‹ La Vie parisienneChapitre 601 sur 662 · WILLIAM · texte numérisé non relu

WILLIAM

CORRESPONDANCE

A M. .)., écrivain.

Monsieur le rédacteur,

Ce n'est point sans quelque amertume que j'ai lu dans le petit journal, la Vie Parisienne, un article qui, sous une apparence de raillerie légère, attaque un homme dont le talent éminent et les convictions édifiantes devraient être à l'abri de toute analyse.

Vous avez rendu profanes et grossiers, dirai-je presque, les élans sublimes du grand écrivain; vous avez fait de M. Veuillot un déclamateur irritable, exprimant ses fougueuses indignations avec une liberté d'expression faite, à coup sûr, pour troubler les âmes ébranlées et pour indigner, je ne crains pas de le dire, ceux qui, comme moi, ont l'honneur d'être de ses amis.

Et en cela, monsieur, vous avez montré la dissipation et la frivolité de votre esprit qui n'a point su deviner sous le lutteur inspiré, sous l'apôtre, énergiquement éloquent, lui n'avez point su deviner le chrétien touché de la grâce, qui le soir prie, le Seigneur pour l'âme eu danger qu'il a avertie le matin.

Quoi qu'il en soit, monsieur, je ne me serais point décidé à prendre la plume si en attaquant le pieux csractère. de M. Veuillot vous n'aviez souillé de vos railleries une de nos plus suaves croyances; j'entends la croyance au miracle de la Salette.

Si votre esprit, que je veux croire encore bien jeune, est resté insensible à l'ineffable candeur du petit berger révélant les paroles de la divine mère , comment se fait-il que vous osiez mettre à nu les doutes de votre âme ainsi qu'une plaie repoussante?

Beaucoup de personnes que j'ai l'honneur de visiter parfois ont été justement alarmées par la lecture de votre article, monsieur, et c'est en leur nom que, malgré le caractère dont je suis revêtu, j'ai pris le parti de vous écrire.

Comment se fa't-il, monsieur, que la petite feuille dans laquelle vous écrivez et qui est fort lue dans un monde essentiellement élégant, et par conséquent profondément catholique, ait pris cette couleur d'indépendance parfois aigre qui correspond si mal aux pieux scrupules de ses lecteurs?

Quel ne serait pas, monsieur — permettez-moi d'attirer votre attention sur cette perspective où l'esprit se complaît — quel ne serait pas le succès d'un journal comme le votre, unissant à ses élégances de forme les saines garanties de croyances respedables, unissant le charme de l'esprit aux solides jouissances du cœur ; à un tel journal les plus hauts patronages ne feraient pas défaut, et nous pourrions répéter alors avec le Psalmiste : « Notre espérance deviendra » forte et inébranlable comme la montagne de Sion, car le succès est en Dieu. »

Le succès d'un journal comme tout autre succès.

Agréez, monsieur le rédacteur, l'assurance de ma parfaite considération.

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