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SOUVENIBS, EMBELLISSEMENTS ET BIBELOTS

Déjà nous nous disons, lorque nous nous retrouverons ensemble : Te souviens-tu? — Les uns se souviennent et d'autres cherchent en vain, car nos souvenirs datent de loin. Quand je pense que depuis que ma barbe est poussée on a, refait Paris et que lorsque j'entrais dans cette petite salle de la Sorbonne qui sentait si mauvais , pour y passer mon baccalauréat, j'avais devant moi l'image de Louis-Philippe me souriant avec bienveillance. — H y a longtemps que le bon roi ne sourit plus aux bacheliers. — Il me semble qu'hier encore je flânais sur la vieille place du Musée encombrée de ses baraques, de ses décombres, que j'errais dans ce capharnaum adorable où dans le premier enthousiasme de ma jeune liberté n juif audacieux faillit me faire acheter un tablier de sapeur, qui m'aurait bien gêné dans la suite, au lieu d'une jolie petite machine électrique un peu cassée dont j'avais grande envie.

Je ne reproche pas à notre époque d avoir améliore Paris si furieusement, d'avoir rasé la vieille ville pour la mettre violemment à la mode, d'avoir labouré le cimetière des souvenirs historiques pour en faire un jardin anglais. Je n'en veux pas aux grands trottoirs, à ces embellissements qui ressemblent à des désastres ; je n'en veux pas à ces jolis' petits kiosques qu'on installe au beau milieu des places pour que personne ne se trompe sur leur destination. Je m'en veux à moi-même que les premiers cheveux blancs aigrissent et qui pousse un soupir comme un niais à chaque pierre qui tombe.

Ce n'est pas qu'en voyant le nouveau Paris, je ne pense à ces gens qui viennent de perdre leurs parents et se hâtent de vendre le mobilier paternel pour meubler leur salle à manger en vieux chêne noirci à Montmartre.

4 propos de ce goût du vieux neuf, il est certaines reconstructions qui me déplaisent tout particulièrement ce sont celles où M. Duban réussit si bien à accumuler minutieusement les échantillons de toutes les architectures connues et à vous offrir finalement un prospectus et un curieux dictionnaire au lieu d'un monument. Les travaux de M Duban rappellent ces salades de homard où l'on met du homard d'abord, puis des œufs, puis du sel,' du poivre , de l'huile , du vinaigre, du bouillon, de la moutarde, des sardines, des haricots, un verre de rhum des fruits confits, une grappe de raisin et dont tout le monde, dit. en faisant la grimace : Cette salade est d'une finesse de goût

inouïe! ,„ , m . • j •

J'ai eu occasion de visiter cet été le château de Blois et je dois dire que les restaurations du M. Duban sentent un peu le désir d'épurer la Renaissance. On sent au milieu de tout cela un filet d'archaïsme académique qui fait l'effet d'un filet de vinaigre dans un entremets sucré. 11 est vrai que ce doit être une tâche difficile de restaurer une

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merveille aussi fine et aussi délicate qu'est le château de Blois, Quelle soudure peut passer inaperçue dans un pareil bijoux?

Comme on regrette, en visitant ces appartements encore tour chauds du meurtre royal, de les trouver démeublés et vides. Transportez, par l'imagination, le mobilier de Cluny dans ces longues chambres sombres, suspendez une tapisserie du temps devant cette porte basse où l'on croit voir encore le pas ensanglanté du duc de Guise, mettez des cuirs de Cordoue à filet de vieil or dans cette alcôve tapissée maintenant de toile peinte à la colle, replacez devant la fenêtre le lit du roi avec ses colonnes sculptées et ses courtines épaisses, toutes brodées d'or et de soie, ces rideaux où la victime s'accrocha en râlant, et vous aurez une merveille unique, une sorte de petit temple consacré à ce beau xvf siècle dont on ne doit parler que chapeau bas.

En passant, une observation sur le tableau de Uelaroche qui représente cet assassinat du duc de-Guise; tout le monde le considère, à en juger par l'exécution scrupuleuse, comme un chef-d'œuvre d'exactitude historique, et pourtant il donne du lieu de la scène l'idée la plus fausse. La chambre royale, qu'a peint M. Delaroche n'a rien do commun avec la véritable chambre qu'on voit encore au château. Celle-ci est longue, étroite, deux ou trois fenêtres donnant sur des balcons l'éclairent dans sa longueur, et le lit, qui faisait face à la fenêtre, ne devait laisser qu'un étroit passage.

Un monsieur qui visitait avec moi le château donnait â chaque instant des preuves de son indignation.— Monsieur, me disait-il le respect de l'archéologie est une chose inconnue en ce pays-ci surtout, où on a les plus grandes prétentions au culte du passé. Vous voyez d'ans tous les châteaux qui bordent la Loire des ameublements du xvie siècle. On vous montre partout la chambre du roi couverte de salamandres, le lit du roi, le fauteuil du roi, l'oratoire de Diane, son prie-Dieu recouvert de velours noir, son livre d'heures tout ouvert,' etc., et lorsque vous examinez ces objets, vous voyez que le livre d'heures n'a que trois pages authentiques, que le lit du roi a passé par le quai Voltaire ou l'hôtel des Ventes avant de venir là, que le prie-Dieu est recouvert en velours de coton, que tout cela n'est qu'un décordont les propriétaires eux-mêmes sont peut-être dupes. L'amour du bibelotao-e est un faux nez qu'il est de bon goût de prendre au sérieux. Et tenez, monsieur, au milieu de tous ces bijoux anciens, dans le goût de Louis XIII, aux pierres de toutes couleurs, aux émaux tachetés combien croyez-vous qu'il y en ait de ces bijoux qui soient vraiment du temps ?

— Très-peu probablement.

— Pas un, monsieur, pas un! Le marchand de curiosités vous les tire lentement, un à un, avec mille respects. — Cette broche, il l'a acquise à la mort d'une princesse russe; ces boucles d'oreilles, il les a payées cher à la vente du duc de C.j ce collier, il a fait des prodi-es de ruse pour en devenir acquéreur ; et la dame qui se hâte d'acheter° pour profiter de cette occasion unique, ne se doute pas que douze douzaines de ce bijou unique sont actuellement en circulation. Les magasins de curiosités sont des boutiques à 25 sous où l'on vent des merveilles pour toutes les bourses. Ce qui est vrai pour les bijoux anciens est vrai pour les glacts de Venise à cuivres repoussés, dont regorge le quai Voltaire. Ces cuivres reponssés ont à peu près la même antiquité que les estampages qui ornent la corniche des boutiques de chapeliers et les avant-scène de l'Opéra-Comique.

Mais revenons à Paris et à ses jouissances intellectuelles.

Je trouve que nous ressemblons à un troupeau de commis voyageurs déguises en notaires. A voir notre pruderie, nos prétentions au sérieux, au grave, au pompeux, à ne considér que les grands succès de Lara à l'Opéra-Comique et de Roland à l'Opéra, on doit dire • Voilà des notaires inintelligents.

Mais si on s'arrête devant la boutique d'un libraire et que l'on jette un regard sur cette littérature à bon marché qui s'étale sous la devanture, sur ces milliers de petits livres dont le titre vous fait pslt du doigt, dont le débit est une sorte de prostitution publique, on doit se dire : Voila une population de commis vovageurs lascifs et il lettrés.

J'oublie de dire qu'en passant devant les éditeurs catholiques oui envahissent certains quartiers, lorsqu'on aperçoit la Mette venaée le Tout pour Jésus, tout pour toi, les Délices des dames pieuses et toute cette bibliothèque a ineffables puretés, on ne peut retenir cette exclamation : Mon Dieu ! Paris est devenu un séminaire !

Or ces trois jugements sont justes; nous avons en effet la gravité pédante et le manque de goût qu'on acquiert au milieu des dossiers • nous avons le besoin de jouir vite et à bon marché, de rire fort et sans peine; ce goût pour l'eau-de-vie de restaurant qui fait faire hum! lorsqu on 1 a bue, qui n'est point bonne mais qui réveille. Autant de Penchants particuliers aux commis voyageurs affairés que le chemin de

fer n'attend pas. Nous avons enfin ces scrupules religieux propres aux gens qui ne croient pas, ces pudeurs orthodoxes que nous ne voulons pas analyser de peur d'en avoir honte.

Je ne sais si c'est à la littérature à descendre jusqu'au niveau de tout le monde, si c'est à elle à aller chercher ses lecteurs dans les cabarets, les cuisines, sur les omnibus et le siège des fiacres, ou bien si ce ne serait pas aux cochers, aux ivrognes, aux cuisiniers,' aux nourrices, à l'aire toilette pour aller jusqu'à elle — Ce qu'il y a de certain, c'est que la littérature, la belle fille, a singulièrement crotté ses bas en relevant ses jupes, qu'elle a éculé ses bottines horriblement en piétinant dans la boue, et qu'à l'heure qu'il est on se dit en la voyant : Est-ce une déesse qui cherche la popularité ou une fille qui va au marché ?

Au milieu de ce marché au papier noirci qui n'est qu'une dyssenterie intellectuelle, le goût se pervertit et s'il paraît un livre surnageant au milieu de ce potage pour tous, on est tout étonné de ne plus savoir lire et l'on reste indécis comme un habitué de ftamponneau devant un salmis de bécasses.

Quoi qu'il en soit, tâchons de faire honneur aux bonnes tables et passons-les en revue :

LES LIVIIIÎS

Avant tous la bible, de l'humanité.

A première vue, ce livre vous fait l'effet d'un tombereau de pavés qu'on vous déchargerait dans les oreilles. — On ne sait où l'on est, on songe à se garer. C'est une pétarade,, un bouquet de feu d'artifice, une cascade, un torrent —Ce style saccadé, haché, arraché par morceaux, vous agace, vous inquiète. On croit lire un livre écrit dans une langue' étrangère. Cela ressemble à ces vieux murs que Decamp rendait si bien dans ses tableaux. C'est rugueux, âpre avec intention. Les idées' hachées menu et ponctuées bizarrement affluent, abondent, se pressent pour sortir, et l'on souffre comme on souffre de hoquets successifs qui se montent l'un l'autre sur le dos pour être plus tôt dehors. Quant, au sens général, à l'intention, à l'idée mère du livre, il échappe tout d'abord. Dès le premier chapitre, On est dans un fourré épais et enchanté. Vainement on écarte les broussailles. On se frotte les yeux, on s'inquiète et on cherche; on sait qu'on va au Nord ou au Midi, mais il n'y a point de route et l'on ne voit pas le clocher. Les idées pieuvent, mais dru comme grêle, vous tombent sur la tête et le crâne résonne comme un tambour. On est au milieu d'une tempête, le soir, sans lanterne; on se dit : quel temps de chien ! mais au tond on éprouve une vague émotion, un respect confus pour cet ouragan qui vous aveugle — on voudrait voir clair.

Voilà la première impression que l'on ressent à la lecture du livre de Michelet. Loin de moi la prétention de porter sur le vénéré maître un jugement absolu. C'est mon impression personnelle, rien qu'elle, que je raconte ici. Mais si après avoir fermé le livre deux ou trois fois et l'avoir rouvert sous l'empire d'un attrait indéfinissable assez semblable à celui que cause les écritures de l'obélisque, on met une bonne fois la tète dans ses mains et l'on poursuit lentement la lecture, alors le jour se fait, on saisit la pensée sous sa forme raboteuse. Tout s'éclaire; on est envahi. Les portes d'or s'entr'ouvent et l'on aperçoit des horizons immenses, des splendeurs merveilleuses. Je ne connais rien de plus éloquent, de plus saisissant, que les chapitres consacrés à la femme et au moyen âge.

Sous une forme imagéee, délicieusement poétique, la pensée profonde, nette, juste, vous fait frissonner.

Parfois encore il faut chercher pour comprendre, le mot en dit trop à lui tout seul et éblouit ; il faut se frotter les yeux et s'y reprendre à deux fois.

Ce qu'il y a de particulier, c'est que lorsqu'on est entré tout entier dans ces belles pages, ce style un peu rude et qui veut être dénué de tout artifice, qui ne veut exprimer que la pensée elle-même, rien de plus, et par suite paraissait concassé, sec, aride', ajoute encore par son étrangeté puissante à la séduction — on croit entendre Michelet parler, et ces cahots, ces points nombreux, ces interruptions, ces arrêts semblent être là pour exprimer les gestes et noter les intonations.

C'est évidemment la Vie di Jésus de M. Renan qui a donné à M. Michelet la première idée de son livre. M. Michelet a voulu généraliser la question, voir de plus haut, étendre l'horizon, et il a réussi : lorsqu'on sort de lire la Bible de l'Humanité, la Vie de Jésus semble un

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énorme plaidoyer pour une petite discussion de mots; un scrupule de dévote analysé, développé avec un art infini ; d'ailleurs une rêverie si douce qu'elle attire la sympathie et un peu la compassion, car on devine chez l'auteur des souffrances, des doutes douloureux, une lutte perpétuelle contre une crainte vague qui l'envahit sans cesse. — Il y a chez M. Renan un grand artiste et un prêtre révolté;— c'est ce dernier que l'on a poursuivi à coups de tocsin et que l'on a pieusement assommé à coups de goupillon.

Il a tout ce qu'il faut pour faire un catholique et même un catholique remarquable; s'il ne l'est pas, c'est qu'il n'a pas voulu absolument. Il a prémédité son coup, il a escaladé les murs pour sortir de là. Il a encore des bouts de soutane dans la main : — voilà ce qui indigne les personnes intéressées et pourquoi les tocsins s'ébranlent. Comprenez la chose : M. Renan a conservé l'habit et prêche l'incrédulité en costume de dévot.

comme la conséquence d'un bâillement général : ainsi que les chevelures trop abondantes dénotent le plus souvent les pudeurs d'une calvitie précoce. Ce qui distingue notre génération n'est pas — je peux me tromper pourtant, — la foi des premiers martyrs et je ne serais pas étonné, madame, que la mode et le respect des décences morales fût pour beaucoup dans vos pratiques religieuses.

Supprimez la messe de une heure, mettez les vêpres à sept heures du matin, et je suis convaincu qu'on aura à déplorer un notable refroidissement dans la piété des paroissiens.

Tout dernièrement encore vous avez éprouvé, avec la France entière, un frisson d'horreur lorsque M. Renan... ne réveillons pas ces souvenirs douloureux.

Vous auriez, j'en suis sûr, mangé volontiers un petit morceau de l'ante-Christ, mais vous vous êtes indignée sur parole, avouez-le ; et vos convictions blessées n'ont point eu le courage d'affronter deux heures d'ennui pour ouvrir ce livre et éclairer votre conscience.

J'ai lu aussi la Littérature anglaise de M. Taine, et les fragments de ce livre qui ont été publiés dans la Vie Parisienne ont pu vous en donner une idée et faire naître en vous le désir de le connaître. Quand on se souvient de ce qu'a pensé et écrit ce jeune homme, comme dit Mgr Dupanloup, avec une nuance de raillerie épiscopale, on trouve qu'en vérité ce jeune homme n'a point perdu son temps. Il sait tout, il a tout vu, tout étudié, tout sondé;— son esprit, avec une logique infaillible, pénètre et fouille dans l'âme des autres, comme une épée dans une botte de foin. Je ne connais pas d'individualité qui donne une plus haute idée de ce que peut l'intelligence humaine. Sa logique est si nette et si franche, sa phrase est si précise, si courte et si saisissante, qu'elle ressemble à un soufflet qu'on recevrait en plein visage—On est ému, il faut s'y faire, monter jusqu'à lui, s'habituer à la façon de voir de ce cerveau étrange auquel rien n'échappe^ qui sait décrire un paysage avec la netteté, la vérité d'expression, l'émotion d'nn paysagiste qui comprend la nature, qui sait. et peut être à la fois philosophe profond, artiste plein de finesse, causeur spirituel; qui serait demain, si besoin était, médecin, musicien, poète; qui a cinquante poches à ses vêtements et toutes profondes et pleines.

Il y a cependant un sentiment que j'ai toujours éprouvé en pensant à M. Taine : c'est un sentiment de frayeur. Je n'ai point l'honneur de le connaître, mais je n'aimerais point à me trouver tout à coup face à face avec lui. 11 me semble qu'il lirait immédiatement dans les plus secrets recoins de ma conscience et analyserait la moelle de mes os.

Maintenant, que Monseigneur d'Orléans, qui aime à porter sur sa tète la triple couronne d'académicien, d'homme politique et de prélat choisi, ait fait des pieds et des mains pour qu'un ouvrage tout littéraire comme celui de M. Taine ne soit pas publiquement couronné, comme il le méritait, cela n'a rien d'étonnant.

L'Académie est une réunion de personnes âgées ; l'âge entraine parfois un peu de partialité, d'aigreur, et d'ailleurs les principes de M. Taine sont les plus gênants du monde pour les gens qui désirent continuer leur petit train-train dévie, saus secousse, sans discussion, à la faveur d'une lumière douce.

Les principes de M. Taine me font l'effet d'un tas de pavés dans une sacristie. Allez donc déranger cela. Mais le tas de pavés demeure et tous les ongles s'émoussent et se brisent sur cette masse qui ne fait point de concessions

M. Taine n'est point un chef de parti, il est tout simplement le représentant le plus éminent de tous les gens qui pensent avec leur propre cerveau, aiment le vrai avant tout, veulent acheter leur bougie eux-mêmes et s'éclairer, eux et leur famille, à leur façon,

Je ne voudrais en aucune façon blesser la susceptibilité de vos convictions, chère madame qui daignez peut-être m'écouter, mais entre nous, je crois qu'à l'heure qu'il est il se glisse dans le monde une goutte d'indépendance intellectuelle. Les éditeurs catholiques font fortune, je le sais et des milliers de presses à vapeur s'usent à fabriquer les petits livres pieux. Il y a des quartiers entiers envahis par les marchands d'ornements d'église, de saints s'habillant et se déshabillant comme des poupées Hurel. de petits Jésus couleur de chair, disant papa et maman quand on pousse un ressort, de jolies crèches avec de vraies petites veilleuses, — des bijoux! et pas trop cher vraiment si on considère la perfection du travail. Le faubourg Saint-Germain tend à devenir un vaste couvent, je le sais encore, et l'on rencontre à chaque pas des capucins ayant une odeur particulière et les pieds nus : mais ces pieuses ardeurs ne me paraissent pas prouver les progrès de la foi.

On achète par boisseaux ces petites images figurant une rose mystique sous la pétale mobile de laquelle se cache un cœur enflammé, mais je serais porté à voir dans ces pieux enfantillages, dont la mode croit incontestablement, un besoin de distraction chez les fidèles et

Il y a un livre, un petit roman alsacien, qui a obtenu cet hiver le succès le plus unanime; — je veux parler du Conscrit de 1813, de MM. Erckman et Ghatrian. — J'avais tellement entendu dire autour de moi : Avez-vous lu le Conscrit, prêtez-moi le Conscrit, que j'ai fini par acheter ce Conscrit et le lire.

C'est un tableau de genre adorable, comme en sait faire Brion ; — même adresse d exécution, même charme de mise en scène, même affection pour le détail, vrai en apparence ou en réalité. — J'ai donc été ravi par ce côté du livre. On y voit de petits paysages délicieux, on y voit la bonne bière qui déborde, la vigne rougissante qui abrite les vieux perrons, on y voit de bons visages alsaciens au nez rouge, au petit œil brillant, et bien d'autres choses encore qui charment extrêmement; je ne parle pas du style, qui affecte des airs de bonhommie et de sincérité biblique et réussit à toucher.

Ce que je n'aime pas, c'est l'idée même du livre, et on peut dire le côté politique. C'est une page de notre histoire qui ne manque pourtant pas de grandeur, vue avec intention, par le petit côté de la lorgnette, comme le fait si bien M. Meissonnier. C'est la peur décrite avec une infinie tendresse et rendue touchante à force d'être bien présentée. Quant au héros de ce grand orage qui termina l'Empire , presque rien, — un mot. On le voit passer le soir en voiture, il est bouffi, son visage est jaunâtre; il prend une prise de tabac. Un mot de plus, ce serait un idiot trop gras. — Ce qui est nettement indiqué, c'est la peur de la lutte, c'est l'effroi de l'ennemi, c'est la crainte de la conscription, et par-dessus le marché, une nuance d'indignation contre l'autorité absolue. Comment ne pas maudire, avec ces pauvres mères, ce monstre cet o.re, ce fou qui fait mitrailler leurs enfants ; comment ne pas bénir le bon vieillard si respectable qui prêche, au soleil couchant le calme, le bonheur domestique, la paix universelle. . . allons, tranchons le mot, la bonne république démocratique, sociale, honnête et pure. Voilà le livre. C'est un bonnet rouge entortillé dans du coton, le tout noué avec des faveurs roses.

Un de mes amis qui est Alsacien et qui connaît bien son pays, — si je vous disais son nom vous n'en douteriez pas, — me disait avec son bon <*ros accent : Mais non, mon cher, ce n'est point là l'Alsace ; tous ces paysages n'ont que l'apparence; —c'est une couleur localede convention, mais point vraie. Et si vous voulez voir les ficelles du procédé lisez les nouvelles de ces messieurs : vous verrez l'éternelle bonne bière débordant dans le bon vieux verre, — le bon vieux bonhomme allumant sa bonne vieille pipe, pleine de bon vieux tabac, au bon vieux tison de la bonne vieille cheminée.

"Voilà la couleur locale qui a obtenu tant de succès auprès de nous autres Parisiens, qui ne connaissons les provinces de France, leurs mœurs, leurs costumes et le caractère que par ce qu'a bien voulu nous en révéler l'Opéra-Comique ou les tableaux des peintres de

° J'ai lu, pour faire plaisir à mon ami, les autres livres de MM. Erckman et'chatrian, et j'avoue que mon ravissement s'est calmé, et je doute que leur succès résiste à l'analyse sérieuse des gens qui savent lire.

Deux livres encore" m'ont amusé cette année : les Mémoires du Béant et.les Nuits de Rome. Que dire des Mémoires du Géant? Est-ce un poème, est-ce un roman, est-ce un livre? - Ce n'est rien de tout cela et c'est tout cela à la fois. - Cela n'est point écrit, c'est raconté et raconté avec la verve, le feu, l'entrain de l'homme qui a passé par là Cette curieuse personnalité qu'on appelle Nadar est tout entière, défauts et qualités, dans ces quatre cents pages. C'est franc et courageux Quant aux Nuits de Rome, elles valent mieux que tous les ta-

ÉTREINNES DE

quelle il se met a cheval, et qu'il a si bien enfourchée à la Revue des Deux-Mondes. Ah ! cette cime alpestre, pour un joli dada, c'est un joli dada qu'il a là. - 41. A M. Efmile Deschamps : Les vers sui vants, ««dits, qu il a eu l'imprudence d'écrire sur un album ■ Jrone qu aux trésors mou rêve préfère, Le fauteuil se cabre à ma voix... Qu'y faire » J aime mieux — ce n'est faux-fuyant subtil — Qu'on dise de moi d'une voix amie :

« Comment n'est-il pas de l'Académie ' » ,n . ». Sat s,' i'0,11 disalt : " Comment en est-il? « Â'M TnTnl nnoéVÏ-: U?e petite excommunication majeure— , ïrà- n ? ;,Ul?e paire de cjseaux et le buste de M— en sucre

Hnp ÎT ■ '■ A-M' Jules Janin : Le buste de Bressant, dont il s'obstine à ne jamais prononcer le nom. =45. A M. Emile de Girardin •

Un numéro de la Presse, qui en vaut deux, parce qu'il a été averti. — 46. A M. de Villemessant : Ses amis dans une main, ses ennemis dans l'autre ; c'est le plus joli cadeau qu'on puisse lui oflnr pour ses étrennes. = 47. A M. Gustave Bourdin : Un autotographe d'Atala à Héné. — 48. A M. Millaud : Quelques abonnés de moins, il doit avoir tant à faire.— 49. A l'orchestre de la Symphonie du Lundi : 50. A Théophile Gautier, un téorhe; 51. à Paul de Saint-Victor, - Une cymbale, des castagnetles et un chapeau chinois; 52. à Jules Janin, un orgue de barbarie: 53. à Nestor Koqueplan; Une caisse roulante; 54. à Sarcey, Des pipeaux champêtres; 55. à Edouard Fournier, Le vieux soulier de Corneille; 56. a Venet : Un orgue (d'Eglise); 57. à de Biéville, Une serinette; 58. à Monselet, Une flûte à Champagne; 59 à Jouviu, Une clarinette. — 60. A Mlle Ausustine Brohan : Une belle petite

boite, doublée de satin, pleine des défauts de ses excellentes c rades. {Ouvrir la boite avec précaution, it les laisser sortir) Mme Arnoult Plessy ; Cent cinquante trois robes plus train les unes que les autres, et aux frais de l'administration i Comédie frannaise, bien entendu, pour Irepasser en revue son répertoire. — 62. A Mme Guyon : Bien emmailloté et enmh dans des langes aux initiales T. F. (Théâtre français)- L'e. qu'on lui a volé à la Porte Saint-Martin, qu'elle cherchait à bigu, qu'elle a tant réclamé à la Gaité, et qu'elle n'a pas reti aux Français. —63. A M"e Favar; : Une belle boîte en sapin une bergère . des brebis qui ont -chanté les chœurs d'Esther bergers et des allumettes frisées. — 64. A M. Delaunay • L'a maigrir, poème en 24 chants.— 65. A M. Mauhaut : Un casau pompier. - 66. A M. Got • " : "

..x^uua^ . uu easqu Une pipe avec une laveur bleue. —

VIE PARISIE

faux, une cheville et dans ses œuvres. —

une rime insuffisante» le toul, manquant 4. A M. Dumas lila: Beaucoup de pièces comme l'Ami des femmes , quand même. — 25. A M. Octave Feuillet: La collection du Musée des Famille». — 20. A. M. Veuillot : Un goupillon. — 27. A M. Thimothôe Trimm: nos cœurs et des étoiles. — 28. A M. Méry : beaucoup de rimes comme ceux-ci: Un jour un matelot couché dans son - hamac, Disait ii Saint-Maclou, juché dans une - niche : « Grand Saint, dois-je fumer ou chiquer mon - tabac? » — Fume-le, chique-le, dit le Saint je m'en - fiche ! — 29 A M. Léon Laya : Le livre dej Job. — 30 AM. Gustave Flaubert: Un cordon de montre tressé avec, les chevelures des femmes de Cartilage.

Combien de hiches dans le monde

N'en pdui raie.it pas offrir autant i—31. A M. Arsiiie Houssaye : Une dix-huitième édition de Mlle Cléopatre. — 32. A M. Gustave Aimard : Un paquet de cigarettes, un tomawack, un calumet, un revolver. = 33. A M. Legouvô : Le mérite de son papa. — 34. A M. Saint-Marc-Girardin : One redingote en drap vert. — 35-30. A. M. Tliiers : Une livre de ehoco- )at-De\vinck. — 37. A M. Camille Doucet : ... la Considération la plus distinguée. — 38. A M. Jules Simon :

Jules Simon, vole vole vole, Je ne lirai pas l'Ecole, l'Ecole — 39. A M. Richard Cortambergt, Géographe : Lu Croix de Maite- (Brun).— 40. A M. de Laprade : Cette fameuse Cime alpestre sur la-

it. Lafonlaine : Unfimiforme de sapeur — 08. A M. Verteuil : Un colis de tragédies, un colis de comédies, un colis de proverbes à diriger sur l'embrancnement des lecteurs par les messageries Lafftte et Guillard. — G9. A M. Mermet. ; Un cor d ivoire pour signaler le train des voyageurs pour Roncevaux (2e série). On craint l'encombrement. = 70. A Mlle Sax : Une trompette de ce nom.= 71. A.MUe Amina Bosclietti : L'art de maigrir en se tenant sur la pointe du pied. = 72. A l'Opéra-Coniique : Du safran pour sa salle atteinte de la jaunisse. — 73. A M. le directeur du Théâtre- Lyrique : Pour ses chœurs de Faust, une portée de petits chats. :- 74. A Mlle Karoly : Un-modèle de pot à tabac, et un poignard qui rentre en lui-môme. = 75. A Mlle Blanche : Ces vers traduits d'Anacréon par un vieux banquier :

Enfant, tous les vieillards n'ont pas des airs moroses; O vierge, comme moi. tu vieilliras un jour, Malgré mes cheveux blancs je sais de douces choses, Viens unir sur mon front tes lèvres demi-clos : C'est avec les lys et les roses ■ - Qu'on fait les couronnes d'amour.

— 76. 4 Mlle Delaporte : ces vers de Musset que je voudrais avoir fait pour elle :

Je ne suis ni dévot, ni cafard, ni jésuite, Je n'aime que le vin, j'en bois comme un roulier, .Mais si vos doigts avaient trempé dans l'eau bénite, Je m'en irais d'un trait vider le bénitier.

— 77. A Mlle Honorine (du Palais-Royal} : Un chapeau de paille d'Italie- = 78. A M. D'Ennery : La phrase suivante, extraite de ses œuvres1

Aii!... pas un mot de plus, monsieur le marquis; cette jeune fille, que vous abreuvez de paroles outrageantes, sauvait celle qui lui servait de guide... A peine mère, elle gardait le silenee... Ce n'est plus de la calomnie... N'achevez pas, colonel. = 79. A Mlle Anna : des lions. —80. A Celle qui a la jamhc si mince, la tèle si charmante, la bouche si line, l'œil si brillant, l'oreille si délicate, la poitrine si ferme, et qui unit à tant de grâces un sentiment politique national qui entraîne tous les cœurs français, a Veimout, un morceau de sucre et la chaise curule de Caligula. = 8|. Ces Dames : Nous ne saurions terminer sans un petit dessin à leur adresse. Leurs toilettes nous ont assez occupés cette année r our que naus ne les rappelions pas ici, ces jolies petites hussardes de Dieppe, lancières de Trouville, chasseresses de la garde, dragonnes de tous lieux, etc., etc. A jour tète, Mine Lecoutellier-Plessy, qui, dans Maitre Quérin^ cette annéeE a sans contredit mérité la pomme.

J. TÉLIO.

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bleaux de nos expositions. Pourquoi, hélas! les peintres ne trouventils pas le secret de nous réconcilier, comme l'a fait M. de Saint-Félix, avec cette belle antiquité romaine en même temps si humaine si passionnée et si poétique ?

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