilion des lectrn.es.

EN COItllEILLE DE FLEURS Croisillons d'or en lias d'une jupe de salin vert — toutes les Heurs de vos anciennes coiffures sur la robe — toilette économique.

pris mon fusil pour le mnintenir ou le faire renaître. — Vous êtes Parisien, monsieur, soit dit sans indiscrétion?

le voisin. — Oui monsieur et j'ai la faiblesse d'en être fier, — mon beau-père vient de sourire, on a dû dire quelque chose de spirituel, c'est fâcheux, je n'ai pas entendu.

— Dites moi donc, je vous prie le nom de ce député qui se peigne les cheveux en se regardant dans une petite glace qu'il cache dans le fond de sa main.

le voisin. — Très-volontiers, ça ne sera pas difficile. Où le placezvous votre député? Ah ! au bout de votre doigt; très-bien, donnez -moi votre lorgnette. Je le vois, il se peigne en effet... C'est unique je ne le connais pas. Voilà les interruptions qui commencent. Avez-vous vu le geste do mon beau-père? Cet homme-là parle avec une facilité ! et ne croyez pas qu'il prépare rien d'avance. Tout cela lui vient d'inspiration, il me l'a assuré. Ces clameurs sont énivrantes. (Suivant des yeux avec, animation). Non, — si, — non, je vous demande pardon, — pas tant que vous, — pif — paf. — La cloche, les pupitres, les talons de botte, les couteaux à papier, tout cela fait un tumulte délirant. Ils en ont pour un bon quart d'heure. Remarquez que c'est mon député, celui pour qui j'ai voté qui fait le plus de bruit. J'ai un tact pour ces choses-là ! Eh bien, monsieur je frémis quand je pense qu'on pourrait rendre calmes et froides ces discussions si animées, si pleines de vie et d'entrain.

— Comment, vous avez un moyen et vous ne le dites pas?

le voisin. — Je m'en garderais. — Je veux bien cependant vous l'indiquer. Il consisterait à isoler les membres de l'opposition et à les répartir dans toute la salle.

— Vous plaisantez?

le voisin. — Pas le moins du monde. Supposez que dans un dîner, on réunisse au bout de la table tous les convives d'un caractère vif et animé, au bout de cinq minutes, on ne s'entendra plus dans la salle ; ce sera un feu roulant de rires et de plaisanteries. — Séparez, au contraire, ces mêmes convives et le silence se rétablira tout-à-eoup.

— Vous avez de singulières idées. La séance est suspendue pendant dix minutes. Sont-ils heureux, les députés, de pouvoir changer un peu de place.

le voisin. — Ne m'en parlez pas ! Vous savez que j'ai toujours les genoux de ce monsieur dans le dos? Enfin! c'est une admirable séance, et d'un intérêt capilal. Rarement on a fait autant de bruit. — Avez-vous remarqué, quand il s'est levé au milieu du tumulte, et qu'en étendant le bras, il s'est écrié : Jamais. Quel geste, quelle énergie! L'art oratoire est une belle chose !

— Oui, sans doute, mais son adversaire lui a répondu d'une façon... diablement verte. Avez-vous entendu lorsqu'il a dit ensuite : C'est toujours, qu'il faut dire, oui, toujours. En disant cela il avait les bras croisés, l'œil en feu... 11 était superbe ; ah! dam, c'était une réplique diablement verte !

le voisin. — Oui, furieusement verte. Eh bien ! à sa place, savezvous ce que j'aurais répondu? Non pas que je veuille dire qu'il n'a pas de talent, il en a énormément. Il a tout pour lui : le geste, le port — il a un port magnifique — la chevelure.., tout enfin, vous voyez que je suis impartial ; mais à sa place, j'aurais répondu, en frappant sur le bureau : Peut-être, monsieur, ■peut-être ! au lieu de toujours. Vous sentez : peut-être était plus mordant, plus incisif. Peut-être ! C'était faire appel d'une façon détournée à tout son passé politique. Néanmoins, tovjofiirs est une belle parole.

(se retournant.) Pour l'amour du bon Dieu, monsieur, ne me mettez pas vos genoux dans le dos, vous m'incommodez au dernier poinl.

— Si je vous incommode, j'en suis désolé ; mais où voulez-vous que je place mes jambes ? Je ne peux pas les mettre sous la banquette ou dans ma poche.

— Ce n'est pas moi qui m'en plainderais!

— Monsieur a le dos sensible ?

— Je l'ai fatigué, rien de plus.

— (a vois basse.) Il a le dos fatigué, c'est un commissionnaire.

— Vous diles ?

— Je ne dis rien.

le voisin. — Chut ! chut! L'orateur reprend son discours. — Avezvous vu comme je l'ai remis à sa place cet animal qui m'enfonce ses rotules clans le dos? Je commençais à m'échauffer. Pourquoi diable mon beau- père remue-t-il les mâchoires? — Je n'entends pas sa voix, lui qu1 a un si bel organe! (Regardant avec attention.) J'y suis : il achève son petit pain. Lorsque les séances sont un peu longues il est obligé de prendre quelque chose. Tons mes parents du côté do ma femme sont ainsi. Des estomacs d'une exigence surprenante. — Il y a des familles comme cela. Les Bourbons, vous savez ? — fourchettes infatigables !

plusieurs voix. — Chut! chut!

(Abaissant la voix.)— Vous vous demandez d'où vient cette lueur jaunâtre qui pénètre dans la salle déjà sombre ? Regardez au plafond, — on a adopté ici le système des nouveaux théâtres, et, à un coup de sonnette, la clarté du gaz remplace celle du jour.

— C'est fort ingénieux et d'un effet ravissant.

Vers cinq heures et demie le voisin regarde à sa montre.

— Diable ! dit-il, je désirerais vivement la fin de la séance. Je demeure fort loin et' je n'ai pris que mon café au lait ce matin. Je me sens des inquiétudes.

— Vous n'êtes pas le seul et la majorité s'agite terriblement en demandant la clôture.

le voisin. — Dans cette tribune, je me fais l'effet d'une sardine au fond de sa boîte. — Enfin, la séance est levée! J'ai un besoin d'air! Monsieur, charmé d'avoir fait votre connaissance. Mille pardons de passer devant, mais je voudrais rejoindre mon beau-père. — Garçon, n° 87, — un paletot, un cache-nez et une canne.

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