LES FETES DE BRUXFL' ES
Je vous ai promis quelques détails sur les fêtes de Bruxelles et sur le Géant. Le Géant s'est enlevé, vous savez, comment. Ascension superbe, où le soleil et le ciel bleu faisaient leur partie ; une foule immense, enthousiaste, applaudissant , agitant sesmouchoirs, jetant en l'air ses chapeaux, comme les Espagnols à la corrida, bref tout le délire de quatre cent mille individus qui voient réussir, une expédition. En ce cas là ils ne marchandent pas leurs bravos.
Nadar s'est embarqué avec dix passagers. D'abord nos aéronautes étaient treize. Partir treize, et le 20, — deux fois treize, — disaient les superstitieux, c'est impossible! II parait que les superstitieux avaient raison. La charge du ballon s'est trouvée trop lourde. On a fait descendre trois voyageurs, et voilà MM. Nadar, d'Artois, Stcrckse, Frédérick, G-. Barrai, Yves, Guyot, Nizet, de Bote et deux hommes d'équipe dont les noms m'échappent, agitant leurs drapeaux et leurs banderolles près des nuages.
Je vous assure qu'on n'avait pas besoin d'une tournure d'esprit lyrique pour trouver admirable le spectacle de cette poignée d'hommes laissant la terre pour l'infini. Le Géant c'est le Léuialluin des ballons. Le, vent lutte contre lui avec plus de violence. Que la bonne fortune les garde !
Maintenant un mot des fêtes.
La bonne ville de Bruxelles célébrait le trente-quatrième anniversaire de sa délivrance. Elle avait tendu de noir les monuments des martyrs de l'insurrection contre les Hollandais. Puis, ça et là, des expositions. Avant hier, dimanche, la fête de nuit était vraiment superbe. Sur la place de l'Hôtel-de-Yille, clans une rotonde éclairée au gaz, un orchestre excellent exécutait les airs patriotiques do la Belgique et jouait avec élan la Brabançonne, ce superbe chant de triomphe. Pendant le concertâtes feux de Bengale embrasaient la tour de l'Hôlel-de- Yille de leurs flammes vertes, rouges ou bleues et découpaient l'iml'immense jet de pierre dentelée sur le ciel noir. Cela ne se décrit pas. C'était féérique.
Des expositions, la plus curieuse, ce n'est ni l'exposition zoologique ni l'Exposition de l'industrie, mais l'Exposition des cartons. Cartons de' Flandrin et cartons allemands : il y a là des merveilles, Je ne connaissais pas l'immense composition do Kaulbach qui s'appelle la Réforme, et qui est un chef-d'œuvre admirable. Toute l'école de Dusseldorf est d'ailleurs représentée ici ; plusieurs artistes allemands ont envoyé des épisodes belliqueux où les Français sont assez maltraités. Pauvres Français !
On a annexé à l'Exposition des cartons, une ou deux salles do tableaux modernes. Passons vite! Mais j'ai trouvé là le fameux tableau de Courbet que le jury de 1864 a refusé comme peu moral. Femmes damnées! C'est un tableau assez médiocrement réussi, qui représente
une jeune femme blonde visitée dans son sommeil par une dame brune, en pantoufles. Le roi Léopold, qui visitait l'autre jour l'Exposition, s'est arrêté assez longtemps devant ce tableau qui fait rêver Charles Baudelaire. Puis ensuite :
— Bah ! j • ne no serai damné qu'à moitié, a-t-il dit; je n'ai regarJé que d'un œil !
Il y a peu de Parisiens ici, surtout peu de Parisiennes. Quelques échappées dn bal Bullier et du quartier Latin qui essayent de tenter la fortune flamande. Mais beaucoup de jeunes Belges, colorées comme des Bubens, qui n'ont, qu'un tort, celui cl exagérer la mode déjà vieillie des filets, et de porter jusqu'au milieu du dos cinq ou six livres de. cheveux odorants — ou odoriférants, comme vous voudrez. Côté des hommes : on porte ici, à présent, beaucoup de ces horribles chapeaux gris que je déteste et de criards gilets à carreaux rouges que nos yeux ont appri à haïr.
J'ai visité le Parc, ce charmant et verdoyant Parc, garni do pelouses qui valent bien celles de Versailles. La verdure .des arbres, plus sombre que celle des Tuileries (nous allons vers le Nord ) , répand son ombre de tous côtés. Mais la plupart des statues du Parc sont écor nées, le nez brisé, les doigts cassés. Ce sont les Hollandais, parait il, qui, en 1830, n'ont pas voulu quitter Bruxelles sans en emporter un souvenir.
J'airetrouvébon nombre d'Anglais à Bruxelles, beaucoup de rifemen, venus de Londr.es pour disputer le prix de tir à la milice flamande. Le Tir national belge est établi au bout de, la chaussée de Louvain, et il faut voir les miliciens s'y rendant sur les impériales d'omnibus, moins martiaux, ma foi, que nos gardes-nationaux ; les uns munis de parapluies, les autres d'ombrelles : car il fait ici une chaleur du diable. L'un d'eux portait des provisions dans un sac en tapisserie. Les Belges aiment à jouer aux soldats, à taper du tambour, à marcher au pas. D'ailleurs, clans cette milice, il y a do tout un peu : des grenadiers, des éelaireurs ou carabiniers, des artilleurs, et je crois des pompiers. Ils sont adroits comme nos meilleurs chasseurs de Vincennes. Les riflomen, aussi gros, aussi gris, aussi grands, aussi rouges, aussi verts qu'à Londres, fraternisent sans grands éclats avec les Flamands, et logent flegmatiquemcnt leurs balles en plein centre.
J93BIB miMlA «ha ol ïaunimil. wMlpinw Vmntuj* 1"« imyi'HAn^Thiofb «,l Passons au théâtre. On se croirait a Pans. lUtaimlmlr, Aux crochets
d'un gendre, le Trouvère! Amina Boschetti! Car la Boschctti est ici;
elle dansait hier le pas de la Liberté dans une, apothéose représentée
devant les derniers combattants des Journées de septembre. Un poète
français (il m'a défendu de vous dire son nom, et je ne vous le dirai
pas) lui adressais hier ce sonnet. . mais je crois que vous n'aimez pas
trop les vers... dans votre journal :
Amina bandit, fuit, puis voltige et sourit,
ioa nu , Vit. I: , un r. y. II
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il ayl Wsvrf mu jrvmVj'iq
Le Welche dit : « Tout çà, pour moi c'est du sanscrit. « Je ne connais en fait de nymphes bocagères « Que celhs de Montagne aux herb?s potagères.
Du bout do son pied fin et de son œil qui rit Amina verse à. Ilots le délice et l'esprit; Le Welche dit : « Fuyez, délices mensongères, « Mon épouse n'a pis ces allures légères ! »
— Vous ignorez, Sylphide, au regard triomphant, Qui voulez enseigner la valse à | élepjtiairt , Au hibou la gaieté , le rire à. la cigogne ;
Que sur la grâce en feu le Welche crie haro !
Et que le doux Bacchus lui versant le Bourgogne,
Le monstre répondrait : j'aime mieux le faro !
Moi, j'aimo Bruxelles. On y voit tout, on y lit tout, on y dit tout. J'ai vu jouer hier le Jésuite j un mélodrame effroyable, devant toute une foule enthousiasmée. Le titre raconte la pièce, n'est-ce pas? Ceci se passait au Théâtre-Lyrique, Le Théâtre-Lyrique est un théâtre essentiellement belge, et qui n'a pas son équivalent ailleurs. Figurezvous une halle immense gentiment décorée, flanquée d'un jardin fleuri de bosquets, où l'on s'égare quand il fait trop chaud dans la salle, et d'où l'on sort quand il fait trop chaud sous les charmilles. Dans la salle, on joue, à la fois et. dans la même soirée, le drame, le vaudeville, le ballet, l'opérette, et l'entrée coûte 50 centimes. Notez que ce, théâtre est fréquenté parle tout Bruxelles qui vit et s'amuse. Dans le jardin, on joue l'éternelle comédie qui rajeunit le monde.
Le spectacle fini, à minuit, la salle devient un bal. Ou danse, et depuis les danses wallonnes et flamandes jusqu'au cancan gaulois, tout se retrouve dans les quadrilles. C'est là que nos Parisiennes débutent,
l<* oc'obrc 18G'i.
mais dès que leur bottine a donné du talon dans le cœur d'un gentleman, elles se contentent de regarder danser — quelquefois dédaigneusement.
Un autre bal, c'est le bal Mignon, sur le boulevard. Au premier, on danse; au rez-de-chaussée, on écoute de la musique exécutée par l'orchestre de Julien Langenbach, le plus merveilleux des orchestres. On ne danse, bien entendu, qu'après les derniers accords du concert. J'ai entendu-là le finale de Lohengnul. J'hésite à dire que cela doit être applaudi à tout rompre, mais assurément cela doit être écouté
Prenez, commme je vous la donne, ces notes écrites à la diable. J'en ai bien d'autres. Je vous les donnerai une autre fois.
CHOSES ET AUTRES
Décidément Ici Anglais enlèvent toute espèce d'intérêt anx affaires jiidici.iir.'S. Ces gens là vont vraiment trop vite. A peine Millier arrivé, on le juge. Pas d'émotion, pas de discours, pas de détention préventive, pas d? compte-rendus poignants. Et l'on prétend que les Anglais s'entendent à la réclame ! Parlezmoi de la France.. Voilà un pays. où l'on a le secret de la mile au prochain numéro; où l'on connaît le bon endroit d'arrêt, le mot de la fin , etc. Tout liomme ici est un peu feuilletoniste, et l'on se garderait comme d'uni chose monstrueuse d'en finir si prompteraent avec les gens.
Un maréchal, un des grands noms (le l'Empire, une de nos gloires militaires, celle-là même qui commande aux lettres et aux arts, vient de découvrir qu'il y a un baromètre dans chacune de nos cheminées. Il suffit, pour s'en assurer, de laisser fumer ladite cheminée tous les matins, de huit à neuf heures. Je doute que ce moyen soit du goût de tout, le monde.
Le i Bouffes-Parisiens ont. annoncé qu'ils vont, diminuer le prix de leurs places. J'espère alors qu'on sera mieux assis. Mes lecteurs savent, qu'à Paris, on a coutume de faire payer une chose d'autant plus cher qu'elle est plus mauvai-e. C'est satanique, mais log;que. Quand un restaurateur craint que son bifteck n'ait été trop dur. il le compte 2 francs au lieu de 1 franc 25; impossible de réclamer... Comment croire que, pour ce prix, on n'ait pas eu quelque chose de bon? — J'espère donc qu'aux Bouffes-Parisiens , on sera désormais mieux assis.
Il y a eu , à Aix , un concoure de poésie provençale. Trois sujets à traiter : l'éloge du roi René (c'est de fondation); l'éloge do l'agriculture .. provençale .. et .3" : sujets plaisants Ce sujets plaisants est joli : il paraît que le jury regarde lui-même comme peu plaisants les éloges du roi René et do l'agriculture. . . à moins cependant que, par plaisants , oi n'entende.... mais il y a. un chanoine parmi les examinateurs.
Le Théâtre-Français en a déjà finfavec la Volonté. En attendant VJnvcnleur, d'Augier, il a repris. On ne badine pas avec l'amour. Après la Volonté.... le Théâtre Français est bon diable ; non-seulement il entend la plaisanterie ; mais encore il se raille lui-même. M. Lissagaray préférera sans doute les vers de M. du Boys à la prose de Musset; mais, n'en déplaise à M. Lissagaray, vivent les hommes inutiles ! Il y a encore des gens, qui, semblables à Gautier, préfèrent une rose à une clou.
La maison d'arrêt de la garde nationale (Hôtel des Haricots) vient d'être fermée. Pas de soupir d'allégement. On en ouvre une autre lo 20 octobre. Vous avez tout un grand mois devant vous pour ne pas monter, votre garde. — C'est égal, celle démolition est un malheur. Oh ! soldats citoyens vous trouverez bien dans l'autre prison la même geôle et le même ordinaire; mais qui
vous rendra cette chambre où Musset, Balzac, Gautier, Sue et tant d'autres avaient passé... chambre qui garde encore des vestiges de ce passage 1 Si le gouvernement veut rendre sa prison vraiement fascinatrice, je lui conseille vivement d'y faire incarcérer au premier jour, et d'autorité , tout ce qui nous reste d'hommes de talent en France. — Mais le gouvernement ne tient peut-être pas à rendre cette maison agréable.... je connais un garde national qui a refusé son service rien que pour rendre visite à ce sanctuaire.
A Nevers, il n'y a pas de théâtre. L°s employés de la Préfecture et les jeunes gens, vulgairement nommés : calicots, se sont réunis pour en ouvrir un. Acclamations générales. M'est avis que M. le Préfet et MM. les marchands de drap sont bons enfants; à leur place, je craindrais plus d'une faute d'orthographe dans mes rapports, plus d'un centimètre oublié dans mes étoffes, tandis que mes commis apprendraient la Mariée du mardi gras ou la Case de l'oncle Tom Qui vivra verra.
J'ai assisté à une chasse à courre : l'on n'a rien tué du tout. Seulement j'ai fait vingt lieues , rien qu'en faisant tourner mon cheval sur lui-même... Ta, ta, ta — par ici, quand j'étais par là, par là, quand j'étais par ici. — J'ai vu un cerf une fois, le gaillard allait lentement , se souciant aussi peu de nous que de l'an io. — On m'a dit, au retour, que j'avais été favorisé; le cerf ne s'est montré qn'à moi... le trait ne fait nullement mon éloge.
Voilà tout ce que j'ai vu dans cette chasse à courre. Mais comme ou dîne!
On sait que l'œuvre de Delacroix a son exposition. L'œuvre de Raphaël a également la sienne. Vraiment! A la fête de Saint-Cloud, au-dehors d'une baraque grande comme une bicoque des boulevards, sont, écrits ces mots : « Ici l'on voit pour un sou tous les cadres de Raphaël. » Je vous fais grâce de l'orthographe. Laisèz-rnoi seulement vous expliquer que cadres veut dire tableaux. Si cependant ce n'étaient que les cadres... Je ne suis pas entré.
On aura beau dire : c'est une singulière mode que elles du Poney. Je trouve que rien n'est plus comique que tous cespe'its rats tira it sur leur paniers et tricotant, des jambes. Ils ressemblent à cesjoujous mécaniques qu'on monte avec une clef... Et, en effet, le Poney, quelqu'importance qu'on lui donne à Londres, à l'heure qu'il est. n'est qu'un joujou.
Veici déjà de longue; années que le Poney du Shetland est travaillé. — On l'a cro'sé avec de magnifiques Ar .bes, on l'a sou itis à un élevage merveilleusement étudié, et je ne sache pis, après tant de soins, que le résultat soit artre qu'une légère augmentation de taille. — Pourquoi, dans ce cas, ne pas prendre immédiatement un cheval élevé et éviter tant de soucis ?
C'est un effet singulier de la mode que l'usage do ces petites bêles. Je comprends encore qu'on s'en serve 'comme dadas, pour les enfants ou les dames; mais, en vérité, aucune race n'est moin spropre que celle là à constituer un attelage sérieux et encore moins'à fournir des chevaux de selle. — Pour vous en convaincre, allez fumerun cigarovers les neufou dix heures du matin dans l'allée de l'Impératrice et regardez passer le comte de C, flanqué do son ami V'*'" L. Si vous n'éclatez pas de rire, je m'engage â vous offrir une paire di poneys de 200 guinées. — Je serais fâché que le comte s'en blessât, mais, en \éritéil a l'air d'un grand bébé sur un gros chien. Ses jambes truinent dans la poussière, tandis que la pauvre petite bête se démène comme un écureuil dans sa cage.
Le poney est une excentricité, une bizarrerie de jolie femme. Ltsjournaux ont constaté après nous, et peut-être un peu légèrement, que la fameuse Anonyma de Londres avait la première mis ces petites bètes à la mode. — C'est parfait , mais il serait désolant que le vrai monde parisien se crût obligé de suivre Mlle Anonyma dans ses fantaisies comme l'a fait la fashion anglaise, d'autant mieux que les fantaisies de cette, reine de l'impossible vont parfois un peu loin. La suivra-t-on, par exemple, dans l'innovaiion étrang: qu'elle tenta le mois demie -, à Saint-Pétersbourg, et qui consiste à remplacer la chaste robe d'amazone par un costume complet de jockey ? Veste et toque velours bleu à franges d'argent , culottes collantes et bottes.
5G8 LA VIE PARISIENNE 1" octobre 1864.
Le Propriétairergérant, MARCELIN.
?aiis, — Imp. KUGELMANX, 13, ruo Grange Batelière.
8 octobre 1861.
saura zvlqkham aa ajitm j aa aoqoaq-A
Laisses
sïï taWe lorsqu il est parti pour alle-f
'jffjL.ini psi — >• '/ wj^!|ffliijri h u \ niais il y a »
}/(îrfré i« femme. — II y a peui-elre nuhsc-relion a faire ei
vrl de Monsieur bien grande nèrjWjence à ne pas les brûler. fV^
-1- M. h-cn.n! ■■ Pierre de 11.
Mon Pierre chéri — .nous sommes arrive'^ à bon port, Papa, n man, les de Saiof-Hive, l'oncle et la tante, îtoutt le momie efrffn était venu nous chercher au cliemin de for. On s'est embrassé ; Bébé a' pas^é dans les bras de tout le monde et papît nous a fait monter dansson break attelé à quatre, mon cher!— urt'attekige tout bêtement royal dont il vient de se passer la fantaisie/ air' grand mécontentement de maman, qui le gronde à chaque instant. En trois quarts d'heure, nous sommes amvéjyj,u château. — Pap;ï; qui a l'air de revenir des croisades depuis qu'il- a sa fille, avait fait ouvrir la grande grille qui donne sur la forêt, et nous avons fait deux bons kilomètres de plus pour avoir le plaisir de rentrer princièrement à Fos**&»ng. Je reconnais en passant les vièiix ambres de l'avenue, ia'aïur ronde des communs, — la gargouille de^Ip. petite oh^â^— les graS%:^ massifs et le vieux cèdre, sous lequel lu m'as llèchmé, ma robe en lisant line faut jurer de rien, — sais, chéri ? — Les portes sont gràfides ouvertes, de tous côtés des visages amis. — Mon vieux Jeap descend le perron, vient ouvrir la .porte el abaisser le marchepied. Gomme il est brisé le vieux serviteur, iteboij ami ! Je lui ai tendu la nlain avec un vrai bonheur, et lui. après m'avnir dit de sa bonne voix é.n/iuo u Madame la eom.tesse veul-el)e;.me permettre? a el'lleuré de ses lèvres, l'extrêmilé de mes doigts. . . M|jBL.
Ricn.do changé :— dans le vestibule, je rèirbuvedes grands bustes" sur leur gaine, la vieille horloge à poidsVlâ -tierlle rampe, le tapis ' ronge... tous ces souvenirs me touchent, mais je sens un besoin •intolérable de t'embrasser. Je me sauve dans ma chambre, j'ouvre .aJbnl'i) Bûoniim
mon petit bureau de jeune fille qui est là^ près de la fenêtre, à la même place et je t'embrasse. — Tiens, vdrs-tu, là, clans ce petit coin du papier où je fais un rond, je mets trois, quatre,, cinq, dix.- vingt baisers, cher amour. — Ah ! ca me soulage un peu! — Si tu savais, mon ami, comme j'étais triste' ce'matin en te quittant au chemin de fer, et comme j'ai pleuré de grosses larmes sous mon voile quand je me suis trouvée seule avec Bébé et Julie dans la voiture! — Tant que tu as été là, ga allait encore, je te sentais près de moi, mais lorsque l'heure arrivée tu m'as serré la main!... Pourquoi faut-il que tes affaires ne te permettent pas de m'aocompagner. — Est-ce que ça sera bien ffifisf; dis? Tache, mon petit; chéati, clé revenir bien vite nous retrouver.
Tu étais ému aussi, toi, j'ai bien senti que ta main tremblait un peu. Mais pourquoi, une l'ois remonté en voiture, n'as-tu pas regardé de mon côté, vilain! J'ai regardé, moi, par la fenêtre de la salle d'attente. J'ai vu Jean refermer la portière, la voiture a traversé la cour et s'est arrêté un instant à la grille pareequ'il y avait un omnibus qui encombrait le passage., — j'ai vu tout cela et je me disais : Oh! il se .îîBtodrnera de ce côté-ci, il m'enverra un sourire... un instant, 'quand le coupé a tourné., j'ai aperçu h' bout de ta moustache el ton cigare... ii j^aisSfu regardais de l'autre côté: . • » j
Oh! le vilain, le vilain ! .
Jeté quitte, mon chéri, il faut m'habillor et j'achève ce petit mot tanfe'Cpte Jtdie ine çuilfç; \ Af i .
On viMil de sonner le, premier coup. ^-^BftrJore deux petits baisers clans le netii l'ond... ca l'ail viiuil-deux, compte bien. .
•Ta -Lou'isF. - < '
8 octobre 1864,
A monsieur le com te Pierre de B.
Caro mio,
Je compte sur toi ce soir, — viens nous prendre au Gymnase, — loge n° 4, — baignoire du rez-de-chaussée, à gauche. — C'est grand comme une tabatière, mais on s'asseoit les uns sur les autres, — c'est très gentil.— Je te ménage une petite surprise,— avec des yeux grands comme cela, et un pied !...
Pas un mot de Coralie, bien entendu.
Si tu revois les bas de soie rose, dis-leur que je suis parti tout d'un coup pour l'Islande... prendre les bains.
A ce soir; mais pas de plaisanteries, tu sais, je compte sur toi... et elle aussi... Je te dis : c'est un pied exceptionnel, ma parole. — Nous casserons une croûte après.
Poignée de main, cher veuf.
A loi de cœur,