‹ La Vie parisienneChapitre 531 sur 662 · SCÈNE MORALE · texte numérisé non relu

SCÈNE MORALE

Ceci se passe à la campagne, — en automne. — Le vent souffle au dehors. — Madame, assise au coin de la cheminée, dans un fauteuil profond, fait de la tapisserie. Monsieur, assis en face de Madame, regarde la flamme du foyer. — Long silence.

monsieur. — Voulez-vous me passer les pincettes, ma chère.

madame, fredonnant.— « Et pourtant malgré tant d'alarmes... » [Parle.) Voici les pincettes. (Fredonnant.) « Malgré les cuisantes... »

monsieur. — C'est du Méhul cela, chère amie, pas vrai ? Ah ! voilà de la musique!... J'ai vu Delaunay-Riquier dans Joseph... (Il chantonne tout en tisonnant le feu.) « Saintes douleurs. » (Parlé.) On s'étonne que ça ne flambe pas... parbleu, c'est du bois vert!... Seulement, il était un peu trop bien portant, Riquier. Une voix charmantc; mais trop d'embonpoint.

madame, après avoir éloigné sa tapisserie, pour mieux en juger l'effet. — Dites-moi, Georges, feriez-vous ce carré-là noir ou rouge '.' vous voyez, ce carré près du petit pointu. Dites-moi franchement,

monsieur, chantant. — « Si vous pouviez vous repen... » (Parlé sans détourner la tôle.) Rouge, ma chère, rouge, je n'hésiterais pas, je déteste le noir.

madame. — Oui, mais si je le fais rouge, cela m'entraîne. (Elle réfléchit')

monsieur. - Eh bien, ma chère, si cela vous entraîne, il faut vous cramponner.

madame. — Voyons, Georges, je parle sérieusement; vous comprenez bien que si ce petit carré est rouge, le petit pointu ne peut pas rester violet; alors, la feuille de rose pâlit, le fond se décolore... Pour rien au monde je ne voudrais changer ce pointu.

monsieur, avec lenteur et gravité. — Mon amie, voulez-vous suivre aveuglément le conseil d'un homme irréprochable à l'existence duquel vous avez attaché votre sort? — Eli bien, faites votre carré vertpomme, et n'en parlons plus. Regardez un peu si jamais le feu de charbon de terre a eu cette tournure-là ?

madame. - Je ne serais que trop disposée à utiliser ma laine vertpomme, j'en ai une montagne.

monsieur. — Alors, où est la difficulté ?

madame. — La difficulté est que le vert-pomme n'est pas... assez religieux.

monsieur. — Hum!.. (Fredonnant.) « Saintes douleurs... » (Parlé.) Voudriez-vous me passer le soufflet, je vous prie'?... Est-ce qu'il y aurait de l'indiscrétion à vous demander pourquoi ce pauvre vertpomme, qui n'a pourtant l'air de rien, jouit d'une si mauvaise réputation... Vous faites donc de la tapisserie religieuse, maintenant, ma chère?

madame. — Oh 1 Georges, je vous en prie, faites-moi grâce de vos plaisanteries, je les connais de longue date, vous savez, et elles me sont horriblement désagréables... Je fais tout simplement un petit tapis de pied pour mettre dans le confessionnal de M. le curé. Là... ôtes-vous content? Vous savez de quoi il s'agit et vous devez comprendre qu'en pareille circonstance le vert-pomme serait hors de saison.

monsieur. — Mais pas le moins du monde; je vous jure que, moi qui vous parle, je confesserais avec du vert-pomme sous mes pieds... il est vrai que je suis naturellement assez résolu. Rast! utilisez donc vos laines, je vous assure que ce bon curé aceceptera quand même. Il no sait pas refuser. (Il souffle avec animation.)

madame. — Vous êtes content, n'est-ce pas?

monsieur. — Content de quoi, chère amie ?

madame. — Content d'avoir lancé, votre sarcasme, d'avoir jeté une moquerie à la tète d'un absent... Eh bien! moi, je dis que vous êtes un homme dangereux, parce que vous cherchez à ébranler la foi de ceux qui vous entourent. Il m'a fallu une croyance bien ardente, des principes bien solides, et, en vérité... quelque vertu, pour résister aux attaques incessantes... Eh bien! pourquoi me regardez-vous ainsi?

monsieur. — Je cherche à me convertir, mon petit apôtre. — Tu es si frcnlillo lorsque tu parles d'abondance, que tes yeux s'animent, que ta voix vibre dans tes gestes... Je suis sûr que tu parlerais comme cela longtemps, dis? (7/ lui embrasse la main, puis prend les deux boucles blondes de ses cheveux et lui noue sous le menton.)Ta es gentille, mignonne.

madame. — Oh! vous croyez m'avoir réduite au silence parce que vous m'avez coupé la parole! Don, voilà encore mes cheveux embrouillés. Mon Dieu, que vous êtes contrariant! j'en ai pour une heure. Vous ne vous contentez pas d'être un prodige d'impiété, il faut encore que vous embrouilliez mes cheveux... Tenez, écartez vos mains et tenez-moi cet écheveau de laine.

monsieur s'asseoit sur un tabouret qu'il approche le plus près possible de Madame et présente ses deux mains. — Dis donc, mon petit saint Jean.

madame. — Pas si près, Georges, pas si près. (Elle rit malgré elle.) Comme tu es fou!... Je t'en prie... tu vas briser ma laine. monsieur. — Ta laine religieuse?

madame. — Oui, ma laine religieuse. (Elle lui donne un petit soufflet sur la joue.) Dis donc, Georges, pourquoi fais-tu la raie de tes cheveux autant sur le côté ? Vois-tu, là, sur le milieu, ça t'irait bien mieux... Mais si, je veux bien que tu m'embrasses, mais gentiment, sans violence.

monsieur. — Sais-tu à quoi je pense?

madame. — Comment voulez-vous que je sache cela?

monsieur. — Eh bien, je pense au baromètre qui baisse, au thermomètre qui baisse aussi.

madame. — Vous le voyez, les froids arrivent, et mon tapis no sera jamais fini. Voyons, dépèchons-nous.

monsieur. — Je pensais donc au thermomètre qui baisse et à ma chambre qui est en plein nord.

madame. — N'estrce point vous qui l'avez choisie?... Ma laine, mon Dieu, ma laine I Oh ! l'affreux vilain petit, homme.

monsieur. - En été, ma chambre du nord est fort agréable, sans doute, mais quand l'automne arrive, que le vent s'insmue, que la pluie glisse contre les vitres, que les champs, les campagnes, semblent se

7. Le GHARIEMagne de la fin, muni d'un poêle et de ses tuyaux.— S. Une paire de pairs, coiffés d'un œufs rouge aux ailes éployées. — 9 et 10. Les figurants a écailles, tous wts fi Itoncevaux!— 11. Cavalier .normand du fond, d'après Mont» laucou, Miffliez, Healiô, etc., etc., otc.

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