‹ La Vie parisienneChapitre 517 sur 662 · KISSINGEN · texte numérisé non relu

KISSINGEN

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arrivés étaient les empereurs de Russie et d'Autriche et le roi de Bavière, absorbant leurs verres d'eau comme de simples mortels sans que personne songeât à crier : « le roi boit. » Pouah! que c'est mauvais! Ce n'est encore rien que de les prendre,

il faut encore les Mme de Sévijjné dit 'rendre. C'est en etl'et la

grande affaire de Kissingen. Il y a le côté des hommes et le côté desdames, bâtis à Claire-voie sur la Saale. — Que de cocoles de papier blanc roulent ses flots azurés! et quelles belles carpes! Elles sont sacrées ; on le serait à moins.

Les Esculapes de l'endroit se rendent dès l'aurore sur la promenade et donnent leurs consultations sous un arbre, comme saint Louis rendait la justice, et d'une façon tout aussi expéditive.

— Eh bien! ce matin'.'' -Cinq fois. !TVh

— Pas assez ; deux verres de plus. A un autre. Je ne sais comment j'ai résisté. La diète, l'exercice forcé, les eaux

surtout qui, outre leur principe débilitant contiennent beaucoup d'acide carbonique, ont bientôt mis a quia l'homme le plus robuste; des congestions même sont à craindre. C'est ce qui fait défendre le jeu et la conversation des dames ; un duc de Nassau en est mort il y a quelque vingt ans. Aussi les médecins recommandent-ils, en certains cas, de faire chauffer l'eau pour en dégager le gaz carbonique. J'ai usé d'un remède plus simple. J'ai pris de temps en temps des vacances, en cachette pour visiter les environs : les ruines de Erimbejg et do Bodenlaube, Bruckenau, Boklet (autre établissement thermal) et la Franconie. Il v a là un rocher nommé Frieffenslein qui produit un petit vin de ■Calmus qui singe admirablement le madère. J'ai été aussi au théâtre qui se tire de jour, comme on dit à Bordeaux. C'est un joli édifice,

1" octobre 18G4,

avec un joli fronton, des pilastres de verdure et un foyer en terrasse. On voit que le roi Louis, celui de Lola Montés, a passé par là. On retrouve le goût artistique du galant monarque dans un beau groupe allégorique représentant les sources. Quant à la ville mémo de Kissingen, elle est ce que sont toutes les villes d'eaux d'Allemagne : blanche, proprette et tirée au cordeau ; on doit rentrer ça l'hiver dans la mémo remise où l'on serre les ruines des vieux burgs On y trouve l'inévitable Kurhaus, — c'est là que logent les Majestés — et l'éternel KursaaL Triste Kursaal que celui de Kissingen où l'on n'entend jamais : 36, rouge, pair et passe ; l'orchestre joue devant les banquettes. C'est bien fait.

Les bains se prennent à une petite distance do la ville. Drôles de bains. Un puits artésien fournit une eau salée dont le sel, excellent pour la cuisine, est recueilli en la faisant retomber d'une grande hauteur sur des fascines de fougères. On met ce sel dans l'eau d'une grande piscine, — une vraie saumure, — et des jets d'eau, artislement disposés donnent à ces bains un mouvement destiné à reproduire l'agitation de la mer. Cela m'a rappelé le théâtre nautique de la salle Ventaduur.

On prend aussi des bains Aspropreté dans la rivière;. mais en amont; pas en aval!

Enfin, après vingt-cinq jours de retirades, — c'est le nom allemand des petits cabinets sur la Sale, — je me suis pesé : j avais perdu vingtsept livres!

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