CORA1.1E
Fort-Long.
A M. le comte Pierre de B...
Comment, encore un retard ! Oh ! je n'y tiens plus ! Quel homme est-ce donc, que cet affreux notaire ? Ce n'est pourtant pas bien long de gribouiller trois ou quatre feuilles do leur papier timbré. Sais-tu qu'il va y avoir un mois que je ne t'ai vu, un long mois, mon ami. Fort-Long me paraît une prison. Il me prend des envies de m'échapper et de revenir près de toi. Si tu savais, chéri, comme il est triste, ce métier de ".veuve par hasard que je mène ici!
— Et votre cher mari? me dit-on à chaque instant; pourquoi n'arrive-t-il pas ? La vie de garçon doit lui peser, ce me semble.
Et on me sourit avec un air de gracieuse compassion qui me fend le cœur. Quand je dis que tu as des affaires, on me répond : « Ah ! vraiment! » — Et on détourne la conservation. — Je devine que tous ces gens supposent que tune m'aimes plus, et j'enrage do ne point t'avoir là pour leur prouver que tu m'aimes, mon chéri. Car tu m'aimes, pas vrai? Dis... tu m'aimes?
Je suis folle, tiens, et bête par-dessus le marché] — huit jours de retardée n'est rien, en somme. — Si tu ne reviens pas, c'est que tu ne peux revenir.
Je n'ai point encore mis ma toilette bleue, sais-tu ? Et la saison se passe. Mais j'ai juré da l'essayer devant toi, et je tiens ma parole. Figure-toi que, le soir, lorsque je me trouve seule dans cette grande chambre, je suis si triste que je parle tout haut — jé suppose que tu es là, et nous causons... — Ne te moque pas trop de moi — je fais les demandes et les réponses — alors, dans cette causerie démon invention, tu m'expliques ta longue absence, et cela avec tant d'affection et de tendresse que je ris de mes frayeurs et j'oublie mon chagrin. Je me figure, lorsque je me décoiffe, que tu prends dans ta main mes cheveux tordus en me disant : « On dirait un lingot d'or, petite femme. » Tu te souviens ? Ce pauvre lingot d'or ! je le cache bien vite sous mon bonnet de nuit, etje me couche en pensant à toi. Si, à ton retour, tu interroges l'oreiller voisin du mien , il l'en racontera long, va ! Dans sa dentelle chiffonnée, tu retrouveras bien des baisers qui sont à ton adresse, et peut-têre aussi quelque trace de larme oubliée dans un pli, vilain ! Il te racontera que je lui dis bonsoir, bonsoir, mon chéri ; que je lui tends la main, que ma main reste vide, et que, souvent, je m'embrasse moi-même pour écouter le bruit du baiser, et me rappeler le contact de tes deux lèvres sur mon bras.
Ce sontlà des enfantillages, n'est-ce pas? Je no veux pas t'en diro dire plus long, car j'ai peur que ce qui me fait pleurer ne te fasse sourire.
Nous comptons sur toi pour samedi. — Mon père n'y tenait plus ; il commencé la chasse des étangs.
A samedi, n'est-ce pas, chéri ,'bien sûr, bien sûr? Je t'embrasse de tout mon cœur,
Ton amie,
LOCISE DE B...
Vendu à M. le comte deB...
Une ombrelle (pagode — garnie en point de Chantilly — montée en or — manche en corail rose fr. 320
A M. le comte de B. .
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Je ne peux pas y être avant onze heures ou onze heures et demie, à cause de mon pas du second acte. — Cela vous va-t-il ?
Mes compliments pour l'ombrelle. — Henriette était furieuse. Je t'embrasse sur l'œil gauche.
T.* CjnAME.
A ce soir, est-ce pas ?
Pour copie ; Z.
, — cr-^SJfk^^'^- —
8 octobre 1864.