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don, elle écoute on souriant les bavardages d'un danseur, elle brave les yeux terribles de son mari assis dans un coin, et on passant devant lui elle le noie dans ses dix-huit jupes. Une heure après, clans la voiture, elle subit la question ordinaire et extraordinaire, elle avoue tout, elle demande, grâce, elle fait des révélations; elle récite mot pour mot ce, qu'elle s'est laissé dire par ses danseurs. Quand je la vois si bien casernéo dans sa servitude, j'en viens à me demander si elle n'aime pas son mari T Singulière petite femme! Quant à lui. son jeu est bien simple. Veiller au grain jusqu'à ce qu'elle ait passé l'âge de. la crise. Il attend avec impatience qu'elle ait des rides et des cheveux blancs. Alors il dormira sur les deux oreilles, heureux et lier d'avoir dépensé toute sa vieà s'empèeher d'être Dandin. Son air rogne, son regard farouche, son port menaçant, tout ce qui le donne en spectacle dans un monde aussi coulant que le nôtre, part du même sentiment. G est un homme qui ne fuit, pas devant le Minotaure, mais qui l'attend sur
sa hanche, l'énéo à la main, comme le Tato et le Gordito.
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La compagnie est assez nombreuse à Bonnefont; une vingtaine de personnes. Pas un jeune homme ! Pas même un homme jeune, excepté moi, qui suis hors de soupçon. Le château n'est peuplé que de vieille parentaille, oncles, tantes, cousines à béquilles, et deux ou trois gamins dont le plus vieux n'a pas douze ans. Le beau sexe est représenté par Aurélie, sa soeur. M""' de Sainlive. Mflf de, Gamby, leur respectable* mère, et deux vieilles fées en fourreau de soie puce. Moi qui vous ai promis la description de toutes les toilettes, je ferai malgré moi des économies de, papier.
Cependant Aurélie s'habille, cl sa sœur aussi, et la chère maman, qui se souvient d'avoir été belle, se tient encore assez proprement. Elle avait ce, matin une robe de foulard blanc à grands carreaux bleus, le, bas de .la jupe découpé en longues dents . garnies d'une torsade bleue. Les dents et la torsade se répétaient aux entournures et aux manches. Les boutons étaient de grosses boules de nacre, argentées. Un bonnel à la Charlotte Gorday, garni de rubans bleus, complétait cel ensemble modeste, mais assez harmonieux en somme. J'allais oublier un petit maquillage fond blanc, légèrement veiné de. bleu.
La blonde Saintive, qui ne se, maquille pas, mais qui se poudre un peu pour être encore plus blonde, était jolie comme un tableau de Chaplin. Sous un transparent de tafelas rose, elle portait un peignoir Louis XV en organdi blanc, garni au bas d'un volant plissé, surmonté d'un bouillon qui remonte par devant, tout, le long de la robe, et vient s'enrouler autour du cou. Le bouillon est... comment dirais-je ? nourri ou fourré de ruban rose qui éclate en gros nœuds par des crevés; nœuds roses aux manches, autour du cou, et, si je ne me trompe, un peu partout. Les cheveux roulés dans un filet, et retenus par un ruban rose qui se noue négligemment sur le coté. Souliers de chevreau gris perle, à boucles de, marcassitc.
J'ai gardé Aurélie pour la bonne bouche : vous notes pas dp ses amies, mais vous êtes la justice, même, et je vous ai souvent entendu dire qu'elle se met bien. En ce jour solennel (vous comprendrez pourquoi dans cinq minutes., ma cousine portait une robe de mousseline brodée avec entredeux de valenciennes ; corsage plissé, ceinture ponceau, nouée par derrière, à l'enfant. Sur l'entredeux, autour du cou, passe, un ruban ponceau, qui retient par devant une croix byzantine, et qui tombe en arrière jusqu'au bas de la robe, comme une paire de guides échappées des mains du cocher, bille était coiffée en cheveux, avec un goût et une coquetterie qu'on devrait recommander dans les journaux et prêcher dans les églises : un énorme ehigon, noué, mais non serré, en forme de 8, et traversé d'une épingle. Il est vrai que l'épingle d'or était cette aigle romaine! que nous avens admirée ensemble chez Castellani. Aigle à part, la coiffure est adorable, parce qu'elle dégage la nuque, et laisse voir ces jolis petits cheveux frisés, duvet friand, régal des yeux, la plus line et la plus mystérieuse beauté de la
femme vêtue. Je vous assure, Clarisse, que si deux ou trois grandes dames, jeunes et belles comme vous, employaient leur autorité à faire revivre cette mode, la face de 'la terre s egayerait en un rien de temps.
Ml"c de Sainlive ne porte jamais de bijoux dans la journée : c'est un luxe que je comprends, mais tout le monde n'a pas comme elle un million de diamants à montrer au bal. M11»' de, Gamby porte trop de bracelets et trop de bagues, sous prétexte de souvenir. Lofait est que. si tous ceux qui l'ont aimée lui avaient laissé seulement un anneau de vingt louis, elle en aurait pour une, somme. Par malheur, tous ces. joyaux sont du même temps qu'elle,, et ils portent leur date. Quelle bijouterie, de portiers on nous a faite entre Louis XVI et Cavaignac ! Et puis, je ne sais si les bijoux, même parfaits, conviennent aux femmes d'un certain âge. Ils appellent l'attention sur des points qu'on ferait mieux de radier; ils soulignent des détails qui gagneraient à n'être point vus. Aurélie tient le juste milieu entre les étalages de sa mère ét la simplicité'un peu affectée de sa sœur. Elle n'a pas les oreilles percées ; j'aime cela. Il faut en finir avec ces stupides mutilations que nous avons prises chez les sauvages. Percer le joli petit cartilage de l'oreille! Et pourquoi pas la cloison du nez ? Je sais que ma cousine, a des bagues de prix ; elle n'en porte que deux, les plus simples, et parce, que son jaloux lui défend de les quitter. C'est l'anneau de, mariage et l'anneau des fiançailles, l'un uni, l'autre enrichi de cinq petites perles. Rodolphe les a fait agrandir lorsqu'ils sont devenus trop justes au doigt. Car elle n'a pas dépéri, la pauvre enfant, au milieu de ses tortures ; c'est une, victime grasse.
Vous devinez, chère Clarisse, que les toilettes de ce malin n'étaient ni pour les vieux oncles, ni pour les maris, ni pour moi. Le cousin a décidé que sa femme prendrait un jour à la campagne comme à Paris : c'est le moyen de surveiller tous les ennemis à la l'ois, outre que ces messieurs se surveillent les uns les ail très. Aurélie a choisi le jeudi, on le sait; et tout, le voisinage, après avoir un peu murmuré contre un us nouveau à la campagne, a pris le, pli. Le jeudi malin donc, à partir de deux heures, lesplus jolis messieurs de la province déboulent à Bonnelbnt, les uns à cheval, les autres en break, endog-cart, en phaétomen américaine, et même en tape-chrétien, suivant les facultés de, chacun. La légende prétend que tous nos irrésistibles se sont découragés l'un après Vautre, non que, ma belle cousine leur parût imprenable en ellemême, mais parce que les approches de biplace étaient trop bien gardées. On m'a montré dos hommes fort bien nés, du meilleur ton et doués d'un certain charme, qui ont fait presque des bassesses pour se lier intimement avec le mari. Peine inutile! Cet homme est plus hérisse qu'un porc-épic ; on ne sait par où le prendre. Il n'aime ni la chasse, ni la table, ni le jeu, ni le cheval; il aime sa femme. On l'a làté sur les honneurs; les hommes inlluents de notre parti lui ont offert une candidature : inutile! Il n'a d'autre ambition que de garder sa femme pour lui seul. Je ne sais pas s'il a bien fait de rabrouer si violemment tous ceux qui l'attaquaient avec des armes courtoises : il s'est donné des ennemis : sa raideur a blessé des personnes considérables et des gens d'esprit . Il pourrait lui en couler cher un jour ou l'autre. Tel qui a désarmé devant la férocité du monstre, conservo un levain de rancune au fond du cœur. Vous savez qu'en général un soupirant évincé se console en voyant la défaite des autres : il n'en est pas de même autour de Bonnefont. Les vaincus s'entasseraient au besoin dans les fossés du château pour faire la courte échelle. Et si jamais un jeune audacieux pénètre dans la place, on ilhuninora le département.
•iuw\ Iiups ,unoJilo noiï n'a, li'up lae j ,m)aotaàb Jnioq fusa ad .loin aima non aicm ,ùJivo3g anna m-wal atiu ,rricin él> iwimwin au -ru» Je suis trop nouveau dans le pays pour .connaître maintenant l'état des affaires, mais j'observe, je devine, et voici, chère Clarisse, ce que j'ai cru voir aujourd'hui. Vous êtes éminemment femme; vous éclaircirez donc en moins de cinq minutes le mystère qui me tient ébahi et perplexe depuis quatre heures du soir.
Hier, à dîner, Rodolphe nous a dit en se frottant les mains qu'il tenait enfin le bois Moreau. C'est une enclave qui l'exaspère. Pensez
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donc! un méchant .boqueteau do six arpents, à cinq cents mètres du château, juste au milieu d'un bien de mille hectares ! Le vieux Moreau ne. voulait vendre à aucun prix. 11 est riche : ancien intendant des Saintré, qui ont six cent mille livres do rente! Item, il est chasseur, et ce bouquet de bois, au cœur d'une admirable chasse on plaine, devient, dés l'ouverture, un vrai parc à gibier. Par quelle inspiration d'en haut le bonhomme, à brûle-pourpoint, prend-il le parti de vendre? Sa vue baisse, dit Rodolphe, il a des rhumatismes, il ne chassera'plus. Un vieil oncle fait observer quoMoreau a pourtant pris un permis comme à l'ordinaire. Toujours est-il que sa visite était annoncée pour aujourd'hui, et qu'il est arrivé ponctuellement à deux heures, avec le notaire des Saintré.
Vers la même heure, MliM de Gamby m'a présenté, non sans emphase, « M. Louis de Saintré, un de nos meilleurs amis. » Ce, jeune homme m'a paru bien; peut-être un peu trop pâle. Il est des lions Saintré; nous n'avons rien de plus pur en France. Vous avez rencontré la douairière dans le monde : une femme de cinquante ans, encore fraîche, qui a fait parler d'elle; elle a pris la haute dévotion depuis la mort du contre-amiral Toupart; son salon est le rendez-vous de tous nos hommes politiques. C'est elle qui a lâché cette fameuse impertinence au garde des sceaux dans je ne sais plus quel salon mixte, à l'hôtel Lambert, je crois. Enfin, ma belle amie, vous ne connaissez qu'elle; quoiqu'elle n'ait plus d'hôtel à Paris et qu'elle y vienne assez peu depuis 48. C'est une Briancourt des Briancourt de Lorraine; vous y voilà, pas vrai'.' Alors, n'en parlons plus.
Ce jeune homme, qui court sur ses vingt-trois ans, est réservé à des destinées presque royales. L'influence de la famille est énorme dans lé département : songez que les baux de leurs fermiers n'ont pas été augmentés depuis 1810! C'est du délire en administration; en politique, c'est du génie. Ils auront deux millions de rente quand bon leur semblera; ils aiment mieux avoir deux ou trois cents personnes qui se feraient tuer pour eux au moindre signe. M. de Saintré est fiancé depuis sept ans à la princesse Wilholmino, fille unique du prince de Grossensteiu, un petit souverain médiatisé par la Prusse : on attend qu'elle ait seize ans et que lui-même soit converti aux idées malrimo- Utittteft" sftfejratqfni Jrncq iooI 90Ï8uoa ?»Jfod jjot -vm non ettws'I aérant
L'éducation des Bons-Pères, si admirable à tous les points de vue, a produit, dit-on, sur son cœur, un singulier effet. Lorsqu'il est revenu à Saintré, chargé de ses dernières couronnes, toute la province a loué sa bonne mine, son grand air, sou instruction profonde, sa voix belle et bien disciplinée, ses talents, son adresse à tous les exercices du corps; mais son humeur et ses habitudes, parurent étranges. Il parlait peu, cherchait la solitude, et témoignait pour les femmes les plus jolies et les mieux nées une insurmontable aversion La chose ahait si loin qu'on réunit le conseil de famille et que l'oncle Briancourt, celui qui a fait campagne avec Pimodan contre les insurgés de Hongrie, lui lava la tète à grande eau. Ses parents l'envoyèrent d'autorité à Paris; ce vieux reître do Briancourt le fit admettre au cercle le plus jeune et le moins collet monté, mais on assure qu'il revint comme il était parti. C'est seulement depuis six mois qu'il ose regarder les femmes en face; non pas toutes, dit-on, mais du moins Mmc de *Brestëra?ncb fnosed jjjb iao'uaaawsJaa'g auonisy asJ .inoloaao^tei) niât
Je crois qu'il l'aime, j'en suis presque sur; mais s'est-il déclaré ? a-t-il écrit? a-t-il parlé par ambassadeur ou par ambassadrice? Qu'en pense la dame de ses pensées? Tout cela est encore lettre close pour moi. Le seul point démontré, c'est qu'il n'a rien obtenu, sauf peutêtre un serrement de main, une faveur sans gravité, mais non sans conséquence. Rien n'est sans conséquence. pour une femme gardée à vue, qui concentre tout dans son cœur. L'explosion d'un sentiment comprimé est plus soudaine et. plus terrible que la vapeur, le gaz et la poudre. Souvenez-vous, chère Clarisse! Il y avait un an que vous refusiez de venir rue de Sèze lorsqu'on vous y décida tout à coup en vous défendant de ■me recevoir!
HBPfi ^sTjq,.»-.zi):l i»p vth'miv 0*111 Mi'j".) .uw'oM siod <rj /li'lnfi hcnoi
J'avais échangé quelques phrases banales avec le dernier rejeton des Saintré, et je me promenais seul dans le parc, rêvant à vous et cueillant des noisettes. C'est un plaisir exquis; je regrette qu'on 1 ait gâté, ou tout au moins déconsidéré par des plaisanteries d'estaminet. Je ne sais pas de récréation qui s'accommode mieux à la mélancolie d'un homme isolé. Quand je suis loin de vous, dans cet aimable mois de septembre, je passe des journées entières dans un parc, cherchant les noisetiers qu'un reflet jaunissant distingue déjà des autres arbres. Je m'arrête devant une touffe de longues tiges, un peu dépouillées dans le haut, ploie -sans grand effort les belles branches élastiques et je glane cà et là quelque bouquet de fruits qui a oublié de tomber. Quelquefois, je rencontre un arbre moins précoce que les autres; les noisettes y sont encore toutes, mais bien mûres, bien dorées et prèles à tomber dans la main. Je fonds sur elles et je remplis mes poches avec une joie d'enfant. Mais c'est un plaisir si léger, si superficiel, si extérieur à l'homme, qu'il no détourne pas un instant ma pensée do son rêve favori. Ce n'est pas comme la chasse, qui fatigue, qui absorbe et qui met la. vanité en jeu. Je comparerais plutôt cette distraction à la pèche. Encore assure-t-on que certains pêcheurs à la ligne oublient leurs femmes ou leurs maîtresses sous l'influence de ce modeste sport.,-,. ,,IH ..; | ïcà'ztfâ' t <4{n.fi9$rf $aù4\ ài/ aj**ï à'irirti ;-..,t :
En gravissant une pente boisée, je me retournai par hasard et je vis un spectacle charmant. Le. parc était beaucoup plus animé qu'à l'ordinaire; les visiteurs des deux sexes, presque tous vêtus d'étoffes claires, s'y groupaient capricieusement, assis, debout, couchés sur l'herbe : on ;aurait dit un salon plus vaste, plus brillant, et surtout plus élevé (le plafond que nos appartements d'hiver. M1"0 do Saintivc organisait une sorte de colin-maillard sur la grande pelouse ; sa mère offrait des glaces à vingt personnes réunies au pied du vieux tulipier. Ma cousine Au relie, péchait à ligne dans la pièce d'eau. Un beau laquais en grande livrée se tenait respectueusement à quatre pas derrière elle, pour attacher les vers ou détacher le poisson. Je fus d'abord surpris de la voir seule 61 délaissée, mais elle lit un mouvement et j'apereus M. de Saintré. 11 était, roconnaissable à son vêlement d'une blancheur éclatante et à certain chapeau de Panama, large comme une ombrelle, et dont la finesse miraculeuse m'avait frappé. Décidément, il n'est plus trop engourdi, ce beau jeune homme; il abondait en gesks ét semblait fort animé. Par quel hasard ou quel complot ces deux personnes se trouvaient-elles isolées? Les tantes puce qui semblent deux dragons attachés à la personne d'Aurélic étaient retenues à plus de cinq cents pas. Les respectables hôtes du château semblaient accaparés en gros ou en détail par les visiteurs du jeudi. Si je ne craignais pas de vous l'aire hausser les plus belles épaules du monde, je dirais que cent individus s'étaient donné le mot pour procurer, prolonger et protéger un simple tète-à-tête.
Je méditais sur ce mystère et j'oubliais les noisettes quand mon
cousin Rodolphe descendit ou plutôt sauta d'un' bond le magnifique
perron de son château. Un sanglier ne débuche, pas plus résolument
ni plus vite. II courut à sa femme à travers les massifs, les corbeilles,
les groupes de comparses, en homme à qui tous les chemins sont
bons s'ils conduisent au but En grand trouble se manifesta dans la
foule; je vis ou je crus voir nia cousinorepousser vivementM. de
Saintré qui lui tenait la main. Les deux hommes se saluèrent, M1»0 de
Gambv accourut, il se fit un groupe autour de mes personnages et jé
ne distinguai plus qu'un mélange de coups de chapeau, de poignées
de mam et de révérences-. Tout cela m'intriguait un peu; je descendis,
coupant au court par une taille de trois ans qui confine à la Faisants «Uiîi ïop,;i;u:-uo'r,-i lici/'di <m'«j) «»i">J •'>«]>«»•» ')«'' 18 )<5og fltl nwi derie.
gunô) ,'njoit .inmjhW QWmtUi au : agi hnmi istlofnq la zi/iinmoj.
Mais j'avais compté sans les ronces et toutes ces broussailles qui
l'ont les délices du lapin. Il me fallut un bon quart d'heure pour me ravoir do ce fouillis. Lorsqu'enfin je rentrai en possession de moimême, je tombai sur Rodolphe et sa femme qui montaient vers la Faisanderie en échangeant les regards les plus doux. Cependant la jeune femme était émue; quelque chose m'avertit qu'elle ne se pro-
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menait pas pour son plaisir. En me voyant, elle se mit à rire, mais d'un ton qui aurait pu être plus naturel. « Comme vous voilà fait! me dit-elle en quittant le bras de son mari. Cette l'ureur de noisettes vous perdra : vous êtes tout cousu de toiles d'araignées. » Elle fit le semblant d'épousseter quelque chose au bord de mon chapeau, et me siffla trois mots à l'oreille :
— Ma bague... dans l'eau... cherchez!
Je jetai les yeux sur sa main gauche; les petites perles n'y étaient plus.
Cette rencontre ne dura qu'une seconde. Je répondis je ne sais quoi et je courus à la pièco d'eau.
Evidemment la pauvre petite avait donné la main à M. de Saintré. La brusque arrivée du mari, un mouvement d'effroi, peut-être aussi la maladresse du jeune homme, aura fait tomber cet anneau de fiançailles, trop élargi par l'orfèvre de M... Elle tremble que cet accident n'exaspère la jalousie de Rodolphe, et moi qui connais le paroissien, j'avoue qu'elle a raison. Il faut absolument que cette bague se retrouve avant le dîner. Grâce à Dieu, la pièce d'eau n'est pas profonde; mais il y a de la vase au fond, lo parc est plein de gens ; d'ailleurs j'ai chaud, l'eau est froide, je ne m'appartiens pas. Et que diable, ce n'est pas à moi de payer les frais de là guerre. Si quoiqu'un doit prendre un bain, c'est M. de Saintré. Je le cherche et je le trouve, errant autour du château comme une àme en peine. Les groupes se sont reformés tant bien que mal, quelques visiteurs sont partis, les autres causent activement.
Je prends le jeune homme par lo bras et je lui dis sans tergiverser : « C'est grand dommage; vous allez salir voire pantalon blanc et perdre un chapeau de cent louis; mais gagnons la pièce d'eau et laissezvous-y tomber à la minute. »
Il me regarde et me prend pour un fou. Je poursuis : «A quel endroit vous teniez-vous avec elle? Sa bague a glissé là, il faut la retrouver.
« Bien, dit-il avec calme. L'eau est claire, la pièce d'eau n'est pas profonde sur les bords, ce n'est qu'un rhume à prendre; ayons l'air de causer. »
Ce jeune homme a du sang-froid. A son âge j'aurais provoqué le mari, enlevé la femme ou l'ait quelque autre sottise. L'herbe foulée et trois malheureux poissons qui frétillent encore nous désignent l'endroit où l'accident est arrivé. Je me penche sur le bord, je vois la bague et je la lui montre : elle est sous un métro d'eau, tout au plus. Mais vingt-cinq ou trente personnes ont l'œil sur nous; on se promène sur nos talons, ni les amis de Rodolphe, ni ceux de la pauvre enfant ne nous perdent de vùe, et le mari peut arriver d'un moment à l'autre : que diable peuvent-ils faire à la Faisanderie?
M. de Saintré ramasse une petite carpe, lui dit un mot de pitié, la lance à l'eau par un geste superbe et s'y jette avec elle. Un cri s'élèvo de tout le parc; on accourt de tous côtés. Le jeune homme a glissé dans la vase du fond, il tombe sur les deux mains, tâtonne un seul instant, se relève, me tend le poing et saute légèrement sur la berge. Il est souillé à faire rire et mouillé à faire peine; ses dents claquent, il court en grelottant vers la cour des remises et se jette dans la première voiture en partance. Il toussera demain, mais tant pis! La bague aux perles est clans ma poche, Aurélic peut redescendre : ou donc a-t-elle emmené son mari ?
Où? sa mère me l'a conté, ma chère Clarisse, mais je ne vous le dirai point, car votre cœur honnête et fier ne consentirait jamais à lo croire.
Femmes! femmes! femmes! En voilà une qui est adorée d'un jeune homme charmant qui commence sans doute à l'aimer, qui ne peut pas en conscience préférer ce vieux Brescia farouche à ce jeune et galant Saintré : et pour retrouver une baguo, pour gagner une demi-heure, pour retenir son mari loin de la pièce d'eau
Clarisse, ma bien-aimée, écrivez-moi que malgré le temps, ladisLancc ei les circonstances, vous serez toujours à moi, rien qu'à moi!
Je vous baise les mains..., non! Je baise vos petits pieds. Ils n'ont jamais porté de bagues.