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UN MOT SUR NICE, MARSEILLE ET TOULON

Nous quittons Paris jeudi 27 octobre, àhuit heures, et ce voyage

trop rapide commence sous d'heureuses auspices, puisqu'au moment de monter en wagon nous rencontrons Alexandre Dumas, qui se rend à Marseille pour monter au Grand-Théâtre les Mohieans de Paris. De Paris à Lyon, dans la nuit profonde, le voyage est silencieux, et l'auteur des Mousquetaires, qui se laisse difficilement aller au sommeil dans un bon lit, mais qui n'a jamais négligé l'occasion de s'assoupir dès qu'il a quitté la plume, assis sur un fauteuil ou au repos, accoudé à une table, s'endort du plus profond sommeil. Nous traversons Lyon, la ville assise entre deux fleuves ; le temps est triste, froid et humide. La pluie détrempe les quais, et des canuts vertueux longent à taton les quais, s'avançant obliquement contre l'ouragan. — Le jour se lève hypocritement; voici Vienne la Romaine, Valence, Montélimart, Orange, Avignon avec sa ceinture de fortifications moyenâge et son Vatican.

A Arles, les terres se calcinent et les tons négatifs de la terre du Nord font place aux terres do Sienne du vrai Midi; on domine du haut des remblais cle chemin de fer des intérieurs de cour qui rappellent l'Italie et Cervara. Un peu plus loin, aux approches du Pas-des- Lanciers et de Marseille, les arbres, tous courbés par le vent, rappellent au voyageur la pernicieuse influence du mistral. Le jour s'est levé, tout cela éclate, voici l'olivier au feuillage sombre croissant dans des terres rouges, les bastides s'élèvent encadrées dans des pins d'un vert sombre : c'est Marseille!

Agitation saine, mouvement fructueux, on ne plaisante pas ici, si je ne me trompe, on fait des affaires en riant; les Marseillais se corrompent, les grandes artères de Paris les inquiètent, ils veulent réformer leur ville; ils auront beau faire, la vieille cité est là, toujours effritée, noire, rouge, violacée, superbe de tons, abritant le port contre le mistral. Quant à la rue de Noailles, à la rue Impériale, elles ressembleraient bien au boulevard de Sébastopol, mais les mâts des navires se balancent à l'horizon et le pittoresque est sauvé.

Seigneur, protégez-nous contre le froid architecte et l'avide ingénieur !

De Marseille à Nice, en plein jour, par un soleil éclatant, la routeest superbe, la voie ferrée longe la mer ; on traverse les villas et les jardins où les Marseillais vont en villégiature. Le premier port qu'on domine est la Ciottat; voici à l'horizon la rade de Toulon; les côtes bleues qui apparaissent là-bas sont les îles d'Hyères ; nous passons les arcs, où les eaux débordées sur la voie menacent la circulation ; voici Cannes, le golfe de Juan, Antibes, enfin Nice !

Le soleil s'est couché. 11 y ajuste vingt-quatre heures que nous avons quitté Paris, et nous avons franchi plus de mille kilomètres.

Comment ne pas être un peu Chauvin et ne pas s'émerveiller ? — Hier soir, le froid, l'humidité, la pluie, la nostalgie; ce soir une chaûdelitmosphère, des horizons bleus, des fleurs, des arômes, des reflets dorés : c'est déjà l'Italie ; le cactus épileptique et l'aloès plantureux sont à l'aise en ces climats ; les roses et les orangers, les caroubiers et les citronniers étonnent le regard.

Il ne faut pas se laisser aller au charme de la nature; l'Empereur a sept heures d'avance sur nous. Nous descendons à l'hôtel Bellevue nous revêtons nos habits roses et nos satins brochés, et courons aux chancelleries.

Les malades et les touristes sont agités, la ville est en rumeur depuis le matin ; la foule stationne aux abords de.la villa Peillon; des officiers russes en uniforme entrent dans la résidence et se promènent dans le jardin. Enfin arrive l'Empereur dans la voiture du Préfet; on l'acclame; il se dirige vers la villa, et l'entrevue, d'avance commentée par les gens bien informés, se vérifie enfin.

L'Empereur est en général, leczaren officierrusse, etle'fameux chien, la coqueluche des Anglais, celui que l'or des princes n'a pu séduire, puisque sa chaîne est d'or et son collier de pierres fines, assiste impassible à l'entrevue. L'Empereur des Français caresse sa moustache, l'Empereur Alexandre flatte son terre-neuve. — Il faut s'en tenir aux conjectures.

Le soir, au Cercle, chacun dit la sienne ; il n'en faut pas croire un mot; les officiers français sont ravis des officiers russes ; on a toasté ensemble dans la journée; le soir, on se retrouve dans les salons du Club. Quelques aimables personnes qui ont un faible pour les résidences des tètes couronnées, se retrouvent sous ce doux climat.

Mmo de Saint-Martin a ouvert ses salons; on y rencontre la fine fleur de l'aristocratie moscovite et des habitués de Monaco.

L'Empereur est accompagné du général Fleury, de l'amiral Jurien de la Gravière, son aide de camp, le plus littéraire des officiers de marine; du vicomte Walsh, de M. Pietri, du marquis de Caux; do M.'. d'Espeuille, un aimable cavalier, et, cequi no gâte rien, un bel officier d'ordonnance.

Toulon, samtdi.

Nous revenons sur nos pas, et nous voici dans le premier port d. France ; les hôtels sont assiégés, la population est en rumeur ]

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Souvenirs 'd'Opéra.

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