‹ La Vie parisienneChapitre 598 sur 662 · SANS TROP SAVOIR POURQUOI · texte numérisé non relu

SANS TROP SAVOIR POURQUOI

Que la vie à vingt ans est une belle chose.

Quand on peut à son gré dépenser son loisir,

Effeuiller à deux mains l'amour comme une rose,

Entendre à ses côtés, avec un doux soupir,

Une voix demander si l'alcôve est bien close :

— Oui,— j'ai peur dos voleurs. — Bonsoir, je veux dormi

Quand une femme a peur, et, dans l'ombre incertaine Croit entendre des bruits et des pas dans le mur Se jette entre vos bras, tremblante, sans baleine,' C'est qu'elle a des projets, et son cœur n'est pas pur- Cependant il faudrait une âme bien romaine, Pour ne pas apaiser cet ange à l'œil d'azur.'

En pareil accident, il est indispensable, Croyez-moi, de calmer ces frayeurs sans raison; La Fontaine l'a dit, en vers, dans une fable,

Et comme un bon conseil est toujours de saison : Quand une femme a peur des voleurs ou du diable, C'est qu'elle ne veut pas qu'on dorme à la maison.

Elle s'est endormie ; et sa bouche vermeille Exhale doucement comme un souffle d'amour, Dormez : autour de vous tout est calme et sommeille, Le dieu qui vous unit n'est pas le dieu du jour; Dormez : ce n'est pas vous que l'aurore réveille, A midi moins un quart vous vous direz bonjour.

Puis on se lève enfin. On s'agace, on s'habille,

On se fâche, on s'embrasse, on dit rous, on dit toi;

Edmond fume un cigare, et Marion babille,

On parle trois pour cent, jeu, courses et, ma foi!

C'est ainsi qu'à vingt ans, et de fil en aiguille,

On croit bien s'amuser — sans trop savoir pourquoi .

Ch \ri es Jouet.

2G novembre 1864. LA VIE PARISIENNE * 677

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