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LES ENTRETIENS LITTÉRAIRES DE LA RUE DE LA PAIX

Comme pousse-café — passez-moi le mot,— je ne connais rien de plus agréable que les entretiens littéraires de la rue de la Paix.

On y entre le cure-dent aux lèvres, on s'y asseoit tranquillement dans des fauteuils qui pourraient être meilleurs, mais qui aussi pourraient être plus mauvais.

Point de bruit, pas trop de lumière, le plaisir ne durera pas trop longtemps: et tandis que l'estomac se livre au premier travail de la digestion, un monsieur en habit noir vient se placer sous une lampe et causer agréablement de choses et d'autres.

Ce qu'il y a de charmant, c'est qu'on n'est pas obligé de lui répondre, et qu'on jouit de tout le charme de la conversation sans en avoir la fatigue.

Les dames qui se piquent de quelque goût littéraire gfSgnottent ouvertement des bonbons qui semblent venir du bon coin.

Ce n'est ni un salon de bonne compagnie, ni un café chantant, ni une classe do l'École normale, et cependant il y a de tout cela dans ce petit intérieur étrange.

Les gens dont la digestion est pénible, vous diront qu'il est déplorable que l'art et la science se débitent ainsi dans une arrière-boutique à 30 et SO sous l'heure; que cette tendance moderne à rapetisser tout ce qui est grand et beau pour le mettre à la hauteur d'un public indifférent et futile, sent la décadence d'une lieue ; que la littérature est à ces entretiens littétéraires ce que la musique est aux cafés-concert; que Shakespeare ouMolière analysés, lus, commentés, estropiés par un monsieur en habit noir, pour le plus grand plaisir des dames qui grignottent des bonbons et cherchent des opinions littéraires, font songera un bourgogne vieux, exquis,

qu'on vous ferait goûter après l'avoir noyé dans l'eau; qu.e Mais nous

laisserons dire, n'est il pas vrai, les gens qui digèrent mal, tout le monde sait qu'ils ont un caractère détestable et nous reviendrons à l'arrière-boutique de la rue de la Paix .

Figurez-vous au fond d'une cour un magasin de chapelier, sans chapelier ni chapeaux, bien entendu. Des murs blancs et nus comme la main, une accumulation énorme de fauteuils fanés et au fond \in quelque chose de large et de haut, recouvert d'étoffes et simulant un sarcophage, une tribune ou un bureau. Sur le sarcophage est une lampe^ et un petit pupitre en velours rouge assez frais — ceci est de la prodigalité; — à côté est un plateau contenant ce qu'il faut pour faire un verre d'eau friblementsu-

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