‹ La Vie parisienneChapitre 474 sur 662 · A MAD'.MF. TOIN'ON GLAVOT, POUR REMETTRE · texte numérisé non relu

A MAD'.MF. TOIN'ON GLAVOT, POUR REMETTRE

Château tic Bonnefont, 15 septembre.

Me voilà bien loin de vous, ma bien-aiméo Clarisse. J'ai beau me dire que ce voyage est commandé par votre prudence el qu'en me séparant do vous pour un grand mois, je resserre, le lien qui nous unit, vous me manquez cruellement. Lechemin de fer aurait pu se tromper et me mettre aux bagages: j'étais un corps sans âme, un colis à ligure d'homme.

Chère, chère Clarisse! la meilleure part de moi est restée autour de vous ; elle erre toutes les nuits dans les grands corridors do Vicarville; elle se glisse dans votre appartement par les trous des serrures, elle voltige jusqu'au matin dans la mousseline de vos rideaux. Ce n'est qu'une ombre, hélas! mais vous, la femme de toutes les religions, vous ne voudriez pas offenser cette chose faible et sacrée qu'on appelle une ombre! Conservez-moi mon hien, chère Clarisse, délendez-le contre tous, et surtout contre celui qui croit encore, dans son impudence,. avoir gardé quelques droits sur vous. Grâce à Dieu la petite-fille du maréchal de Senlis a toute la fierté qu'il faut pour se défendre; votre amour est trop entier pour comprendre le partage; je suis sûr de votre attachement à des devoirs d'autant plus sacrés que rien ne les sanctionne sur la terre.

Quant à moi, je n'aurai nul mérite à rester fidèle. ATous exceptée, rien n'est plus. Quand mémo je n'aurais pas disposé de ma vie par un engagement que notre monde a enregistré et approuvé, je serais matériellement incapahlee de due je vous aime à une femme qui n'est pas vous. 11 y a, n'en doutez point, une grâce d'état pour les époux de notre sorte. Pourquoi les créatures du Bois de Boulogne, qui fascinent les maris et qui les ruinent, ne nous inspirent-elles qu'un profond dégoût? Je ne parle pas de moi seul, mais d'Améric, de. Robert, d'Astolphe, de Pharley, de tous ceux qui ont librement donné leur cœur à des anges méconnus et outragés comme vous. 11 semble, en vérité, que le premier mariage, celui qui jette une enfant ignorante dans les bras d'un viveur usé, ne soit que la triste école et le pénible

apprentissage de la vie. La femme s'unit ensuite, avec connaissance de cause, à un homme de son choix, el ce deuxième contrat, pur de tous les calculs qui déshonoraient l'autre, inaugure un bonheur sans mélange et une inviolable fidélité.

Si le maître de céans, mon cher cousin Adolphe de Breseia, lisait cette théorie par-dessus mon épaule, il serait homme à me chercher querelle dans sa propre bibliothèque, au risque d'ensanglanter ses Elzévirs. C'est le roi des jaloux, comme le râle des genêts est le roi des cailles. Je ne veux pas pousser la comparaison plus loin, et pour cause. Entre la caille et ma tante Aurélie, je vois des ressemblances physiques et morales sur lesquelles il serait malséant d'insister.

Et pourtant!... Rien! rien! rien! sur ma parole de gentilhomme et d'amoureux, Rodolphe n'est pas encore aujourd'hui ce qu'il méritait si bien d'être. Pourquoi? comment? C'est toute une histoire ou plutôt toute une étude de caractères, au pluriel.

Le cher cousin n'est pas beau, il n'est plus jeune, il aime sa femme brutalement, en goinfre, presque au point de l'attacher avec des cordes comme ce monsieur de..., que les tribunaux ont séparé, par pïtié pour sa victime... De plus, il a sa belle-mère (et quelle bellemère !) contre lui. Ma cousine est jolie, délicate, coquette, mal élevée dans la perfectiun; elle a de l'esprit, de la lecture, de l'imagination, du vague, une certaine audace, enfin tout ce qu'il faut pour faire le bonheur d'un deuxième mari. Hé bien, non! Elle a trop peur. Elle sait qu'elle serait tuée sans dire ouf! Cet«animal a appris par cœur la Physiologie dit mariage; il vous réciterait, à la première sommation, quarante pages de Balzac. Toutes les ruses de la femme lui sont plus familières qu'à la femme la mieux douée : il a machiné sa maison comme un théâtre, il a dessiné son pare au point de vue de la surveillance. Effrontément jaloux, il suit sa femme pas à pas, sans se cacher; il la confesse tous les jours, à tout moment : il a ouvert des fenêtres surcette malheureuse petite àmo. A force d'obsessions, de menaces, d'intimidations (je crois même qu'il va même jusqu'à lui serrer les poignets de temps à autre,, ce bourreau a fini par la dominer. Aurélie se. révolte parfois, quand il n'est pas là; elle ouvre son cœur à une amie. Le soir même, elle avoue, à son maître qu'elle a mal parlé de lui, et Rodolphe la brouille avec la confidente. Dans le monde, en hiver, elle a vingt tentations de jeter son bonnet par-dessus lesmoulins. La foule l'enhardit; elle se croit protégée par tous ces hommes. Elle valse avecaban-

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