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LA GRRRANDE FÊTE DE MUSIQUE MILITAIRE AU PRÉ GATELAN

A la bonne heure ! Toutes les musiques militaires réunies au Pré-Catelan, dimanche prochain ! — J'irai ; j'adore la musique de sentiment. Deux régiments d'artillerie donneront: c'est mon affaire. — Polka brillante, exécutée par deux batteries de canons rayés chargés à poudre. — Il y aura des places réservées pour les dames timides. — A trois heures, tous les musiciens réunis et armés jusqu'aux dents exécuteront une peignée générale en la bémol. — Il y aura des ambulances organisées sur tous les points, et les blessés y trouveront les secours les plus prompts et les plus intelligents. — Ce brillant concert do bienfaisance s'ouvrira par une vive fusillade en deux temps et en ul majeur, qui, à ce qu'il paraît, est du plus piquant effet.— Les artistes donneront ensuite le spectacle de la bataille de Solférino. — Les Autrichiens, représentés par les instruments de cuivre, verront leur gauche menacée par les clarinettes et, les hautbois Hésitation de l'ennemi. — Le général en chef, profitant habilement de

ce premier moment, fait tourner la position par une réserve de pistons à toute épreuve.— Carnage. — Feux de bataillon en .si naturel. — Quelques points d'orgue, jetés çà et là avec adresse et dont l'exécution est confiée à des obusiers de choix, contribuent à donner à cette première partie du morceau un caractère tout nouveau.

Seconde partie. — Les instruments de cuivre se replient et forment un joli carré, allégro. — Vaine tentative de toutes les grosses caisses réunies. — Un solo de cymbales, exécuté en pas de gymnastique et en sourdine, simule à s'y méprendre l'allocution d'un général à ses troupes. — Après ces courtes paroles, la symphonie s'anime peu à peu ; on sent la confhnce renaître; un remarquable crescendo ne laisse plus aucun doute sur le succès de la journée. - Les caisses roulantes s'avancent sous le feu de l'ennemi, tandis qu'un délicieux jeu de petites flûtes rappelle aux soldats dans ce moment suprême la patrie absente, les jouissances du foyer, la cloche du village. — Une mine, disposée de manière à lie point gêner le public, éclate tout à coup. — Toutes les colonnes s'élancent. — Rugissement des clarinettes. — Un officier supérieur de l'armée ennemie brise son ophycléîde sur son genou plutôt que de se rendre. — Pas de polka exprimant dans le lointain la prise et la reprise d'un drapeau. — La position est à nous. — Des roulements de tambour, écrits avec tact, expriment les cris des mourants et des blessés. — Second solo de cymbales. — 'Grande marche militaire étourdissante. — Un remarquable andante en mi, exécuté par une trompette Lenoir, de la force de 300 chevaux (vapeur), terminera cette petite fête militaire dont le souvenir restera certainement gravé dans le cœur dos personnes qui goûtent les jouissances acoustiques.

Avons-nous besoin d'ajouter que les dangers que présente à première vue ce concert de. bienfaisance ne sont point à craindre en réalité ? — Une trentaine de chirurgiens et une escouade d'infirmiers, cachée dans les bosquets, doit faire disparaître toute crainte de l'esprit du public. — Nous conseillons cependant de déjeuner légèrement ce jour-là. — Les dames qui auraient quelque raison d'espérer un prochain accroissement de famille feront bien aussi de s'abstenir et de rester chez elles. — Les personnes chauves sont priées de ne point se découvrir pendant l'exécution du morceau. En un mot, nous recommandons la plus grande prudence pour les personnes qui se trouveraient dans le voisinage des instruments, tous les instruments étant chargés. — On compte sur un immense succès.

Tel est à peu près le contenu du programme que je viens de recevoir. — Malheureusement, il m'est impossible de retrouver ce précieux programme au milieu de mes papiers, et je ne puis par conséquent corriger les erreurs ou omissions que j'ai bien pu commettre en le reproduisant de mémoire. Quoi qu'il en soit, le sens en est scrupuleusement exact. Y.

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22 octobre 1864.

dames, en fraîche toilette do campagne, attendent sur le perron l'arrivée du célibataire; depuis quelques moments on entend le galop d'un cheval qui doit suivre la voiture à peu de distance. — Le cavalier a rejoint le locatis et fait son entrée à la Butte. Fringant cavalier, belle monture, c'est quelque officier de la garnison de "Versailles qui vient rendre ses devoirs aux hôtes do la Butte-aux-Cailles.

Ces dames ont fait un brin de toilette pour recevoir les visites; on se serre les mains, on s'accueille avec toute sorte de jolies minauderies; la mère est charmante, la jeune femme, sa fille, est mise à ravir, et l'amie, que le célibataire ne connaît pas, est^tout simplement une très jolie femme.

La présentation est vite faite : — Mon amie, M»"' de Stravoloff, que nous avons rencontrée en Italie! — M. P..., le plus endurci des Parisiens et le commandant Vincenot, de la garde impériale, qui veut bien, trois fois par semaine, courir les grandes routes ventre à terre pour venir nous tenir compagnie. — Mon mari est très souffrant; mon fils est un Nomrod, vous savez qu'il ne faut' plus] compter sur lui depuis l'ouverture, et il attend avec une impatience fébrile l'arrivée des bécassines. — Mais vous avez du bonheur, mon cher P..., sa femme nous reste; ne regardez pas ses jolis cheveux comme un inquisiteur, cette profusion vous inspire des doutes; on vous prouvera, saint Thomas que vous êtes, que votre scepticisme n'est pas de saison

Le célibataire est un peu transi ; il prend un air de feu, croque un biscuit et avale un verre de Marsala. On fait un tour de parc; l'étrangère l'intrigue, il ne connaît qu'elle; l'a-t-il rencontrée au Monte- Pincio, à Lichtenthal, ou à l'ambassade anglaise? A-t-il croisé sa voiture autour du lac, son drosky sur la perspective de Newsky, ou senti sa taille plier dans ses bras comme un roseau, en valsant avec elle à la Conversation ?

On admire la belle ordonnance du parc, les jolis chiens de faïence que madame, qui adore ces bibelots et raffole des Saxe, a trouvé dans un château des environs; on visite la serre, le potager, la bibliothèque; on va serrer la main du malade auquel on apporte le Moniteur du matin et X Autographe de la veille, le fameux numéro de Charlotte Corday. Il se trouve qu'un a des amis communs avec le commandant, qui était en Syrie au moment où on faisait partie du corps diplomatique.

Le célibataire est ravi ; il trouve tout charmant ; les chambres d'amis ; perse bleue, toilette de Delfte rassortie patiemment parune femme de goût, qui a fait cent stations aux commissairos-priseurs pour trouver une pièce qui lui manquait. Il veut tout voir : la basse-cour, les remises, les cuisines et la petite Suisse avec les vaches bretonnes, et la laitière qui parle un français vague.

Les chevaux hennissent devantle'perron]; ils secouent la tète en faisant tinter leurs grelots et sautiller les queues do renard. On a résolu de faire une excursion dans la vallée : on grimpera aux ruines, on déchiffrera les inscriptions des pierres tombales, on visitera les châteaux des environs. On part, on est parti, on s'engage dans des petites routes charmantes; les paysans vous saluent avec bonhommie, demandant des nouvelles de la petite , un amour de bébé blanc et rose qu'où a laissé couche dans uneborcelonnette; les bois, les prés, les vallons, les collines défilent, et la dame russe est positivement charmante avec les déjà et les donc qu'elle sème dans conversation comme des marguerites dans un bouquet. Cela n'a pas raison d'être, mais je vous assure que c'est très-gentil.

Voici les Ruines, un vieux château démantelé auquel on n'accorderait pas un regard sur les bords du Rhin, mais qu'on admire avec conviction parce qu'on est avec de jolies femmes et que. le soleil vous enveloppe de ses chauds rayons.

Premier château — appartient à M. P . . . , un monsieur grincheux, qui fusille les étrangers à travers sa grille gardée par des molosses ; madame a quelque affinité avec la nonne de Heidelberg ; elle est exilée dans ses serres pendant l'hiver et on ne la reçoit pas. Je vous dirai, entre nous, que le. maire n'y a pas passé, et dans la vallée, on est à cheval sur les mœurs. Ce n'est de tous côtés que villas et bastides, châteaux contemporains de Mmo de Montbazon et pavillons de chasse,

Deuxième château — appartient à un marquis boudeur, qui vit cinq mois à Versailles et sept mois aux Etangs-Sainte-Marie. On descend pour visiter,les serres; le marquis est très-fier des ses hortensias bleus, et fait bon accueil par ambassadeur. C'est son jardinier qui reçoit. — Monsieur a des melons jusqu'en octobre et des fraises jusqu'en novembre; on fait une enquête sur l'exposition des serres, qui, à la Butte-aux-Cailles, malgré les soins, le terreau et les livres de jardinage que Monsieur rapporte constamment de Paris, ne donnent pas do primeurs. Le boudeur a encore les belles manières du beau temps, et le jardinier a la consigne de ne jamais laisser partir les visiteurs sans leur offrir un bouquet. — La dame russe, qui n'a qu'une vague notion de la culture des plantes exotiques , casse une branche de mimosa,

met une brindille dans ses cheveux et se fait un bouquet de corsage. — M. Jacques, le jardinier, fait la grimace. — Ces Russes sont étonnantes : u N'est-ce pas. c'est joli, donc ?,»

On remonte en voiture; on poussera jusqu'au beau château Louis XIII, quoi qu'il soit déjà tard; le soleil va se cacher, le ciel est inquiétant, on sort les châles et les couvertures ; le commandant, qui galope à la portière, maniant élégamment son cheval, prendra les devants. L'air est devenu froid, et les bas-fonds disparaissent déjà clans un léger brouillard, que percent de temps à autre les derniers rayons de soleil. Mais on arrivera encore assez à temps pour jouir de la vue qu'on découvre du haut du perron.

Troisième château. — Un financier très-parvenu, riche à millions, et qui meurt d'envie de voir sa fille comtesse ; réceptions continuelles, beaucoup de bruit et de fracas, une élégance à outrance, un train considérable, une meute que les amis mettent sur le flanc. Les grilles sont ouvértes, les domestiques sont en tenue ; c'est très-inquiétant; mais on a été vu, il n'y a pas moyen de reculer, et le cheval du plus mondain des chefs d'escadron est déjà tenu en main par un domestique, tandis que l'écuyer cavalcadour cause sur la pelouse avec des dames en robes blanches, qui ont revêtu, pour se préserver du brouillard, des capes rouges d'un très-joli effet.

Il y a gala au château, c'est désolant, et ces dames, qui sont en toilette de bain de mer, les bottines hautes, les jupes à tiret, le chapeau rond, décoré de plumes de faisan; les convives sont en cravate blanche : c'est la manie du financier. Une... deux... trois... quatre... huit dames; tous les environs sont là ! — Restez à dîner, ce sera charmant. — Mais vous n'y pensez pas, et mon pauvre mari qui est souffrant. — Et mon cœur de mère, dit la jeune femme; Bébé m'attend. — On montera à cheval, on préviendra; nous danserons. — Mais j'oublie de vous présenter M. P..., qui revient d'Orient après trois ans d'absence ; la comtesse Stavavaloff, une vieille amie de trois mois. — ■ Allons, commandant, le jour baisse, on sera inquiet. — Je vous assure que c'est de la folie. — Charmant votre nœud de ceinture, ma chère amie ! — Il faut se quitter, c'est triste au possible, mais franchement, c'est inhumain; mon pauvre malade; et d'ailleurs M. P... tient à rentrer à Paris ce soir, et cela ferait trop de peine au maître de la maison; nous ferions tache au milieu de vos fraîches toilettes. — Du courage ! allons, embrassons-nous. — Voilà qui est fait.

On accompagne les hôtes de la Butte-aux-Cailles jusqu'à leurs voitures ; le soleil se couche , l'horizon est en feu. Dans la plaine, un troupeau fuit au bruit des grelots des chevaux , le berger et ses moutons, baignés dans la poussière d'or qu'ils soulèvent dans leur fuite, se dé tachant en fortes silhouettes sur le disque enflamme; la jolie Russe, est rêveuse, la jeune dame est un peu transie, et le commandant ne papillonne plus à la portière. Le célibataire est tout à la mélancolie, et son cœur a des crampes d'estomac; il Hotte entre de ■\agues désirs d'une passion moscovite et des appétits de faisans saisis à point Encore une côte et nous y voilà. Déjà la silhouette grise de la Butte-aux-Cailles se détache sur les grands mélèzes qui l'entourent, et la Russe, qui voit jusqu'au fond des cœurs, croit apercevoir (/îie^uc chose de noir sur le perron à côté de quelque chose de blanc. On avance : c'est le curé du village, qui, le dimanche, vient s'asseoir à la table de famille, et le Bébé, qui tend vers sa jolie maman ses petites mains roses, qu'il embrasse avec une adorable gaucherie, pour envoyer des baiser. Le feu flambe dans la cheminée. Le jeune mari revient do la chasse, transi et harassé. Après les étreintes de riguenr, le célibataire s'étend dans un large fauteuil, et se chauffe consciencieusement les pieds; enfin, un valet de pied annonce : — Madame est servie ! Et l'amour qui va naître fait place dans le cœur de l'épicurien de Paris aux appétits provoqués par des senteurs de venaison et des exhalaisons savoureuses..

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