‹ La Vie parisienneChapitre 652 sur 662 · EN MANIÈRE DE PROLOGUE · texte numérisé non relu

EN MANIÈRE DE PROLOGUE

\ la fin de chaque année , vers le milieu de décembre , quand il fait froid que le vent souffle sous les portes, que la nerge tombe dans H boue i 'éprouve un certain malaise moral. Je me découvre dans la Sace de cheveux blancs que je n'avais pas vus. Je rencontre, coup sur coup -c'est une fatalité !- trois camarades d'enfance viejlhs, vôûtés^-aidis , et dans le fond de ma tasse de chocolat , aperçois la date de ma naissance.

Ètes-vous comme moi? le cours de la vie me /^«^ durant douze mois, les heures se succèdent égales et causantes. A

SStorcomiSSmuiS i Molière, elles s'avancent au mW.eu

S8oS^n?iSe^î^;™nl6ve ?eUrS °heveUX' leur Pptil ^ile étroit «^^SlS^^^hte^ «*• '-s dents

baigneuses se déE™ ,0"gUe8 bandes de f'eu> et baigneurs et

portrait sn^tnfd' l^T ;- ST6 roulette entre deux J,8 !/r ,'• .J Et la Smsse' et Bade- et ^ turc est belle e U ne h S ' f ? Emma ; ^igncur! que la na-

Mais l'automne a rive sS™ ï CSUX ^ aimeI

tournons au d àte4 li^n S °mne' enlin l° V0lla doncl Re- Vous voilà Tabaro SS? • 1 °S Paravents et jouons la comédie.

Comme on és fÏTj£ ^S'iSn^f * f\*' et V°US' ^ fauteuil où monsei-neu, rit f °^ bauV t0lirelles' Voici le quand il nous e d S vnf ^ bien s end™ quelquefois portraits de mes père' «ni ™ÎT b?1S' vo,ci .mes terres.- Voilà les chasse, mon fc met e mon 1^ noir> voici ma trompe de

adorée •a^i^rïtr b0ttCS 61 "leS é« <**

AKlï^î^iS^ r0pél'ï éclatallt de ^re. Les hiver! je t a teS s T v i T * nues-LaPatti va chanter. Salut mespromcnad au £ e M ret™"vep mos lonSue« mirées du Cercle, SnonL...E;irnonsrPajsR ^ ^ Uw de mte e"diabIée miI

n'axai Si?- On ïïret J H ^ D°T mois se sont -oulés et l'on

tandis que à mascamd dêfil ^ faut0ui1' le cigare a la bouche,

sans 4Xïï^tS^^*T",K,^ ? a j°Ui t0Utà Fais° décembre, l'heure « 1 tn P0^™ lorsque, vers la fin de

tout à coup ur le rZs om ' ' ^"f 305 ^ V0U8 torabent toit, voilà pourquoVd s c nT POt de Sh'0,lées du haut d'"n

qu'une éuS^S^ff^^T^ ™ makise' 11 ^mble

^t^SST-^r^î? Cri8e/ de consacrer une soirée je choisis une Se p u eu ?Setf * "* 00Br 3 plonge dans un grand EïLL h ' J e''me ma p0rte' je me almanachs, vous savez ce oein? î T" f°U ' Ct e Parcours les inscrit les fàits et ^ -uleu., ou l'on

l'Afrique, je reviens au Sphynï de M ^T*?'1* ** 'ondde

regard l'empereur de la Chine et le ï ï't contemple du même Nadar; c'est un adorable cahôs de aits* de ? ' ^"mvieff et

portraits.- C'est une lantern nî±ù e'fo] KT', COmbats' dc C'est la vie du monde entier ' cauchemàr, un rêve,

eu^SesS^ d-térêt que cause eha-

attirent plus puissamn™ TnZ t( °t ^ S«* de nous ils

nous préoccupe beaucoup ph.s que a mor't ' ''"^ dU V°isin

est probable, au reste, que les Chinni T , d°UX, CCntS Chinois- " en quelques mois les impresSn^ ÏZZT *ï bien' Commc

bitue et les souvenirs SSSi'Ô^T^^ Ve'^ s'ha"

des Polonais, les armes à la ma „ n n P ^ SUrpris en Pouvant

en est descendu. On a tiré le ! , n ' . ^ raonté eu ballon et les rivières débordées ont taoSK^T T- ^ C°ins du mo,lde> nan a ébranlé tous les tocsin . de F^Sd^'T ' M" ^ espaces sans tomber, l'Académie s., „ ' Blondm a traversé les et a fait une chute, Madame PlesTv ^T™' f restée ^tionnaire M. Ingres a failli être nommé paL SS?^ COStumes on a percé l'isthme de Suez e mon héhc 2 -dlSCUté' 0n s'cst batt^ Eh bien ! j'ai beau fedKles alrîanl h ^ Sa première cl,lottefouiller parmi mes impressions U * •' rappeler mes souvenirs, lotte domine la sitaaZ "S ZT*-** ^ première c«: différence! nous sommes tous ains? hifs ^ ?" S°1S ™ m0nstrG d'ln' nous intéresse infiniment plus que Funive^ Z f¥ ,Univei'8 a nous en cinq morceaux. Au mil eu de la lit i ° m°nde divis6

le débordementdu Missiplp fg la mort df 5 J°Un,al niez à vous écorcher le bout du dZt ' 000 Personnes, sivous ve-

Or, je vous le dis en vérité chacun •, m„ ■ — e qui reste pour lui C^^ZseZZZl

Me son petzt dôme à bandes jaunes qu'il Soutient f ini tout Z et non sans une certaine grâce naturelle, voilà M. Beulé dis ie nu se trouve protéger les Immortels, soutenir Apollon pa ses consei et lu ter corps à corps avec ce colosse aux cent a3le ladmimstration. Comment voulez -vous, en bonne o cien^n M Boule attache quelque importance au débordement des liv res, aux eghses qui prennent feu , aux luttes de k Pologne Tu

a-oyez-vous maintenant que le colosse aux cent bras dont je viens de parler que l'administration des Beaux-Arts n'ait pas Vin tinl ionien qU elle a bouleversé le monde en retournant le royaume des a comme on retourne un lapiné - Les poils du lapin sont ™ de dans au heu d être en dehors, mais le lapin me parait-être le mè ne

Croyez-vous que M. Meissonnier, qui a rendu avec grand Sent et panence les vieux habits de l'état-major impérial, ne sf SsiSe pas comme le seul peintre d'histoire qu'il y ait en ce moment"" HW vous que M Moreau Gustave, qui a couvé pendant un é a de Langueur de plusieurs années, son sphynx fiévreux, ne se cens dère pas ~nce dfratTSante PerSOnnaiUé duS temps ™od«™"sTt dP

éfrilSS"- nc so munase pas unc jolie petitc pIace da-

L ACADÉMIE — LES PEINÏBES

Il est assez difficile, depuis une année, de prononcer le nom de 1 Académie sans que cela entraine un petit bout de conversation

Je trouve qu on a été bien rude à l'endroit de l'Institut. L'Académie n a qu un défaut ceci soit dit sans l'intention de lui être désagréable - c est de ressembler fort à une assemblée de vieilles , quettes. Toutes ces dames, ou presque toutes, ont été belles ont eu

W,édr!,tn6Clat' \ Cn eSt' CGla 6St Certain - 1ui "'ont eu que beauté du diable, mie lueur, un rien , mais enfin toutes ont e!, leur

P!îi!"^S„LdQnt 16 avenir exclusif emplit leur vie et les rend tout

naturellement un peu partiales pour les

générations qui les suivent -Mais, après tout, je ne vois rien là que de parfaitement naturel et ie ne trouve pas dans ce sentiment tout humain une cause d'insulte ou de mépris Le seul grand tort des vieilles dames est de ne pa, être jeunes et de conserver des idées de printemps au beau milieu de l'hiver de fredonner les romances de Carat alors qu'on chante celle rlc Nàdaud ou celle de Paul Henrion. La mode nous avouée ci nous devenons féroces pour tout ce qui n'est pas le goût du moment

3 ai vu souvent chez ma mère une vieille dame qui aimait à faire ses visites vers les six heures du soir, à l'heure des repas. Ses cheveux ou, si vous aimez mieux, les cheveux qu'elle portait, encadraient son visage sous forme de bandeaux noirs comme l'ébène polis lustrés brillants et se réunissant à son front par l'intermédiaire bienveillant d mi petit velours noir du milieu duquel pendait un petit bijou sautillant. Me avait été fort belle sous l'Empire, avait joué du luth sous le Directoire, s était enrhumé maintes fois sous les orangers du nom des Arts, en compagnie de madame Bécamior, et de vieux rhumatismes dont elle souffrait encore lorsqu'elle allongeait le bras pour prendre du sel prouvaient assez qu'elle sciait autrefois décolletée trop souvent, Elle nouait, je m'en souviens, les brides jonquilles de son chapeau a 1 extrémité de son menton pointu, dans la crainte de flétrir son pauvre vieux cou qui ressemblait à une colonne torse Le soir au jardin, après avoir dit : Mais je n'oserai jamais, et avoir sillonné 1 air de petits gestes pudibonds, elle chantait avec un petit filet de voix plein de délicatesses et do nuances exquises, elle chantait ■ Plaisir d amour, ou bien encore unc douce romance, écho, lointain de co moyen ago abricot qui fut si fort à la mode vers 1820. Dans cette ro mance , je m'en souviens, il y avait un preux chevalier revenant de la Ciucrre... dont I éper cl la harpe se croisaient sur le cœur

Eh bien! quoique passée de mode et en réalité un peu confirme la vieille dame m'inspira toujours un certain respect. Je cherchais sôus ses rides la beauté d'autrefois, dans sa voix tremblottantc je devinais le timbre argentin dont elle avait été si fière. Je fouillais dans son nasse au heu de me moquer des ruines du présent. Je lui baisais la main dont elle soulevait le petit doigt fort gracieusement, quoique avec un peu de peine, à cause des rhumatismes. Elle m'adorait et souvent

31 décembre 1864.

répétait à ma mère : Il est charmant, ton fi; ma belle, il est charmant.

Toutes les fois que j'ai entendu plaisanter l'Académie je me suis rappelé la vieille dame.

N'est-ce point injuste et brutal que de reprocher aux gens d'avoir conservé les goûts et les idées de leur jeunesse, de ne pas tenircompte des influences de milieu et d'époque et de les accuser de ce que le temps a marché. — Croyez-vous que les efforts , les tendances , les sympathies de toute une existence s'effacent du cœur comme laïpoussière sur une paire de bottes. La partialité absolue sans doute des viellards est la preuve de leur sincérité et ne peut leur être reprochée. Nous les arrachons de leur vieux cadre, nous effaçons leur passé et nous prenons prétexte de leurs rides, que nous comptons tout haut, pour nous trouver frais , jeunes et jolis. Nous les appelons ganaches — c'est bientôt dit. Ils nous appellent, jeunes insensés, c'est assez naturel. — Nous nous tenons les côtes en face de leur vieille giande peinture; ils se croient autorisés à en faire autant devant notre petite peinturlurette péniblement adorable.

Joignez à cela que les vieilles dames sont portées à se consoler par la religion et que la religion, pour les académiciens, se traduit par le culte de leur individualité. Aussi les voyez-vous, aussitôt installés sous la coupole, se construire une petite chapelle pour y caser leur fauteuil et passer leur temps à allumer des cierges autour d'eux.

Cela est un travers a coup sûr, mais j'entends que ce travers est commun à toutes les générations, et la nôtre n'en sera pas plus exempte que ses aînées.

Êtes-vous bien sûr que M. Gérûme n'ait pas un talent tout aussi conventionnel qu'a pu être celui de M. Abel de Pujol et que dans 40 ans nos petits-enfants n'auront pas l'irrévérence de traiter de ganaches nos héros de fraîche date; de ne plus voir un monde de pensées et des flots d'ineffables rêveries dans le sphynx de M. Moreau, de trouver les grandes pâleurs de M. Puvis de Chavannes tout à fait inférieures aux énergies passées de mode de M. Heim ; de considérer M. Meissonnier, qui vous peint une culotte comme un ange, comme un tout petit tout petit peintre d'histoire ne dépassant pas le talon de M. Girodet ? Êtes-vous bien sûr qu'ils n'auraient pas l'audace, ces enfants terribles, de trouve^ M. Picot, <}ont on a tant ri, supérieur à M. Y von, dont on a fait un peintre national; de prétendre que le joli plafond de M. Cogniet ferait honneur à Pils; que les langueurs aristocratiquesde M. Hébert sont des vieilleries démodées, etc , etc. Si nos petits-enfants disent cela, ils seront sévères, mais enfin nous leur aurons donné l'exemple de la partialité et de l'enthousiasme aveugle.

Oui, en vérité, je ne serais pas surpris que nos dieux d'aujourd'hui eussent quelques discussions avec la postérité, que le nom de Delacroix ne vécût pas aussi longtemps que vécut celui de Géricaut. Si maintenant on doit accuser quelqu'un en tout ceci, c'est sur nous, public, gens du monde, que doit retomber le blâme, sur nous qui n'osons pas dire franchement notre opinion, avouer ouvertement nos sympathies, qui sommes naturellement disposés à porter aux nues ce que nous comprenons le moins et avons si peur de ne point avoir d'opinion que nous exaltons follement celle que nous présente le voisin. Et cependant, quoi qu'on dise et qu'on fasse, le goût du public seul donne à l'art d'une époque son véritable caractère et sa véritable grandeur. 11 est aussi difficile de faire un civet de lièvre avec des lapins que de faire naître dans une génération quelconque un art qui n'en soit pas l'expression absolue.

Ceux-là seuls restent parmi les artistes qui sont les enfants reconnus de leur époque, qui en ont exprimé les tendances, qui en ont satisfait les goûts, et c'est pourquoi je me permets de dire que ceux qui , à l'heure qu'il est, parlent hébreu quand nous parlons français , ou s'organisent en confrérie pour prêcher des puretés idéales de contours rêvés,ne seront plus estimés, dans 50 ans, que comme des étrangetés historiques sans aucun intérêt.

Et voyez comme ce changement dans l'opinion publique se produit en peu de temps ; voyez comme l'enthousiasme , quand il est factice , s'affaisse, se dégonfle promptement, passez-moi le mot. Ces croquis informes de Delacroix, ces traits de plume, ces pâtés d'encre, qu'on s'est arraché des poignées d'or à la main, il y a quelques mois, combien croyez-vous qu'on les revendrait aujourd'hui?

Il n'est pas rare, en ce moment-ci , de vendre 300 francs une assiette en faïence de Rouen que l'on a payée 5 francs il y a une année. Il est possible , l'hiver prochain, que vous ayez cette même assiette pour 3 francs. Il m'est impossible, en songeant à ces faïences, de ne point trembler pour M. Ingres et ses vicaires ; de ne point me demander ce que deviendrait la voguedeM. Gerôme,si le goût dubibelot et de la chinoiserie, si notre manie d'archéologie facile venaient à disparaître. — Mon Dieu! il suffirait peut-être que M. Gérùme entrât à l'Institut pour perdre les trois quarts de son prestige, car on ne peut nier que le prestige ne soit pour quelque chose dans son affaire. 11 est certain que le palais du pont des Arts éteint les réputations,

je ne veux pas dire le talent, mais il est constant qu'on perd quelque chose en y .entrant et cela se comprend : un saint qui postule est plus intéressant qu'un saint arrivé. On se bat pour celui-là, — on bâille devant la niche de celui-ci. Nous sommes jeunes encore et cependant que d'autels n'avons-nous pas vu déjà déserter, que de soleils éteints, que d'auréoles brisées? Quand je pense que nos pères se sont agenouillés devant Chateaubriand, ont applaudi le théâtre de Picard et se sont battus pour Casimir Delavigne! Quand je pense que notre poète, à nous, celui que nous avons aimé qui a fait naître les premiers battements de notre cœur, celui qu'on emportait à la campagne au fond de sa poche pour lire dans les bois, pour réciter au bord de l'eau courante, sous le saule qui se penchait; que l'ami enfin , le Dieu de notre jeunesse, Alfred de Musset, est discuté par la génération qui nous suit! que les jeunes barbes le lisent avec indifférence, froidement et jugent son genre sans être émus. Vous rappelez-vous son enterrement? c'était à Saint-Roch et l'église était pleine. A gauche du cercueil, il y avait un vieux monsieur voûté et qui me paraissait bien laid, il se 'tenait fort mal et la lumière jaunâtre du cierge éclairait son visage grimaçant et pâle, que cachait à moitié un petit livre luisant. Ce vieux moi'sieur dans le voisinage du Dieu qu'on enterrait me choquait extrêmement.

— Quel est donc cette personne ? dis-je à mon voisin.

— C'est M Villemain, parbleu!

J'ai revu depuis M. Villemain et je le juge tout autrement.

Voyez un peu, déjà nous sommes en retard, demain nous serons des ganaches. Déjà nous avons des souvenirs d'une époque qui n'est plus!... Mais, pour l'amour du bon Dieu, ne nous moquons pas des académiciens, nous le serons peut-être demain.

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