MODES. — LE PETIT TRICORNE-LAMPION
Et ces daTes de s'écrier sur tous les tons:
Des lampions!
Des lampionst Des lampions]
mif? m
— Clarisse. — Voilà ce que je trouve, au lieu rie ma canne !
— Dame! madame, les dames prennent les modes des tambours majors : ils peuvent bien confondre, ces militaires!
enragée, et tu auras son portrait. Nous ne pouvons pas nous sentir.
» Une fois le programme arrêté, il a fallu distribuer les rôles. Je te passe les détails de ces autres comédies, dont tu as pu juger. Nous voulions toutes avoir des rôles de femme, et personne ne voulait de rôles d'homme. Enfin tout a Uni par s'arranger, mais pas à la salisfaction générale.
» Vers la lin d'octobre, les répétilions ont commencé. J'ai été un soir exclue pour avoir jeté ma brochure au nez d'Antonia, et, une autre fois, j'ai gagné un mal de ternie pour avoir enjambé la balustrade de la galerie. 11 fallait voir comme nous étions hères de remonter au dortoir toutes seules, passé dix heures et sans sous-maîtresses, comme des grandes filles raisonnables.
» La jolie Bianca, aux yeux vagues, qui est toute seule dans sa division perfectionnée (ce qui lui permet d'avoir tous les prix uni ques'i, jouait Périnette. Angôle jouait Geneviève. Antonia faisait frémir Boulotte aux répétitions par la façon dont elle rendait le jeune matelot. Elle a tenu ce qu'elle promettait, et au-delà... mais je te parle de la représentation quand nous en sommes encore bien loin.
» On aurait bien voulu donner un rôle à Jessica, l'enfant gâté de la pension; mais, avec son caractère fantasque, elle aurait fait cent sottises, et on a été forcé de lui donner un costume de page pour passer les rafraîchissements. Je vais te la présenter avec la même cérémonie que les autres pour te satisfaire.
^ » Jessica est un caractère impénétrable. On ne pourrait pas dire si c'est une enfant ou une jeune fille. On dit qu'elle a dix-sept ans, et elle en paraît à peine douze. Elle a des rages et des colères do bébé mal élevé. Elle veut qu'on l'habille en robes courtes. Elle a une tète adorable, et sa chevelure noire serait admirable si on ne l'avait pas coupée comme celle d'un garçon. Ses yeux ne sont pas très grands mais le mot yeux de velours rend bien leur douceur. Elle a une toutô petite bouche, un m z fin et droit; sa peau est blanche et rose, et pourtant, à bien la regarder, elle manque de fraîcheur, et on distingue déjà comme d-s petites rides imperceptibles au front et aux coins" de la bouche. Elle est de Port-au-Prince, et il y a cinq ans qu'elle est en Franco. Je crois que ce long séjour dans un climat si durèrent de celui de son pays a arrêté subitement sa croissance et son développement.
« Je reviens à nos répétitions. En tout nous étions dix-sept acteurs et actrices. On nous a donné la permission de nous enfermer dans la salle des cours pendant.la récréation pour apprendre nos rôles. Tu juges si toutes les autres viennent coller leurs têtes aux vitres pour tâcher de voir ce que nous faisons et surprendre quelque chose du grand secret. Au risque de t'étonnor beaucoup, c'est une justice à nous rendre que de dire qu'il a été bien gardé. Tous les soirs, et quelquefois dans la journée, nous répétons avec Boulotte, et je t'assure qu'il y a des tètes bien dures. Alexandra surtout la désole, malgré toute son intelligence, à cause de sa voix caverneuse. Jl parait que toutes les Moldaves ont cette voix-là. C'est la meilleure fille que je connaisse, et je ne lui connais qu'un défaut : Depuis qu'on l'a conduite aux Italions, elle ne rêve de Mario: elle est folle de musique
» Vers le 15 novembre, le grand jour approchait, et Boulotte nous avait dit de nous préparer pour aller chez Babin essayer des costu • mes. Il n'y eut ni cesse ni arrêt jusqu'à ce que nos mères ou amies nous eussent apporté des châles. Le rêve des élèves était de s'habiller le plus excentriquement possible et de ressembler aux lorettes. Aussi nous avons posé nos chapeaux en tapageurs et mis des robes traînantes, sans cage. C'est dans cet équipage que, le soir venu, nous nous sommes empilées quatre par quatre, avec une sous-maîtresse pardessus le marché, dans les plus grands fiacres qu'on avait pu trouver. Il y avait quatre voitures, et il fallait voir 1 etonnement des "ens qui passaient à neuf heures du soir rue Richelieu, en voyant sortir de ces grandes boites vingt personnes s'engouffrant deux par deux sous la porte cochère.
>. Nous sommes restées plus .de deux heures chez llabin à essayer trente ou quaranle costumes, etee n'était pas trop. On a recommencé à se disputer de plus belle. On les avait préparés d'avance, mais comme après les trois pièces il y avait une pantomime, les huit costimes des huit bergères étaient de couleurs différentes. Il fallait se résigner à les choisir selon les tailles, de sorte que Suzanne, qui est blonde, avait une jupe jaune, et qu'Isabelle, qui est brune comme une olive, avait un corsage bl"u de Chine.
» J'avais à essayer mon costume de notaire dans Périnette et celui de Scudéry dans VAube?*ge. Scudéry allait irès-bien, mais quand il s'est agi de passer la culotte de tabellion, l'habilleuse dit qu'elle n'entrerait pas, ou plutôt que je n'entrerais pas. Comme le costume masculin moderne est interdit à la pension, cette année comme les au-
tres, on devait jouer Périnette en Louis XV, l'Histoire d'un sou en justaucorps espagnol, et Y Auberge aussi en Louis XV, n'ayant pu trouver ce qu'il nous fallait en Louis XIV. Nous avions eu beau venir le soir et passer dans une chambre écartée, les commis nous avaient vus passer, et Dieu sait s'ils ont dû rire.
» Ensortantde chez Babin, nous sommes allées pour essayer des perruques à vingt pas plus loin, dans la rue. On avait congédiées fiacres et la boutique du coiffeur était déjà fermée. Ce contre-temps contraria toute la troupe, car c'est un plaisir assez rare que de se promener à pied dans les rues à onze heures du soir.
« Il était onze heures et demie. Le thé nous attendait chez lesparents d'une élève qui demeuraient près de là. Le thé était bon et amicalement offert. A une heure moins un quart du matin, sans les sousmaîtresses, personne n'aurait songé à la retraite. On parvint à se procurer des voitures qui prirent le chemin de la pension. Il faisait un épais brouillard. Je ne sais si c'est lui qui avait obscurci la vue d'un des cochers, mais une des voilures se sépara des autres et entra sous la voûte de la maison Veulin, dans lesChamps-Élysées. Boulotte, qui dirigeait l'expédition, s'en aperçut et se mit à pousser des cris de paon, en gesticulant, le corps à moitié passé par la portière. Qu'aurait-olle dit en rentrant avec quatre élèves de moins? Heureusement, elle en a été quitte pour la peur, on nous déposa à la porte de la pension au grand complet, et la bande joyeuse monta au dortoir, sans se donner la peine d'étouffer ses éclats de rire.
» Le lendemain on apporta les costumes; on les essaya, on les changea et tout finit par s'arranger. Les accessoires étaient prêts, et, le soir, il y eut une espèce de répétition générale dans la salle de Callisthèmie. C'est là que la culotte du tabellion, qui n'avait pas été suffisamment revue, corrigée et augmentée, trahit sa propriétaire lorsque, dans Périnette, la scène exige qu'elle se laisse choir dans un carton à chapeau.
» Quand les élèves montèrent au dortoir, il fallut interrompre la répétition au beau milieu pour entrer au parloir et les laisser passer; j'avais mon magnifique costume de l'Auberge, en velours nacarat et en satin cerise. Les élèves pouvaient nous voir en montant les escaliers et j'avais eu le soin de m'envelopper dans un grand manteau de mousquetaire. Les bleues arrivaient et je tenais précisément mon tricorne sous le bras lorsque une voix cria d'en bas : Tiens! Fanny qui est en homme. On voit ses jambes.
» Le grand jour approchait. Le père V , le professeur de danse,
venait nous aider à répéter la pantomime, bien qu'il no doive pas voir les résultats de ses leçons, les élèves seules étant admises à la représentation. Nous avions des jupons noirs très-courts. J'ai appris l'histoire secrète de M. V. et tu seras peut-êire bien aise de la connaître. 11 a dansé à 1 Opéra, et il y danserait probablement encore, sans un accident qui lui est arrivé. Il s'est cassé une jambe. On dit qu'il dansait bien et qu'il a eu du succès. Il est profeseeur de danse à la pension depuis une éternité, et bien qu'on soit très collet-monté, on ne lui a pas retiré le privilège de nous appeler « mes petites chattes. » C'est uns vieille habitude qu'il a gardée do l'Opéra. On prétond qu'il a au moins 70 ans, mais il n'a pas beaucoup l'air d'un vieillard. Il est pimpant,' aimable, toujours gracieux et souriant, grand, se tenant droit comme un jeune homme. Je crois qu'il a un corset. Sa tenue est toujours soignée et très-élégante. Il est peint comme une femme, et, à dix pas on ne lui donnerait pas plus de 45 ans. Il n'a pas dû ê're mal dans son temps. 11 est couvert de bijoux des pieds à la tête, bagues, épingle de cravate, chaîne d'or et un paquet do breloques au milieu desquelles une topaze fort belle. 11 n'appelle, jamais ses élèves : mademoiselle; le prénom tout court : Fanny, ou bien : Fanny, ma petite chatte. En somme, c'est un drôle de professeur; mais il est bon homme et on lui passe tout.
» La veille de la première représentaiion, il y a eu répétition générale dans lo salon du haut. Cette folle d'Antonia est un vrai démon. Elle joue dans tout. Après l^s tro's pièces, elle joue encore la mariée dans la pantomime qui n'a pas de nom et que nous appellerons : le ballet des petites chattes. Comme elle craignait de défraîchir sa robe de mousseline elle a répété la mariée en costume de mousquetaire. Il faut voir le berger lui prendre la taille, c'est à mourir do rire. La répétition commençait à aller tout de travers, quand tout à coup la mariée, cessant de friser sa moustache postiche et de caivsse.r la pokné* de nacre de son épée, s'approcha des bergères et leur distribua au hasard des baisers sur les épaulps. Boulotte sVélança mais trop tard Tu peux penser le tumulte qui suivit. Le costume de mousquetaire lui va très-bien (pas à Boulotte, à Antonia).
décence 1864. LÀ VIE PARISIENNE 689
» Le grand jour est enfin arrivé. Nous avons mal dormi, et les conversations ont été bon train au d rtoir. Dès le matin, nous étions en récréation. Quand l'heure est venue de nous habiller, on nous a fait entrer dans la salle des pianos qui est divisée, comme tu t'en souviens, en dix-huit à vingt compartiments. On avait mis des rideaux aux fenêtres qui donnent sur la galerie, et nous n'avions pas à craindre les indiscrétions des bleues. Les costumes étaient étalés sur ces chers p;anos carrés, qui font une si belle musique quand ils vont tous ensemble, chacun avec son air. Comme la Sainte-Catherine est le seul jour où ia contrebande des bonbons et des gâteaux soit permise, nous en avions bourré nos poches. D'ailleurs personne n'avait dîné, et on ne s'était guère mis à table que par habitude et pour la forme. Maman m'avait apporté, pour ma part six jupons courts et raides comme du carton, sans compter les rubans, les gants et toutes sorte de colifichets indispensables.
« Une seule chose vous manquait, et, pour dos actrices, c'était la plus importante. Or. nous avait défendu les pots de blanc et de rouge. Heureusement, celtes du dessin avaient fait des provisions de pasicls assortis et de sauce, et nous avons pu, tant bien que mal, nous arquer les sourcils, allonger les yeux, mettre du rose sur les joues, et nous dessiner des belles veines bleues. Comme le tatl'etas d'Angleterre n'est pas prohibé, nous en avons fait des mouches. Voilà.
« Pendant que nous étions en train de tromper ainsi la confiance des sous-maîtresses, on ouvrait la communication des pianos pour former un couloir do circulation jusqu'aux couliss?*, par la classe bleue et la salle à manger. Le théâtre était dressé clans le salon des élèves, au rez-de-chaussée, qui communique au réfectoire par une. porte à deux battants, se repliant chacun comme des feuilles de paravent. L'estrade était dressée dans le réfectoire en gradins d'amphiihéàtre. Au bas, étaient les sièges de madame la directrice et de ses nombreux enfants. Derrière, les aurore, heureuses de penser qu'elles so coucheraient bien plus tard qu'à l'ordinaire, puis, en remontant, les vertes, les vertes-liserèes, les bleu-uni, les bleu-liseré et enfin les rougebleu, le tout comme un parterre de fleurs émaillé de sous-maîtresses et de maîtresses de piano. Aucun professeur n'avait été admis, pas même le père V..., de l'académie impériale, de danse. Il le méritait pourtant bien. Boulotte soufflait, et le mari de madame Pinçon, personnage muet, avait l'mporlante mission de veiller à la rampe, (une vraie rampe), de changer les décors : là forêt, le, s/don, la place publique,el enfin de lever et baisser la loile qui se roulect se déroule comme un rideau de théâtre. H paraissait avoir sommeil, et s'impatientait quand les entr'aces étaient trop longs, à cause des changements de toilette.
« Les spectatrices étaienten uniforme de tous les jours : robe noire traînante, tablier noir, décolleté, à larges manches, ceinture selon la classe, pas de cage. M.... y était venue, ainsi que Gornélie, ia mère des craques, comme on l'appelait amicalement. S.... 43 y était aussi, selon le droit des élèves sorties dans l'année, et qui n'ont pas encore eu le temps de devenir mondaines, comme toi. Cornélie a offert un magnifique eroque-en-bouche et S 43 des glaces.
« La première pièce, Périnelte, a marché sur des roulettes. Antonia a eu un succès fou. J'avoue que l'émotion mo rendait toute rose. J'ai fait rire le public avec mon grand mouchoir à carreaux, de la dimension d'une serviette, ma tabatière, mes bésicles et ma perruque grise; mais où j'ai produit une grande sensation, c'est quandje me suis assise sur le chapeau, celte fois il n'y eutaurun accident fâcheux.
« Le sujet de la pièce est l'innocence récompensée et la méchanceté punie. Urbain aime Geneviève, qui le fait partir très-loin pour lui rapporter une fortune. Urbain revient riche ; mais, pour réprouver, il lui dit qu'il a fait naufrage et qu'il a tout perdu. Elle le repousse et il épouse alors Périnetto qui l'aimait sournoisement.
« L'Histoire d'un sou est celle d'un sou qu'une dame prête à un monsieur qui le. lui rapporte et l'épouse. C'est encore Antonia qui a eu tous les honneurs de la salle.
oDans l'Auberge ou les brigands sans le savoir, Monsieur et mademoiselle de Scuciéry, qui se isent leurs romans, sont pris pour des brigands. Leur neveu, Florval, est dans l'auberge; il doit de l'argent à l'hôtelier, et il exploite la situation. C'est là qu'Antonia brillait dans tout l'éclat de son costume de mousquetaire.
« Je ne te ferai pas l'histoire de la pantomime, c'est-à dire le ballet des petites clwlles Jessica en satin cerise, était ravissante. Elle avait quitté son costume bleu et blanc de page, avec lequel elle passait les rafraîchissements et les sucres d'orge. Toutes les bergères étaient poudrées. L.... était très-jolie en bleu de ciel, et on a dit. que je ne faisais pas mal en rose tendre, avec un pouf de fleurs.
« A onze heures et demie la représentation était terminée. Les petites furent envoyées au dortoir, et le grand bal commença. Nous avions gardé nos costumes du ballet, et c'était à qui danserait avec nous. Le bal était très-animé, et nous allions plus vite que le piano,
à défaut de violon. On avait cent glaces à dévorer, plus un second croque-on-bouche, offert par L... la fée bleu-de-ciel, sans compter les pyramides de gâteaux et autres friandises. Enfin, comme il faut bien que tout finisse, môme quand on s'amuse, nous avons regagné nos lits tout froids vers deux heures du matin. Par exemple, nous avons bien dormi. Lo lendemain, personne ne pouvait plus retrouver ses affaires.
« Tu vois que je n'ai pas été paresseuse, comme tu le croyais, ma chère Berthe, et que je t'ai écrit une lettre qui peut compter pourdeux ; si on s'amusait toujours autant, on aurait moins de chagrin à coiffer Sainte-Catherine.
« Ton amie bien affectionnée, <. Jenme. »
UNE VERTU SINGULIÈRE
NOUVELLE ( Suite et fm. )
Les quelques jours qui me séparaient de la France ont été les plus désagréables de. ma vie. J'arrivai à Paris encore assez fort, et me Couchai dans une disposition énergique et dédaigneuse; mais, le lendemain matin, il me fut impossible de me relever.
Après avoir gardé un mois le lit, je me, promenais un jour sur le boulevard à petits pas, quand je me trouvai en face de mon ami le. maître-clerc, qui me regardait en souriant d'un air mystérieux.
— Eh bien! me dit-il, on va Jonc se marier?
— Pas que je sache.
— Incorrigible! tu n'as pas consenti. Enfin on a voulu te marier.
— Personne au monde.
— A quoi bon faire le discret, puisque c'est, moi qui ai fourni les renseignements à la famille par l'intermédiaire d'une, tierce personne qui voulait te marier. Je connais mon Edouard , renseignements excellents. Bois de l'oncle , ferme de la tante , rente de la mère , le tout faisant revenu de 17,233 francs dont le capital n'a pas été déplacé depuis la majorité du jeune homme.
— Mais quel est le nom de cette personne qui voulait me marier?
— Homme cousu de mystères. C'est madame d'Arnheim; tiens j'ai sur moi , jo crois , la lettre que ma cliente m'écrivait à ce sujet, et il lut :
u Monsieur, je, crois pouvoir abuser de ce que vous avez en vos mains, dans ce moment . les plus graves intérêts de ma vie , pour vous prier de chercher des renseignemens sur un jeune homme que je vois ici et qu'on voudrait marier, voici son nom, etc. » Elle croyait me parler d'un inconnu, elle me parlait de mon plus vieil ami.
— Tu le lui as dit?
— Tu me prends donc pour un sot ? Belle malice de fournir des renseignements exacts sur une personne qu'on connaît.
— Les plus graves intérêts de. sa vie, quels intérêts?
— Tu sais bien que le notaire Ciboulard a tout emporté.
— Je l'ignorais.
— Cela a fait pourtant assez de bruit. Il s'agissaitpour madame. d'Arnheim de. savoir si nous pourrions gratter les restes, et lui retrouver sa pension alimentaire. Tiens! il y a aujourd'hui quarante-cinq jours juste que, après plusieurs lettres où je lui disais qu'il n'y aurait rien, elle a dû en recevoir une où je lui annonçais qu'elle avait cause, gagnée. Comment! tu la voyais' intimement à Sorrente et elle, ne t'a jamais parlé de, ses soucis?
— Quarante-cinq jours juste, o clerc, sublime, tu en es sûr?
— C'est mon état.
Alors ! sois attentif, écoute, mes rapports avec, madame d'Arnheim, compulse les dates, toi ou personne peut me donner le mol de cette femme.
Quand j'eus fini ma triste histoire, et que nous eûmes constaté que le rendez-vous coïncidait avec le quarante-cinquième jour, mon ami s'écria : ,
— Tu l'as échappé belle ! quel bonheur que le notaire Ciboulard n'ait pas tout emporté. Je te connais, avec tes délicatesses hors de propos, une fois engagé tu aurais entretenu cette... Comment dirai-je?
— Cette femme , dis-je vivement... cette femme jusqu'à la fin de ses jours...
— Ah! m'écriai-je, pourquoi le notaire Ciboulard na-t-il pas tout emporté?
— Hein!
— Ou mieux pourquoi ta diable de lettre n'a-t-elle pas eu deux heures de retard?
Mon ami se leva vivement et d'un geste majestueux :
— Va, va, goujon volontaire, va tendre, de nouveau ton nez à l'hameçon. Va! i'i ne manque pas ici de pêcheuses à la ligne , et tu ne tarderas pas à retrouver une occasion pareille à celle que tu rejettes.
Il dit et s'éloigna vivement, puis se retournant :
— Si tu veux te marier, viens me voir, j'ai ton affaire. Je n'ai pas encore été lui rendre visite.
BïttLE L...
Voir les numéros du 19 et 26 novembre.
M1'0. Dev.°y°a, .'-emplit Je rôle i'Argine. M™ Gueymard est hidilh M£Ç1C0 tient 1 emploi de AmM ,t M- Charto^Demeuf fS &
M. Bressant, en rostume de Don Juan eorrocnvri .-. <i , ont il égale le'e conquêtes. M. Gueymard (fcCr?eF^ un folf nom ?î esl en rostume d'Hoiopherne, pour l'aire pendant à Judith H a un bras artificiel, savamment caché par un tuyau de poë fan ClUé M. Montauhry joue César. Quand à M. Ismaë il oan» onVwA ^ représenter le pieux roi yWiW. ' P 1 pnfh'mte ûe
En mêlant les cartes, on pourrait faire battre ees messieurs et ces dames d'une façon réjouissante.
L'écarté va devenir un jeu à la mode chez les cocottes. Elles retourneront Bressant — marquez-le.
Mais c'est au bézigue à trois jeux qu'on va bien s'amuser :
— Vingt à cœur.
— Le couple Gueymard.
— Soixante de ces dames de la rampe.
— Quarante de Montauhry et Cico à carreau.
4m. lH*êf€£~iM
— Charton-Demeur et Sainte-Foy. J5<W.
— J'ai trois monarques, chère belle, je n'attends plus que Bressant pour laire quatre-vingt de jolis garçons.
— Je l'ai, Bressant.
— Quelle veine.
— C'est Montauhry qui est d'atout.
— Ah! voilà Coquelin, deux cent cinquante.
Cette partie de bézigue, ainsi comprise, rajeunirait l'esprit français...- '
Quand aux petites dames qui
se font des réussites, elles se tireront à l'avenir les cartes comme ceci :
1, 2, 3. — Dressant, un beau blond.
4, 5, 6. — Cico, à la brune.
7, 8, 0. — Sainte-Foy, un homme de la campagne.
10, 11, 12. — Gueymard; un brun, avec une armure, à une tombée de nuit.
13, H, 15. - Belval, du fil à retordre,
1G, 17, 18. — Mm Gùeymarcl, que vot-il arriver? Un duo.
19, 20, 21. — Devoyod, ça se gûto.
22, 23, 24. — Coquelin , le valet messager, une lettre à une ,2 blonde.
HHl*; «*i 2(1, 27. — De M. Mmtàubry, qui
^iNt- est contrarié par une
mauvaise chance.
28, 20, 30. — M°"> Charlon-demeur, répétition générale.
31, 32, 33. — IsmaSl, qui n'est pas content, etc., etc., etc.