‹ La Vie parisienneChapitre 568 sur 662 · LA CONFESSION DE MADEMOISELLE JANE · texte numérisé non relu

LA CONFESSION DE MADEMOISELLE JANE

M, DE RYONS. — JANE

de iîyons (à part). — Il faut que je devine cette femme, que je la confesse, que je la creuse jusqu'au tuf. (Haut) Vous paraissez agitée, mademoiselle.

jane. — Je suis mariée, monsieur.

de ryons. — Je sais bien, mademoiselle; c'est un mot que j'ai fait-là.

jane. — C'est môme une impertinence.

de ryons. — Mais certainement. Je suis l'ami des femmes et je ne leur dois rien que la vérité. Votre mari est furieusement sot de n'avoir rien su obtenir d'une femme comme vous, et en l'épousant, par-dessus le marché.

jane. — Vous êtes assis dans son fauteuil.

de ryons. — Oui, je prends sa place. Quel âge avez-vous?

jane. — Dix-sept ans; je ne sais pas au juste.

de ryons. — Je le sais, moi, vous en avez trente-deux. Le mensonge n'attend pas le nombre des années. Il y en a bien d'autres. Vous avez un joli chapeau. Combien coûte-t-il?

jane. — Je l'ignore.

de iîyons. — C'est comme pour votre âge. Il coûte 120 francs ; vous l'avez acheté le 17, à trois heures de l'après-midi. Vous aviez perdu un de vos gants; vous l'avez retrouvé dans la voiture... « Ai-je de bons avis ou de mauvais soupçons?

jane (à pari). — Il est enrayant.

de byons. — Je devine une femme à la couleur do sa robe, à la façon dont elle manie la fourchette, aux dents et eux genoux.

jane. — Excusez-moi, j'ai deux mots à écrire.

de ryons. — Je devine à qui vous écrivez. C'est à Mme Leverdet. Ne faites pas trop de fautes d'ortographe. C'est assez des autres.

jane (écrivant). — Vous connaissez M>« Leverdet?

de ryons. — Je crois bien. Elle a voulu me glisser sa fille, un ange de pureté qui joue Schubert de mémoire. Trop do sentiment musical à la clef. L'année prochaine, elle lira le Chandelier. Ce n'est pas mal, cette petite pièce-là.

jane. — Elle s'appelle ?

de ryons. — Antoinette. C'est un nom bien connu. Je ne l'oublierai pas.

iane. — Alors vous n'aimez personne ?

de ryons. — Il n'y a pas de danger.

jane (de plus en plus agitée). — L'homme qu'on épouse vous trompe, l'homme qu'on aime vous insulte.

de ryons. — Qu'est-ce que ça fait? Est-ce que les cravaches ont été inventées pour les chevaux ?

jane. — Non, monsieur, et si j'en avais une sous la main...

de ryons (à part. — Ah ! ah ! Voici une vraie femme... Et moi, imbécile, qui n'avais rien lu dans ce grand œil bleu. (Haut) Approchez votre fauteuil. Nous sommes au confessionnal. Je dresse l'objectif de l'analyse, et je mets votre cœur au point. Ne bougeons plus!

jane, — Je m'accuse d'avoir...

de ryons. — Le récit aurait des longueurs. Le théâtre, comme disent les accoucheurs, ne se passe pas en conversations. Nous disions donc que cet affreux Voltaire...

jane. — C'est un vers de M. Ponsard.

de ryons. — Je parle de cet affreux voltaire, c'est-à-dire mon fauteuil, sur lequel vous ne paraissez pas sur des roses. C'est donc bien désagréable ce que vous avez à m'avouer?

jane. — Ah! tenez, vous ne savez pas...

de ryons. — Voilà l'explosion. Allez comme ça.

jane. — Ce que c'est qu'une jeune fille qui se marie. Elle marche à l'autel sans avoir coupé les pages du catéchisme de l'amour. Heureuses les jeunes filles qui, à la pension, ont pu se faire une idée du mariage. Mais les autres, les pures, les saintes, les vierges...

de ryons. — Y en a-t-il beaucoup qui ignorent la théorie?

jane. — Oh ! oui, allez. Au sortir de la mairie, elles vont à l'autel, de l'autel à table, de la table au bal et du bal... Quant au reste, je ne veux pas le connaître.

de ryons. — On dit ça,., et puis... on finit par faire comme les autres.

jane. — Après que ma mère m'eut embrassée elle s'éloigna en pleurant

de ryons. — Tout le monde avait donc bien du chagrin à ce mariage là ? Et M. votre mari pleurâ-t-il ?

jane. — Oh ! lui...

de ryons. — Son siège était fait... Pauvre femme! comme dit M« Lachaud,dans les mitoyennetés conjugales.

jane. — Une jeune fille, à Paris, est élevée dans les sphères de l'idéal. Elle se figure qu'on se marie pour avoir des plumes et pour sortir seule dans les rues, comme papa et maman qui se disaient vous et ne s'embrassaient pas devant moi. Un jeune clerc de notaire vient dans la maison. La nature, la poésie, la musique, les fleurs...

de ryons. — Et l'étude de son patron qu'il veut acheter pour faire redorer les panonceaux. Allez toujours.

jane. — Je n'ose pas.

de ryons. — Fichtre! En effet, c'est scabreux, mais au Gymnase, nous sommes en famille.

jane. — Enfin je trouve cela révoltant.

de ryons. — Si toutes les jeunes filles disaient cela, que deviendrait la statistique de la population ? Et qu'avez-vous fait ? jane. — J'ai fermé les yeux.

de ryons. Très-bien. Et après ?

jane. — Je me suis réfugiée dans la maternité. Nous autres femmes, nous n'avons pas à discuter l'œuvre de Dieu. Je passais toutes mes nuits habillée en toilette de bal. Alors, mon mari, orgueilleux et impatient, est allé porter son amour à d'indignes créatures, et je suis retournée clans ma famille, humiliée, briséé.

de ryons. — De fatigue? Tant de nuits en toilette de bal. Avouez qu'il y avait un peu de votre faute. On vous donnerait le paradis que vous le perdriez encore. C'est Alfred de Musset qui l'a dit... Il avait du talent.

jane. — Ah! monsieur, sauvez-moi'

de ryons. — Évidemment, il faut que je vous sauve. Je suis le terre-neuve des femmes à la mer, mademoiselle.

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CHOSES ET AUTRES

Tom Pouce est attendu prochainement au Grand-Hôtel. Le bruit court qu'on ne lui permettrait plus de porter en France son habit de général.

A propos de modes, je n'ai pas cru devoir vous parler des dents, qui ornent le bas des robes. Ressembler un peu plus, un peu moins, à une mâchoire, qu'importe? La femme n'a jamais été qu'un aimable crocodile.

Il a été un peu question de la candidature d'un grand... grand personnage à l'Académie des Sciences morales et politiques. Tout le monde sait qu'il n'y a pas d'Académie des Sciences morales et politiques ; mais ce ne serait pas la première fois qu'on créérait une Académie tout exprès pour un grand homme.

On veut faire un chemin de fer en Chine... de Canton à Pékin, s'il vous plaît. Les Anglais ont voulu pour cela faire payer 500,000 francs à Hong-Kong. Les Hong-Kongois, ne comprenant pas bien qu'ils dussent payer avant la livraison de la marchandise, ont préféré tuer une cinquantaine d'Anglais, ce qui coûte moins cher qu'un chemin de fer et est beaucoup plus récréatif. Les journaux appellent cela une petite effervescence.

Cette manie de tirer sur les Européens, et d* les assassiner un peu, paraît passer à l'état de tic parmi les Asiatiques. A peine nos ambassadeurs japonais ont-ils eu mis le pied sur leur territoire, qu'ils ont armé leur suite et se sont dépêchés de. faire feu sur le Cormoran, vaisseau d'Albion. Ces gens-là ne craignent pas de laisser protester leur signature.

Tous les jours on lit dans lo Bulletin de l'Observatoire :

« Étal de l'atmosphère, Irès-variê.

Pour observer ces choses-là, point n'était nécessaire de faire la tour si haute.

Toujours les solidaires de Tours. Il paraît que ces solidaires sont des gens qui s'associent pour se faire enterrer. Une singulière idée. J'aimerais mieux m'associer pour bien vivre. Mais ces solidaires sont encore plus étranges. Tous profondément convaincus que le catholicisme est une superstition, ils veulent à toute force qu'un prêtre catholique dise des prières sur leur tombe et ils tiennent à de la terre bénie, tout en disant, à qui veut les entendre, que la bénédiction n'a aucun sens. « J'ai souvent remarqué ce vice, dirait le bonhomme Montaigne.

C'est aux courses de Porchefontaine que nous avons trouvé les premières

novembre 186-i.

modes d'hiver. L'Incroyable de soie, avec par-dessus semblable.... ce mot : Incroyable, nous reporte aux bons jours du Directoire. Reverrons-nous bientôt la petite parole panachée? J'ai lieu de l'espérer, grâce à M. le comte de V*** et à M. le baron D"'. — J'ai remarqué aussi la peluche anglaise, dite silkskin... On n'a jamais sn pourquoi — la peluche est très-portée... et le drap bleu... et le grenat non moins... mais c'est déjà ancien. — Quant aux diamants, je n'en ai pas vu, mais je me suis laissé dire qu'on les avait confiés à la modiste... des chapeaux de diamants — où s'arrêtera-t-on 1 Je pense qu'on en fera des souliers, et je sais plm d'un amant qui alors aura plaisir à conserver celui de sa maîtresse. — Les robes se relèvent de plus en plus; les bottes grandissent, et suivent la robe; le paletot, toujours plus court, semble fuir la robe et les bottes. — Je vous dirais bien ce qu'il en adviendra; mais vous me feriez la moue. Je vous le dirai donc tout bas.

Dumas va décidément partir pour l'Amérique. Nous aurons donc des nouvelles impressions de voyage. Dumas a mangé de l'ours en Suisse, du renne en jLaponie, du cheval à Lyon. Quand Dumas aura mangé du nègre dans la Caro- "11116, la cuisine n'aura plus de secrets pour lui.

La GAZETTE DES ABONNÉS, cet étonnant journal pour rien compte-rendu illustré de notre regretté H. de Hem se trouvent les autographes avec de légères variantes. Il faut bien s'amuser un peu!

En attendant, Dumas, le même, va prêcher à l'Exposition de Delacroix. Excellente affaire pour tout le monde, d'abord pour l'Exposition, ensuite pour Dumas, que les lauriers de Lacordaire empêchaient de dormir; ensuite pour la religion, que le grand homme va sans doute vulgariser puissamment. Il n'y a pas de sol métier, disent les bonnes gens ,

Les autres frères-prêcheurs des conférences de la rue de la Paix vont se transporter au Vaux-Hall. Voilà un lieu tant soit peu léger pour de si austères sermonneurs. Ils espèrent sans doute que les souvenirs ferait passer l'ennui comme la sauce fait passer le poisson.

Nous avons eu une exposition d'huîtres. Je ne vols pas trop comment on peut juger des huîtres sans les goûter. Bientôt nous aurons une exposition de vins; mais on se contentera aussi de les regarder.

a publié, sur Roland à Roncevaux, un numéro fort curieux. A la suite d'un autographes des divers interprètes de la pièce. Nous reproduisons ici ces

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.r> novembre 1864.

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